Mollusques
a. Apodes et Pélécypodes.
Le système vasculaire des Gastrozoaires correspond d'une manière exacte au développement plus avancé des organes de la nutrition en général , du foie et des autres glandes en particulier. C'est dans cette classe qu'on voit apparaître pour la première fois une opposition bien tranchée entre la grande circulation par tout le corps et la petite circulation à travers l'appareil respiratoire.
Le mouvement du sang est très -simple dans les Biphores, selon Meyen. On ne peut point encore distinguer les artères des veines. Ces animaux ont un vaisseau dorsal, d'où partent des courants d'un sang incolore et chargé de globules oblongs, qui pénètrent dans la substance de l'animal , sans parois vasculaires. Ce vaisseau s'infléchit à l'extrémité postérieure du corps, pour s'anastomoser avec un vaisseau ventral analogue, et l'endroit où l'anastomose a lieu se dilate en un cœur pulsatif , déjà vu par Cuvier (pi. n, fig. I, ^). Un fait remarquable, c'est que, d'après Meyen (1), qui l'a observé surtout chez l'embryon , douze pulsations de suite poussent le sang dans une direction veineuse, et douze autres le chassent dans une direc-
(1) Nov. act. nat. cur. acad., vol. XVI, pag. 37G. — Avant lui , van Hasselt avait déjà vu ce flux et reflux du sang. ( Ann. des se. nat., t. III , p. CO.
tion artérielle , de sorte qu'il n'y a point ici de véritable circulation.
Quand il existe une cavité branchiale appartenant en partie au canal intestinal , comme chez les Ascidies , le système vasculaire est également développé d'une manière fort incomplète. Du moins n'ai -je aperçu , dans une grande espèce très-voisine de l Ascidia microcosmus, qu'une simple cavité membraneuse au fond du sac musculeux ; cette cavité semblait recevoir les humeurs du foie , au moyen de quelques branches , et les. distribuer dans les autres régions du corps par un canal situé au côté dorsal.
Chez les Pélécypodes, qui sont munis de si grandes lames branchiales, les veines du corps conduisent le sang dans les vaisseaux branchiaux, d'où les veines branchiales le ramènent au cœur, qui le répand ensuite dans le corps par le moyen d'un ou de plusieurs troncs artériels.
La forme et la situation de ce cœur varient beaucoup. Dans les Tarets, il est situé, suivant Home (2) , au côté tergal du corps (3) , et muni de deux ventricules, qui, après avoir reçu le sang des branchies par deux oreillettes, le lancent dans un renflement commun à la base de l'aorte. UArca Noœ possède , d'après Poli (4) et Cuvier, un cœur aortique particulier pour le sang branchial de chaque moitié du corps. Dans l'Huître, au contraire, le cœur est simple , situé entre le foie et le muscle adducteur des valves de la coquille, et tourné en avant vers les branchies. Son oreillette , encore simple (pi. ii, fig. ix, e) , communique cependant par deux branches avec le ventricule (d) ; elle reçoit la veine branchiale (a , b ) et les veines du corps , tandis que l'aorte (c) sort du ventricule.
Enfin , chez , les Pélécypodes à coquille équivalve , comme les Mulettes , on trouve le cœur au côté tergal , sous la charnière ,
(2) Philos. Trans., 1806, pag. 184.
(3) La situation du cœur au côté tergal est propre aux animaux privés de moelle épiniére et de cerveau ; ainsi que celle du principal cordon nerveux au côté ventral , elle annonce la prédominance de la vie végétative.
(4) Voyez les magnifiques planches du système vasculaire de l'Arche de INoë dans Testac. utriusque Sicîl.,i. II, pi. XXV. Poli donne des figures très-détaillées de celui de \di Pinna nobilis , pi. xxxTiii etxxxix.
dans un sac mince, à travers lequel on le voit manifestement battre quand on l'examine sur l'animal vivant retiré de sa coquille (pi. II, fig. xviii, D). Ici il est d'un jaune orangé , oblong (fig. xin), terminé en avant et en arrière par des troncs artériels , et pourvu de fibres musculaires robustes. Les deux oreillettes, qui reçoivent le sang des branchies, sont situées des deux côtés du cœur , et ont des parois très-minces. J'ai déjà parlé précédemment ( § 496 ) de la singulière organisation de ces Bivalves , chez lesquels le rectum passe au milieu du cœur. Le sang est très-aqueux, et contient quelques globules arrondis.
Un fait digne de remarque, c'est que, suivant Home , les Tarets ont déjà du sang rouge , tandis que les vaisseaux de tous les autres Mollusques ne charrient encore que des liquides séreux et limpides.
b. Brachiopodes et Cirripèdes.
Les Brachiopodes se rattachent aux Pélécypodes. Ce qui les distingue surtout, d'après Cuvier (1), c'est qu'ils ont deux cœurs tout à fait séparés l'un de l'autre, assez volumineux, et de couleur pourpre, dont chacun est placé à la base de la branchie de son côté, et ne se partage point en oreillette et ventricule.
La circulation des Cirripèdes est totalement inconnue encore. Ou a seulement conclu d'une pulsation remarquée derrière les téguments extérieurs , que ces animaux avaient un cœur ; mais les observations les plus minutieuses n'ont pu faire apercevoir à Wagner (2) de circulation dans les Balanes.
c. Gastéropodes, Ptéropodes et Crépidopodes.
Les animaux appartenant à ces ordres ont une circulation complètement double à travers le corps et à travers le poumon. Cependant le cœur est toujours simple, quoique sa forme et sa situation varient. Je vais d'abord décrire, à titre d'exemple , la disposition du système vasculaire chez quelques Gastéropodes.
Swammerdam avait déjà décrit et figuré
(1) JMém. sur les Mollusques , n" xxi.
(2) Zur vergleichenden Physiologie des Blutes. Leipzick, 1C33 , pag. C2.
assez bien le cœur et les principaux troncs vasculaires du Limaçon de vignes. Cuvier en a donné depuis une magnifique anatomie , ainsi que de plusieurs autres Gastéropodes. Le cœur de ce Mollusque, enveloppé par un péricarde mince , est situé à gauche , derrière la cavité pulmonaire , entre elle et le foie (3). Au moyen d'une large veine pulmonaire et d'une oreillette arrondie (pi. m, fig. IV, p, q), le sang, qui ressemble en quelque sorte à du lait bleuâtre, pénètre dans un ventricule (r) musculeux , presque triangulaire et pourvu de valvules, d'où naît l'aorte, un peu renflée à sa base , qui le distribue à tout le corps. Il revient par une grosse veine cave, située à la concavité des circonvolutions du corps (fig. m, m) , et par une autre plus petite, placée à leur concavité (fig. m , n) ,• qui s'anastomosent ensemble par un canal de jonction (fig. m, o) , d'où proviennent les artères pulmonaires. Celles-ci se ramifient sur la paroi interne du poumon , et se continuent avec les veines pulmonaires , qui versent le sang dans l'oreillette du cœur. Ainsi l'absence d'un cœur pulmonaire fait qu'ici la petite circulation ressemble parfaitement à celle de la veine porte chez l'homme.
Le sang lui-même ne contient jamais que des granules épais et de forme globuleuse. Il est surtout remarquable parla grande quantité de carbonate calcaire qu'il renferme , et qui est cause qu'il fait effervescence avec les acides (4).
On compte trente-cinq à quarante-cinq pulsations du cœur par minute.
Lorsque la respiration s'exécute à l'aide de branchies , le cœur est presque toujours situé immédiatement derrière elles. C'est ce qui a lieu dans l'Aplysie , dont le système vasculaire offre, d'après Cuvier , plusieurs particularités intéressantes. Des deux côtés du corps, en effet, on trouve deux fortes et musculeuses veines caves , qui s'ouvrent dans la cavité abdominale par des orifices spéciaux, qu'on pourrait considérer comme des suçoirs tenant lieu d'un système lymphatique particu-
(3) Situation qui, par conséquent , est déjà la même que cliez les animaux supérieurs.
(4) Voyez mon traité Ueber die Lehensbedingungen derweiss-und kalibluetigon Thiere , 1826, pag. 79.
SYSTÈME VASCULAIRE
lier (1). Ces deux troncs se réunissent pour donner naissanc^e à l'artère branchiale , des extrémités de laquelle le sang est ramené , par une veine pulmonaire , d'abord dans l'oreillette ( pi. ni , tig. I , /3 ) , puis dans le ventricule du cœur , d'où il est reçu par un gros tronc partagé en artère hépatique {") , artère gastrique (-r) et aorte (f). Cette aorte porte d'ailleurs encore à sa base une double crête particulière , qui se remplit quand on pousse des injections par l'artère , et qui reverse aussi son sang dans cette dernière.
Le cœur de la Paludina vivipara est également situé entre les branchies et le foie (fig. vni, n).
Le système vasculaire des Ptéropodes et et Crépidopodes est construit à peu près sur le même type.
Oiioiqu'on ne sache pas encore parfaitement quelle est la distribution des vaisseaux de la Clio , on sait cependant que , de ses branchies , proviennent deux veines , qui se réunissent en forme de Y , et dont le tronc commun (pi. ni, fig. x, m), aboutit au cœur (m'). Celui-ci , renfermé dans un péricarde , est situé à gauche, le long des viscères, et fournit les artères du corps.
Les Crépidopodes , qui , par leur coquille singulièrement segmentée , se rapprochent déjà des animaux articulés, ressemblent aussi à ceux des ordres supérieurs eu égard à la forme de leur système vasculaire. Ainsi Cu- "vier a trouvé , dans les Oscabrions , à l'extrémité postérieure du dos , au dessus de l'ovaire, et exactement dans le milieu, un cœur arrondi et oblong , qui reçoit le sang des veines branchiales , des deux côtes du corps , par un canal commun , médian et postérieur, et par deux autres canaux latéraux , tandis qu'il fournit , de sa partie antérieure , une aorte qui remonte le long du dos , et qui est destinée à répandre le sang dans le corps. Le sang revenu de la grande circulation se réunit en deux troncs veineux , qui , devenant ensuite artères branchiales , marchent de chaque
(1) Cuvier lui-même a paru plus tard être incertain de savoir si ces ouvertures existent réellement , ou si ce ne sont que des écartements entre les fibres musculaires, mais encore couverts d'une pellicule mince. Meckel partage cette dernière opinion ( System der vergleichenden Anatomie, t. V , pag. 128).
côté , le long du bord du corps où se trouvent les branchies , et fournissent les petites artères branchiales. Celle-ci, revenant sous la forme de veines branchiales , se réunissent en deux troncs , qui suivent la même marche et vont se jeter dans le cœur.
d. Céphalopodes.
Les organes de la circulation des Céphalopodes diffèrent de ceux de tous les autres Mollusques en ce qu'on trouve ici un plus grand nombre de cellules centrales ou de cœurs que chez nul autre animal. En effet , il y en a trois , un aortique , qui correspond au cœur simple ou double des autres Mollusques, et deux pulmonaires ^ qui poussent le sang du corps dans les vaisseaux branchiaux.
' Dans la Seiche ordinaire , qui , sous ce rapport, diffère très-peu des autres Céphalopodes , le tronc principal des veines du corps descend de la tête , se partage en deux branches tournées vers les deux branchies , et montre sur ces points une organisation qui paraît ressembler à celle, assez mal connue encore, il est vrai , des veines caves de l'Aplysie ; car les veines y sont garnies d'une multitude d'appendices glanduleux , qui communiquent avec elles, et pompent vraisemblablement des liquides de la cavité abdominale (2) ( pi. iv , fig. xviii , d , d). De chaque côté , ces troncs veineux se terminent par un cœur branchial muni d'un petit appendice ( fig. xviii , b , c ) , qui , au moyen d'une artère branchiale, pousse le sang séreux dans la branchie ellemême , d'où la veine branchiale , qui offre une légère dilatation ( e , f ) , le ramène de chaque côté au cœur aortique , dans lequel il pénètre par une ouverture que protègent des valvules. Le cœur aortique lui-même est fortement musculeux et placé en travers du corps ( a ) ; outre deux petites branches destinées aux organes de la génération et à la bourse du noir , il fournit en haut le tronc artériel principal (g) , dont la base offre aussi
(2) Meckel {System der vergleichenden Anatomie, tom. V, pag. 13C) est enclin à regarder ces appendices du tronc de la veine cave comme un rudiment de la veine porte. Du reste, Owen nous apprend qu'il existe aussi quelque chose d'analogue dans leNautihispompilius , où la grande veine du corps est percée d'une multitude d'ouvertures qui pénètrent dans la cavité abdominale.
un renflement. Ce tronc envoie ses ramifications aux diverses parties du corps (fig. vin , s , t) , et , de même que le système nerveux , il forme dans la tête un anneau autour de l'œsophage.
Le sang des Céphalopodes est incolore et comparable à de l'albumine étendue d'eau. Suivant Wagner (1) les globules du Poulpe musqué {Octopus moschatus) sont ronds , un peu disciformes , et pour la plupart incolores ; cependant on en remarque quelques-uns qui sont d'un violet foncé.