MOELLE ÉPINIÈRE ET DE CERVEAU
a. Poissons.
De même que ces animaux à respiration branchiale ont un très-gros foie , de même aussi ils sont pourvus de reins volumineux , formant une masse unique, qui s'étend le long du rachis , à la paroi postérieure de la cavité abdominale, dont il lui arrive même quelquefois, par exemple dans la Lote (pi. ix, fig. xvi, n ) , de remplir l'extrémité en augmentant d'épaisseur. Chez certains Poissons cependant, comme la Truite et le Saumon (pi. ix, fig. XV , t) , la masse rénale est étroite . longue , terminée en pointe arrondie aux deux bouts , et elle ne s'étend pas jusqu'à l'extrémité inférieure de la cavité ventrale. Ailleurs, par exemple dans les Cyprins , elle est munie d'un appendice de chaque côté , ce qui lui donne l'apparence d'une croix allongée.
Du reste , les reins des Poissons sont formés d'une masse entièrement homogène et comparable à la substance de la rate humaine. Les uretères en naissent par de nombreuses
(b) System der vergleichenden Anatomie, tom. IV , pag. 8i.
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racines , à peu près comme le conduit biliaire provient de la substance du foie.
Mais , en général , ces organes sont si intimement unis ensemble , qu'on peut les considérer comme ne formant tous deux qu'un seul corps, et que leur séparation est indiquée seulement tant par la présence d'un double uretère que par la disposition de la veine cave , qui se plonge , entre ces deux conduits, dans la substance rénale commune. Cependant on voit quelquefois, par exemple dans la Truite , les uretères eux-mêmes se réunir en un seul tronc peu après leur sortie , de manière que , quand on contemple les deux moitiés rénales couvertes par le péritoine , il est impossible de les prendre pour autre chose que pour un rein unique.
Il leur arrive même , chez les Poissons les moins développés , c'est-à-dire chez les Cyclostomes, VAmmocœtes hranchialis^diV exemple , de se confondre en une seule masse avec les corps adipeux dont Rathke (1) a donné la description , et auxquels s'associent aussi les ovaires (pi. ix , fig. xvn , 25 et 26) , dételle sorte qu'on ne les reconnaît qu'aux uretères qui naissent de leur bord extérieur et s'ouvrent à l'extrémité anale du rectum.
Les reins des Poissons sont donc placés précisément au-dessus ou en arrière de la vessie natatoire , ce qui devient surtout très-manifeste lorsque cette dernière se trouve fixée à la colonne vertébrale , comme dans la Lote ou la Truite.
Suivant Cuvier , ils sont proportionnellement moins gros chez les Poissons plus parfaits que les autres sous plusieurs rapports , c'est-à-dire dans les Raies et Squales. J'ai constaté l'exactitude de cette assertion dans la Torpille.
Comme les reins des Poissons s'étendent ordinairement jusqu'auprès de l'anus , et que parfois même ils descendent plus bas , les uretères sont en général fort courts. Tel est le cas de la Carpe , du Brochet , de la Truite, du Saumon. Quelquefois , par exemple dans la Truite , ils se réunissent en un seul tronc , qui ne tarde pas à se dilater en un réservoir oblong, auquel le nom de vessie urinaire ne
(1) Beitrœge zv/r Geschichte der Thierwelt, tom. IV,
saurait cependant être appliqué, et qui aboutit enfin , par un conduit excréteur allongé et terminé en pointe , au bord de Touverture génitale située derrière l'anus (pi. ix ,
fig. XVI,,).
Je trouve , au contraire , une véritable vessie urinaire très-considérable dans la Lote (pi. IX, fig. XVI, m). Cuvier dit que cet organe existe également dans la Baudroie , le Lièvre de mer et quelques autres Poissons cartilagineux (2). Suivant Treviranus , il paraît être remplacé , dans les Raies et les Squales , par une poche annexée à l'extrémité de l'intestin, sorte d'allantoïde persistante, qui ne communique point avec les reins, tandis que, d'après Home (3), les uretères aboutissent dans une dilatation qui produit une saillie cordiforme derrière l'anus , et qui doit être considérée en même temps comme verge chez les mâles , et comme clitoris chez les femelles, attendu que la semence et les œufs sortent aussi du corps parla (pi. x, fig. n, m, l). J'aperçois également dans la Lamproie une saillie conique, par laquelle s'ouvrent les voies urinaires et génitales.
Il n'existe encore aucune trace , chez les Poissons, ni des capsules surrénales, ni d'un développement complet de la substance même des reins , tel qu'on l'observe , par exemple chez l'homme.
b. Reptiles.
Chez les Reptiles, la masse rénale est plus manifestement divisée en deux reins. Quoique son volume soit fort inférieur à celui qu'elle offre dans la classe précédente, cependant on peut dire qu'il est encore considérable, puisque, dans la Salamandre, par exemple , sa longueur égale presque la moitié de celle delà cavité du tronc, et que, dans la GrenouiUe, elle en fait à peu près le tiers.
La forme et la situation des reins présentent plusieurs variétés dans les divers ordres de cette classe.
Les reins de la Salamandre ressemblent encore beaucoup à ceux des Poissons. Ils
(2) Pour bien comprendre les causes de la présence ou de l'absence de la vessie urinaire cliez les Poissons, nous avons besoin de connaître mieux qu'on ne le fait jusqu'à présent les organes extérieurs de développement du fœtus de ces animaux.
(3) Philos. Trans., 1810, pag. 20b'.
ORGANES SECRETOIRES.
sont allongés, fort étroits, plus volumineux à leur extrémité inférieure, et descendent trèsbas dans le bassin (pi. xni, fig. i, i ).
Leur forme est la même aussi dans le Protée, oùRusconi(l) a cependant observé qu'elle varie suivant le sexe ; car les reins du mâle forment deux corps fortement appliqués l'un contre l'autre , plus larges inférieurement et plus étroits à leur partie supérieure, où ils s'infléchissent pour loger les sacs pulmonaires (2) , tandis que ceux de la femelle représentent des masses à peu près aussi larges en haut qu'en bas, et dont les uretères sont moins contournés.
Dans les Grenouilles, les reins sont placés un peu plus haut ; mais ils sont moins longs et étroits , quoique encore très-rapprochés l'mi de l'autre.
Ceux des Tortues sont plus ovales , et offrent à leur surface des divisions qui imitent presque les circonvolutions cérébrales (pi. xn,
lîg. XX, XXI, o).
Dans la Couleuvre à collier et le Coluber thuringicuSj je les ai vus allongés , évidemment composés de segments placés à la suite les uns des autres , et situés à une assez grande hauteur , le droit toutefois plus haut que le gauche.
Enfin , les reins des Sauriens ressemblent presque à ceux des Grenouilles. Cependant je les trouve, dans un jeune Crocodile long de dix-huit pouces, composés de lobes analogues à ceux des Serpents , mais moins distincts les mis des autres ( pi. xii , fig. XIX, v) (3).
Les uretères sont courts dans les Grenouilles, les Salamandres et les Sauriens , et fort longs, au contraire, dans les Ophidiens. Chez les Reptiles , comme chez les Poissons , ils naissent de la substance rénale par des racines déliées , qui se réunissent en un seul tronc. Ce dernier s'ouvre dans le cloaque, après s'être uni, chez les Grenouilles, avec les vaisseaux spermatiques.
Dans les Serpents , les Boas surtout ,
(1) Monografia delproteo , pag. 87.
(2) Ce rapport des reins avec les sacs pulmonaires et celui de ces organes avec la vessie natatoire , chez les Poissons , sont remarquables à plusieurs égards.
(3) Cuvier croyait avoir l'emarqué que les reins des Crocodiles âgés sont plus divisés que ceux des jeimes. [Anat. comp., tora. V, pag.232.)
Davy (4) a trouvé , entre le cloaque et le rectum, un réservoir particulier d'urine, séparé de ces deux organes par des muscles sphincters , et qui , bien qu'une continuation de l'intestin , a cependant pour usage de recevoir et d'évacuer l'urine. Celie-ci ressemble à de la bouillie, et consiste eu acide urique presque pur.
Mais ce qu'il y a surtout de remarquable, c'est la vessie fort ample de certains Reptiles, qui cependant n'a que des connexions médiates avec les uretères, dans le Protée et les Batraciens, car elle naît en devant du cloaque, tandis que les uretères s'ouvrent en arrière dans cette cavité. De pareilles vessies se rencontrent chez les Reptiles des deux premiers ordres , c'est-à-dire chez les Grenouilles, les Salamandres et les Chéloniens , et elles y ont une ampleur considérable , proportionnellement à la taille de l'animal. Ainsi, par exemple, dans la Salamandre, les deux moitiés de la poche, après avoir été soufflées, représentent une capacité qui égale les deux tiers de celle du corps entier. Townson (5) a même remarqué qu'une Rainette faisait sortir de cette poche une quantité de liquide équivalente au quart de son propre poids , et il cite en outre l'observation de Perrault , qui y a trouvé plus de douze livres d'un liquide clair comme de l'eau, dans une grande Tortue terrestre.
La forme de cette vessie n'est point la même partout. Cependant , en général , par exemple dans les Grenouilles , les Salamandres (pi. XIII , fig. I , m) et plusieurs Chéloniens , on la trouve pourvue de deux cornes latérales arrondies , qui me paraissent être une répétition du renflement vésiculeux que l'oviducte off^re de chaque côté chez les Grenouilles surtout. Un organe analogue existe, d'après Cuvier , dans les Iguanes, les Tupinambis , les Caméléons , les Dragons , les Stellions , et suivans les observations d'Emmert et Hœchstetter (6) , confirmées par les miennes , dans le Lézard gris et l'Orvet, où cependant il est plus petit. Les autres Reptiles, et particulièrement la plupart des Ophidiens, paraissent en être privés.
(4) Meckel's ArcMv., tom. VI , pag. 346.
(5) Tracts and observations in, natural history ,
(6) Reil's Archiv., tom. X, cah. i, pag. 114.
L'étude du développement des Grenouilles et des Salamandres m'a fourni, sur la signification de cet organe , des données intéressantes, dont je vais présenter en peu de mots les points essentiels. Si Ton examine l'œuf de la Salamandre terrestre, on y voit le fœtus tout à fait libre et sans cordon ombilical. Ici, par conséquent , ce qui ne nous est connu , chez les animaux supérieurs, que comme organe externe de développement , se trouve déjà des très-bonne heure contenu dans l'embryon lui-même. Le sac vitellin est donc renfermé dans la cavité abdominale , et l'on doit en dire autant de l'allantoïde, qui n'apparaît néanmoins que comme simple vessie urinaire, puisqu'on ne l'aperçoit point hors du corps de Fembryon, tandis que, dans les Sauriens et les Oiseaux , elle fait saillie au dehors, pour jouer le rôle de branchie, meurt ensuite, et laisse encore une sorte d'ouraque, qui a quelquefois l'aspect d'une petite vessie urinaire. Or , ces diverses particularités expliquent le volume considérable de la vessie, sa sructure entièrement membraneuse, ou du moins très-faiblement musculeuse, et la marche particulière de ses veines, dont j'ai pu me convaincre sur la Salamandre , à la faveur des injections ; en effet , ces vaisseaux aboutissent aussi à la veine ombilicale , qui reste ici perméable pendant toute la vie , au lieu de se convertir , comme chez l'homme , en ligament rond du foie. Chez la Tortue bourbeuse, ils s'abouchent de même avec les deux vaisseaux analogues à la veine ombilicale simple de l'homme.
La fonction de cet organe a été , pendant longtemps , aussi peu connue que sa véritable signification. On ne le considérait jamais que comme un réservoir de l'urine , et l'on attribuait même des qualités vénéneuses au liquide que les Crapauds et les Grenouilles dardent dès qu'ils viennent à être poursuivis. L'excellent observateur Townson a , le premier , émis sur ce sujet des idées plus exactes, dont j'ai déjà parlé plus haut. Il a toujours trouvé le liquide en question limpide comme de l'eau , même chez les Crapauds , et absolument insipide. En même temps , il fait remarquer que la sécrétion rénale devrait s'accomplir avec une rapidité extraordinaire ,
pour qu'il fût possible que les grands réservoirs , contenant ce liquide , fussent de simples vessies urinaires. Aussi lui semble-t-il vraisemblable qu'ils servent principalement de dépôt à l'humidité que la peau absorbe en si grande abondance. Dès lors, il ne reste plus de doute qu'à l'égard des voies par lesquelles le liquide absorbé peut s'y rendre ; mais je pense qu'outre les veines, dont tant d'expériences modernes ont démontré la faculté absorbante , les grandes cellules lymphatiques jouent ici un rôle considérable. Quant à l'eau que l'animal darde en fuyant , il ne s'en débarrasse ainsi que pour rendre son corps plus léger : aussi Townson n'a-til plus rien observé de semblable chez les Batraciens devenus assez familiers pour ne plus s'effrayer quand on y touchait. D'un autre côté , cependant , Townson a fait , sur la Testudo orbicularis (1) , une observation fort remarquable , de laquelle il semble résulter que cette Tortue a la faculté de pomper immédiatement l'eau par l'anus, car, lorsqu'elle avait été mise dans de l'eau teinte avec du tournesol , le liquide qui sortait ensuite de sa vessie était coloré. Ces phénomènes sont d'autant plus dignes de fixer l'attention , qu'ils confirment pleinement ce que j'ai dit de la répétition de la fonction respiratoire par la sécrétion urinaire. En effet , de même que les animaux qui respirent l'eau séparent celle-ci de l'air , qu'ils réunissent dans une vésicule , de même aussi ceux qui respii'ent l'air rassemblent , dans une autre poche , de l'eau qui pourrait tout aussi bien concourir à leur respiration que l'air de la vessie natatoire à celle des Poissons ; surtout si cette poche doit être considérée précisément comme allantoïde , c'est-à-dire comme un organe que les embryons de Sauriens et d'Oiseaux nous apprennent être une véritable branchie , et s'il se confirme que certains Reptiles ont la faculté d'y pomper l'eau de la même manière que les animaux inférieurs l'attirent dans leurs cavités branchiales.
Au reste , ce qui prouve que le liquide contenu dans ces vessies ne peut nullement être de l'urine , c'est-à-dire une sécrétion des reins, c'est que les belles expériences de Schreibers (2) ont appris que l'urine des Lé-
(1) Loc.cit., pag. 70.
(2) Gilbekt's Annalon derPhysik, t. XLlll, p. Ii3.
ORGANES SÉCRÉTOIRES
zards n'est point liquide , mais constitue une masse blanche et fiiable , une sorte de calcul iirinaire naturel , dont l'analyse , faite par Scholz , a donné pour résultat quatre-vingtquatorze parties d'acide urique , deux d'ammoniaque , et trois trente-trois centième de phosphate calcaire (1).
L'existence de véritables capsules surrénales ne peut point être démontrée partout dans la classe des Reptiles. Les organes que quelques anatomistes ont décrits comme tels , dans les Grenouilles et les Salamandres , paraissent appartenir davantage à l'appareil génital. Mais Bojanusa trouvé, dans les Tortues, au bord interne des reins , quelques corps glanduleux oblongs , qui ne peuvent être rapportés qu'aux capsules surrénales (pi. xn, fig. xx, xxi, p) (2).
c. Oiseaux.
Si l'on ouvre la cavité du tronc d'un Oiseau , et qu'on en examine avec soin la paroi lergale , on trouve , dans la moitié supérieure et des deux côtés, entre les corps saillants des vertèbres du dos et les côtes , une masse aplatie , spongieuse , d'un rouge clair , qui est le poumon ; mais , dans la moitié inférieure , les enfoncements compris entre les corps des vertèbres sacrées et les saillies en forme de côtes des os iliaques , logent d'autres masses plates , et d'une couleur plus foncée , qui sont les reins (pi. xv , fig. x , w ). Ici donc les reins répètent le type des poumons, même sous le point de vue de leur situation , par laquelle ils annoncent également , entre leur fonction et celle de la génération , un rapport analogue à celui qui existe entre la respiration etle mouvement.
La masse des reins est encore très-considérable , proportion gardée , chez les Oiseaux. Ou peut s'en convaincre déjà par leur volume , mais plus encore par leur poids. Les recherches de Tiedemann (3) nous apprennent qu'ils en ont un fort grand chez les Palmipèdes et les Echassiers , où le foie est également fort
(1) L'analyse de l'urine du Le'zard , par Davy, et celle de l'urine des Tortues, par Stoltze (dans Meckel's Archiv., tom. VI, pag. 348, 349), donnent aussi, somme totale , le même résultat.
(2) On trouvera encore plusieurs autres détails sur les organes urinaires des Reptiles dans Fink , De amphibiorumsystemateuropoëtico , Halle, 1827.
(3) Zoologie , tom. Il , pag. ^A2.
gros , et où leur poids va jusqu'à 1 /62 ( Vanneau), et même 1/38 ( Harle ) de celui du corps, tandis qu'il n'en est que 1/96 dans la Cresserelle.
On peut assigner pour causes à cette proportion considérable de la masse des reins chez les Oiseaux, la prédominance de la respiration et des sécrétions dans cette classe , le peu d'ampleur des poumons , malgré la grande extension des voies respiratoires , la diminution de la perspiration cutanée , qui , même chez l'homme , entraîne une activité plus énergique de la sécrétion rénale , enfin , la faible quantité d'eau qui s'échappe par les voies respiratoires (4) , les Oiseaux n'ayant jamais l'haleine vaporeuse, même pendant les froids les plus vifs.
Comme dans les classes précédentes , les reins des Oiseaux ont encore une structure peu complexe. Les uretères ont des racines simples provenant de chacun des lobes dans lesquels ces organes sont divisés , soit par les vaisseaux qui s'y rendent , soit par les crêtes osseuses sur lesquelles ils reposent , et dont on peut surtout distinguer deux , l'un supérieur plus petit , l'autre inférieur plus grand.
Les reins sont entourés de tissu cellulaire , et leur face antérieure, comme celle des poumons , est tapissée par le péritoine. Les uretères descendent le long de la paroi tergale du bassin ; ils sont manifestement musculeux , et s'insèrent dans le cloaque , au bord du rectum.
L'urine des Oiseaux ressemble d'ailleurs beaucoup à celle des Sauriens (S 731 ). Elle contient également une si grande quantité d'acide urique , de carbonate et de phosphate calcaires , que , semblable à celle de ces Reptiles , elle ne tarde pas se concréter après sa sortie du corps , et forme ordinairement , autour des excréments , un enduit blanc que l'action de l'air convertit bientôt en une masse friable.
Suivant Cuvier , l'Autruche et le Casoar sont les seuls Oiseaux qui aient la faculté d'évacuer séparément leur urine et leurs excréments ; cependant , il m'est souvent arrivé , chez d'autres espèces , notamment chez les Poules ayant un œuf engagé dans l'oviducte ,
(4) Tiedemann a surtout signalé les deux dernières de ces causes.
de trouver la dernière dilatation du rectum fortement distendue par des matières fécales , sans qu'il eût pénétré aucune parcelle de ces dernières dans le cloaque , qui ne renfermait que quelques concrétions urinaires.
Il n'y a point de vessie urinaire chez les Oiseaux , parce que leur allantoïde , qui , durant l'âge fœtal , communique avec le cloaque par l'ouraque , a coutume de s'oblitérer complètement.
Cette classe est la première dans laquelle les capsules surrénales existent partout ; mais, comparées au volume énorme des reins , elles sont beaucoup plus petites que chez l'homme , par exemple. De même nous avons trouvé que la rate avait un volume inverse de celui du foie , et qu'elle n'existait pas chez les Mollusques pourvus d'un très-gros foie , tout comme il n'y a point de capsules surrénales chez les Poissons et les Reptiles branchies , dont les reins sont si volumineux. Ces organes sont situés entre les lobes supérieurs des deux reins , tout à fait auprès des testicules ou des ovaires , un peu lobés la plupart du temps, ovales et d'un jaune rougeàtre. Meckel y a observé deux substances différentes dans le Casoar. Suivant Tiedemann (1) , c'est pendant la saison des amours qu'ils sont le plus gros. Tannenberg assure aussi qu'un prolongement en cul-de-sac du conduit séminal se perd dans leur substance.
d. Mammifères.
Le type humain se reproduit ici chez la plupart des Mammifères. Aussi les reins ontils en général une structure plus compliquée, de sorte qu'on peut y distinguer plusieurs substances , des papilles qui exsudent l'urine, et des calices qui reçoivent ce liquide , pour le transmettre à un bassinet commun , d'où il coule , le long des uretères , jusque dans la vessie chargée de l'évacuer enfm par les parties génitales. Cependant , il ne manque pas non plus de formes qui se rapprochent de celles dont j'ai parlé jusqu'ici.
Les reins ont une structure toute particulière dans les Cétacés. De même que ceux des animaux qui appartiennent aux classes
(1) Loc. cit., pag. 5aG.
précédentes , ils sontformés de lobes distincts, et ressemblent plus à une glande conglomérée ordinaire qu'à mi organe sécrétoire spécial et constituant un tout à part. Ceux de la Baleine consistent en plus de deux cents lobules coniques et isolés , dont le côté le plus large regarde en dehors , de manière que Hunter (2) compare la face externe de l'organe entier au pavé d'une rue. Chacun de ces lobules offre à l'intérieur une substance tubuleuse bien marquée , et il se termine par une papille qu'entoure un calice membraneux. Les calices eux-mêmes vont toujours en se rétrécissant , et finissent par se réunir tous en un seul uretère , qui sort de l'extrémité inférieure et la plus étroite du rein.
La structure de ces organes est tout à fait la même aussi dans les Phoques ( pi. xix , fig. xxv ) , la Loutre et l'Ours , quoique le nombre des lobules aille toujours en diminuant , et que les calices n'aboutissent plus immédiatement à l'uretère , mais se réunissent d'abord en un réservoir commun , le bassinet.
La division des reins en lobes distincts devient moins sensible encore chez la plupart des autres Mammifères, où elle s'aperçoit surtout pendant les premières périodes de la vie , même chez l'homme. Mais le nombre des lobes , indiqué à l'intérieur par celui des papilles , va toujours en diminuant , à tel point qu'on ne trouve plus qu'une seule papille chez les Rongeurs , dont le rein est lisse à l'extérieur et de forme conique.
Je dois encore faire remarquer , par rapport à la situation des reins , que celui du côté droit est presque toujours plus élevé que celui du côté gauche , chez les grands Mammifères comme chez les petits.
Le trajet des uretères ressemble à celui que ces canaux suivent chez l'homme. Tous deux finissent par aboutir à une vessie urinaire. Il n'y a d'exception sous ce rapport que pour les Monotrèmes , qui rappellent la conformation des Reptiles, en ce sens que leurs uretères s'ouvrent dans un canal commun à l'appareil urinaire et à l'appareil génital , et qui mène dans le cloaque , de sorte qu'ils n'ont point de communication immédiate avec la
(2) Philos. Trans., 1787 , pag. 413.
ORGANES SECRETOIRES.
vessie ( pi. xx , fig. viii , ix). Cette organisation semble prouver que , chez les Monotrèmes comme chez les Reptiles et les Oiseaux , l'allantoïde , de l'ouraque de laquelle la vessie des Mammifères est un résidu, doit naissance à une dilatation du rectum , à un cloaque, origine qu'il est beaucoup plus difficile de démontrer chez les autres Mammifères.
La forme de la vessie ne varie guère. Cependant, la forme allongée que cet organe revêt chez plusieurs Rongeurs et notamment chez de jeunes Mammifères , par exemple dans le Veau , est remarquable en ce qu'elle démontre que l'organe lui-même n'est bien réellement qu'une partie de l'ouraque.
Du reste , il est fréquent de rencontrer la vessie fort petite , surtout en proportion des organes génitaux (vésicules séminales, testicules , ovaires ). Le Hérisson et beaucoup de Rongeurs (pi. xx, fig. vi, d) en fournissent des exemples. On avait prétendu que la vessie des Mammifères herbivores était toujours plus volumineuse que celle des Carnivores : Cuvier a réfuté cette erreur , et fait voir que la différence du volume ne tient pas au genre de nourriture , mais au plus ou moins d'épaisseur des couches musculaires, de sorte que les Carnivores ont une vessie plus petite , parce que cet organe a chez eux une texture musculeuse plus prononcée , qui d'ailleurs prédomine évidemment dans toutes les parties de leur corps.
Les capsules surrénales sont en harmonie avec les reins. Ainsi, d'après Cuvier, elles se partagent, comme ceux-ci, en plusieurs lobes distincts , dans les Pinnipèdes , tandis que leur forme , tantôt semblable à celle d'un haricot et tantôt triangulaire , chez les Mammifères terrestres , rappelle également celle que les reins affectent le plus souvent dans ces animaux. Au reste , il est digne de remarque qu'il existe , entre leur masse et celle des reins , le même rapport qu'entre celle du foie et cle la rate, c'est-à-dire qu'on les trouve d'autant plus petites que les reins sont plus volumineux. Ainsi, elles sont fort grosses dans les Rongeurs , où leur rapport au rein est de 1 : 8 à 5 dans le Cochon d'Inde , selon Cuvier , tandis qu'elles sont très-petites dans les Pinnipèdes (1 : 150, dans le Phoque , d'après Cuvier). Cuvier n'a observé de ca-
vité, dans leur intérieur, que chez l'Eléphant; mais j'en ai aperçu quelquefois une aussi dans de jeunes Cochons et Chiens.
Les capsules surrénales varient suivant l'âge, dans les Mammifères , comme chez l'homme , où l'on sait qu'elles sont fort grosses pendant la vie fœtale , plus petites chez l'adulte , et réduites presque à rien dans un âge avancé.
3. Organes des sécrétions qui se rapportent A l'appareil respiratoire lui-même.
Nous avons eu plus d'une fois l'occasion de remarquer qu'aux sécrétions les plus importantes viennent s'en joindre d'autres encore qui sont moins essentielles , ce dont la sécrétion muqueuse dont la vessie urinaire est le siège fournit un exemple. Quelque chose de semblable se passe aussi dans les voies respiratoires , et l'on doit rapporter ici nonseulement la perspiration de substances aqueuses qui s'opère par la peau et les poumons, mais encore les sécrétions muqueuses qui ont lieu dans l'appareil respiratoire proprement dit , tant branchial que pulmonaire. Cependant les organes qui accomplissent ces excrétions accessoires font tellement partie intégrante de ceux dans lesquels on les rencontre , qu'il appartient plus à la physiologie qu'à l'anatomie d'en retracer l'histoire. Je ne m'occuperai donc point d'eux, quoique leur étude promette, de toutes manières, plusieurs résultats intéressants, parmi lesquels il suffira de rappeler la perspiration pulmonaire, si abondante chez les Mammifères, tandis qu'elle se réduit presqu'à rien chez les Oiseaux (§ 732). Je me bornerai à parler de certains organes glanduleux qui , bien qu'ils ne fournissent pas plus de sécrétion apparente que les capsules surrénales, n'en peuvent et doivent pas moins , si l'on en juge déjà par leur présence ou par leur diminution de volume (voyez la note au g 734'), avoir d'importantes connexions avec la fonction respiratoire , puisque , soit chez des animaux divers, soit chez un même animal à différentes époques de sa vie , ils subissent des modification considérables et proportionnées à celles qu'éprouve la fonction elle-même. On voit qu'il s'agit du thymus et de la thyroïde.
Thymus et Thyroïde.
Chez l'homme , ces deux organes semblent appartenir spécialement aux premières périodes de la vie, et le thymus s'efface même peu à peu par les progrès de l'âge. Au premier aperçu , on serait tenté de croire qu'il y a contradiction entre ce fait et celui que le thymus et la thyroïde manquent chez les animaux inférieurs , qu'on ne les trouve pas partout chez les Reptiles et les Oiseaux , et que les Mammifères sont les seuls chez lesquels on puisse admettre bien positivement leur existence. Mais la contradiction disparaît en partie lorsque nous pensons que , la cavité respiratoire étant moins parfaite , ou, ce qui mérite surtout d'être pris en considération , moins isolée du reste du corps , dans les classes inférieures , la respiration elle-même peut y être plus aisément suppléée par un surcroît de développement et d'activité d'autres organes, notamment du foie (1) et des reins, tandis que , l'appareil respiratoire des Mammifères étant plus parfait, on conçoit sans peine la formation , chez ces animaux , d'organes propres à compenser la faiblesse pkis grande avec laquelle la respiration s'opère en eux , pendant la vie fœtale surtout.
Il a donc été impossible jusqu'à ce jour de découvrir aucune trace de thymus ni de thyroïde dans les Poissons, à moins qu'on ne veuille y rapporter une structure glanduleuse dont je parlerai plus tard en décrivant le cœur de l'Esturgeon. Si même on était tenté d'établir un parallèle , d'ailleurs curieux , entre la vessie natatoire et le thymus , on ne tarderait point à se trouver arrêté , en voyant qu'il semble résulter d'une étude approfondie du rôle joué par la vessie natatoire, que l'office exhalatoire de la respiration ne lui appartient qu'en partie , qu'elle continue à remplir sa fonction avec la même activité après qu'avant le complet développement de l'animal , et qu'on ne saurait démontrer , entre elle et les branchies, un antagonisme
(1) Sous ce rapport il est digne de remarque que le foie des Reptiles , et en partie aussi des Oiseaux , qui se porte si loin au devant des poumons et entoure le cœur presque à la manière du thymus , semblent être un indice de ce dernier organe , même eu égard à sa position, absolument comme les glandes salivaires des Mollusques, qui s'enfoncent dans la cavité abdominale, sont celui du pancréas.
semblable à celui qui existe entre les poumons et le thymus.
A l'égard de la classe des Reptiles, je trouve , dans les Grenouilles , de chaque côté de l'hyoïde , et à la partie interne de la vésicule laryngienne , deux coq)s rougeàtres (pi. xHi, fig. IV, d) , qui portent , à n'en pas douter, le caractère de thyroïdes. Leur structure évidemment glanduleuse, jointe à leur couleur , les distingue très-bien des petits amas de graisse que G.-R. Treviranus (2) a décrits sous le nom de thyroïde et de thymus, et qui , se développant à l'arrière-saison , disparaissent au printemps (3). Comme la production de la graisse se rapproche de la respiration , en ce qu'elle est due à une sécrétion de matériaux combustibles , on pourrait , jusqu'à un certain point , comparer ces corpuscules adipeux à la thyroïde et au thymus, qui paraissent être destinés par leur conformation à consommer des matériaux analogues; mais ils seiTiblent se rapprocher davantage des accumulations de graisse qui ont lieu chez les animaux hibernants.
Je trouve aussi un thymus bien développé dans la Tortue bourbeuse. C'est un corps rougeâtre , presque cordiforme , et long d'un demi-pouce environ, qu'on aperçoit entre les artères axillaires émanées de l'aorte ascendante.
Un corps glanduleux oblong, qui se voit au-dessus du cœur , dans les Ophidiens , semble également pouvoir être considéré avec raison comme le représentant de la thyroïde et du thymus.
Enfin je suis tenté de rapporter ici deux corps allongés, demi-adipeux et demi-glan-
(2) Vermischte Schriften , tom. I , pag. 96. A cette occasion , Treviranus dit que les ganglions décrits par moi au nerf grand sympathique de la Grenouille , sont de simples amas de graisse autour des nerfs; cependant il aurait pu se convaincre, par un examen attentif de la figure que j'en ai donnée, que je n'entendais point parler des ganglions situés à la partie antérieure du cou , mais des gros ganglions supérieurs qui se voient surlesnerfSjintervertébraux du cerveau et de la moelle épinière ( Versuch ueber das Nervensy stem, pag. 180), et que Weber aussi ( Anat. comp. nervi sympathici, pag. 41 ) a démontré appartenir , en grande partie, au nerf grand sympathique.
(3) Huschke partage aussi cette opinion , dans ses belles observations sur la métamorphose du canal intestinal et des branchies dans les têtards de grenouille. [Isis, 1020, pag. G13.)
SYSTEME VASCULAIRE
duleux , que j'ai trouvés des deux côtés du cou , chez quelques jeunes Crocodiles (pi. xu, fig. XIX, e).
Il n'y a non plus , chez les Oiseaux , qu'un organe équivoque qui puisse être rapproché de ceux dont je m'occupe ici. En effet , on aperçoit des deux côtés de la trachée-artère , au voisinage du larynx inférieur , et par conséquent à l'entrée de la cavité pectorale , une paire de glandes ovales, rougeâtres, à grains fins , qui, d'après Meckel (1), appartiennent surtout aux jeunes individus , dont les adultes ne lui ont offert de traces que dans quelques espèces d'Oiseaux plongeurs , et qu'il considère d'après cela comme les analogues du thymus. Tiedemann objecte contre cette opinion ['2) qu'on les rencontre aussi dans d'autres espèces ( Faucon , Héron , Outarde , Pigeon , Pie , Etourneau ) , ce qui , joint à leur situation non loin des organes vocaux (du larynx inférieur), le porte à les regarder, avec Ballanti, comme les représentants de la thyroïde.
Il ne serait pas impossible que , chez- les Oiseaux, comme chez les Serpents ou les Crocodiles , les deux organes se trouvassent réunis et confondus en un seul.
C'est dans les Mammifères qu'on rencontre d'une manière bien positive le thymus et la thyroïde.
Le thymus appartient partout aux fœtus des animaux de cette classe. Mais les excellentes recherches de Meckel nous ont appris que les seuls chez lesquels on l'observe aussi pendant l'âge adulte, paraissent être ceux dont la respiration se trouve quelquefois suspendue pour un laps de temps plus ou moins long, c'est-à-dire ceux qui plongent dans l'eau , fouissent la terre et s'endorment en hiver. Ainsi, les Rongeurs hibernants et fouisseurs , la Belette , la Taupe , le Hérisson , les Ours , les Loutres , et probablement aussi tous les Pinnipèdes , ont un thymus qui persiste au moins pendant longtemps , et
(1) Abhandhungen ausdermenschlichen und vergleichenden Anatomie und Physiologie , Halle , 1807.
(2) Zoologie , tom. Il , pag. 608. — Tiedemann présume que ces organes existent chez la Poule d'eau, où 3'ai rencontré, en etf et, ces corps glanduleux à l'endroit ordinaire , mais plus petits , plus arrondis et plus jaunes.
qui , parfois très-volumineux , remonte souvent jusqu'au cou, ou se partage en plusieurs lobes.
La thyroïde paraît appartenir également à tous les Mammifères ; car Cuvier l'a trouvée jusque chez les Cétacés , auxquels Hunter la refusait. Cependant, il est de remarque que , dans le Dauphin et le Phoque, elle se compose de deux moitiés tout-à-fait séparées et rappelant en quelque sorte les glandes latérales du larynx inférieur de l'Oiseau. Cette séparation a lieu aussi dans beaucoup d'autres Mammifères, tels que l'Éléphant, les Solipèdes , les Chiens , les Chats , les Chéiroptères et plusieurs Rongeurs , du moins pendant l'âge adulte , tandis que , durant la vie fœtale , ou chez les sujets fort jeunes , les deux lobes sont tantôt plus volumineux , tantôt confondus en une seule masse. Du reste , la réunion des deux moitiés par un ou plusieurs ponts transversaux a lieu aussi dans des sujets complètement développés , par exemple chez les Singes , les Ours et plusieurs Rongeurs , comme chez l'homme lui-même.
On ne doit point perdre de vue néanmoins que la thyroïde de l'homme est , proportion gardée , plus volumineuse que celle d'aucun autre Mammifère , ce qui peut servir d'argument à ceux dans l'opinion desquels la fonction qu'elle remplit se rattache d'une manière intime à la production de la voix.
Un coup d'œil jeté sur tous les organes sécrétoires dont il a été question jusqu'ici, montre bientôt que l'homme n'est point avantagé à leur égard, comme nous avons vu qu'il l'était par rapport aux appareils précédents. Les systèmes qui se rattachent purement à la nutrition , qui ressentent le moins l'influence du système nerveux, et où la vie s'accomplit sans conscience , sont précisément ceux sous le point de vue desquels la ligne de démarcation établie entre l'homme et les animaux est le moins tranchée.