REPTILES
Les organes génitaux des Reptiles (3) se rattachent de la manière la plus complète à ceux des Raies et des Squales. Ceux surtout des Reptiles branchies paraissent être construits exactement sur le même plan , si l'on en juge d'après les recherches de Rudolphi (4), de Rusconi (5) et de Rathke (6) sur le Protée, et d'après celles de Home (7) sur l'Axolotl.
Dans le Protée , on trouve , à la partie inférieure de la cavité abdominale, deux ovaires allongés , où les œufs se développent jusqu'au point d'acquérir le volume d'un pois. On aperçoit ensuite , des deux côtés du corps , deux longs oviductes flexueux , qui descendent jusque derrière le tiers supérieur du foie, où ils offrent un large orifice, et qui s'ouvrent inférieurement dans le cloaque. Les testicules
(3) Voyez C. Dumeril et Bibron , Erpétologie générale , ou Histoire naturelle complète des Reptiles , tom. I. Paris, 1834, in-s», avec figures.
(4) Isis, 1817, pag. 1017.
(5) Giornale difisica di Pavia , 182G.
(6) Beitrcege sur Geschichte der Thiervoelt , cah. L
(7) Philos. Trans., 1824, P. H, pag. 429.
ORGANES GÉNITAUX
du lïiAle occupent la même place que les ovaires de la femelle , et tiennent à l'extrémité inférieure des vésicules pulmonaires. Rusconi en avait déjà donné la figure (1). Suivant Rudolphi , ils sont munis d'un petit épididyme.
Dans les Grenouilles, les ovaires sont situés à la région lombaire. Chacun d'eux se divise en plusieurs lobes , dont on compte quelquefois jusqu'à neuf. Ils consistent en des membranes minces, sur la paroi interne desquelles les œufs se développent , à peu près de la même manière que chez les Poissons osseux. En effet , à l'époque du frai , il s'en produit toujours une quantité considérable , qui gonflent l'ovaire , et finissent par être excrétés. Du reste , on aperçoit encore , à la partie supérieure de l'ovaire, des lobules adipeux, allongés , digitiformes et nourris par des vaisseaux sanguins particuliers , qu'on a plus d'une fois considérés comme des capsules surrénales , mais qui , à raison surtout de leur volume considérable dans les têtards , me paraissent être plutôt des dépôts de substance alimentaire devant concourir à la fonction génitale , presque comme le corps adipeux des Chenilles.
Les trompes de Fallope, ou oviductes, s'ouvrent des deux côtés , entre le cœur et le foie (2), et descendent ensuite, en serpentant beaucoup, le long de la colonne vertébrale. Avant de s'aboucher avec le cloaque , chacune d'elles se dilate en une vésicule membraneuse, où les œufs s'accumulent , et gonflent prodigieusement le corps de l'animal , jusqu'à ce qu'enfin celui-ci les ponde réunis en masse par une matière glaireuse , qui rappelle les œufs en grappes de raisin des Mollusques.
Quant à ce qui concerne cet enduit glaireux des œufs , il est sécrété dans les oviductes pendant l'hiver. D'après les recherches de Brandt (3), il tient le milieu entre le mu-
(1) Monografia del proteo , pi. III.
(2) Celte grande distance entre l'ouverture de l'oviducteet l'ovaire fait que le passage des œufs de ce dernier organe dans son conduit excréteur est fort diflficile à concevoir, et qu'on ne peut guère l'expliquer qu'en admettant le concours d'une action attractive immédiate.
(3) Philos. Trans., 1810, pag. 203. — Home rapproche cette matière glaireuse de celle qu'on trouve dans l'ovaire du Squale.
eus et l'albumine , sous le rapport de la composition chimique , ce qui le rend apte à se gonfler beaucoup dans l'eau (4).
Le pipa possède en outre des organes incubateurs externes , qui rappellent parfaitement ceux dont j'ai parlé plus haut, à l'occasion du Syngnathe. Le mâle place les œufs sur le dos de la femelle, dont la peau prend bientôt la forme de cellules , oii ils séjournent jusqu'à ce que les petits éclosent. Il est trèsremarquable de voir l'organe cutané , qui précédemment était l'appareil primitif de la respiration , se charger ici du développement des petits.
Les mâles des Grenouilles ont deux testicules ovales, d'une substance grenue, qui sont munis de lobules adipeux , comme les ovaires , et qui s'enflent également beaucoup à l'époque des amours. Leurs deux conduits déférents sont unis aux uretères, et ils se renflent en vésicules séminales avant de s'ouvrir dans le cloaque.
Il n'y a point d'accouplement chez ces animaux. Le mâle embrasse seulement sa femelle, la retient au moyen d'une dilatation particu lière qui lui survient aux pouces des pattes de devant , et , à mesure que les œufs sortent, il les arrose de semence.
Les Salamandres diffèrent des Grenouilles, en ce qu'il se développe continuellement des œufs dans leurs ovaires, et qu'elles en pondent une moins grande quantité à la fois (pi. xni, fig. n, g). Chacun de leurs oviductes (d) est dilaté inférieurement , non en une vésicule , mais en un canal oblong , dans lequel les œufs se développent d'une manière complète , comme dans une double matrice. Les mâles ont deux testicules de chaque côté (pi. xni, fig. I, h), plusieurs vésicules séminales tubuliformes , noirâtres et dirigées vers les reins (k) , enfin deux petits plis triangulaires du cloaque , qui paraissent être des rudiments d'une double verge (e e). On peut citer, du reste, comme organes sécrétoires spéciaux
(4) Au printemps, on trouve souvent, dans les ruisseaux ou dans les flaques d'eau pluviale , des masses de mucus glaireux , contenant des fragments de ces oviductes, que des Oiseaux ont vomies, à cause du volume extraordinaire quelles avaient acquis en gonflant. On les {{Venait jadis pour une espèce deTremelle; mais j'y ai reconnu bien distinctement des fragments de trompes de Fallope.
appartenant encore à l'appareil génital des Salamandres , les gros corps glanduleux qui sont situés des deux côtés delà fente du cloaque , mais qui ne se rencontrent que chez les mâles.
Je trouve , dans la Tortue bourbeuse , ainsi que Bojanus l'a déjà décrit (1) , deux gros ovaires placés au fond de la cavité abdominale, et parsemés d'œufs libres, pédicules et d'un jaune foncé. Ceux-ci sont couverts d'une membrane très-riche en vaisseaux , qui , après leur sortie , reste sous la forme d'un calice et s'oblitère. Les oviductes sont fort longs (pi. xui, fig. v, p; pi. XH, fig. xx) , et attachés à un mésentère abondamment chargé de vaisseaux. Dans la Tortue que j'ai disséquée ^ ils contenaient , celui du côté droit six , et celui du côté gauche trois œufs , longs d'un pouce , couverts d'une coquille dure , et cependant non encore à maturité. Du reste , les deux oviductes , dilatés à leur partie inférieure , s'ouvraient dans le cloaque, auquel étaient adossés, à droite et à gauche , deux sacs membraneux vides , qu'on doit mettre au nombre des poches allantoïdiennes qui persistent sous la forme de vessie urinaire (pi. xiii, fig. v, o). Le cloaque contenait aussi un œuf, et j'y ai aperçu une petite verge , entièrement semblable à celle de l'homme.
Le mâle m'a offert , au dessous des reins , deux testicules ovales et d'un jaune rougeâtre , dont le canal déférent , volumineux et noirâtre , forme une sorte d'épididyme avec la vésicule séminale longue et roulée sur ellemême. Ce canal s'ouvre dans le cloaque à la base d'une très-grosse verge (2) linguiforme, sillonnée à sa face supérieure , au lieu d'être perforée comme celle de l'homme , et mise en mouvement par des muscles particuliers (pi. XX, fig. xxu).
Treviranus a décrit (3) , d'après VEmys serrata , la conformation spéciale du testicule des Tortues , qui se compose de tubes serrés les uns contre les autres , et enveloppés d'une
(1) Ânatome tes tudinis,V. II.
(2) Aussi ces animaux ont-ils un véritable accouplement, qui dure longtemps.
(3) Dans un mémoire qui contient des faits intéressants sur la forme de la verge de la Caretla imhricala; V. Tiedemann's Zeitschrifl , tom. II, pag. 202.
membrane élastique ferme , ainsi que celle du canal déférent , qui résulte d'environ une douzaine de vaisseaux séminifères , nés du bord du testicule , et aboutissant à un canal commun.
Geoffroy et Martin ont découvert , dans les Tortues femelles , une paire de conduits péritonéaux , qui unissent la cavité abdominale avec le clitoris , et qui rappellent les fentes péritonéales des Plagiostomes (4).
Je ferai remarquer, à l'égard des Ophidiens , que leurs ovaires sont deux corps oblongs , parsemés d'œufs grands et petits , qui régnent des deux côtés du rachis , au-dessus des reins , que les oviductes ont une longueur considérable , et que , quand ils contiennent des œufs , la disposition de ceux-ci est toujours telle qu'au même endroit où il y en a dans un oviducte , l'autre se trouve vide. Du reste , les oviductes servent à l'incubation des petits , dans la Vipère , comme dans la Salamandre. Ces canaux s'ouvrent , avec les uretères, dans le cloaque.
Les mâles ont de chaque côté un testicule allongé et un canal déférent très-contourné , qui s'ouvre dans le cloaque, avec celui du côté opposé , à la base d'une verge presque toujours double (5) et sillonnée , qui ne fait pas beaucoup de saillie à la vérité , mais qui néanmoins permet un véritable accouplement. Nitzsch a fait l'intéressante observation, sur une Cécilie , que le mâle a une verge unique ou simple , mais d'un volume considérable.
Les parties génitales des Sauriens se comportent presque entièrement de la même manière : seulement le conduit déférent , après un court trajet , produit un épididyme bien prononcé. La verge est également double , si ce n'est chez le Crocodile , qui l'a simple.
Otto (6) considère comme organes accessoires externes de l'accouplement , les glandes ou verrues ci^urales des mâles , qui ne se développent beaucoup qu'au temps des amours.
(4) Ann. des Se. nat., 1828, T. XIII, pag. 1K3.
(5) Cette double verge rappelle la langue bifide des Serpents, la verge double de plusieurs Vers, et les organes génitaux doubles de divers aniiQaux des classes inférieures.
(0) Tiedemann's Zeitschrift, tora. V, pag. lOi.
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