‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 143 sur 318 · C. Ophidiens · texte numérisé non relu

C. Ophidiens

Si les doubles vessies pulmonaires des Grenouilles et des Salamandres rappellent les doubles vessies natatoires du Bichir et autres Poissons, le sac pulmonaire simple des Ophidiens , qui s'étend au dessous du rachis, jusque vers l'extrémité caudale, peut être comparé avec la vessie natatoire simple et adhérente à l'épine du dos de beaucoup d'autres Poissons , le Brochet ou la Lophie , par exemple. En effet , chez la plupart des

(1) Voyez , sur le larynx des Grenouilles et des Salamandres, la formation et le mouvement de leur hyoïde, et les métamorphoses de l'appareil brancliial qu'elles ont à l'état de têtard , d'intéressants travaux par J.-G. Martin Saint-Ange, Recherches anatomiques et physiologiques sur les organes transitoires et la métamorphose des Batraciens, avec 10 planches {Annales dessciences naturelles , 1031 , tom. xxiv , pag. 3GG ).

Serpents proprement dits^, la trachée -artère commence , au dessus de la gaîne de la langue , par un renflement situé à peu près au dessous des arrière - narines , et offrant une petite fente longitudinale , ou glotte , qui sert au passage de l'air. Du reste, cette entrée est quelquefois portée fort en avant , comme, par exemple, àdimVHydrus bicolor, où une ligne à peine la sépare du bord antérieur de l'articulation des branches de la mâchoire , ce qui met ce Serpent aquatique en état de respirer sans être obligé d'élever au dessus de l'eau plus que l'extrémité de son museau (2).

La trachée-artère est ordinairement deux à quatre fois aussi longue que le larynx et formée de petits anneaux cartilagineux, dont il n'y a cependant que les supérieurs qui soient parfaitement circulaires , tandis que les inférieurs, semblables à ceux de la trachéeartère de l'homme , ne couvrent que la partie antérieure du canal ( pi. xiii, fig. x, a). Le nombre de ces anneaux varie beaucoup ; on en compte à peu près quarante dans l'Orvet, environ cent dans la Couleuvre à colher , et plus de trois cent cinquante dans le Python tigris (3). Au côté tergal se trouve une membrane mince , contenant des fibres musculaires , avec beaucoup de vaisseaux sanguins, qui, en se dilatant peu à peu, produit le sac pulmonaire droit, dans lequel par conséquent les anneaux de la trachéeartère finissent par se perdre en pointe.

Quant au larynx fort imparfait , il n'a point de cordes vocales. Aussi les Serpents ne produisent-ils qu'une sorte de sifflement; ils n'ont pas de voix proprement dite.

Avant que la trachée-artère ne cesse , je trouve , dans les Coluber natrix et thuringicus , à gauche et en arrière , un petit enfoncement en cul -de -sac, qui, suivant la remarque faite par Nitzsch (4) , doit être

(2) Rddolphi , Physiologie , tom. II , P. i , p. 362.

(3) Meckel, System der vergleichenden Anatomie , tom. VI, p. 25C.

(4) Comment, de respir. animal., pag. 13. — Meckel (Archiv., tom. IV, pag. 04; — System der vergleichenden Anatomie, tom. VI, pag. 259) considère bien le rudiment de poumon des Couleuvres comme appartenant au côté droit ; mais , en examinant de nouveau les Coluber natrixet thuringicus,']e suis obligé d'adopter l'opinion de Nitzsch , et de voir en lui le ves-

ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX

considéré comme le rudiment du poumon gauche.

Le poumon droit, qui seul existe ici , est situé immédiatement au dessous du rachis, et s'étend en arrière jusqu'à la région rénale. Dans la Couleuvre à collier, il a cinq à sept pouces de long , sur six à neuf lignes de large. A l'endroit où cessent les anneaux de la trachée - artère , ses parois sont plus épaisses , revêtues d'une couche fibreuse en dehors , et couvertes en dedans d'un réseau vasculaire à très-petites mailles (pi. xni, fig. x, b). Plus en arrière, ses parois deviennent de plus en plus minces , jusqu'à ce qu'enfin elles soient simplement membraneuses, et que l'organe entier acquière de plus en plus de la ressemblance avec une vessie natatoire. Les Vipera et Pseudoboa^ plusieurs espèces de Couleuvres, le Typhlops crocotatus (1) et le Pelamis fuliginosus ont un poumon tout à fait simple , d'après Meckel (2) ; mais il est , bien plus commun de rencontrer le rudiment du poumon gauche , et même chez certains Serpents, comme les Boas et les Pythons, les deux poumons ont un volume presque égal, quoique le gauche soit un peu plus petit que l'autre (3). Ce dernier cas est aussi celui des Serpents qui passent aux Sauriens , par exemple, des Amphisbènes. L'Orvet a encore deux poumons , à peu près comme dans la Salamandre, mais le gauche est infiniment plus petit que le droit (4).

lige du poumon gauche. Tout l'ensemble de la trachée et du sac pulmonaire se tord un peu , ce qui fait que le rudiment se trouve rejeté légèrement en arrière.

(1) Voyez la figure de ce singulier sac pulmonaire étranglé dans le milieu , et le long duquel marche la trachée-artère ouverte, dans Meckel's Archiv., t. IV, pi. 2 , fig. 8.

(2) System der vergleichenden Anatomie, tom. VI, pag. 2S0.

(3) Voyez dans Meckel {loc. cit., fig. 7) la figure du poumon du Boa murina.

(4) Il est extrêmement remarquable que déjà dans les Limaçons les organes respiratoires sont surtout développés au côté droit du corps, que celte particularité se retrouve dans les Reptiles, et qu'enfin on en aperçoive des traces jusque chez l'homme, où le poumon droit est également plus volumineux que l'autre (Soem- MERRiNG, Vom Baue des menschlichen Kœrpers , tom. V, P. n , pag. 14 ). Ce phénomène acquiert plus d'intérêt encore lorsqu'on se rappelle que les membres du côté droit ont plus de force, même déjà chez les Araignées , qui s'en servent de préférence pour tirer leurs fils , enfin , que la respiration et le mouvement marchent d'un pas égal sous une multitude de rapports. Au

Chez les Serpents, pas plus que chez les autres Reptiles, les mouvements respiratoires ne dépendent d'un diaphragme ; ce sont les muscles des côtes et du ventre qui les accomplissent.

D. Sauriens.

Le larynx est assez simple et généralement dépourvu de cordes vocales ; mais il offre un petit appendice sacciforme dans les Caméléons. Chez la plupart des Sauriens , le Crocodile , par exemple, il s'ouvre dans la cavité de la bouche par une fente longitudinale , mais cette fente est transversale chez le Caméléon. Jamais elle n'offre d'épiglotte. Dans le Crocodile, elle est placée fort en arrière, couverte un peu par le bord postérieur de la langue ; dans d'autres genres , elle se trouve située beaucoup plus en avant. Au reste , la tension volontaire de cette glotte elle-même permet à plusieurs Sauriens de produire une voix. On sait que les Geckos surtout sont dans ce cas ; leur langue , qu'ils peuvent renverser hors de la bouche , comme les Grenouilles, paraît servir en même temps d'épiglotte. On ne trouve de véritable épiglotte que dans l'Iguane. Le larynx offre déjà , surtout dans le Crocodile, une grande plaque cartilagineuse antérieure et de forme pointue , qui correspond au cartilage thyroïde (pi. xu, fig. XIX, a). La trachée-artère des Sauriens est en général fort longue ; elle se partage en deux bronches , et elle est formée par des anneaux cartilagineux circulaires , plus rarement fendus. Ces anneaux sont très-Jarges et un peu aplatis dans le Gecko d'Egypte. Tiedemann (5) a trouvé la région supérieure de la trachée-artère dilatée en une cavité fort large et aplatie.

Les poumons eux-mêmes forment, chez les Sauriens , des sacs celluleux doubles. Ceux du Gecko ressemblent presque à ceux de la Salamandre, car ils s'étendent fort loin derrière le foie. Ceux du Crocodile , au contraire, ne dépassent point le foie , et restent par conséquent davantage dans le thorax; c'est du moins ainsi que je les trouve chez

contraire , les principaux organes de l'assimilation se trouvent à gauche, l'estomac surtout, et le cœur aussi, chez l'organisme le plus parfait de tous. (S) Meckel's Archiv. , tom. IV , pag. 549.

de jeunes individus (pi. xn , fig. xix, l). Dans le Caméléon, les deux sacs pulmonaires descendent fort bas, et sont intérieurement divisés, suivant leur longueur, par deux cloisons, qui d'ailleurs offrent un grand nombre de trous , et dont la postérieure est fort incomplète ; les deux poumons sont aussi pourvus inférieurement d'appendices particuliers digitiformes (1).

Le mécanisme de la respiration s'exerce également par le moyen des côtes et de leurs muscles, sans diaphragme.

J'ai parlé précédemment des sacs laryngiens de plusieurs Sauriens , que l'animal peut à volonté remplir de l'air qu'il expire. Ce sont des réservoirs destinés , soit à satisfaire un plus grand besoin de respiration qui se fait sentir pendant les passions, la colère par exemple, soit peut-être aussi à faciliter la locomotion, comme chez les Dragons.

La voix des Sauriens n'est ordinairement qu'un simple sifflement ; cependant les Crocodiles produisent de véritales intonations, suivant Humboldt.

E. Chéloniens.

L'appareil respiratoire des Tortues commence également par une fente longitudmale simple , située derrière la langue , et dépourvue d'épiglotte, qui mène dans un larynx simple , essentiellement formé des cartilages thyroïde et cricoïde, et privé de cordes vocales. La trachée-artère , qui se compose d'anneaux complets , diffère de celle des Sauriens, en ce que, surtout chez les Tortues terrestres , elle est très-courte (2) , et partagée en bronches proportionnellement fort longues , qui deviennent très-flexueuses quand l'animal retire la tête en arrière. Cependant celle de la Tortue franche est trois fois plus longue que les bronches, selon Meckel. Je trouve aussi, dans la Tortue bourbeuse, les bronches courtes et le tronc très-long (3).

(1) Meckel's Archiv., tom. IV, pl.ii, fig. 3.

(2) Parsons [Philos. Trans. 1766, pag. 21S) rapporte qu'on a trouvé les bronches longues de six pouces dans la grande Tortue terrestre de la côte de Coromandel. Une figure delà trachée-artère d'une Tortue terrestre , qu'il donne d'après Blasius , indique que celui-ci a trouvé chaque bronche courbée en anse de dedans en dehors.

(3) Il en est de même dans la Testudo orbicularis, d'après Townson {loc.cit., pag. 99).

Dans la Testudo carella , le tronc comprend trent-huite anneaux entiers, et chaque bronche vingt-sept.

A l'égard des poumons , ce sont deux grands sacs qui descendent jusqu'au dessous des reins , et dont les cellules sont étroites à la partie supérieure , larges à l'inférieure. Les bronches pénètrent ordinairement fort avant dans la substance du poumon , et ne s'ouvrent jamais que latéralement dans les séries de cellules qui constituent ce dernier (4).

Le mécanisme de la respiration est aussi confié à la région laryngienne , mais surtout , d'après les recherches de Townson , à ceux des muscles abdominaux dont j'ai parlé plus haut (S 347) qui remplacent en partie le diaphragme.

Il n'y a pas plus de voix ici que chez la plupart des Reptiles.

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