‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 171 sur 318 · Oiseaux · texte numérisé non relu

Oiseaux

Les organes génitaux femelles des Oiseaux ressemblent prodigieusement à ceux des Reptiles et surtout des Chéloniens. L'unique différence importante , c'est que , chez ces animaux , et chez eux seuls parmi ceux des classes supérieures, les parties génitales internes sont la plupart du temps simples ou impaires. A la vérité , on aperçoit primitivement ici une conformation symétrique à peu près semblable à celle qu'offre le poumon des Serpents, et c'est un fait remarquable que l'ovaire unique occupe ordinairement le côté gauche , comme Emmert l'a reconnu le premier, et comme Nitzsch , à qui nous devons tant d'excellentes recherches sur les Oiseaux, l'a constaté aussi dans tous les Gallinacés et les Pigeons (1). Cependant on rencontre quelquefois des ovaires doubles. Ainsi , par exemple , Nitzsch en a trouvé deux également volumineux et actifs dans les espèces indigènes des genres Circus et Âstur, un gros à droite, et un petit à gauche dans les Faucons d'Europe {Rhynchodon) , ainsi que dans quelques Aigles et Chouettes , mais il n'en a rencontré qu'un seul dans le Falco buleo.

L'ovaire est situé en avant de l'aorte , au dessus des reins, et au dessous du foie (pi. XV, fig. v, f, pi. XVI, fig. VI, a). 11 a la forme d'une grappe de raisin. Comparé aux sacs ovariens fermés de la plupart des Poissons , il peut être considéré comme une poche ovarienne fendue (2). Chez les Oiseaux dont la ponte n'a lieu qu'en certains temps de l'année , il se tuméfie beaucoup à cette époque , et contient quelques centaines d'œufs , gros et petils. Ces œufs sont entourés d'une membrane vasculaire, qui les fixe comme au moyen d'un pédicule. Lorsqu'ils grossissent, on y aperçoit , en devant , une ligne blanche (pi. XVI, fig. XV, c), indiquant l'endroit où la membrane vasculaire (calice) se rompt pour les laisser sortir, après quoi elle s'affaisse peu à peu sur elle-même (d).

En s'échappant de l'ovaire , l'œuf est reçu par un oviducte également simple , qui com-

(1) Naumann, Naturgeschichte der Yœgel Deutschlands , tom. VI , pag. 1G7.

(2) Voyez Rathke , dans Meckel's Archiv., tom. yi , pag. S93.

mence par un orifice infundibuliforme à parois membraneuses très-minces, acquiert peu à peu une forme et une structure presque semblables à celles d'un intestin ordinaire (3), si ce n'est qu'il est plus aplati et plus mou , se trouve maintenu aussi par un mésentère , et gagne le cloaque en décrivant plusieurs circonvolutions (fig. XV, f). Sa membrane interne varie en divers points de son étendue. Elle ressemble d'abord tout à fait à la membrane villeuse de l'intestin , puis elle devient plissée ; plus loin , à l'endroit où l'œuf s'arrête plus longtemps , et où se sécrète la coquille calcaire , elle présente de longues villosités ; enfin elle redevient lisse et plissée en long. Cependant ces différences n'autorisent point à diviser l'oviducte en vagin , matrice et trompe; car l'œuf ne se développe ici que hors du corps de la mère , d'où il suit que l'oviducte tout entier représente seulement la trompe de la femme. Du reste , ce canal s'ouvre toujours dans le cloaque, auprès du rectum et à gauche (pi. xvi , fig. vu , b), et son orifice est muni d'un sphincter.

L'Autruche et le Casoar ont aussi , d'après Perrault , un vestige de petite verge , conformée comme celle de Thomme.

Enfin , les organes génitaux ressentent d'une manière bien sensible l'influence des diverses périodes du développement ; car l'ovaire et l'oviducte reviennent , dans les vieilles femelles, à des proportions presque aussi exiguës que celles qu'ils avaient pendant les premiers temps de la vie.

Les organes des mâles se rapprochent plus encore que ceux des femelles de l'appareil génital des Reptiles , par la présence de testicules et de canaux déférents doubles (4). Mais les testicules sont situés également à l'extrémité supérieure des reins, des deux côtés de l'aorte , et leur volume varie beaucoup suivant l'époque de l'année. Pendant la saison de la pariade , ils sont d'une grosseur extraordinaire , tandis qu'une fois ce temps écoulé , on a souvent de la peine à les aper-

(3) Il n'y a pas jusqu'au mouvement péristaltique qui ne soit parfaitement semblable dans les deux organes.

(4) Quelquefois on ne rencontre qu'un seul testicule , par effet de variété : il est rare qu'on en trouve trois.

cevoir (pi. xvi, fig. xvi, a). En général, d'après les remarques de Tannenberg (1) et de Tiedemann (2) , le testicule gauche est plus gros que celui du côté droit , ce qui établit une analogie avec les parties génitales de la femelle. Leur forme est ordinairement ovale , et leur couleur jaunâtre. Leur parenchyme , très-mou et entouré d'une membrane vasculaire mince , leur donne souvent une ressemblance frappante, et bien remarquable sous le point de vue physiologique , avec un œuf de l'ovaire uniquement composé de jaune.

Plusieurs conduits séminifères , qui partent de chaque testicule , se réunissent en un conduit flexueux, et forment un épididyme, qu'on aperçoit surtout très-bien au temps de la pariade (fig. xvi , b ) , et auquel se rattache souvent encore un vaisseau séminifère particulier , terminé en cul-de-sac , qui remonte vers les capsules surrénales ou la cavité pectorale. Le canal étendu de l'épididyme au cloaque est étroit, flexueux et immédiatement collé à l'uretère (fig. xvi, c). Avant de se terminer au bord du rectum , tout près de l'ouverture qui , de son côté , livre passage à l'urine , il offre non-seulement une petite dilatation analogue à une vésicule séminale , comme on en voit déjà une dans plusieurs Reptiles et Poissons , mais encore une petite glande comparable à la prostate de l'homme.

Chaque conduit déférent se termine au sommet d'une élévation papilliforme qui rappelle la verge double des Sauriens. Mais quelquefois il y a , en outre , une verge plus volumineuse et essentiellement conformée comme celle de la Tortue (pi. xvi, fig. vi, c). C'est ce qui , d'après Tiedemann (3) , arrive surtout dans l'Autruche , le Casoar , le Hocco , l'Outarde , la Cigogne , ainsi que dans les Canards et les Oies. Cette verge consiste en un corps linguiforme , offrant à sa partie supérieure un sillon , le long duquel coule la semence , et mis en mouvement par des muscles particuliers. Sa longueur est considérable dans le Canard principalement, où elle s'élève à quelques pouces , de sorte que , hors le moment de la copulation , elle demeure cachée dans un sac spécial du cloaque , et que , pen-

(1) Spîcilefjîum observationum circa partes génitales mascvlas aiium. Goettingue, 1709.

(•i) Zoologie , tom. II , pag. 097.

(3) Loc. cit., i). 707.

dant l'accouplement , elle se retourne sur elle-même, presque comme celle des Limaçons, ou comme la longue langue des serpents (4).

Enfin , on trouve aussi , chez les Oiseaux , des espèces d'organes génitaux accessoires , à l'extérieur du corps. Ce sont les points de la surface ventrale destinés principalement à échauffer les œufs pendant l'incubation. Ces surfaces rases et entourées de plumes molles se voient surtout chez les femelles , et offrent à l'intérieur un plexus vasculaire dont j'ai donné la description précédemment (g 781 ). On pourrait les considérer comme un rudiment des mamelles, qui résident au même endroit dans la classe suivante; on pourrait aussi voir en elles une répétition remarquable de l'organe éducateur des Syngnathes , puisque, dans le genre Phalaropus , on ne les observe que chez les mâles (5) , sur lesquels retombe aussi presque exclusivement le soin de couver les œufs.

J'ai dit précédemment (S 552) que le jabot des Oiseaux sert quelquefois aussi d'organe nutritif pour les petits.

Du reste , je ne puis abandonner les organes génitaux des animaux de cette classe sans parler des différences considérables , et communes à la plupart des espèces , qui existent entre les mâles et les femelles, sous le rapport de la taille et du plumage ; car cette circonstance , jointe au développement des œufs hors du corps de la mère , exprime une répétition du type des Insectes les plus parfaits.

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