‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 152 sur 318 · ORGANES TJRINAIRES · texte numérisé non relu

ORGANES TJRINAIRES

Si le foie , comme organe sécrétoire lié au canal intestinal, répète manifestement la fonction delà respiration, ce qui fait qu'un rapport inverse existe entre lui et les organes respiratoires, sous le point de vue du développement, de même les organes urinaires , liés à l'appareil génital , sont , à plusieurs égards , une répétition évidente des organes respiratoires, de sorte que , quoiqu'on ne les observe d'une manière bien distincte que chez les animaux des quatre classes supérieures , ils sont presque toujours plus volumineux chez les derniers d'entre eux que chez ceux qui occupent le sommet de l'échelle. Un fait très-remarquable cependant , et qui ressortira des détails dans lesquels nous entrerons sur l'état fœtal des animaux compris dans les classes supérieures, c'est qu'ici une portion des organes urinaires eux-mêmes , savoir la vessie , avec son prolongement , l'allantoïde , devient un véritable appareil respiratoire, attendu que les vaisseaux chargés d'accomplir la respiration du fœtus se ramifient, soit immédiatement sur leurs membranes, soit sur une membrane (chorion) produite par une extension de l'allantoïde. Cet état de choses est surtout facile à constater dans l'embryon d'Oiseau , où la vésicule qui sort du cloaque , c'est-à-dire l'allantoïde , à laquelle on est dans l'usage de donner à tort le nom de chorion , porte évidemment le caractère d'une branchie , comme aussi l'on sait que , même chez le fœtus humain , les artères ombilicales se prolongent sur les côtés de la vessie et de l'ouraque , pour donner naissance au chorion. Nous trouverons

(1) Tiedemann a cru voir ici, dans le conduit biliaire dilaté , un réservoir particulier du suc pancréatique. ( Voyez Meckel's Archiv., tom. V, pag. 3i50. )

même des animaux chez lesqeels l'allantoïde (vessie urinaire prolongée) ne sort pas du tout de la cavité abdominale , et n'en atteint cependant pas moins des proportions considérables, qu'elle conserve pendant toute la vie, recevant des ramifications vasculaires semblables à celles que partout ailleurs nous voyons n'être fournies que pendant la vie fœtale par les vaisseaux ombilicaux.

Ces remarques préliminaires étaient indispensables pour démontrer que les reins et la vessie doivent évidemment être considérés comme des répétitions du rapport de branchies et de vessie natatoire. En effet , de même que les branchies débarrassent la masse du sang de l'excès de carbone, de même aussi les reins sont destinés à la purger des matériaux hydrogénés et oxigénés qu'elle contient en excès. Mais comme nous avons vu qu'une partie des substances gazeuses absorbées par les branchies , même de l'oxigène pur , dont la vessie natatoire de certains Poissons contient une quantité assez considérable , est évacuée et réunie dans cette poche aérienne, par l'intermédiaire du système vasculaire , de même les substances liquides éliminées par les reins se rassemblent dans la vessie urinaire. Enfin , comme nous avons vu que la vessie natatoire n'accompagne pas toujours les branchies , de même aussi nous trouverons que la vessie urinaire manque quelquefois , bien que les reins existent toujours.

Au reste , quand je dis qu'il n'y a de véritables organes urinaires que chez les animaux des classes supérieures , il ne faut point en conclure qu'aucun vestige de ces organes ne se rencontre chez ceux qui sont dépourvus de moelle épinière et de cerveau. Bien loin de là , en exposant l'histoire des fonctions génitales , j'aurai occasion de faire remarquer que, dans les classes inférieures du règne animal , on trouve réunis à cet appareil, non-seulement les organes respiratoires eux-mêmes, mais encore divers organes sécrétoires auxquels on ne peut souvent assigner qu'un usage presque analogue à celui de l'appareil urinaire des classes supérieures. Du reste , comme les animaux appartenant à ces dernières offrent souvent , au voisinage de leurs organes génitaux , des organes de sécrétions particulières, il m'a paru plus convenable de renvoyer l'étude de

ORGANES SÉCRÉTOIRES

ceux-ci au chapitre qui aura les fonctions sexuelles pour objet , et de me borner ici à donner une description générale et rapide des organes auxquels on peut assigner , dans les classes inférieures , une destination analogue à l'office que remplissent les reins proprement dits.

A. Indices d'organes urinaires dans les animaux

DÉPOURVUS de moelle ÉPINIÈRE ET DE CERVEAU.

Jusqu'à présent on n'a trouvé , chez les Oozoaires , aucun vestige d'organes qui puissent être comparés aux reins. Ehrenberg décrit bien, dans les Rotifères , deux corps glanduliformes situés auprès du canal intestinal , mais il pense qu'on doit les considérer plutôt comme des organes salivaires que comme des organes urinaires.

L'appareil urinaire est plus sensiblement indiqué chez les Mollusques , où la sécrétion d'acide urique qui s'opère , d'après les observations de Jacobson (1), ne permet guère de ne point admettre son existence.

Le premier organe analogue aux reins qu'on rencontre dans cette classe , est le corps celluleux, souvent noirâtre, et ouvert au-dehors par deux fissures , qui s'aperçoit sous le cœur des Pélécypodes , et qui a été regardé par Poli comme l'organe d'une sécrétion calcaire, par Bojanus comme un poumon. Dans nos Bivalves (2) , on trouve un de ces organes de chaque côté , auprès de la fissure qui sert d'orifice à l'ovaire (pi. n , fig. xvni , e). Treviranus les regarde aussi comme des rudiments de reins (3) .

Treviranus a décrit ces organes dans les Gastéropodes , qui sont ceux d'entre les Mollusques chez lesquels Jacobson a démontré qu'une sécrétion d'acide urique était opérée par certains organes unis à l'appareil génital. On ne peut nier effectivement que , dans les Limaces surtout , ces organes , sur lesquels je reviendrai lorsqu'il sera question des fonctions génitales, qui consistent en une vésicule et un corps glanduleux , et qui se vident au moyen de la cavité génitale , ont beaucoup d'analogie avec les reins et la vessie urinaire (4) . Blainville , dans une note annexée au mémoire

(1) Journal de physique , tom. XCI, pag. ÎU8.

(2) Nov.Act.acad.Leop.,iom. XVI, pag. 21.

(3) Dans TiEv^yiADiTi's Zeitschrift , tom.l, pag. S3.

(4) Ibid., tom. I , cah. I, fig. i.

de Jacobson , adopte ce rapprochement , mais il va trop loin en voulant rapporter également ici la bourse du noir des Céphalopodes.

Quant aux animaux articulés , dans aucun des ordres inférieurs de cette classe on ne rencontre d'organe qui puisse être positivement considéré comme appareil urinaire. Les Insectes sont les seuls chez lesquels on soit dans le doute de savoir si l'on doit admettre quelque chose d'analogue. Ainsi que je l'ai déjà dit en traitant des organes biliaires, Meckel , se fondant sur ce que John a trouvé de l'urate d'ammoniaque dans les vaisseaux des Insectes qui portent ce dernier nom , pense qu'on doit voir en eux de véritables organes urinaires (5) ; mais son opinion ne me paraît point probable. On pourrait plutôt regarder comme des rudiments de vessies urinaires les vésicules qui garnissent les organes génitaux de plusieurs Insectes ; il serait même possible de soutenir l'hypothèse que les poches à venin qui occupent la base de l'aiguillon des Hyménoptères sont comparables aux organes urinaires.

B. Organes urinairts dans les animaux pourvus de

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