‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 155 sur 318 · OOZOAIRES · texte numérisé non relu

OOZOAIRES

Si l'étude approfondie des formes animales inférieures est toujours d'une haute importance pour l'intelligence des grandes fonctions de la vie , celle des premières formes que le système vasculaire affecte chez les animaux privés de moelle épinière et de cerveau est surtout fort essentielle pour faire concevoir la physiologie de la circulation. Elle a pour principal résultat de mettre aussitôt sous les yeux deux vérités souvent trop peu senties par les physiologistes qui envisagent uniquement l'organisation humaine , savoir : 1° que la formation et la nutrition du corps peuvent avoir lieu et ont lieu réellement sans système vasculaire spécial, sans circulation d'une masse particulière d'humeurs; 2" qu'une circulation complète peut être indépendante de l'action d'une force musculaire dévolue à des organes pulsatifs ou à des cœurs.

Si du reste, l'on demande ce qu'il faut considérer, dans le règne animal, comme le premier indice d'une organisation spéciale pour la circulation des humeurs, il me paraît qu'on doit désigner l'état de choses que Grant (1) a observé avec soin dans les Eponges , et il n'est pas sans intérêt que les Oozoaires qui se rapprochent le plus des plantes , c'est-àdire les Phytozoaires , soient précisément ceux qui nous fournissent cet exemple, puisque le phénomène de la circulation se trouve déjà assez développé dans les végétaux euxmêmes, et surtout dans le Charagnes (2).

(1) Outlines of comparative anatomy London, 183i5, in-80.

(2) Voyez l'histoire de cette circulation par Agardh {Act. acad. Leop.,ioia.XÏH ,P. i, pag. lis) , et par Raspail, Nouveau système de chimie organique. Paris, .1833 , in-80 , pag. 317 et pi. 6.

L'eau de la mer circule en effet dans les canaux des Eponges, à la faveur des légères oscillations qu'exécutent les parois de ces conduits, et comme le phénomène tient en même temps lieu ici de la respiration , il en résulte que cette dernière fonction et la circulation s'y réunissent et s'y confondent absolument sur un même point.

Un animal plus parfait, du même ordre, la Plumalella calcaria (3) , m'a offert un phénomène déjà plus relevé ; chez lui , le vide existant entre le sac stomacal et l'enveloppe extérieure du corps, renferme de l'eau claire, dans laquelle on observe quelquefois un mouvement régulièrement circulatoire ou tournoyant et par conséquent analogue à celui qu'on remarque dans le Charagnes.

A Tégad des Infusoirs , Ehrenberg a observé, dans la cavité abdominale des Rotifères, une certaine fluctuation du liquide, qui serait par conséquent analogue au phénomène dont je viens de parler dans les Plumatelles. Il a même cru voir une sorte de système vasculaire naissant d'un vaisseau dorsal, et neuf paires de vaisseaux qui s'en détachaient à angle droit (4) ; mais il déclare que Corti et Gruithuisen se sont trompés en parlant d'un battement de cœur et d'un mouvement d'humeurs.

Comme j'ai déjà fait remarquer plus d'une fois que les Acalèphes offrent les préludes de l'organisation des Mollusques , on doit s'attendre à rencontrer chez eux un système vasculaire plus parfait. En effet , ils sont les premiers animaux chez lesquels non-seulement on observe une circulation complète , mais encore on commence à trouver la masse du sang douée d'une organisation spéciale ; car la forme globuleuse primaire de l'organisme s'y répète plus d'une fois , et l'on y voit nager des granules sanguins , dont la présence permet de constater la circulation (5). C'est surtout dans les Acalèphes cténophores , et en particulier dans le Césium najadis, que le système vasculaire se prononce bien , suivant Eschscholtz : de chaque tentacule naît un vaisseau, qui descend le long de l'esto-

(3) Voyez mes Tabulœ illustrantes, cah. III, p. 8.

(4) Organisation der Infusionsthierchen , Berlin , 1830, pag. 43.

(b) Eschscholtz, System der Akalephen, pag. 14.

mac, reçoit des sucs de ce viscère, gagne son fond, et s'y réunit avec les autres en un vaisseau circulaire dont le bord produit quatre troncs droits ; ceux-ci se dirigent vers les crêtes branchiales , d'où en proviennent d'autres , qui ramènent le sang au milieu du corps. Tous ces vaisseaux sont des conduits d'égal calibre, sans cœur. On voit les petits globules jaunâtres du sang remonter des tentacules et descendre dans les quatre vaisseaux supérieurs, tandis qu'ils tournent dans le vaisseau circulaire. Le plus important organe vasculaire est aussi un vaisseau annulaire dans les Béroïdées. Les conduits stomacaux ramifiés des Acalèphes discophores se réunissent également en un anneau vasculaire au bord du disque. Toutes ces conformations sont fort remarquables , tant comme prototypes des anses nerveuses , que comme conditions des vaisseaux circulaires dont je parlerai plus tard dans la figure veineuse du jaune de l'œuf des animaux supérieurs. On a aussi observé des vaisseaux et un mouvement de globules sanguins dans les Acalèphes svphonophores.

Les Échinidés , ont un autre genre de système vasculaire plus compliqué, qui se rapporte davantage aux organes locomoteurs, et qui, en cette qualité, renferme un liquide plus aqueux que sanguin. Nous devons à Tiedemann (1) les premières notions exactes sur ce singulier système difficile à concevoir, et à l'étude duquel Délie Chiaje s'est également livré avec application (2). Cependant il règne entre les descriptions données par ces deux naturalistes d'importantes dissidences , qui rendent de nouvelles observations nécessaires. Ce qu'il y a de certain, c'est que, soit dans les Holothuries, soit dans les Etoiles de mer et les Oursins, on trouve toujours deux divisions du système vasculaire, qui diffèrent par la nature du liquide qu'elles charrient et par la manière dont elles se distribuent. Ainsi, par exemple , le système vasculaire du canal intestinal des Holothuries renferme un liquide jaunâtre ou brunâtre , tandis que

(1) Anatomie dar Rœhrenholothurie, des pomeranzenfarbigen Seeslerns und des Steinseeigels , Landshiit. 1817, in-foL, fig.

(2) Memorie suUastoria e notomia.tom. I, pi. lï , tom. II, pi. XXI, XXVI.

celui de leur peau contient une humeur aqueuse et blanchâtre, dans laquelle nagent de petits globules bruns. Mais, dans l'état actuel de nos connaissances , on ne saurait décider si ces deux systèmes sont réellement privés de communication ensemble , comme l'admet Tiedemann, ou s'ils en ont une semblable à celle que Délie Chiaje a décrite et figurée. Il est toujours possible de distinguer une portion artérielle et une portion veineuse dans celui de ces systèmes qui a rapport au canal intestinal. Ainsi , par exemple dans les Holothuries , on trouve , au bord libre des circonvolutions intestinales , un vaisseau qui exécute des pulsations manifestes ( aorte ) , et qui forme , au commencement du canal intestinal, un anneau vasculaire, d'où partent des artères destinées aux organes génitaux , etc. Les veines sont placées au bord interne du canal intestinal : elles forment , à la région des organes respiratoires, quelques pinceaux vasculaires, presque semblables aux vaisseaux branchiaux des animaux supérieurs, et elles finissent par se réunir toutes en une veine cave , qui s'abouche ensuite dans l'aorte , ou qui , d'après Délie Chiaje , s'épanche dans l'ampoule du système vasculaire cutané (cœur), d'où l'aorte tire son origine. Le système vasculaire de la peau consiste en une , ou plus rarement deux ampoules oblongues et pourvues de fibres musculaires , qui s'ouvrent dans un anneau vasculaire situé autour de l'œsophage, d'où naissent cinq vaisseaux longitudinaux descendant sur les parois du corps ; ceux-ci se prolongent des deux côtés en des vaisseaux , transversaux, terminés en cul-de-sac, qui ont des connexions avec le petit pied. On n'observe point ici de vaisseaux etîérents , et le liquide n'est agité que d'un mouvement de flux et de reflux , la contraction de l'ampoule (pi. I, fig. XVI, q) le chassant dans les vaisseaux et le pied , et celle du pied le faisant revenir dans l'ampoule centrale.

Un même antagonisme règne entre le système vasculaire de la peau et celui du canal intestinal dans les Astéries et les Oursins. Cependant, je signalerai à l'attention des observateurs futurs un phénomène qui a lieu chez ces derniers animaux , et qui mérite de nouvelles recherches. Là où les canaux appartenant au système vasculaire de la peau

SYSTÈME VASCULAIRE

et de ses tentacules passent derrière les ambulacres , on aperçoit , en détachant une petite partie de ces conduits, sur l'animal ouvert vivant, et l'examinant au microscope, une circulation extrêmement vive de petits globules, qui ne cesse que peu à peu, et dont Délie Chiaje fait mention aussi. Il serait à désirer qu'on recherchât quel rapport peut exister entre ce mouvement et la circulation.

Quant aux Actinies , elles se montrent aussi sous ce rapport les plus imparfaits de tous les Oozoaires ; car les canaux que j'ai décrits en parlant des organes respiratoires , et qui reçoivent l'eau de la mer affluente dans leurs cellules et leurs tentacules, paraissent être la seule trace de système vasculaire qui existe chez elle-

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