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Poissons

Dans les animaux qui font le sujet du paragraphe précédent, il est de règle, à un trèspetit nombre d'exceptions près , que , semblables aux graines fournies chaque année par les végétaux , les œufs se développent à certaines époques et en quantité considérable,

(2) Entwickclunysgeschichte des Schmetlerlings, Casselet Marbourg, isisî, in-4", avec 32 planches.

dans des organes destinés d'une manière spéciale à cet office, pour être ensuite expulsés simultanément , et se reproduire de nouveau tous ensemble, lorsque l'animal est susceptible d'engendrer plusieurs fois , ce qui n'est point le cas, par exemple , de la plupart des Insectes. Il est de règle , au contraire , dans les animaux des classes supérieures, ou que les œufs soient engendrés de prime abord, en certaine quantité, ou que, pendant le développement de l'animal , de nouveaux œufs poussent sans cesse, comme des espèces de bourgeons , mais ne mûrissent et ne se détachent que peu à peu , de manière qu'on en trouve constamment , et de diverses grosseurs, dans l'ovaire. Les Poissons se rapprochent beaucoup des classes inférieures par la périodicité annuelle du développement de leurs nombreux œufs, qui croissent et sont pondus tous à la fois. On a même prétendu que quelques uns d'entre eux sont hermaphrodites et susceptibles de se féconder euxmêmes. Tel serait particulièrement le cas , d'après Cavolini, du Serran ou J*erche de mer et de hHiatula Salviani, et suivant Home (1) du Congre ( Petromyzon marinus ) j, chez lesquels on trouverait en même temps des testicules et des ovaires. Mais ces assertions ne se sont point confirmées. 11 paraît certain, au contraire, que le nombre des femelles l'emporte de beaucoup sur celui des mâles, comme chez certains animaux inférieurs , tels que les Poulpes et divers Enthelminthes ; ce phénomène a surtout lieu parmi lesCyclostomes.

Voici quelle est la forme ordinaire des organes sexuels dans les Poissons osseux.

Les ovaires forment deux grand sacs, qui s'étendent des deux côtés du canal intestinal, jusqu'au dessous du foie , et sont attachés à une sorte de mésentère. Les œufs, nourris et retenus en place par des vaisseaux sanguins déliés , tiennent à des replis ordinairement lamelleux de ces sacs. Ils sont si nombreux qu'à l'époque du frai , les ovaires remplissent presque entièrement la cavité abdominale, et qu'on peut aisément compter plusieurs centaines de milliers d'œufs dans un seul Poisson. Le sacs ovariens s'ouvrent immédiatement derrière l'anus (pi. x, fig. xiv), par

(1) Philos. Trans., 101b'.

deux conduits excréteurs très-courts , qui ne tardent point à se réunir en un seul , et qui communiquent avec les organes urinaires.

Les testicules représentent aussi deux sacs analogues (pi. ix, fig. xvi, h) , qui forment ce qu'on appelle la laitance. Au lieu d'œufs, ils renferment une liqueur séminale blanchâtre, très-riche en phosphore d'après Fourcroy et Vauquelin, que sécrètent des lamelles membraneuses extrêmement minces , saillantes dans leur intérieur. Cette liqueur est amenée au dehors par deux conduits, dont la marche correspond exactement à celle des oviductes, et qui, dans le Hareng, ne tardent point à se réunir en un seul. Les testicules ont de commun avec les ovaires qu'ils se gonflent beaucoup à l'époque du frai , et de ce fait seul on pourrait conclure qu'il n'y a pas d accouplement proprement dit chez les Poissons, lors même que l'observation directe ne nous l'aurait point appris.

Rathke , dans un important travail sur les organes génitaux des Poissons (2) , signale des variations relatives au nombre de ces parties , chez la Perche, la Blennie vivipare, VAmmodytes , les Cobilis tœnia et barbatula et le Petromyzon fluviatiliSj où il n'a trouvé qu'un seul testicule et un seul ovaire. Ce dernier était situé tantôt à droite et tantôt à gauche ; mais , dans la Loche et la Blennie , il occupait lahgne médiane, et dans l'Ammodyte, il était fendu en long à sa partie moyenne.

C'est surtout dans le rapport des ovaires aux oviductes et des testicules aux canaux déférents, qu'on observe des variations. D'abord il y a des Poissons chez lesquels il semble que l'oviducte ou le canal déférent se soit détaché de l'ovaire ou du testicule , et ait contracté des connexions plus intimes avec les voies urinaires. C'est ce qu'on remarque principalement chez l'Esturgeon , dont les conduits déférents, qui commencent en forme d'entonnoir au dessus des testicules , et qui s'ouvrent dans les uretères , ont été décrits par Baer (3) , taudis que nous devons à

(2) Beitrœge zur Geschichte des Thierwelt,î)ant- Zig, 1821-1827,111-4", fig. cah. m, pag. 117.

(3) Zweiter Berîcht des analomischen Anstalt zu Kœnigsberg , pag. 40.

ORGANES GÉNITAUX

Brandt et Ratzeburg (1) la description de ses oviductes, qui se comportent absolument de la même manière à l'égard des ovaires. Viennent ensuite les Plagiostomes , dont les oviductes et les conduits déférents sont beaucoup plus longs, et chez lesquels les premiers de ces canaux s'ouvrent en haut , près du foie , visà-vis des ovaires, circonstance dont je reparlerai encore plus loin. Enfin l'oviducte finit par disparaître tout à fait , et la cavité abdominale reçoit les œufs tombant des ovaires lamelleux , pour les transmettre au dehors , à la faveur d'ouvertures particulières , qui du reste s'observent déjà dans l'Esturgeon , les Raies et les Squales, où elles semblent cependant être plutôt destinées à permettre l'entrée de l'eau dans la cavité abdominale , pour y servir à une sorte de respiration intestinale. J'ai le premier décrit cette dernière forme dans la Truite, et je la retrouve aussi dans le Saumon. Les ovaires de la Truite , assez peu volumineux hors de l'époque du frai , sont situés très-haut , près du foie , et les œufs qu'ils contiennent , au lieu d'être tous au même degré de développement, comme dans le Brochet, la Carpe, etc., sont de différentes grosseurs. Lorsqu'ils sont arrivés à maturité, c'est à dire que leur volume égale presque celui d'un pois, ils se détachent des lames transversales de l'ovaire en quelque sorte ouvert par devant , et tombent dans la cavité abdominale, qu'on trouve fréquemment remplie de ces corps à l'état de liberté ; mais ils en sortent ensuite par les ouvertures que ces Poissons , même les individus mâles, offrent auprès de l'anus, et qui ressemblent à celles qu'on trouve chez les Raies et les Squales, si ce n'est qu'ici elles se réunissent extérieurement en un seul orifice. Cette organisation , que personne n'avait décrite avant moi , est remarquable en ce qu'elle répand un grand jour sur les usages des ouvertures abdominales, dont l'interprétation avait été jusque-là une énigme : elles servent ici d'orifices de parturition , qui n'existent que comme répétition dans les Raies et les Squales, où cependant elles contribuent à la fonction respiratoire, qui se rattache toujours à celle de la respiration par des liens étroits. J'ai représenté ( pi. , xi,

(1) Medicinische Zoologie , tom. II , pag. 80.

fig. XIV et XV ) la manière dont les ovaires du Saumon se comportent à l'égard de la cavité abdominale.

L'organisation de la Lamproie est la même , quant aux points essentiels ; le testicule et l'ovaire se composent de lames transversales , mais l'un et l'autre sont toujours simples ; la semence (2) et les œufs tombent dans la cavité abdominale, qui s'ouvre à l'extérieur , derrière l'anus , au sommet d'une élévation conique (pi. ix, fig. xvn).

L'ovaire simple ( S 840 ) de la Blennie vivipare mérite surtout de fixer l'attention , à cause du développement des petits qui a lieu dans son intérieur. Suivant Rathke (3', il représente un sac formé de trois couches , dans la portion interne et la plus large de laquelle les œufs naissent sur les parois. Après la déhiscence de la membrane la plus intérieure de l'ovaire proprement dit, ils tombent dans sa cavité, et y mûrissent, après quoi les petits sortent derrière l'anus , par la portion extérieure, qui correspond à l'oviducte.

En général, les parties génitales des Poissons n'offrent aucune trace d'organes accessoires spéciaux. On ne peut en citer que deux de ce genre, 1° l'organe analogue à une vésicule séminale, que Rathke (4) a décrit dans le Gobius niger, et qui s'attache à l'extrémité inférieure de chaque testicule, dont il semble être un lambeau arraché ; 2° l'organe incubateur externe du Sijngnathus acus.

Aristote avait déjà dit que les petits de ce dernier Poisson sortent par une large fente du bas-ventre, qui se referme ensuite. Cavolini a constaté l'exactitude du fait, et il ajoute que les petits se développent dans un sac situé derrière l'anus , qui s'ouvre lorsqu'ils sont arrivés à maturité (5). Jusqu'à présent on n'avait envisagé cet organe que comme

(2) La semence des Lamproies, comme celle des Anguilles, des Esturgeons et des Pleuronectes , est composée de grains qui ne diffèrent des œufs que par leur petitesse, et qui remplissent tout le parencliyme des testicules. Voyez un mémoire de Muller à ce sujet dans TiEDEMANNs Zeitschrift , tom. IV, 1'''= partie, in-4",pag. 106.

(3) AbhandlungenzurBildungs-undEntwicklungsgesehichte, Leipzig, 1032, in-4o, fig., cah II, pag. 3.

(4) Beilrœge zur Gesehichte der Thierwelt, cah. III, pag. 201.

(15) F. la figure de cet organe et des ovaires dans mes Tabulœ illustrantes , cah. III, pi. v.

TRAITÉ DANATOMIE COMPARÉE.

un appareil externe d'incubation appartenant à la femelle , et Ton pensait que les œufs, sortis de l'ovaire, s'y introduisaient par l'effet d'un ramollissement de la peau du dessous de la queue , suivi bientôt de sa déhiscence. Mais , d'après les observations multipliées de Retzius , c'est au mâle qu'il appartient. Le Syngnathe-aiguille mâle porte sous la queue une fente constante à la peau , dans laquelle la femelle pond ses œufs, probablement à l'aide d'une sorte d'accouplement , et où ils se développent ensuite d'une manière complète. D'autres espèces , par exemple le Syngnathus ophidion^ n'ont ipoint d'organe incubateur ; ici les œufs sont seulement suspendus à la peau du ventre des mâles , où ils se développent à peu près comme le font ceux des Ecrevisses sous la queue des femelles.

Passons maintenant aux organes génitaux des Plagiostomes.

Les femelles des Raies et des Squales ont deux petits ovaires , situés sous le foie , dans lesquels les œufs se développent un à un , et non pas simultanément , comme chez les Poissons osseux. On aperçoit deux oviductes , dont chacun reçoit les œufs de l'ovaire par une ouverture libre , située près du cœur et du foie (pi. x , fig. ni , h). La partie inférieure de ces oviductes , qui est plus large que le reste de leur étendue (1), retient presque toujours l'œuf jusqu'à l'entier développement du petit, qui s'y trouve comme dans une sorte de matrice , et qui sort entin par une ouverture située derrière l'anus et munie d'une saillie analogue à une verge (clitoris) . Home (2) a toujours rencontré, dans le Squalus acanthiaSj, plusieurs œufs entourés d'une gelée transparente , et renfermés dans une capsule commune , qui se terminait en pointe par le bas (fig. XV, C) , et il a vu les petits se développer complètement dans ces œufs. Le Squalus canicula ne pond , au contraire , qu'un seul œuf à la fois, suivant lui.

Dans les mâles , les testicules occupent le même emplacement que les ovaires chez les

{ 1 ) Treviranus a donné une très-l)elle figure de cette dilatation, intérieurement plissée en long, d'après le Squalus acanthias, dans Tiedemanh's Zcitschrift, tum. II , pi. III.

(2) Philos. TransAQlO.

femelles. Ils sont allongés et proportionnellement assez petits (pi. x, fig. u, n). Chaque conduit excréteur décrit mi grand nombre de circonvolutions , qui forment un épididyme situé derrière le testicule. Il descend ensuite en serpentant au-devant des reins, puis s'élargit (en p) : après quoi, plissé en travers dans son intérieur , suivant Treviranus , il se réunit à l'uretère du même côté , à peu près comme chez l'Esturgeon , et s'ouvre tout auprès de celui du côté opposé , à la base de la verge , dans le cloaque , qui communique avec une espèce de longue vessie urinaire. La verge elle-même ressemble à une bouteille pour la forme , et elle a cela de particulier qu'elle est perforée à son extrémité , de sorte que déjà elle sert à évacuer tant l'urine que la semence (fig. n, 1), tandis que les Poissons osseux n'offrent que dans quelques espèces des saillies que l'on puisse lui comparer.

Il y a donc , chez les Squales , un véritable accouplement, pendant la durée duquel le mâle retient la femelle avec les moignons de membres postérieurs dont j'ai parlé précédemment (fig. II , s).

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