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CHAPITRE II

DÉVELOPPEMENT DE l'OUGANISME INDIVIDUEL DANS LES DIVERSES CLASSES d' ANIMAUX.

Si l'anatomie descriptive a pour objet d'étudier l'organisation considérée dans l'espace, c'est-à-dire de faire connaître et d'interpréter les formes auxquelles chaque organisme s'arrête définitivement tandis que le but de l'anatomie génétique et de la physiologie est d'examiner cette même organisation dans le temps , c'est-à-dire de chercher à expliquer les phénomènes qui résultent de sa mise en activité , il doit encore rentrer dans les attri-

(2) Ainsi , par exemple , il est probable que les Castors et les Baleines s'accouplent par devant; mais tout deux le font à cause du grand développement de leur colonne vertébrale caudale, et les premiers parce qu'ils ont un cloaque.

(3) Comparez à ce sujet ce que j'ai dit précédemment (§ 8o9) du sens qu'on doit altaclier à la situation des mamelles sur la poitrine.

butions surto ut de ces dernières sciences de passer en revue les métamorphoses continuelles auxquelles setrouve soumis l'individu animal, et de retracer l'histoire de son développement progressif. De tous les problèmes dont elles s'occupent , c'est là un des plus difficiles sans doute , mais aussi l'un des plus importants et des plus féconds en résultats. Cependant, ici comme partout, la physiologie a besoin d'emprunter les faits à l'anatomie. Je vais donc signaler les plus remarquables d'entre ces faits, ceux surtout qui témoignent que le développement de l'individu est une répétition de celui de la série animale. Mais je crois nécessaire de débuter par quelques considérations sur la formation du corps animal en général.

En essayant de réduire à un certain nombre d'aphorismes ou de lois les résultats que Meckel, Rathke, G.-R. Treviranus, Baer, J. Muller, Herold, Prévost, Dumas, etc., marchant sur les traces de Harvey , Malpighi et Wollï, ont obtenus de leurs recherches sur le développement progressif de l'individu animal , et de ramener à un ordre systématique la masse énorme des faits aujoui'd'hui connus , j'arrive aux conclusions suivantes , que j'ai déjà présentées ailleurs (1) , mais que je reproduis ici avec quelques légères modifications.

1" De même que tout être organique quelconque , l'animal ne peut se développer que d'un liquide. De là vient non seulement que nous pouvons remonter, pour toute formation animale , jusqu'à une époque où ses matériaux étaient liquides , mais encore que les animaux qui ne dépassent point un certain degré d'évolution demeurent aquatiques pendant toute leur existence , et ne peuvent vivre que dans l'eau.

2° Le liquide que nous appelons albumine est l'élément spécial de l'évolution animale.

3° L'animal , comme tout corps organique quelconque , passant du simple au multiple , et la forme la plus simple étant celle de la sphère, la forme primaire de l'animal doit «tre sphérique.

4" L'œuf correspond à ce qu'on nomme

(1) Voyez mes Tabulœ illustrantes , cah. III, pag. 3.

graine dans les plantes. Or , dans les végétaux , graine , bourgeon , bulbe , tubercule , etc. , ne sont que des formes diverses d'une seule et même chose. Il en est de même chez les animaux. Les parties qu'on appelle communément œuf, ne sont pas les seules qui méritent ce nom , pris dans le sens que lui assigne la loi précédente; il s'applique aussi à toute portion d'albumine dans laquelle l'évolution organique manifeste la tendance à produire un nouvel individu (2). Il y a donc entre l'œuf proprement dit, toutes les parcelles du corps d'une Hydre, dont chacune peut reproduire l'animal entier, et les gemmes ou bourgeons des Tubulaires et des Hydres , le même rapport qu'entre la graine et le bourgeon des plantes, c'est-à-dire que toutes ces choses n'en font essentiellement qu'une. La seule différence, peu essentielle, qui existe entre l'œuf et ces gemmes, c'est que le premier s'engendre uniquement dans une partie déterminée de l'individu déjà développé à laquelle on donne le nom d'ovaire (3).

5° Si nous comparons l'état primaire de tous les animaux, ou l'œuf, avec l'état parfait des divers animaux , nous trouvons entre eux une différence de forme d'autant plus grande que l'animal appartient à un ordre plus élevé. Ainsi, plus l'organisation est élevée, plus aussi est longue et multipliée la

(2) C'est en ce sens seulement que l'ancien dicton : Omna vicum ex ovo , est vrai.

(3) Il importe plus qu'on ne serait tenté de le croire au premier aperçu de bien se persuader que œuf et gemme ou bourgeon sont une seule et même chose; car c'est l'unique moyen de saisir le rapport entre une génération quelconque et celle qui la suit. En effet, de même que les nouveaux individus qui poussent sur le tronc d'une Hydre font d'abord partie intégrante de l'animal mère, dont ensuite ils deviennent en quelque sorte des membres qui ne se détachent que plus tard, de môme aussi, chez les animaux supérieurs etcliez l'homme, une nouvelle génération n'est que le corps de l'ancienne qui, en continuant à croître, se divise toujours de plus en plus , et ainsi de suite , en remontant jusqu'à l'origine inconnue du premier organisme de l'espèce. Ainsi , au lieu de se figurer chaque génération comme une nouvelle formation produite par le concours des sexes, on doit se la représenter à peu près sous l'image d'une forêt provenant des branches d'un seul arbre ( par exemple d'un Ficus religtosa) , qui jettent des racines en terre, et acquièrent peu à peu une vie indépendante, de sorte que chaque nouvel arbrede cette forêt n'est réellement (ju'une procréation du tronc primitf.

DÉVELOPPEMENT DE L'ORGANISME INDIVIDUEL

série des différences de forme et des métamorphoses organiques provoquées par elles qu'elle doit parcourir pour arriver de cet état primitif à celui qui caractérise son évolution complète ou parfaite (1).

6° Mais comme les organismes inférieurs ne parcourent qu'une série très-courte de métamorphoses , tandis que celle des organismes supérieurs est fort longue , il doit y avoir un certain parallélisme entre les divers degrés d'évolution de ceux-ci et les différentes formes permanentes des premiers. C'est ce parallélisme qui fait que chaque degré d'évolution d'un organisme supérieur rappelle constamment une forme déterminée des organismes inférieurs , entre laquelle et lui il n'y a point homogénéité complète , mais seulement ressemblance quant au fond ou à l'essence (2).

7° Des propositions qui précèdent nous pouvons déduire cette loi : que plus un organisme est élevé , plus il a dû subir de métamorphoses , et que le petit nombre des métamorphoses annonce toujours un organisme imparfait.

8° En comparant ce développement d'organismes divers , il faut noter que , plus l'organisation est élevée , plus la nature tend à accomplir les premières métamorphoses pour ainsi dire en secret , et à ne montrer que l'œuvre parfaite au grand jour. Ainsi, tandis

(1) Si un lufusoire, une Monade , n'est qu'une substance albumineuse oviforme , qui ne diffère d'un véritable œuf que parce qu'elle offre intérieurement plusieurs cellules sphériques s'abouchant dans un canal, si , par conséquent , l'histoire de l'évolution d'un tel animal doit être la plus courte de toutes, à peu près de même que les champignons et lichens simples diffèrent fort peu, pendant toute leur vie, des spores globuleuses par lesquelles leur existence débute, il faut, au contraire, une très-longue série de différences dans les formes et les métamorphoses pour qu'une simple vésicule devienne un Mammifère ou un Homme.

(2) C'est cette nécessité de parcourir successivement les divers degrés d'évolution organique qui fait, par exemple , que tous les animaux supérieurs et à respiration aérienne sont aquatiques pendant les premières périodes de leur vie , de même que tous les organismes inférieurs sont astreints à passer leur vie entière dans l'eau. C'est elle qui fait que les fentes branchiales des Poissons se répètent jusque chez les Mammifères, durant les premiers temps de la vie embryonnaire. C'est elle qui fait que l'homme lui-même, sous Ja première forme de son existence, a le sang blanc , comme celui des derniers Mollusques, et qu'à l'instar de cesmémes Mollusques {Salpa, Botryllus , etc.) , il est alors dépourvu de parties solides proprement dites , ou d'os.

que les organismes inférieurs, tels que les Insectes et plusieurs Reptiles , possèdent , dans leurs états imparfaits , la faculté de se mouvoir et de vivre librement , les organismes supérieurs subissent leurs métamorphoses essentielles , tantôt dans des tests opaques , comme d'autres Reptiles et les Oiseaux, tantôt dans des membranes qui les enveloppent au sein de la mère , comme les Mammifères et rhomme . On pourrait appeler celte loi la loi du mystère.

9° Toute évolution ayant pour tendance essentielle de faire naître des oppositions , et toute évolution supérieure d'en produire de plus prononcées , cette loi doit être confirmée par la manière diverse dont le développement du jeune animal a lieu dans l'œuf des diverses classes.

10° La première opposition que laisse apercevoir un véritable œuf développé dans l'intérieur d'un ovaire , est celle entre la tunique externe ( chorion ) et la masse sphérique interne de l'œuf lui-même (jaune ou vitellus). Par cette opposition l'œuf proprement dit s'élève déjà au-dessus des portions d'albumine (4" loi) , complètement analogues à lui d'ailleurs , que nous avons vues être également aptes à produire un nouvel individu , soit par gemmation , soit par scission artificielle , mais sans qu'il commence par se manifester en elles d'opposition entre une enveloppe et une partie centrale ou vitelline. On conçoit sans peine, d'après cela, pourquoi ce dernier mode d'évolution est impossible dans les organismes supérieurs.

11° Une seconde opposition, qui se manifeste en même temps que la précédente , et qui a lieu dans l'intérieur du jaune , est celle entre le jaune végétatif et le jaune animal , ou entre la substance propre de la sphère animale de l'organisme destiné à jouir plus tard d'une vie indépendante , substance qui apparaît sous la forme d'une vésicule sphérique particulière , la vésicule primaire de Purkinje , et le reste de la masse sphérique du jaune , la substance propre des organes végétatifs , ou la cavité intestinale primaire. Cette opposition est en général incomplète chez les animaux privés de moelle épinière et de cerveau , attendu que là les parties animales qui procèdent de la vésicule primaire de Purkinje , se

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