Mammifères
a. Organes femelles.
Dans les classes précédentes nous avons trouvé , pour organes femelles de la propagation : \° les ovaires, qui existent toujours, avec leurs conduits excréteurs; 2° des organes nourriciers externes des petits, qui n'ont point de connexion immédiate avec les parties génitales internes , sont souvent destinés primitivement à d'autres fonctions , et n'existent que dans quelques ordres , par exemple , les Pélécypodes , les Neusticopo-
(4) Voyez les notices très-exactes que Barkow a données des corps caverneux des Oiseaux, dans Meckel's Archiv., tom. IG30, p. 3G.
{S) Tiedemann , ie/trÔMc/t der Zoologie, p. 471.
ORGANES GENITAUX.
des , les Décapodes , et même encore chez les ' Pipas , parmi les Reptiles ; S** enfin des organes incnbateurs internes qui rendent possible , soit l'éclosement même du petit parfaitement développé, soit son développement dans l'œuf, chez quelques Mollusques {Paludina v'mpara) , plusieurs animaux articulés ( Scorpions , Pucerons , etc. ) , certains Poissons , les Salamandres et les Vipères. Les Mammifères nous présentent , en général , ces trois sortes d'organes ayant entre eux des connexions que nous n'avions point encore observées jusqu'alors, de sorte que nous rencontrons chez eux, \° comme organes d'engendrement , les ovaires ; 2° comme organes internes de dérivation et de développement des œufs , les oviductes ou trompes de Fallope , la matrice et le vagin , avec les organes externes de copulation situés à l'orifice de ce dernier ; 3" comme organes externes de nutrition , les mamelles , dont l'existence , ainsi que nous le verrons , dépend de la constitution même de l'œuf des Mammifères , auquel manque en grande partie le jaune des Oiseaux, c'est-à-dire une sorte de réservoir du chyle propre à nourrir encore le petit après l'incubation parfaite , et que doit par conséquent remplacer un autre organe capable de subvenir à la nutrition du petit après sa naissance.
Nous allons examiner successivement ces divers organes , en prenant toujours l'organisation humaine pour type général , et signalant aussi celles qui s'écartent d'elle.
1° Ovaires. Partout ils sont doubles. Mais, dans plusieurs Mammifères , leur forme se rapproche beaucoup de celle qu'ils afl^ectent chez l'Oiseau et le Reptile, en ce qu'on y aperçoit d une manière très-distincte le développement des vésicules ovariennes. C'est ce quia lieu surtout dans les Rongeurs, tels que les Lapins , les Rats et les Cochons d'Inde , dans le Hérisson , et principalement , d'après Cuvier , chez les Marsupiaux. Les ovaires du Cochon sont composés aussi de plusieurs masses globuleuses , les unes grandes et les autres petites , qui cependant ne constituent pas des œufs isolés , mais bien de petits ovaires distincts , puisque , quand on les coupe en travers , on y aperçoit un tissu dense , parsemé de petites vésicules de Graaf (1) , absolument
(1) En traitant del'hisloire du développement < je
comme dans l'ovaire de la femme , et telles qu'on les retrouve aussi pendant la gestation (pi. XX, fig. XV ). Je signalerai encore les ovaires des Dauphins, auxquels Hunter (2) assigne une forme allongée , comparable à celle du pancréas , et remarquable en ce qu'elle rappelle parfaitement celle des ovaires dans l'embryon humain. Une autre analogie non moins remarquable avec les Oiseaux résulte de ce que , dans toutes les femelles d'Ornithorhynque disséquées par lui , Home n'a jamais rencontré de vésicules que dans l'ovaire gauche (3). Enfin je ne dois point omettre les capsules que le péritoine forme aux ovaires , chez plusieurs Mammifères , notamment parmi les Carnivores , attendu qu'elles établissent une analogie frappante avec les testicules entourés de replis du péritoine. Albers paraît être le premier qui ait aperçu cette conformation en disséquant une femelle de Phoque. Depuis elle a été retrouvée par Lobstein , Weber et Treviranus (4) , chez plusieurs Carnivores. Je l'ai vue moi-même dans le Renard , et Home en parle également dans l'Ornithorhynque. L'extrémité de la trompe de Fallope , avec ses franges , s'ouvre toujours dans l'intérieur de ces capsules , d'où il résulte que les ovaires ne font pour ainsi dire qu'un avec leurs conduits excréteurs , à peu près comme il arrive chez la plupart des Poissons osseux , tandis que , dans les Mammifères dont les ovaires et les trompes sont libres au milieu de la cavité abdominale , l'état des choses ressemble presque à celui qu'on observe dans l'Esturgeon et dans les Plagiostomes.
2° Trompes de Fallope ou oviductes. Le pavillon continue toujours à être tourné veis les ovaires , comme chez les Reptiles et les Oiseaux ; mais , au lieu de s'ouvrir inférieurement dans un cloaque , les trompes aboutissent à la matrice. En général , elles ne diffèrent de celles de la femme que parce qu'elles sont tantôt plus et tantôt moins dé-
parlerai des germes essentiels d'œufs, contenus dans les vésicules de Graaf, qu'on trouve chez tousles Mammifères.
(2) Philos. Trans., 1787, pag. 444. — Ils avaient cinq pouces de long.
(3) Meckel's Archiv., tom. V, pag. 419.
(4) TiEDEMANN's ZcUschrift , tom. 1 , p. 180.
tachées de la matrice , qu'elles décrivent plus de sinuosités , et que leur orifice abdominal , quelquefois fort large (pi. xx, fig. xv, b), puisque Hunter a trouvé sa largeur de cinq à six pouces dans le Dauphin , est plus lisse sur les bords. Parfois , comme dans la Fouine , suivant Treviranus , on ne peut presque point distinguer les trompes des cornes de la matrice , et leur canal est à la fois assez large et court ; mais quelquefois aussi , par exemple dans le Cochon d'Inde , selon le même observateur , elles sont si longues , si contournées et si étroites , qu'on a de la peine à concevoir que le sperme puisse se rendre à l'ovaire. 3° Matrice. Si, dans les classes précédentes , nous avons trouvé des organes éducateurs internes , et vu le petit vivant naître , soit dégagé de toutes ses enveloppes, soit encore renfermé dans l'œuf, ces organes n'étaient que de simples dilatations de l'ovaire comme dans la Blennie , ou plus ordinairement des oviductes , et dans ce dernier cas nous pourrions admettre deux matrices se vidant chacune par un orifice particulier dans l'ouverture génitale commune. Suivant Home (1) , la même chose a heu chez l'Ornithorhynque , dont chaque oviducte , se dilatant un peu à sa partie inférieure, forme ainsi une espèce de matrice , et s'ouvre enfin dans un court vagin , vis-à-vis de celui du côté opposé , de telle sorte que l'orifice de la matrice se trouve entre ceux des deux matrices , qui ne sont point entourés d'un col utérin (pi. xx, fig. vin). A cette forme se rattache la matrice complètement double de la plupart des Rongeurs , par exemple des Lièvres , des Lapins , des Rats et des Souris , qui s'ouvre dans le vagin par deux orifices bien distincts et saillants , et dont chaque moitié ressemble exactement à un intestin , même par la disposition de ses fibres musculaires, ainsi qu'il arrive aux oviductes des Reptiles et des Oiseaux. La matrice du Cochon est presque entièrement construite aussi sur le même plan. Viennent ensuite les diverses sortes de matrices simples à leur partie moyenne, mais prolongées en cornes sur les côtés. Cependant je dois parler encore auparavant de la singulière matrice anfractueuse des Marsupiaux ( Sarigue , Kanguroo , Wombat , etc. ).
(1) Philos. Trans., 1802, pas- 01-
De même que chez les animaux dont la matrice est tout à fait double , on trouve ici dans le vagin (2) deux ouvertures (pi. xx, fig. XX, a, a) , ayant entre elles l'orifice de l'urètre (b) , et dont chacune conduit à un canal particulier (d). Ce canal ressemble à une matrice ordinaire en forme d'intestin , fortement recourbée en dedans, et son extrémité supérieure se confond avec celle du côté opposé en une vaste cavité commune (e) , qui est terminée en pointe par le bas. Un bourrelet longitudinal partage incomplètement en deux moitiés cette cavité médiane , qui paraît être totalement fermée en bas hors de l'état de grossesse, mais qui, suivant Home (3), pendant la gestation, comme aussi durant et après la parturition, s'ouvre dans le vagin par une fente étroite (c). En disséquant un Kanguroo qui portait dans sa poche un petit long d'environ huit pouces , j'ai trouvé que cette ouverture était agglutinée à la vérité , mais qu'une sonde ne tardait cependant point à la franchir dans une direction longitudinale , et immédiatement au dessus de l'orifice urétral , de sorte qu'il eût été facile de ne point l'apercevoir à cause du voisinage de ce dernier. Le petit sort de la cavité médiane par cette fente , à l'état de véritable embryon , et ne pesant quelquefois que vingt-et-un grains chez une mère du poids de cinquante-sixlivres;il passe dans le vagin, et de là dans la bourse. Quant à la semence, il est probable qu'elle parvient , par les deux canaux latéraux recourbés, dans la cavité médiane, qui reçoit les œufs amenés de l'ovaire par deux oviductes (g) , dont le calibre augmente à leur partie inférieure (f).
Un autre fait digne de remarque , c'est la masse gélatineuse épaisse , semblable à celle des Grenouilles et des Squales , qui se sécrète en telle abondance dans cette matrice, à l'époque de la gestation , que les canaux latéraux s'en trouvent entièrement obstrués, et qu'elle enveloppe de toutes parts le petit. Une gelée analogue se rencontre dans la matrice de la plupart des Mammifères , tels que la Vache, la Jument, la Chienne, etc., pendant la gestation; mais elle ne sert chez eux qu'à boucher l'orifice de l'organe (4).
(2) Philos. Trans., 176S.
(3) Comme il est difficile de comprendre la descrii»-
ORGANES GENITAUX.
Quant à la matrice des Carnivores , de quelques autres Rongeurs , tels que l'Agouti et le Cochon d'Inde , des Chéiroptères , des Cétacés, des Ruminants, des Cochons et des Solipèdes, elle a partout cela de particulier que , quoique munie d'un orifice simple par le bas , elle se prolonge , à sa partie supérieure et de chaque côté (p. XX, fig. xui), en une corne, qui est généralement d'autant plus longue et d'autant plus semblable à un intestin, qu'il se développe davantage d'œufs dans son intérieur. Telle est la forme qu'affecte tant la matrice à cornes droites des Chiens , des Chats , des Chauve-souris et des Phoques , que celle à cornes recourbées de haut en bas du Cochon , du Hérisson et de la Taupe. Ces matrices à longues cornes, qui font suite immédiatement aux matrices doubles, pourraient être désignées par l'épithète de bipartites^, tandis que les matrices à cornes courtes recevraient celle de bicornes. En effet, chez ceux des Mammifères , tels que les Ruminants et les Solipèdes , qui ne font ordinairement qu'un seul petit à la fois, les cornes de la matrice sont plus courtes, et semblent n'être en quelque sorte que des appendices ou prolongements de la partie moyenne, avec cette différence toutefois que la matrice offre encore, dans les Ruminants, la Vache et la Brebis , par exemple (pi. xx. fig. xvi) , une cloison incomplète (utérus bicornis divisus) , qui n'existe point chez les Solipèdes (utérus bicornis simplex). Du reste , les matrices doubles et celles à longues cornes se font remarquer encore par leur mode de fixation. En effet, elles sont retenues, non pas seulement , comme les oviductes des animaux inférieurs , par une sorte de mésentère , dont
tion d'une matrice anfractueuse sans le secours d'une figure, et que celle qu'a donnée Home n'est pas plus satisfaisante que celle de Sarigue précédemment donnée par Blumenbaclî ( Handbuch der vergleichenden Anatomie) , je me suis décidé à publier la faible esquisse de la planche XX, iig. xx , en attendant que je puisse livrer une figure complète au public. Du reste, Ovven vient de publier des planches fort belles des organes génitaux femelles du Dasypus novemcinctus, du Didelphis dorsigera, de YHypsiprimnus Whitei, et duMacropus major, dans Philos. Trans. 18.34, P. ii, pi. 7, avec une description (p. 333) de ces organes , tant pendant l'état de vacuité, que pendant celui de gestation, et du développement des petits des animaux à bourse.
les ligaments larges des matrices simples offrent un rudiment, mais encore par des cordons vasculo-fibreux arrondis, qui s'aperçoivent bien déjà dans la femme, par exemple, où ils constituent les ligaments ronds sortant des anneaux inguinaux , mais qui sont doubles ici , et dont les uns descendent de la paroi supérieure du ventre , c'est-à-dire de la région des piliers du diaphragme , tandis que les autres remontent de la paroi antérieure , c'est-à-dire des anneaux inguinaux (1).
Nous arrivons maintenant à la dernière des formes principales de la matrice , savoir à celle des matrices simples, triangulaires ou ovoïdes, qu'on rencontre d'abord dans les Fourmiliers et les Tatous , rapprochés des Oiseaux par l'existence chez eux d'un cloaque, ainsi que dans les Paresseux , où cependant elle est configurée de telle manière que son orifice ne forme ni un museau de tanche proprement dit, ni un col utérin, et que l'organe entier ressemble plus à la bourse de Fabricius , ou à une portion de l'oviducte des Oiseaux , qu'à la matrice humaine (2). La matrice se rapproche davantage de celle de la femme dans quelques Chéiroptères, où elle prend une forme parfaitement arrondie pendant la gestation (3) , et dans plusieurs Singes, chez lesquels l'analogie ne porte pas
(1) Stenson d'abord , puis Rudolphi et Nitzsch (Meckel's Archiv., tom. II, cah. II) sont lesanatomistes qui ont le plus particulièrement signalé ces ligaments ronds supérieurs. Quant à l'interprétation des ligaments ronds en général , c'est une énigme fort diflicile à deviner. Cependant ces corps me paraissent avoir surtout de l'analogie soit avec les muscles releveurs des testicules {cremaster) , soit avec les ligaments dirigeants de ces organes [gubernaculum Hunteri) , de l'origine desquels il sera parlé plus loin. Un fait digne de remarque, au reste, c'est que les vaisseaux de ces ligaments établissent quelquefois une communication immédiate entre l'organe incubateur interne et la surface extérieure du ventre, c'est-à-dire avec la partie du corps où se trouvent les organes incubateurs et les organes nourriciers (îname?/e«) externes; car on verra plus loin que les mamelles sont primitivement placées , chez les femelles , au voisinage de l'anneau inguinal. Je considère les ligaments ronds supérieurs comme une répétition des inférieurs; ils paraissent aussi contenir beaucoup moins de vaisseaux.
(2) Meckel a signalé aussi cette analogie avec les Oiseaux.
(3) Voyez mes Tabulœ illustrantes, cah. 111, pi. IX, fig. III.
TRAITE DANATOMIE COMPARÉE.
seulement sur la configuration , mais s'étend encore à la structure des parois (1).
En effet, les matrices tant doubles que bicornes ressemblent à un véritable intestin ou à un oviducte , sous ce rapport que leurs parois sont minces , et qu'on y distingue des fibres musculaires extrêmement prononcées ; les matrices simples , au contraire , celle déjà du Fourmilier, mais surtout celles des Singes et de la femme, ont des parois fort épaisses , et dans lesquelles on aperçoit bien moins les fibres musculaires , principalement hors du temps de la gestation.
Enfin, les Makis font le passage des Singes, dont la matrice ressemble à celle de la femme, aux Carnivores, parce que le fond de la leur se divise de nouveau en deux cornes. Au reste, cette conformation existe constamment dans l'embryon humain , et persiste même quelquefois chez la femme, où elle constitue alors une monstruosité.
Avant de passer aux organes copulateurs externes, je dois encore parler de deux conduits remarquables qu'on observe quelquefois le long du vagin, et qui sont importants, soit parce qu'ils jouent un rôle pendant le développement de l'animal , soit parce qu'ils n'existent point chez l'homme , soit enfin parce qu'ils ont une connexion quelconque avec la fonction génitale. Ces canaux , déjà entrevus par Malpighi et décrits depuis par Gsertner (2) dans la Vache et la Truie , sont, d'après la découverte de Jacobson (3)^ confirmée par les recherches de Rathke (4), les rudiments des conduits excréteurs des reins primordiaux ou corps d'Oken , organes qui jouent un si grand rôle dans l'histoire du développement , comme étant la source ou la matrice des reins et des parties génitales. Leur orifice est situé dans une paire de plis, sur les côtés de l'urètre (pi. xx, fig. xni, a) ;
(1) Traill {Mem. of the Wernerian Soc, vol. III, pag. 40) a trouvé que la matrice de l'Orang-Outang avait à peu près la même forme que celle d'une jeune fille , que, par conséquent, le col utérin y prédominait. Il a également aperçu un vestige d'hymen chez cet animal ; mais il n'a vu aucune trace de nymphes.
(2) Schriften der k. dœnischen Gesellschaft der Wissenschaften , tom. 1.
(3) Die Okeuschen Kœrper , oder die Primordialnieren. Copenhague, 1830.
(4) Meckv.l' s Journal fuer Analomie undPhysioloyie, tora. VI, p. 379.
de là ils gagnent le col de la matrice , qu'ils traversent , pour aller se perdre supérieurement vers les cornes de cet organe et les ovaires (fig. xni, b) (5).
4° Organes externes de copulation. Chez les Oiseaux , de même que chez quelques Reptiles et Poissons , la dernière dilatation du canal intestinal (cloaque) servait encore d'organe copulateur externe dans les femelles, tandis que, chez la plupart des Poissons, l'ouverture des organes urinaires et génitaux était déjà séparée de l'anus, mais située derrière lui. Dans les Mammifères, cette ouverture est également distincte de celle du rectum , mais elle est placée au devant. L'Ornithorhynque , l'Echidné et le Castor font cependant exception sous ce rapport; car, chez eux, les orifices du vagin et du rectum sont de nouveau confondus ensemble. A cette conformation se rattache celle des Tardigrades, des Edentés ( suivant Cuvier) et du Phoque ( selon Meckel), chez lesquels non-seulement les ouvertures du vagin et du rectum sont très-rapprochées l'une de l'autre , mais encore l'urètre et le vagin se confondent en un seul canal. Ce dernier état de choses a lieu aussi dans les Monotrèmes , les Fourmiliers et les Marsupiaux, où l'orifice urétral se trouve presque immédiatement auprès de celui de la matrice , et où par conséquent les voies génitales s'ouvrent dans les voies urinaires , tandis que l'inverse a heu chez d'autres Mammifères , où l'urètre aboutit à l'issue du vagin, comme chez la femme. Je ne puis omettre de signaler l'analogie remarquable que la première de ces conformations établit avec ce qu'on observe chez quelques Poissons (S 840), où l'oviducte s'insère dans l'uretère de son côté. L'orifice urétral de l'Ourse et de la Genette est situé encore trèshaut dans le vagin (6); mais le canal de l'urètre perce le clitoris chez les Makis.
Le clitoris , rudiment de la verge , paraît
(3) Voyez à ce sujet une note de Blainville sur les doubles canaux de la matrice des Mammifères parongulés , dans Nouv. Bull, des Se. de la Soc. philom. , juillet, 182(5.
(6) Voyez les figures de Daubenton, dans Buffon, HisL nat. vol. VIII, pi. 33, vol. IX, pi. 37. — Du reste, le vagin des Mammifères n'offre ordinairement que des plis longitudinaux , et il est rare d'y trouver des plis transversaux.
ORGANES GÉNITAUX
exister chez toutes les femelles de Mammifères. On le retrouve même dans les Cétacés et dans l'Ornithorliynque (1). Il a un volume considérable chez les femelles voluptueuses des Singes. On rencontre un os dans son intérieur chez les Chattes et les femelles de quelques Rongeurs , de même que , d'après Cuvier, dans l'Ourse et la Loutre. II est bifurqué dans les Marsupiaux , ce qui le fait ressembler à la verge des mâles.
L'absence des nymphes et de l'hymen établit une différence importante entre les organes copulateurs externes des femelles de Mammifères et ceux de la femme. Dans quelques espèces , telles que le Manati , l'Hyène, le Daman, plusieurs Singes, etc. , l'hymen est remplacé , mais toujours d'une manière incomplète, par des rétrécissements musculeux ou par des replis cutanés.
5° Organes nourriciers externes. Ils comprennent les mamelles et la poche qui les entoure dans les Marsupiaux. C'est pour la première fois que nous les rencontrons sous cette forme dans la série animale , quoique la nutrition des petits dans les cellules dorsales du Pipa et leur alimentation par un liquide sécrété dans le jabot des Pigeons, soient déjà des phénomènes analogues à ceux qu'ils produisent, et que la fonction dont ils sont chargés se rattache d'une manière intime au passage des petits ou des œufs d'un organe nourricier interne dans un autre extérieur , que nous avons déjà observé fréquemment chez les animaux des classes inférieures. Les organes incubateurs des Oiseaux peuvent également être considérés comme le rudiment de ceux dont nous allons nous occuper.
Nous avons à considérer, dans les mamelles des Mammifères, les différences qu'elles présentent sous le rapport de la structure, de la configuration et de la situation.
Leur structure est celle des glandes conglomérées , comme chez la femme. Seulement les sinus ou réservoirs du lait, c'est-àdire les dilatations des conduits lactifères , sont beaucoup plus amples. Ainsi, par exemple, dans la Vache , huit à dix troncs galactophores principaux aboutissent au réservoir du lait (pi. XX, fig. XIX, a). Rapp (2) a trouvé
(1) Home, Philos. Irons., 1802, pag. 327.
(2) Meckel' s Ar chic, 1830, pag. 339.
aussi, dans le Dauphin, que le conduit excréteur suivait l'axe de la glande (3) , et qu'il était assez large à son extrémité pour permettre d'y introduire deux doigts. Les glandes mammaires de l'Ornithorhynque , dont on doit la découverte à Meckel ( pi. xx , fig. xvn ) , ont une structure foit remarquable ; elles se composent d'environ cent cinquante espèces de cœcums aboutissant à une ouverture médiane (4), et ne sont par conséquent pas plus que celles des Dauphins conformées de manière à permettre la succion. Je dois signaler encore un appareil musculaire particulier qui s'étend sur les mamelles de plusieurs Mammifères. Ainsi, dans les Dauphins, Rapp a trouvé ces organes couverts extérieurement d'une expansion musculeuse très -forte, évidemment propre à les comprimer et à en exprimer le lait. Les glandes mammaires des Marsupiaux sont conformées de la même manière, du moins dans le Kanguroo , suivant Geoffroy Saint - Hilaire (5). Enfin, Meckel dit aussi que celles de l'Ornithorhynque sont placées entre le pannicule charnu et le muscle oblique du basventre. Mais la conformation du petit, dans ces trois familles , les Cétacés , les Monotrèmes et les Marsupiaux , prouve que l'excrétion du lait doit résulter d'une action exercée parle corps de la mère elle-même.
Envisagées sous le rapport des diversités qu'elles présentent dans leur configuration , les mamelles permettent qu'on établisse une certaine analogie entre elles , la membrane externe de l'œuf et le placenta. Nous verrons plus loin que le placenta manque chez quelques Mammifères , mais qu'il existe chez la majorité de ces animaux, et que, dans les
(3) Il est probable que , comme l'a déjà dit Aristote, le lait des Cétacés sort de lui-même du conduit lactifère principal; que la pression exercée par un muscleparticulier , dont je parlerai tout à l'heure , est la seule circonstance qui contribue à son émission, et que le petit, qui nage à la suite de sa mère, l'attire avec l'eau dans sa bouche. Ce pliénomène pourrait rappeler la fécondation des œufs de Poissons , qui s'opère dans l'eau. Voyez à ce sujet, Geoffroy Saint-Hilaire, Mémoires sur la structure et les usages des glandes monotrémiques , et en particulier sur ces glandes chez les Cétacés. VsiTis, 1834, in-S".
(4) Ornithorhynchi anatomie , pag. .'54.
(5) Annales des Se. nat., tom. IX , 1826 , pag. 4S7. Voyez aussi ses Études progressives d'unnaturaliste. Paris, 183S, in-4'», pi. 2 , pour les organes mamellaires des Cétacés , et pi. 6 pour ceux de la Marmose.
iW
espèces supérieures , il finit par ne plus constituer qu'une seule masse. De même , les glandes mammaires sont d'abord aplaties et largement étalées à la surface abdominale , sans former de mamelles proprement dites , comme dans les Cétacés et les Monotrèmes ; puis , comme dans les Marsupiaux , il se développe périodiquement, sur cette surface , des mamelles en nombre correspondant à celui des petits, ayant la forme de longs appendices vermif ormes pénétrant jusque dans la gorge de ceux-ci, qui s'y trouvent suspendus, de même qu'à une sorte de cordon ombilical , dans la poche produite par un plissement particulier des téguments du ventre. Souvent aussi , entre autres dans les Ruminants , il arrive que , comme l'embryon est pourvu de plusieurs cotylédons ou placentas, de même le petit peut disposer de plusieurs mamelles dont on compte , par exemple , quatre , et souvent encore deux autres plus petites, dans la Vache. Enfin, dans les Singes et les Chéiroptères, on ne trouve plus qu'une seule mamelle de chaque côté de la poitrine, et alors le corps de la glande mammaire fait une saillie arrondie à l'extérieur.
A l'égard de la situation des mamelles, ce qu'il y a de plus remarquable , c'est qu'elles se portent peu à peu et graduellement des parties génitales externes au thorax , circonstance bien propre à rappeler la connexion intime que tant d'autres phénomènes annoncent exister entre l'appareil de la respiration et celui de la génération. Suivant Hunter (1) et Rapp(2), les mamelles des Mammifères pisciformes sont situées dans deux replis sur les côtés des grandes lèvres (pi. xx , fig , xi). On trouve ces organes à la région inguinale dans les Marsupiaux , où ils sont entourés d'une sorte de matrice extérieure, c'est-à-dire d'un sac soutenu par des os particuliers, pourvu de plusieurs muscles et muni d'une ouverture longitudinale , qui, à l'époque de la parturition , se rapproche de l'orifice du vagin , pour recevoir les fœtus non à maturité qu'expulse la matrice. La situation des mamelles est la même dans les Ruminants et les Solipèdes. On en peut dire autant , du moins en partie, des Rongeurs, parmi les ma-
(1) Philos. Trans., 1787, pag. US.
(2) Loc. cit.
melles plus nombreuses desquels il y en a toujours quelques unes qui occupent la région inguinale. Celles des Phoques et des Pachydermes sont placées au ventre, excepté dans l'Eléphant , qui a des mamelles pectorales , ainsi que le Lamantin. Les Carnivores, munis de plusieurs paires de mamelles, en ont aussi quelques unes à la poitrine. Enfin, les Chéiroptères et les Singes sont dans le même cas que l'homme, c'est-à-dire qu'ils ont une paire de mamelles pectorales.
b. Organes mâles.
Les organes mâles des Mammifères défèrent également de ceux des animaux compris dans les classes précédentes, en ce qu'ils sont davantage séparés du canal intestinal, l'urine et la semence ne s'écoulanl plus, en général, par l'anus, mais par un canal particulier , que nous avons déjà rencontré d'ailleurs chez quelques uns des animaux placés aux degrés inférieurs de l'échelle. Du reste , il y a toujours un parallélisme bien manifeste entre CCS organes et ceux de l'autre sexe. Ils se composent de testicules, de canaux déférents, de vésicules séminales et de verges, à quoi l'on doit encore ajouter un rudiment de matrice, ou une prostate , et des rudiments de mamelles.
1" Testicules. Les testicules des Mammifères diffèrent surtout de ceux des autres Céplialozoaires par le caractère plus manifestement fibreux de leur parenchyme , qui est formé de circonvolutions vasculaires, et que contribue à soutenir un repli interne de l'enveloppe ( corps d'Highmore ) , dont la trace s'aperçoit même déjà quelquefois à l'extérieur, principalement chez divers Rongeurs , sous la forme d'une ligne flexueuse de couleur plus foncée ( pi. xx, fig. v, F). Du reste, le volume et la situation de ces organes varient beaucoup plus que leur structure intime.
Chez les Mammifères inférieurs, et surtout chez les Rongeurs , ils ont un volume considérable, qui rappelle la grosseur des testicules dans la classe des Poissons.
A l'égard de la situation, on ne peut pas non plus méconnaître , sous ce rapport, un certain rapprochement avec des formations inférieures. En effet, chez les Pinnipèdes , le
ORGANES GENITAUX.
Daman, rEléphanf , rOrnilhorhynqiie (pi. xx, fi{j. IX, p) et l'Ediidné, les testicules sont toujours , comme ceux de l'embryon humain , logés dans la cavité abdominale , auprès des reins. Quant aux autres Mammifères , leurs testicules sortent du ventre à une certaine époque de la vie ; mais tantôt ils y rentrent quand le besoin de l'accouplement se fait sentir et qu'eux-mêmes augmentent alors de volume , comme chez la plupart des Rongeurs, les Rats (pi. xx, fig. v, f*) , les Souris, les Ecureuils , les Castors , etc. , et les animaux qui s'en rapprochent pour la forme et le genre de vie , tels que les Musaraignes, les Taupes, les Hérissons, les Chéiroptères ; tantôt ils restent toujours hors de la cavité abdominale , et alors ils sont logés soit seulement sous la peau de la région inguinale, comme dans la Loutre, suivant Cuvier (1), ou du périnée , comme chez le Cochon , soit dans un sac particulier , appelé scrotum , et suspendu à la partie postérieure ou à la partie antérieure du bassin , ce qui est le cas du plus grand nombre des autres Mammifères. Du reste, la sortie des testicules s'effectue de la même manière que dans le fœtus humain (2). L'organe , entouré par un repli péritonéal qui le retient (3), descend à travers une fente des muscles abdominaux (anneau inguinal ) , dans une sorte de sac herniaire fermé par le péritoine. Quelques faisceaux des fibres de ces muscles l'accompagnent dans sa descente, constituent son muscle releveur (cremaster) , et font prendre au sac péritonéal la foi'me d'un canal {canalis tunicœ vaginalis propriœ testis ) , qui ne tarde pas à s'oblitérer chez l'homme , mais demeure perméable chez tous les Mammifères où on l'a examiné. Ce canal a un diamètre très-considérable , surtout chez les Mammifères, tels que les Rongeurs , dont les testicules sont sujets à rentrer périodiquement
(1) La même chose a lieu aussi, selon Cuvier, dans le Chameau , oii Emraert a cependant aperçu un scrotum bien marqué [Salzburger medizinische Zeitung, 1817, no 33).
(2) Voyez à ce sujet un beau travail de Seiler , De descensu testiculorum , 1817.
(3) Lorsque les testicules ont un volume projiortionnelconsidéralîle, comme par exemple dans le Rat, la glande et le cordon spermatique sont maintenus, de même que la matrice de la femelle , par une sorte de mésentère.
dans le ventre (4), Lorsque l'organe remonte, en effet, son muscle élévateur se retourne sur lui-même , ainsi que le sac péritonéal , à peu près comme la corne d'un Limaçon , et ce muscle constitue alors ce qu'on appelle le ligament dirigeant {gubernaculum Hunteri) ; on n'aperçoit plus ensuite , à l'extérieur , qu'un enfoncement ovale et infundibuliforme , aux bords duquel aboutissent les fibres du muscle retourné , dont les contractions ramènent plus tard le testicide au dehors (pi. XX, fig. v, 1).
2° Canaux déférents. Chez les Mammifères , comme chez l'homme , les vaisseaux excréteurs de chaque testicule ne tardent point à se réunir en un canal commun , qui , situé le long de cet organe et très-replié sur lui-même , porte le nom d'épididyme. Le volume de l'épididyme est ordinairement proportionné à celui du testicule lui-même. C'est pourquoi , dans les Rongeurs , par exemple (pi. XX, fig. V, g, i), il est très-gros, et forme inférieurement une petite tête. D'ailleurs il adhère moins au testicule que chez l'homme , particularité que Cuvier signale également dans les Marsupiaux, et Home dans rOrnithorhynque. Meckel a trouvé le
{A) C'est un phénomène très-remarqua])le sous le point de vue physiologique , et qui me paraît être surtout expliqué par une analogie avec ce qu'on observe dans le corps delà femelle. En effet, le testicule peut être considéré comme l'œuf élevé à une plus haute puissance d'organisation , et déjà précédemment j'ai signalé l'analogie qui existe entre ces deux parties, notamment chez l'Oiseau. Or, comme l'œuf passe souvent d'un organe intérieur dans un organe extérieur, mais qu'il est destiné à être constamment expulsé du corps, la même chose a lieu aussi pour le testicule, et c'est seulement lorsque l'activité productive vient à être vivement excitée , que nous le voyons, chez quelques animaux , se rapprocher des organes centraux de la reproduction. L'endroit où s'opè.e la sortie du testicule n'est point non plus sans importance, car l'anneau inguinal peut être comparé à la fente inguinale des Raies et autres Poissons, dont nous avons vu que la destination se rattachait également à l'émission des œufs, et le gouvernail de Hunter pourrait être alors considéré comme le bord de cette ouverture prolongé, renversé en dedans, et attaché plus à l'épididyme qu'au testicule lui-même. Du reste, cette circonstance, que l'épididyme (conduit séminal contourné) est embrassé par le gouvernail, comme une partie de l'oviducte (c'est-à-dire la pointe extrême de la matrice) l'est par le ligament rond, fournit une nouvelle preuve en faveur de l'analogie que j'ai déjà indiquée entre ces deux derniers organes.
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canal de l'épididyme tellement contourné, chez ce dernier animal, qu'après avoir été développé , il pouvait avoir environ trois pieds de long.
Les canaux déférents eux-mêmes se comportent presque entièrement comme ceux de l'homme , quant à leur marche et à leur insertion dans le col de la vessie , qui rappelle d'ailleurs que nous avons vu, chez l'Ornithoi-hynque , la matrice s'ouvrir des deux côtés de la vessie. Seulement ils sont plus contournés (1) , et à parois plus minces , lorsque les testicules demeurent cachés dans la cavité abdominale. On doit encore avoir égard aux dilatations qu'ils présentent quelquefois avant de s'insérer au col de la vessie. Ces dilatations existent surtout dans les Solipèdes , dans les Ruminants , et , selon Cuvier , dans l'Eléphant. Elles ressemblent parfaitement à celles que nous avons déjà considérées, dans les classes précédentes et notamment chez quelques Poissons , comme les représentants des vésicules séminales. Elle n'ont pas uniquement pour effet d'accroître la capacité du conduit ; car , à l'endroit où elles existent , les parois de ce dernier sont fort épaisses et glanduleuses, et sa face interne est partagée en cellules.
3° Vésicules séminales et Prostate. Nous avons déjà trouvé , dans les femelles de Mammifères , qu'en se réunissant et se renflant entre la vessie et le rectum , les oviductes donnent naissance à la matrice , réservoir et en même temps organe de sécrétion pour le fœtus. Dans les mâles , nous apercevons au même endroit des réservoirs du sperme et des organes sécrétoires, et, en voyant les uns et les autres tendre à reproduire la forme de la matrice , nous sommes obligés de les considérer eux-mêmes comme des rudiments de cet organe femelle. Du reste , ces organes varient beaucoup pour la forme , quoique , en général , ils aient de commun avec la ma- Irice d'être partagés en cornes latérales, et les anatomistes ne s'accordent pas tous ensemble à l'égard des noms qu'ils leur impo-
(1) Parla ils se rapprochant beaucoup (par exemple dans rOrnithorliynque, pi. xx, fig. ix, e) des conduits déférents des Oiseaux , dont les Hexuosités sont très-serrées les unes contre les autres, et qui descendent le long des uretères.
sent. Les vues que je viens d'émettre me paraissent très-propres à faire disparaître les contradictions qui régnent sur leur compte.
Des vésicules séminales communiquant immédiatement avec les canaux déférents , comme celles de l'homme , se trouvent , sans aucun ordre apparent (2) , chez les Mammifères , notamment les Siiîges , les Chéiroptères , les Rongeurs , les Taupes , les Hérissons , les Pachydermes et les Solipèdes. Il n'y en a point chez les Pinnipèdes (le Manati excepté), qui sont trop voisins des Reptiles et des Poissons , non plus que dans les Monotrèmes , la plupart des Ruminants , les Marsupiaux , et enfin les Carnivores , dont le système musculaire très-développé rappelle si bien les Oiseaux. Elles sont surtout très-volumineuses chez les Rongeurs. Celles du Cochon d'Inde , par exemple , représentent deux longues cornes , recourbées en dehors , et fixées par un mésentère particulier, qui rappellent manifestement la forme de la matrice des femelles. Celles du Rat , au contraire , ressemblent davantage à une crête (pi. xx, fig. v, k). Elles ont également un volume considérable dans le Hérisson , où elles se composent de huit à dix faisceaux, qu'on est obligé d'écarter les uns des autres pour apercevoir la vessie urinaire , beaucoup plus petite , qui se trouve parmi eux. Dans d'autres Mammifères , le Cochon , par exemple , elles ressemblent extérieurement à des glandes , ce qui semble confirmer l'opinion de Hunter , qui les considérait moins comme des réservoirs que comme des organes sécrétoires.
L'analogie spéciale de la prostate avec la matrice s'annonce surtout par l'existence de cette glande chez tous les Mammifères mâles ( fig. V , m ) , car Meckel a démontré que , dans ceux à qui Cuvier la refuse , on devait considérer comme telle les organes auxquels il donne le nom de vésicules séminales accessoires. Du reste , sa forme et son volume varient beaucoup. Elle est très-grosse dans le Hérisson , où elle se partage en quatre lobes , et dans les Ruminants, où elle a été considérée quelquefois comme vésicule séminale. Elle se
(2j Haller {Elein. phys, vol. VII, pag. A'ô'ô) croit qu'elles sont particulières surtout quadrupedîbus non vulde ferocibus, neque a carne certe sola viventibus ; mais les causes de leur présence ou de leur absence sont certainement plus profondes.
ORGANES GENITAUX.
termine par deux cornes dans les Ecureuils et les Carnivores. Les Phoques et la Loutre l'ont très-peu développée , d'après Cuvier. 4° Verge. Les animaux des classes précédentes manquaient fréquemment d'oi'gane copulateur mâle. Tous les Manunifères en sont pourvus, mais les formes qu'il affecte chez eux reproduisent souvent d'une manière frappante celles qu'il offre chez les animaux inférieurs. Parmi ces formes transitoires je citerai d'abord la verge de l'Ornithorhynque et de l'Echidné , qui rappelle celle des Oiseaux et des Tortues, parce qu'elle est située dans le cloaque , et qu'au lieu de loger dans son intérieur Turètre , qui s'ouvre à sa base , dans le cloaque lui-même , elle ne renferme que le canal excréteur de la semence (1). Ce canal , qui n'a qu'un très-petit calibre , est d'abord simple , et il se divise seulement à son extrémité en deux branches aboutissant aux deux papilles de la verge (pi. xx , fig. x , p) , On peut rapprocher de cette forme celle de la verge du Castor (2) , également située au bord du cloaque , qui verse l'urine dans cette poche , mais qui d'ailleurs est perforée dans toute sa longueur. Cependant comme une telle verge est toujours entourée d'un prépuce, qui l'enveloppe de toutes parts, elle représente l'analogue parfait d'un col utérin faisant saillie dans l'intérieur d'un vagin. Il faut encore ranger parmi les verges rapprochées de celles des animaux compris dans les classes précédentes , celles qui se terminent par une bifurcation , dont chacune des deux branches offre un demi-canal à sa face interne, et à la base de laquelle s'ouvre l'urètre. Cette conformation s'observe dans la Sarigue , ainsi que dans quelques autres animaux à bourse , et , de même que les deux papilles qui gar-
(1) Home a déjà décrit {Philos. Trans., 1C02) la verge de l'Echidné et de rOrnitliorhynque comme étaut perforée pour livrer passage au moins à la semence. Cuvier a prétendu que cette observation était inexacte; mais Meckel en a constaté la justesse (Ornithorhxjnchi anatome , pag. îil). Il résulterait même des recherches plus récentes de Duvernoy que chaque moitié du gland est percée de quatre petits conduits.
(2) Voyez Bonn, ^nafome castoris. Leyde,180G, pag. 41. — On trouve une figure très-complète des parties génitales mâles du Castor dans Brandt et Rat- ZEI5DRG , Medicinische Zoologie, tom. 1 , pi. iv. — Il est donc impossible de juger à l'extérieur du sexe de cet animal.
nissent la verge des Monotrèmes , elle rappelle la double verge de plusieurs Reptiles. Enfin les épines squamiformes dirigées en arrière qui garnissent le gland de quelques Mammifères , ceux du genre Chat , par exemple , et qui sont surtout très-fortes dans le Cochon d'hide, peuvent être regardées comme des répétitions de conformations analogues qu'on observe principalement dans les organes copulateurs des Insectes.
Si la verge , envisagée d'inie manière générale et sous le point de vue de ses parties essentielles , ressemble , chez la plupart des Mammifères , à ce quelle est chez l'homme , elle s'en écarte sous plusieurs rapports , lorsqu'on descend aux détails. Ainsi, par exemple , chez tous les Mammifères , comme chez l'homme , les deux corps caverneux sont indiqués par la double racine de la verge ; mais la cloison qui les sépare l'un de l'autre manque quelquefois, par exemple dans les Pinnipèdes, les Solipèdes, les Ruminants, la Sarigue, etc. Quant à la structure de ces corps , il est plus facile, chez les grands animaux que chez l'homme , de reconnaître qu'ils sont composés de plexus veineux (3), et non de cellules. Cuvier s'en est assm^é dans l'Eléphant, et Tiedemann dans le Cheval (4).
L'urètre est souvent soutenu par un os particulier, dont j'ai déjà parlé en traitant du splanchnosquelette , et le long duquel il lui arrive même quelquefois , par exemple chez le Chien , d'être logé comme dans une gouttière (pi. XX, fig. xn). Cet os est très-volumineux dans les Cétacés et quelques Carnivores , plus petit dans les Singes , les Chats et les Rongeurs. On n'en trouve aucune trace, d'après Cuvier , dans les Ongidés , le Dauphin et l'Hyène. Son extrémité est souvent garnie d'une épiphyse cartilagineuse , qui presque toujours forme une grande partie du g-land. Quant au gland , outre les épines et écailles dont j'ai déjà fait mention, il offre fréquemment des renflements ou des saillies particulières à son extrémité , qui se termine pour laplus grande partie en manière de cône. C'est ce qu'on voit dans le Rhinocéros et le Cheval.
(3) Ces plexus veineux rappellent , d'une manière remarquable , les plexus veineux de la matrice.
(i) Mecrel's Archiv., tom. II. — Panizza s'en est convaincu aussi chez le Chien [Osservazioni antropozootomico-fisioloyiche. Pavie, 1830, in-f»).
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La verge est ordinairement couverte par un prépuce. Ce dernier lui-même est si intimement uni aux téguments communs , chez un grand nombre de Mammifères , qu'il constitue un véritable fourreau adhérent au périnée ou à la face ventrale. Tel est le cas, par exemple , des Rongeurs , dont l'ouverture du prépuce se trouve au voisinage de l'anus, et dont la verge, dans l'état de flaccidité , se dirige vers la partie postérieure du corps , soit en ligne droite , soit en décrivant une double courbure , comme une S , quoiqu'elle se tourne en avant pendant l'érection. Quelque chose d'analogue a lieu dans les Chats et le Chameau. Mais , chez la plupart des autres Mammifères , le fourreau de la verge tient à la peau du ventre , et se dirige du côté de l'ombilic. Il n'y a d'exceptions que pour les Quadrumanes et les Chéiroptères , dont la verge pend au-devant du pubis , comme chez l'homme. Toutes ces dispositions sont tantôt motivées , tant modifiées par des muscles particuliers appartenant soit à la verge , soit au prépuce.
c. Sécrétions qui ont rapport à la fonction sexuelle.
J'ai déjà eu l'occasion de dire que la fonction génitale est en elle-même excrétoire , ce qui explique comment elle se rattache d'une manière intime à celle de la respiration , comment les organes respiratoires se répètent , sous la forme d'appareil urinaire , dans le cercle des organes génitaux , comment enfin ces derniers eux-mêmes , ceux surtout du sexe masculin , ne représentent en réalité que de simples organes sécrétoires , dirigés , il est vrai, par une modification particulière du toucher. Et si déjà les classes inférieures ont offert des organes propres à verser dans leur appareil génital des sécrétions autres que celles qui s'y produisent à l'ordinaire , la même chose a lieu aussi chez les Mammifères, et particulièrement chez les mâles. Mais ces sécrétions semblent répéter surtout celles que nous avons observées déjà à l'extrémité inférieure du canal intestinal. Aussi trouvonsnous , ici comme là , non-seulement des glandes globuleuses, appelées glandes de Cowper, qui s'ouvrent dans l'urètre , mais encore de ■grands sacs glanduleux {% 584), dont les orifices aboutissent la plupart du temps au prépuce.
Les glandes de Cowper n'existent point dans les Pinnipèdes , la Loutre , les Solipèdes, quelques Ruminants, et un petit nombre de Carnivores , tels que l'Ours et le Raton , d'après Cuvier. Chez la plupart des autres Mammifères, ceux surtout qui ont des glandes anales fort développées , elles sont fréquemment plus grosses que dans l'homme. Tel est principalement le cas des Chats, de l'Hyène et de plusieurs Rongeurs. Les Marsupiaux en ont même de six à quatre , selon Cuvier. Le Castor en a une considérable et pyriforme , de chaque côté de l'urètre , au-dessus des poches du castoreum.
On peut ranger parmi les glandes prépu tiales les poches qui sécrètent le castoreum et l'huile dans le Castor , quoique ces organes , les derniers surtout , appartiennent autant au cloaque qu'au prépuce, et fassent bien sensiblement le passage aux poches anales , telles qu'on les trouve dans l'Hyène. Mais ces organes existent aussi bien chez les femelles que chez les mâles. Inférieurement , des deux côtés du cloaque , sont les poches à huile , dont chacune a deux lignes de long , sur une ligne et demie de large , et dont les parois sont plutôt membraneuses que glanduleuses. Plus haut , près du canal préputial , se voient les poches du castoreum , qui sont un peu plus grosses et également pyriformes : leur surface interne présente de larges plis , et leurs parois sont plus glanduleuses que celles des précédentes. Comme celles-ci , elles s'ouvrent en dedans par de larges orifices. On aperçoit ces deux organes aussitôt après avoir enlevé la peau comprise entre la queue et l'arcade pubienne , et elles sont couvertes par une forte couche d'expansions musculaires particulières (1).
A la même classe d'organes se rapportent les poches qui sécrètent le musc dans le Moschus moschiferus. Ces sacs, situés au voisinage de l'ombilic , vident également leur contenu dans le prépuce. Suivant Pallas , VAntUoj)e guUurosa serait pourvue d'une poche analogue. Les recherches exactes de Brandt et Ratzeburg (2) nous ont appris que la verge du Moschus, située le long du ven-
(1) On trouve une descriplion et une figure exactes de ces organes dans Bua^dt et Raxzkbukg , Medicinische Zooloyie , tom. I , pag. 20 etl3G , pi. iv.
(2) Loc. cit., pag. A'6, pi. vin.
DÉVELOPPEMENT DE L'ORGANISME INDIVIDUEL
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tre , où elle décrit plusieurs courbures , est entourée d'un prépuce lâche , à l'extrémité duquel , derrière l'ombilic , pend la bourse du musc , qui a près de deux pouces et demi de long , sur vingt-et-une lignes de largeur et de profondeur , et qui ne s'ouvre au bord du prépuce que par un petit orifice situé à l'extrémité d'un canal.
On trouve des poches glanduleuses analogues chez les Rongeurs (le Rat, par exemple, pi. XX, fig. V, n) , des deux côtés du prépuce, dans la Civette (1), et même, quoique plus petites , dans la plupart des Mammifères , sans excepter l'homme.
Les glandes inguinales des Lièvres doivent également être rapportées ici.
Ces glandes , tantôt n'existent pas chez les femelles , comme , par exemple , les bourses odorantes du Moschus, tantôt y sont plus petites.
Si nous jetons un coup d'œil général sur le développement du système génital dans la série des animaux , nous voyons que , de toutes les branches de la sphère végétative , c'est celle-là dans laquelle on observe le plus manifestement des degrés divers de perfection chez un même individu. La raison en est, d'un côté, que ce système est le siège d'une modification spéciale du toucher , dont l'analogie avec le sens du goût ressort nonseulement des considérations physiologiques qui s'y rattachent , mais encore de la forme semblable à celle d'une langue qu'affectent les véritables organes copulateurs ; d'un autre côté, que, lafonction génitale ayant une grande importance , puisque la reproduction du corps animal entier repose sui' elle , c'est aussi à des organes très-parfaits qu'elle doit être confiée. Ainsi donc , si le premier de ces deux motifs a déjà rendu les organes gustatifs plus développés et plus parfaits chez l'homme que chez les animaux, les deux causes réunies font aussi que les organes sexuels ont acquis un plus haut degré de développement dans l'espèce humaine.
Nous en trouvons la preuve matérielle , 1° dans la situation des organes sexuels qui , par la forme des parties molles et par celle de la cavité génitale osseuse, c'est-à-dire par
(1) Loc. cit., (om. I , pi. II.
l'inclinaison moins grande du bassin , permet un mode d'accouplement rare chez les animaux , où , lorsqu'il se rencontre , il tient toujours à une imperfection du reste de l'organisation (2) ; 2" dans la sensibilité exquise dont jouit le tissu papillaire de la peau du gland , dans la présence des petites lèvres et des plis transversaux du vagin , dont le plus antérieur est en même temps un signe de virginité ; 3° dans la conformation des ovaires , qui contiennent plutôt virtuellement que matériellement les principes destinés à produire le nouvel être^ puisque l'œuf ne s'y développe pas jusqu'au point d'arriver à une vie indépendante ; 4° enfin , dans celle de la matrice , dont la forme simple et globuleuse rappelle le type spécial des organes de la sensibilité, en même temps qu'elle semble être la cause de la noble sphéricité des seins (3). Quant à la preuve idéale de la supériorité de l'homme, sous le rapport de l'organisation du système génital , elle nous est fournie par ce fait important que l'excitation des désirs ne se rattache plus uniquement à l'organe , mais tient à la beauté de la forme générale du corps , et surtout par cette autre circonstance que le grossier appétit vénérien de l'animal s'ennoblit en prenant le caractère de l'amour.