Animaux articulés
Il est digne de remarque que , dans cette
(2) Bibel der Natur, pi. 82, fig. v.
ORGANES GÉNITAUX
classe , où , généi-alement parlant , la forme extérieure se développe beaucoup , non-seulement les sexes sont toujours de plus en plus distincts , et l'organisation se dessine de manière à permettre un accouplement parfaitement simple , mais encore le sexe lui-même imprime un type particulier à la forme totale, de manière que , sous le rapport de la taille , de la couleur, et même du développement des divers segments du corps , on rencontre souvent, entre les mâles et les femelles, des différencesconsidérables, auxquelles la zoologie a surtout égard dans la classe des Insectes , mais qui se prononcent déjà chez les Vers. Rien de semblable n'a été observé jusqu'à ce jour et n'existe probablement nulle part dans la classe des Mollusques , entre individus de sexe diiîérent , mais qui appartiennent à une même espèce. Les Vers sont les seuls animaux articulés qui se rapprochent souvent de la classe précédente par leur hermaphrodisme; quelques-uns même, surtout parmi les Enthelminthes , ont de commun avec les Oozoaires d'être , suivant toutes les apparences , complètement privés de sexes , ou de se propager encore par scission.
a. Enthelminthes.
Parmi les Enthelminthes , les Cystiformes sont ceux chez lesquels on n'aperçoit aucun vestige de parties génitales (1), et qui par conséquent semblent ne se reproduire que par génération spontanée.
Dans les Cestoïdes , on découvre , au milieu de chacun des anneaux du corps, à l'exception des antérieurs , qui sont plus étroits , de petits enfoncements pourvus d'une ouverture extérieure , que l'on regarde positivement comme des ovaires , attendu qu'il y a été trouvé , par Rudolphi , non-seulement des œufs, mais même de jeunes Tœnias. En outre , on aperçoit des canaux et des saillies en forme de verge, qui paraissent jouer le rôle de parties génitales mâles , de sorte qu'il est présumable que les Vers cestoïdes sont hermaphrodites et susceptibles de se féconder ou eux-mêmes ou mutuellement (2).
(1) Rudolphi, Hist. entozoorum, tom. I , pag. 305.
(2) Loc. cit., pag. 317. — Le Tœnia ordinaire est susceptible aussi de se reproduire par scission, du moins au dire de Carlisle.
Les Trématodes paraissent être également hermaphrodites. Mais, dans les Acanthocéphales, les sexes sont répartis sur des individus différents. Ainsi , par exemple , chez les Échinorhynques (pi. v, fig. ni), le corps presque entier de la femelle semble être un ovaire plein d'œufs, qui se vide par la trompe, tandis que le mâle offre , à l'extrémité la plus inférieure de son corps , une vésicule qui est son organe génital. Du reste , les modes les plus singuliers de rapprochement se présentent chez ces animaux , comme on peut en juger dans le Leucochloridmm (3) , qui naît du foie du Limaçon , et dont le corps n'est qu'un sac rempli d'œufs contenant néanmoins eux-mêmes des Distomes bien développés.
De même aussi , d'après les observations de Bojanus et de Baer , il arrive quelquefois que les Distomes sont seulement des réservoirs ou des ovaires de Cercaires.
Enfin , les organes génitaux sont positivement développés dans les Vers nématoïdes. Ici, les femelles sont plus grosses et plus fortes que les mâles, qu'en général d'ailleurs on rencontre bien plus rarement qu'elles. L'ouverture génitale femelle est placée au voisinage de l'extrémité céphalique ; il en part un court vagin ( pi. v , fig. iv , a) , qui se termine en deux tubes (b) , longs quelquefois de six pieds et au-delà, très-entortillés (c) et réunis à leur extrémité , qui contiennent une immense quantité de petits œufs ponctiformes. Chez les mâles , on aperçoit une petite verge filiforme (4) qui sort du corps , à l'extrémité caudale , et ne tarde pas à se dilater intérieurement en un canal long de deux pouces (vésicule séminale) , auquel aboutit enfin un vaisseau filiforme (testicule ) , long d'environ deux pieds, qui se contourne autour d'un canal intestinal. La verge est fendue dans V Ascaris spiculiger a j d'après Rudolphi. Elle l'est aussi dans le Cucullanus (pi. v, fig. vni), où l'ouverture génitale femelle se trouve plus rapprochée de la partie moyenne du corps , et où les ovaires , plus larges que le canal intestinal , sont ordinairement remplis de petits vivants , et occupent le corps presque entier (fig. v).
(3) V. mon Mémoire à ce sujet, dans les ^cf. Léopold.,tom. XVII, P.i.
(4) D'après Brandt , Medecinische Zoologie, t. II, pag. 2S2.
b. Annélides.
II est un grand nombre d'Annélides dont on ne connaît point suffisamment les parties génitales. Quelques-uns, tels que les NaiSj, ont encore la faculté de se reproduire par scission (pi. v, fig. xxvi). Cependant, il paraît qu'outre la génération spontanée, on rencontre fréquemment aussi , dans cette classe , l'hermaphroditisme , avec la condition toutefois d'un double accouplement , comme chez les Limaçons.
Ce dernier cas a lieu d'abord dans la Sangsue, où l'on aperçoit, à la moitié antérieure de la surface ventrale , deux ouvertures génitales , l'une extérieure mâle , et l'autre postérieure femelle (pi. v , fig. xvu, a. b). La première mène à un organe creux et conique (fig. XX , a) , au fond duquel se remarque un renflement pyriforme , entouré d'une masse grenue, analogue à la prostate (2), du sommet duquel naît une verge filiforme (a) , longue souvent d'environ deux pouces. En même temps , le fond de ce cône reçoit des deux côtés les conduits déférents (c) , qui partent de deux grosses vésicules séminales (b) , dont les vaisseaux afférents sont fournis par une série de neuf paires de testicules arrondis (fig. XIX, d). L'ouverture femelle conduit, par un court vagin , au grand organe creux et pyriforme qu'on peut comparer à une matrice (fig. xx, e), et qui communique, par deux oviductes (h), avec les ovaires (g, g). Treviranus (1) considère les testicules comme ovaires, à cause des petits corpuscules arrondis qu'on trouve dans leur intérieur : les vésicules séminales sont pour lui testicules, et la verge une sorte de pondoir. Cependant, depuis que Brandt a démontré les véritables germes des œufs dans les ovaires proprement dits , il n'existe plus aucun motif d'admettre cette explication un peu forcée.
Les organes sexuels sont très-difficiles à étudier dans le Ver de terre. On aperçoit distinctement , à la région antérieure du corps , là où se trouvent les cercles vasculaires dilatés en forme de cœur , et de chaque côté , trois paires de corpuscules oblongs (pi. v, fig. XH , d) , qu'on ne peut prendre pour
(1) Erscheinungcn und Gesetze des organischen Lebens, Bremen , 1032 , in-8o , tom. II , P. II, pag. 30.
autre chose que pour des ovaires , et qui ont cela de remarquable, que, sous le rapport de la forme et de la situation , il existe entre eux et les vésicules respiratoires situées des deux côtés de l'intestin, dans le reste du corps , une ressemblance assez grande pour permettre de croire qu'ils résultent en quelque sorte d'une métamorphose de ces dernières. Treviranus a démontré (2) que ces ovaires se réunissent de chaque côté en un canal , qui s'ouvre à droite et à gauche sur le seizième anneau du corps. On trouve , en outre , soit sur eux , soit à leur côté , des cellules dans lesquelles se sécrètent un liquide particulier, qui pourrait bien être du sperme. L'accouplement, qui a lieu bien certainement chez les animaux , indique au moins qu'ils sont hermaphrodites. Quant aux petits Vers qu'on rencontre fréquemment le long de leur canal intestinal, ce ne sont point de jeunes Vers de terre , mais bien des Entozoaires.
Dans l'Aphrodite , où la cavité abdominale est fréquemment toute pleine d'œufs, Treviranus regarde comme ovaires de petits organes terminés en pointe , qui se voient des deux côtés de la chaîne glanglionnaire , au fond de la cavité abdominale (pi. v, fig, xxiv, m). On ne connaît point d'organes mâles chez les Annélides , qui semblent d'après cela se perpétuer par voie de génération primaire.
c. Neusticopodes et Décapodes.
Ici les sexes sont presque toujours (3) complètement séparés , et , par une sorte de répétition de ce qui a heu dans l'ordre précédent , où l'on trouve encore deux sortes d'organes dans chaque individu, les parties de chaque sexe sont doubles , de sorte que chaque individu offre ordinairement deux ouvertures génitales , soit mâles , soit femelles. Du reste , il n'y a pas partout nécessité d'une nouvelle fécondation à chaque fois que l'animal engendre , et , comme on l'observe déjà dans les Mollusques , où le fait est constaté par exemple en ce qui concerne la Paludina vi-
(2) Lo6, cit., pag. 39.
(3) Peut-être les Cypris sont-ils les seuls chez lesquels on trouve encore à la fois des organes génitaux mâles et des organes femelles, ce quia lieu chez ces animaux d'après Ramdohr et Treviranus ( F. les Vermischte Schriften de ce dernier , tom. 11 , pag. SU.
ORGANES GENITAUX.
vipara, plusieurs {jénérations peuvent, se propagrcr aussi par voie de simple reproduction primaire (1).
Parmi les Neusticopodes , les petites espèces parasites même ont des sexes bien distincts , et leurs parties gé'i't^^^^s femelles présentent unedisposition remarquable. Ainsi, d'après Nordmann (2) , la femelle de l'^c^theres percarum offre à droite et à gauche un sac ovarien un peu contourné , qui s'ouvre à l'avant-dernier anneau du corps (pi. vi, fig. i, a). Mais, à chaque nouvelle saison des amours, il se forme, dans ces deux ouvertures des oviductes , une membrane qui les bouche , et qui, au moment où les œufs doivent sortir du corps de la mère , se gonfle en une vésicule , dans laquelle ces derniers sont reçus (fîg. I, b). La même chose a lieu dans d'autres animaux semblables, par exemple dans le Ctjcîops calygus. Quand les œufs sont à maturité , ces réservoirs extérieurs se déchirent , s'oblitèrent , et leur germe se reproduit de nouveau. Ramdohr avait assez bien comparé déjà leur boursouflement à celui d'une bulle de savon. Nordmann n'a pu découvrir d'autres organes sexuels mâles , dans VAchtheres, que quatre corps de couleur foncée , occupant le bas-ventre. Ici la taille du mâle égale à peine le cinquième de celle de la femelle.
Quant aux Décapodes , l'Ecrevisse femelle présente d'abord un assez gros ovaire trilobé, situé derrière le foie et sur le canal intestinal (pi. VI, fig. xvi, a). De cet ovaire partent deux larges oviductes (c) , qui embrassent le canal intestinal et les muscles de la queue , et se terminent des deux côtés à la base de la troisième patte (d). Quand les œufs viennent à sortir du corps , ils s'attachent aux lamelles pinniformes du dessous de la queue (fig. xvu), ce qui est d'autant plus remarquable que nous voyons par là l'œuf passer d'un organe interne sur un autre organe extérieur, et que ces lamelles elles-mêmes ne sont autre
(1) Ainsi , dans la Daphnia pulex , il ne naît en été que des femelles, qui se propagent sans accouplement, jusqu'à ce qu'en automme on voie paraître aussi des mâles, après quoi les œufs fécondés passent l'hiver sans se développer.
(2) Micrographische Beitrœge, Berlin, 1032 , in- 5", fîg. col., tom. II , p. 70.
chose qu'une répétition des lames branchiales des Squilles.
On trouve , pour organe mâle , un testicule trilobé (fig. XV, a) , occupant la même place que l'ovaire dans la femelle. Ce testicule donne naissance à deux conduits déférents grêles , longs et blancs (b) , qui décrivent un grand nombre de tours sur eux-mêmes, et qui rappellent celui de l'Ascaride lombricoïde; peu à peu ils augmentent de grosseur , puis tout-à-coup ils s'amincissent , et enfin ils se renflent bientôt de nouveau en une verge longue d'un demi-pouce et logée dans le corps, qui, suivant toutes les apparences, sort pendant l'accouplement d'une papille située à la base de la dernière paire de pattes , en se renversant ou se retournant sur ellemême , comme il arrive à celle du Limaçon. Au voisinage de cette papille, et à la face inférieure de la queue , on aperçoit deux appendices osseux , canaliculés et mobiles , que Cuvier a regardés comme les verges proprement dites , quoique Cavolini (3) et plusieurs autres naturalistes n'eussent vu en eux que de simples organes d'excitation, attendu qu'ils sont trop éloignés de l'ouverture du canal déférent pour que leur usage puisse être de porter la semence à l'orifice des oviductes.
d. Isopodes et Acarides.
Je prendrai pour exemples , parmi les Isopodes , une espèce aquatique et une espèce terrestre , et la seule réflexion générale que je me permettrai sur le compte de ces animaux , c'est qu'ils ont déjà des organes génitaux plus compliqués que ceux des ordres précédents.
Ainsi Rathke a trouvé , dans la femelle de VIdotea entomon , de chaque côté du corps , un ovaire divisé en trois portions , qui aboutissent à un oviducte un peu contourné.
Celui-ci finissait par se réunir avec celui du côté opposé , et allait s'ouvrir au-dessous de deux lamelles , en avant de l'appareil branchial. A la première moitié de cet oviducte était annexé un organe terminé en cul-de-sac , et tantôt plus, tantôt moins volumineux, ayant peut-être pour usage de fournir un enduit aux œufs. Les organes mâles consistaient j
(3) Il a trouvé deux paires de ces appendices dans le Crabe.
TRAITÉ DANATOMIE COMPARÉE.
de chaque côté, en un testicule épais et allongé , et en un canal déférent , auquel une assez grosse vésicule séminale s'insérait par un conduit court , après quoi les canaux déférents des deux côtés se réunissaient en un seul , qui allait s'ouvrir de la même manière que les oviductes.
Ces divers organes sont encore plus divisés dans la Scolopendre. Suivant Treviranus fl), la femelle a un ovaire simple et allongé ( pi. VI , fig. XXX , 0 ) , dont l'organe excréteur (b) se dilate en bas, en dessus du rectum (1), en une sorte de matrice (k). A droite et à gauche se voient les grandes vésicules (a) , et inférieurement l'oviducte reçoit encore les conduits excréteurs déliés (n) des quatre masses adipeuses (PP). Par analogie avec ce qui a lieu dans la femelle , on trouve , chez le mâle , un vaisseau séminal ou testicule médian (fig. xxiv, a) et deux latéraux (/s) ; tous trois se réunissent inférieurement , et de leur réunion partent deux conduits déférents (p) , aboutissant à une vésicule (d) , qui s'ouvre ensuite dans la courte verge (z) , pendant que deux masses adipeuses (E) versent également ici leur sécrétion dans cette vésicule par deux conduits (r, m).
A l'égard des Acarides, Treviranus (2) a trouvé que l'appareil génital des Trombidium ressemblait assez à celui des Décapodes , c'est-à-dire qu'il y avait un gros ovaire divisé , et pourvu de deux longs oviductes aboutissant à une ouverture génitale , et que le mâle offrait un assez gros testicule , avec deux conduits déférents, qui se réunissaient aussi en un seul. Il n'a pu découvrir dans le Nigua (Acarus americanus) que deux canaux blancs (fig. XX , c) , qui sont probablement les oviductes d'un ovaire encore inaperçu.
e. Arachnides.
Les Araignées se rapprochent, jusqu'à un certain point, des Décapodes, en ce que, dans les deux sexes (3) , les parties génitales externes sont placés à la région antérieure de
(1) Vermischte Schriften , tom. II , pag. 215.
(2) Ibid, tom. I , pag. 49.
(3) Avant Treviranus, on croyait les organes mâles des Araignées logés dans les palpes, dont les masses spongieuses ne sont que des organes excitateurs , ainsi qu'il l'a démontré ( Ùeber den Bau der Arachniden , pag. 37).
la surface ventrale , entre les branchies , que les ovaires sacciformes et très-simples de la femelle (d d) ont deux ouvertures (pi. vu, fig. XI, a, a), et que les testicules, également en forme de boyau , du mâle (c) sont munis de conduits déférents (b) , qui aboutissent également à deux ouvertures (fig. x, a). Du reste , si , chez les Cloportes encore , les œufs sortis des ovaires s'engagent , pour s'y développer (4), entre quelques valvules situées à la face ventrale du corps , qui ont beaucoup d'analogie avec celles dont les branchies sont couvertes (§ 636) , et qui avoisinent aussi de très-près les organes respiratoires , ce développement des œufs dans un organe extérieur se reproduit jusqu'à un certain point chez les Araignées , puisque , aussitôt après avoir pondu , la femelle entoure ses œufs d'une toile en forme de sac , que plusieurs espèces , les Araignées-loups , traînent même partout avec elles , attachée à leur corps.
Treviranus (5) a trouvé les organes génitaux externes des deux sexes semblables dans les Scorpions , où le mâle ne se distingue de la femelle que par deux petites saillies en forme de verge ; chez l'un et l'autre , c'est une petite ouverture garnie des deux côtés de lamelles pectinées. Les organes génitaux internes de la femelle se composent de trois tubes liés par des vaisseaux transversaux (pi. VII, fig. xiv) , qui se réunissent inférieurement en un vagin (a) , et qui sont pourvus d'une série d'appendices cœcaux , dans lesquels naissent les œufs et se développent les embryons , comme nous l'ont appris surtout les belles recherches de J. MuUer (6). Redi avait déjà trouvé depuis vingt-six jusqu'à quarante petits dans les ovaires du Scorpion. Suivant Muller, les mâles ont, au lieu de testicule , un vaisseau séminal dont l'entortillement est remarquable à cause de l'analogie qu'il établit entre lui et les oviductes de la femelle. Après un court trajet , au côté interne de la gaîne cornée de l'ouverture génitale externe, le canal se bifurque, puis se réunit , se partage de nouveau , se réunit une seconde fois , et , après avoir décrit une troi-
(4) Vermischte Schriften, tom. II , pag. 15.
(5) Trevirancs, Ueber der Bau der Arachniden , Nuremberg , 1812 , in-4<' , pag. ii.
(6) Meckel's ^rcAîV., 1023, pag. S4.
ORGANES GÉNITAUX
sième circonvolution , se termine en un filament simple ; iuférieurement il reçoit encore le court canal en cul-de-sac d'une glande accessoire ou d'une vésicule séminale.
f. Hexapodes.
La conformation des organes génitaux de certains Vers, par exemple de l'Ascaride lombricoïde , peut être considérée comme offrant l'image de celle des Insectes tant aptères qu'ailés. Ici, de même que là , en effet , nous trouvons les test itules et les ovaires sous la forme de longs canaux souvent très-repliés, de sorte que c'est improprement qu'on admet de véritables testicules et ovaires , et qu'au fond il n'y a guère , pour ainsi dire , que des conduits déférents et des oviductes , auxquels s'adjoignent la plupart du temps plusieurs organes chargés d'accomplir des sécrétions diverses.
A l'égard des Aptères , Treviranus (1) a trouvé l'appareil génital des Lepisma trèssimple encore. On remarque à l'extérieur un vagin simple , prolongé en un membre génital , c'est-à-dire en un pondoir composé de deux lames, organe qui se rencontre fréquemment chez les Insectes. Deux vésicules sécrétoires aboutissent à ce vagin , comme déjà chez beaucoup de Mollusques et autres animaux articulés; après quoi il se partage en deux ovaires ramifiés comme le bois d'un Cerf. Le mâle a également un membre génital simple ( verge ) , suivi de deux larges vésicules , puis de deux longs conduits séminaux qui , d'abord renflés , ne tardent point à se ramifier , comme les oviductes.
Swammerdam figure de même les ovaires du Pou , qui , plus semblables à ceux des Insectes ailés , se composent d'un vagin recevant l'orifice de deux vésicules et partagé supérieurement en deux branches , dont chacune se divise en cinq oviductes. Il est digne de remarque que, sur quarante individus qu'a disséqués Swammerdam (1 ), il n'a jamais trouvé que des ovaires , ce qui le porte à douter que l'espèce du Pou renferme des mâles. Cette circonstance prouve au moins que le nombre des femelles l'emporte de beaucoup sur celui des individus de l'autre sexe.
(1) Vermischte Schriften , tom. I , pag. IS.
(2) BibelderNatur,ç-AS.SG.
Parmi les Orthoptères, la Sauterelle a deux grands ovaires en forme de houppes , qui se composent d'une multitude de vaisseaux ovariens appliqués les uns contre les autres et parsemés d'un nombre considérable de trachées d'un très-grand cali])re. Ces deux ovaires aboutissent à un oviducte commun , qui se réunit avec celui du côté opposé pour produire un court vagin , dans lequel s'ouvre une petite vésicule pourvue d'un vaisseau sécrétoire particulier , qui est flexueux et terminé en cul-de-sac. Du vagin les œufs passent dans un pondoir fort long , qu'on retrouve aussi dans plusieurs autres ordres d'Insectes , par exemple dans celui des Hyménoptères , chez les Inchneumons et les Sirex, et qui rappelle l'émission des œufs par les tubes ou siphons du manteau , chez les Mollusques (S 797 , 803 ) , mais qui se compose ici de deux lames longues , étroites , terminées en pointe, et emboîtées l'une dans l'autre par les côtés.
Les organes mâles consistent en deux testicules jaunâtres , formés de conduits séminaux et parsemés également de nombreuses trachées , dont le canal excréteur produit un épididyme par ses circonvolutions , reçoit ensuite deux faisceaux houppiformes decœcums, et enfin s'ouvre dans la verge avec celui du côté opposé. Cette verge représente un corps en forme de langue , qu'entoure un bord cutané armé de deux petits crochets.
L'organisation de l'appareil sexuel est trèssingulière et variée dans les Hémiptères.
Dans les dernières familles de cet ordre , celles des Pucerons et des Gallinsectes , les femelles sont privées d'ailes et n'ont pas toujours besoin de fécondation. Ainsi, par exemple , les Pucerons ne produisent en été que des femelles , qui peuvent donner jusqu'à neuf générations successives , sans qu'une nouvelle fécondation devienne nécessaire.
Swammerdam (3) a décrit , chez les femelles des Nèpes , deux ovaires formés de cinq canaux , dont les œufs se font remarquer par une couronne de soies à leur extrémité supérieure ; chez les mâles , deux vésicules accessoires , deux conduits séminaux entor-
(3) Bibel der Natur , pag. 93.
tillés à chacun desquels aboutissent cinq vésicules séminales , dont chacun reçoit dans son fond un vaisseau séminal grêle contourné sur lui-même en manière de testitule.
Léon Dufour (1) indique une multitude d'autres conformations , parmi lesquelles je signalerai seulement celle des Cicadaires^dont les ovaires se partagent en un très-grand nombre de branches terminées chacune par une petite houppe , et celle des Psyllides , dont chacun des deux ovaires représente une rosette très -composée. Chez les Aphidiens , qui ont aussi des vaisseaux ovariens nombreux, on aperçoit déjà les embryons dans les œufs inférieurs. Immédiatement au devant des ovaires naissent les tubes en forme de trompe, qui laissent échapper l'humeur sucrée ; ces tubes pourraient être comparés aux mamelles des Mammifères , quant à leur situation , et ils en remplissent presque les fonctions à l'égard des Fourmis.
Quant aux Névroptères , Rathke (2) a signalé la situation singulière des organes mâles externes des Libellules , qui se voient à la partie antérieure , c'est-à-dire aux trois premières protovertèbres de la longue et étroite surface ventrale , tandis que l'orifice proprement dit des organes génitaux internes est placé , comme dans les femelles , à l'extrémité postérieure de l'abdomen. Ces Insectes ont en outre cela de remarquable que leurs deux testicules sont simples et glanduliformes, et qu'ils se déchargent par des conduits déférents simples , assez amples et peu contournés. Les parties génitales internes des femelles se distinguent aussi en ce qu'elles sont composées d'un tube en forme d'Y , aux branches duquel aboutissent une multitude de conduits ovariens courts et serrés les uns contre les autres.
Les ovaires de la Semblis bicaudata (3) sont longs et conformés en manière d'épi de blé ; l'oviducte est long aussi et renflé à sa partie inférieure.
Les Psoques ont leur oviducte commun garni d'une vésicule accessoire , qui renferme
(1) Rech. anat.et physiolog. sur les Hémiptères. Paris, 1833, in-40, avec 19 planches, pag. 274.
(2) De libellularum partibus genitalibus. Kœnigsberg, 1832.
(3) D'après Hegetschweiler, /)m. deinsectorum genitalibus. Zurich, 1820, in-^î», fig.
plusieurs petites vésicules portées sur de longs pétioles (4).
Parmi les Hyménoptères , les reines de l'Abeille domestique avaient déjà offert à Swammerdam deux gros ovaires composés de nombreux sacs contenant dix à douze mille œufs , d'après un calcul approximatif. Les deux ovaires ont un conduit excréteur commun , qui aboutit au vagin , et auquel s'unit une vésicule munie de deux vaisseaux sécrétoires. Ces derniers organes sont regardés, tant ici que chez d'autres Insectes , comme ayantpour usage de sécréter l'enduit visqueux des œufs. Quant aux organes mâles de l'Abeille , ils consistent en deux testicules de structure tubuleuse , deux conduits séminaux qui se dilatent inférieurement , deux grosses vésicules séminales , et une verge qui fait saillie au dehors , en se renversant sur ellemême ou se retournant , comme dans le Limaçon. Mais ce qui mérite surtout d'être remarqué , et ce qu'on rencontre aussi , tant chez les Fourmis parmi les Hyménoptères , que chez les Termites parmi les Névroptères, c'est qu'il existe des individus normalement privés de sexe, et qui diffèrent même déjà des autres sous le rapport des formes extérieures (5). Ainsi , par exemple , les Fourmis et Termites neutres n'acquièrent jamais d'ailes. Cependant , ces individus neutres ne sont point absolument dépourvus de sexe ; car on rencontre chez eux des organes génitaux femelles oblitérés ; sujet à l'égard duquel Ratzeburg (6) a fait de belles observations sur les Abeilles.
Nous avons vu précédemment que la segmentation extérieure du corps des Coléoptères est soumise à des proportions numériques fort réguhères , de 1 : 3 : 6 , ce qui permet de considérer ces Insectes comme les plus réguliers de tous. Leurs organes génitaux internes sont également segmentés d'une manière rigoureuse d'après ces nombres , chez les représentants de l'ordre.
(4) F. NiTZSCH , Ueber die Eingeweide der Buecherlaus {Psocus pulsatorius) , pi. II, fig. 3, f.
(5) Comparez les figures d'Abeilles et de Fourmis, pourvues et privées de sexe, dans Brandt et Ratze- BURG, Medicinische Zoologie , tom. II , pi. 22 et 24.
(fi) ISov. act. acad. Leop., tom. XVI, pag. 613.
ORGANES GENITAUX.
Ainsi, le Scarabée nasieorne a, de chaque côté, suivant Swammerdam (1), six tubes ovariens qui ne renferment qu'un petit nombre d'œufs ; le vagin reçoit à son toui' phisieurs organes sécrétoires. Dans l'individu mâle, les deux corps testiculaires sont divisés en six petites masses aplaties , de chacune desquelles émane un canal grêle qui , par sa réunion avec les autres, produit le canal déférent de chaque côté , lequel est dilaté à sa partie inférieure. Du reste , à l'endroit où les deux canaux déférents se réunissent pour produire le canal de la verge, on trouve encore deux vésicules séminales , au fond desquelles aboutit un vaisseau grêle et entortillé , qui a près de vingt pouces de long.
Les parties génitales internes des Coléoptères imparfaits, tels que Meloe et Lylta^ s'écartent beaucoup de ce type.
Dans les Meloe, les deux longues branches des oviductes, qui sont, comme de coutume, bifurquéesà leur partie supérieure, représentent, d'après Ratzeburg, des vésicules oblongues et très-volumineuses, dont toute la surface est couverte de tubes ovariens courts et imitant presque des poils , dans chacun desquels se développe un œuf. Les testicules forment aussi deux petits pelotons avec un long conduit déférent dilaté en dedans , qui se réunit en manière de V avec celui du côté opposé, et qui reçoit, à l'endroit de la jonction , trois paires de longues poches séminales , dont les plus internes se recourbent l'une vers l'autre en dessus. Le conduit excréteur de la semence est simple , et n'offre rien de particulier, non plus que la verge.
Les parties génitales des Lylta ressemblent beaucoup à celles des Meloe, Seulement les vésicules des oviductes , couvertes de tubes ovariens , sont ici plus ovalaires , et les conduits déférents ont une structure annelée.
Enfin les parties génitales de la Lampyris splendidula sont construites d'après un autre type , qui se rapproche davantage de celui des Coléoptères réguliers. L'oviducte est assez épais et en forme d'Y : au sommet de chaque branche se trouve une houppe de tubes ovariens courts , qui renferment des œufs assez gros et presque globuleux. Deux vésicules s'abouchent aussi dans la portion
(1) Loc. cit., pi. XXX, fig. X.
simple de l'oviducte. Les testicules sont oblongs; il en sort également des conduits déférents disposés en V , et auxquels s'insèrent deux larges et oblongues vésicules séminales.
Je choisirai pour exemple , parmi les Lépidoptères , le Papilio brassicœ , dont Herold a si bien décrit les parties génitales (2).
Les organes femelles consistent, de chaque côté , en quatre oviductes longs , roulés en spirale, et contenant un très-grand nombre d'œufs (pi. vu, fig. XX, A, a , a). Ces deux conduits se réunissent en un vagin court , qui reçoit non-seulement une petite vésicule simple, bicorne et pourvue de vaisseaux sécrétoires (c, e), mais encore une poche plus volumineuse (b) , que Herold considère comme le réservoir de la semence.
Les organes mâles sont un corps testiculaire sphérique, rouge et formé de deux moitiés (fig. xvni, a), et deux conduits déférents longs et grêles (b, b) , à chacun desquels, avant qu'ils se réunissent en un canal commun (d) , se joint un long vaisseau séminal contourné (c).
Du reste, le développement de ces organes est remarquable , en ce qu'ils sont beaucoup moins distincts dans la Chenille très-jeune , où ils ressemblent à de petits bourgeons (fig. XXI, a, dans la femelle; fig. xix, a, dans le mâle ) ; dans la Chenille adulte, ils se rapprochent déjà davantage de la forme qu'ils doivent avoir plus tard (fig. xxi, b) ; et dans les chrysalides (fig. xix, b), ils se développent complètement.
II. ORGANES GÉNITAUX DANS LES ANI- MAUX POURVUS DE MOELLE ÉPINIÈRE ET DE CERVEAU.