VII. DÉVELOPPEMENT DES MAMMIFÈRES
L'œuf des Mammifères et de la femme naît dans l'ovaire , comme celui des animaux appartenant aux classes inférieures ; mais sa petitesse excessive rend très-difficile de l'observer , et avant les belles recherches de Baer ("2),
(1) Me fondant principalement sur les oliservations auxquelles j'ai soumis lesœufs de la Dinde, je considère ces liens floconneux comme de simples duplicatures de la membrane vitelliae, avec des flocons absorbants agrandis.
(2) De ovi mammalium ethominis genesi. Leip-
on ne savait rien de précis sur sa préexistence incontestable à l'acte de la fécondation. Cependant , lorsqu'on y réfléchit bien , on reconnaît qu'il parait ne pas y avoir entre cet œuf et celui des autres classes une différence aussi grande que celle qu'on serait tenté d'admettre au premier abord ; car, chez l'Oiseau ou le Reptile , par exemple , le premier rudiment de l'œuf consiste également en une vésicule à peine perceptible. Mais l'époque de la séparation n'est point la même , car c'est précisément sous ce premier état d'imperfection extrême que l'œuf des Mammifères se détache de l'ovaire , pom- aller subir ses développements au sein de la matrice. Il ne manque pourtant pas non plus ici de cas où la séparation s'efl'ectue , de même qu'à l'ordinaire, par une sorte d'avortement normal , comme chez les Marsupiaux , et où le fœtus achève ensuite de se développer dans des organes externes. Cette accélération de la séparation du germe, qui par elle-même prouve une vie plus indépendante , doit donc être prise en considération lorsqu'on veut concevoir ce que je viens d'assigner comme caractère particulier à l'œuf du Mammifère.
Quant à ce qui concerne le premier germe de l'œuf des Mammifères dans la vésicule ( oviilum graafianum ) , il importe d'étudier d'abord cette vésicule elle-même; car elle ne se borne pas , comme le calice de l'ovaire du Reptile ou de l'Oiseau , à renfermer le jaune seul, et elle contient en outre, dans une membrane particulière , floconneuse et facile à détacher, un amas d'albumine liquide, au milieu de laquelle nage le jaune ou le germe essentiel de l'œuf. Nous retrouvons donc également ici une accélération considérable du développement , puisque le blanc , qui , chez l'Oiseau , par exemple , ne s'amasse autour du jaune que dans l'oviducte seulement, enveloppe déjà ici la vésicule primaire dans l'ovaire même , et ne passe point avec
zick, 1G27, in-4o. — Voyez aussi Bock, Diss. demembrana decidua Hunteri. Bonn, 1834 , in-i" ; Coste et J. Delpech, Recherches sur la génération des Mammifères. Paris 1834 , in-4o , avec 9 pi. — G. Breschet, Etudes anatomiques , physiol. et pathologiques de l'œuf dans l'espèce humaine et dans quelques-unes des principales familles des animauxvertébrés. Paris, 1832, in-40, avec 6 pi. — A.-L.-M, VELPEAU,£mbryologie ou Ovologie humaine. Paris, 1833,in-fol. avec lo pi.
elle dans l'ovicliicte , mais s'épanche , par la déhiscence de sa membrane , lorsque l'œuf vient à abandonner l'ovaire.
On sait que le germe proprement dit de l'œuf est une vésicule délicate , pourvue d'une membrane double et entourée extérieurement d'une agrégation de petits grains (1); mais il règne des doutes sur l'interprétation qu'on doit donner de ses parties. Cependant] 'adopte à cet égard l'opinion de Burdach (2). En ayant égard au développement de la vésicule , sur la seconde surface de laquelle le rudiment du rachis s'annonce plus tard , à peu près comme dans les Oiseaux et les Grenouilles , par deux plis primitifs sur le jaune, on ne peut s'empêcher de considérer cet œuf primitif , aussi bien que celui des classes précédentes, comme un jaune, c'est-à-dire comme le jaune animal (vésicule primaire de Purkinje) contenu dans l'intérieur du jaune végétatif, et sa mince enveloppe extérieure comme un chorion interne persistant : la membrane floconneuse du noyau de la vésicule de Graaf serait alors un chorion externe, disparaissant à l'époque où l'œuf se détache.
Lorscpie la vésicule de l'ovaire s'ouvre , par déhiscence , ce qui n'a jamais heu ici qu'à la suite de la fécondation , elle tombe , d'une petitesse extrême encore , puisque son diamètre est d'environ 1/25 à 1/20 de ligne chez la Chienne , dans la trompe de Fallope , où elle se fait remarquer par sa blancheur ., et parvient ensuite dans la matrice, où s'opère son développement ultérieur.
Nous avons déjà vu, chez les Oozoaires et les Corpozoaires , de même que chez quelques Poissons et Reptiles , des œufs se développer dans le corps même de la mère. Mais ce phénomène ne pouvait jamais recevoir dautre nom que celui d'incubation , puisque l'œuf portait déjà en lui-même les conditions
(1) Physiologie, Leipsick, 1820, in-G», tom. 11, pag. 272.
(2) Dans le Cochon je trouve que la vésicule interne qui contient des gouttelettes d'Iiuile , et au-dessous de la surface de laquelle on aperçoit de petites saillies globuleuses, comme dans le Volvox globator , a exactetement un trentième de ligne de diamètre; la membrane externe est très-limpide, et située à environ un centième de ligne de distance de la vésicule externe. Elle est entourée d une multitude de petits grains (pi. XX , fig. \o).
du développement et de la nutrition du fœtus , c'est-à-dii^e qu'il était pourvu d'un grand réservoir de chyle , que nous pouvions primitivement considérer comme un rejeton ou un bourgeon du corps de la mère. Les choses se passent autrement dans la classe des Mammifères. Les ovaires ne contiennent déjà qu'un jaune peu riche en substance : l'œuf, tombé dans les trompes de Fallope ou dans la matrice , réunit également si peu les conditions internes nécessaires au développement et à la formation du fœtus , que le concours continuel du corps de la mère lui est indispensable pour accomplir sa destination. De là la nécessité de l'existence, en dehors de l'œuf , d'un organe formateur , que précédemment nous avons rencontré dans son intérieur. Or , chez l'homme comme chez les Mammifères , cet organe externe se compose d'une enveloppe extérieure , qui précisément pour cela reçoit ici beaucoup de vaisseaux , tandis qu'elle n'en avait point dans les classes précédentes , c'est-à-dire le chorion et le placenta développé à ses dépens. A la vérité nous retrouvons encore plus tard un organe analogue au jaune , qui naît primitivement dans l'ovaire, et qui remplit d'abord la plus grande partie du chorion , je veux dire la vésicule ombilicale ; mais cet organe doit nécessaire ment avoir une tout autre fonction; d'abord, parce qu'il diffère du jaune en ce qu'il n'offre pas originairement le volume entier qui doit lui appartenir, puisqu'il continue encore à croître dans la matrice : en second lieu , parce que , servant de dépôt d'aliment au fœtus , il ne se rapetisse que d'une manière graduelle; enfin parce qu'il disparaît de trèsbonne heure chez un grand nombre d'animaux et chez l'homme lui-même (3). D'un autre côté , son identité avec le jaune ressort de ce
(3) Emmer a discuté les analogies et les dissemblances du sac vitellin et de la vésicule ombilicale (Reil's Archiv., tom. X, pag. 69). Cependant iln'a point signalé , malgré son importance , la première des trois différences que je viens d'indiquer. Ce travail a été continué plus tard, de concert avec Burdach , mais d'une manière moins heureuse encore, dans Meckel's Archiv., tom. IV, pag. i. En effet la dissemblance entre la vésicule ombilicale et le sac vitellin y est peinte sous des couleurs si exagérées, que la première cesse d'être considérée comme organe formateur du canal intestinal , opinion à l'appui de laquelle on allègue toujours la prétendue absence du conduit vitellin dans les Lézards.
DÉVELOPPEMENT DE L'ORGANISME INDIVIDUEL
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que le canal intestinal des Mammifères naît tout aussi évidemment de la vésicule ombilicale , que celui des Oiseaux et des Salamandres du sac vitellin.
L'organe respiratoire primaire de l'œuf d'Oiseau , rallantoïde , se comporte aussi , à certains égards , d'une autre manière dans l'œuf des Mammifères. Ici, en effet , il ne pénètre ni eau ni air du dehors dans l'œuf , et le fœtus est obligé d'accomplir, par ses réactions avec le corps maternel ((), la fonction respiratoire, c'est-à-dire l'élimination de substances combustibles , qui même a lieu plutôt sous la forme d'excrétion que sous celle d'expiration. Cette fonction se trouve donc transportée au chorion ou au placenta (2); de là vient que l'allantoïde est dépourvue de vaisseaux, car les vaisseaux ombilicaux qui sortent à sa base se répandent dans le chorion , comme aussi , d'après les observations d'Emmert , les vaisseaux eux-mêmes de la vésicule ombilicale s'abouchent avec ceux du chorion , ce qui n'arrive jamais dans l'œuf d'Oiseau ou de Saurien. L'allantoïde ellemême s'efface peu à peu de plus en plus , jusqu'à ce qu'enfin, chez l'homme , on ne puisse plus la démontrer comme organe à part , et il n'est pas rare non plus que sa cavité , l'espace entre le chorion et l'amnios , disparaisse complètement, par l'effet d'adhérences, avant la maturité complète du fruit.
Enfin , l'amnios de plusieurs Mammifères diffère aussi de celui de la classe précédente par ses vaisseaux , dans lesquels nous trouvons une répétition de ceux du chorion ,
(1) Ceci nous rappelle ce qui a été dit plus haut de la respiration des Entozoaires par rintermédiaire d'autres corps , et bien certainement la dilîicuUé qu'on éprouve à démontrer l'oxigénation des lumieurs n'est pas plus dans un cas que dans l'autre, un motif suffisant pour prétendre que la respiration n'a lieu ni dans l'un ni dans l'autre.
(2) Telle est la raison pour laquelle on adonné ordinairement le nom de chorion à l'allantoïde des Oiseaux et des Reptiles. Mais ces deux membranes sont toujours entièrement différentes, etl'allantoidede l'Oiseau ne ressemble au chorion des Mammifères que par ses vaisseaux. L'allantoïde est toujours un sac clos de toutes parts, qui s'élève de l'ouraque , qui ne contient que du liquide dans son intérieur , et qui se place entre l'amnios et le chorion. Le chorion, au contraire , est l'enveloppe tout à fait extérieure de l'œuf, qui renferme dans sa cavité l'amnios, l'allantoïde, la vésicule oml)ilicale et le fœtus , de même que la coquille d'une noix contient l'amande.
puisque le rapport de l'amnios au fœtus est le même que celui du chorion au jaune ou à la vésicule ombilicale.
Maintenant , je vais examiner les diverses formes de ces organes extérieurs dans les différents groupes de la classe.
La membrane vasculaire , ou le chorion , varie principalement sous ce point de vue que tantôt ses fonctions sont remplies par elle-même, sans placenta, et tantôt il se forme à sa surface un ou plusieurs placentas. Mais ce qu'elle présente constamment d'essentiel , c'est 1° que, même avant qu'un système de vaisseaux à sang rouge se soit développé dans l'embryon , et que les vaisseaux ombilicaux aient poussé sur l'allantoïde , sa superficie apparaît couverte de flocons délicats, favorisant ou accroissant l'absorption qui a lieu par toute la surface de l'animal futur, à peu près comme dans les Enthelminthes (§ 504); 2° que les vaisseaux ombilicaux se ramifient en arcades dans sa substance , ou à sa surface , absolument comme ils le font dans les branchies des animaux inférieurs , et que , les dernières extrémités des artères ombilicales s'infléchissant pour donner naissance aux veines du même nom , ces vaisseaux entrent en réaction avec ceux de la matrice , qu'ils pénètrent même , chez la femme , sous la forme de houppes , dans les prolongements des vaisseaux utérins , et que , comme les flocons dont j'ai parlé tout à l'heure président à la nutrition du fœtus , de même cette organisation , parfaitement semblable à celle des branchies , préside à sa respiration.
Nous voyons un chorion sans placenta proprement dit dans l'œuf des Solipèdes , où sa surface extérieure offre seulement des houppes très-délicates de vaisseaux , répandues généralement, et analogues à celles de la membrane villeuse de l'intestin. A ces flocons du chorion en répondent d'autres semblables de la matrice , en sorte que la surface utérine et celle de l'œuf tiennent l'une à l'autre par des liens très-lâches seulement , et qu'ordinairement on trouve une certaine quantité de liqueur cliyleuse blanche épanchée entre elles.
Les houppes vasculaires de la surface du chorion sont déjà plus distinctes les unes des autres dans l'œuf du Cochon. Mais c'est sur-
tout sur l'œuf des Ruminants qu'on aperçoit bien ces petits placentas , connus sous le nom de cotylédons ou caroncules. Là , en effet , on en compte depuis soixante jusqu'à cent , ayant la forme d'épaisses masses vasculaires semblables à des cupules ou à des champignons , auxquelles correspondent des développements analogues de la membrane interne de la matrice, appelés glandulœ uterinœ, qui , après le part , s'affaissent et disparaissent , ainsi qu'il arrive à la membrane caduque de Hunter, dans la matrice de la femme. La correspondance de ces deux ordres de productions est telle , que les anses vasculaires (1) de l'un et de l'autre côté s'insinuent les unes entre les autres , comme le font les doigts des deux mains ployées , et qu'en les écartant , on aperçoit également un liquide épais et chyleux (pi. xx, fig. xvi). Les cotylédons des Paresseux tridactyles offrent une disposition toute particulière , que j'ai décrite et figurée le premier (2). Eu effet , on trouve également un grand nombre de placentas appartenant au fœtus , dont le diamètre va depuis une demi-ligne jusqu'à une ligne; ïnais, au lieu de faire saillie à la face externe de l'œuf, comme chez les Ruminants , c'est à la face interne qu'ils s'aperçoivent , et ils laissent entre eux des enfoncements que parcourent les gros troncs vasculaires.
Il n'y a qu'un seul placenta (3) , au contraire , chez la plupart des Mammifères onguiculés, et quoique sa forme varie beaucoup, cependant elle a déjà de grands rapports avec la forme du placenta de la fem.me. Voici quelles sont les principales différences que cet organe offre.
Dans les Rongeurs , d'abord , il ressemble presque aux cotylédons des Ruminants , c'està-dire que sa forme rappelle à peu près celle d'un chapeau de champignon ; un petit placenta utérin y correspond. Il est réniforme chez le Castor. Dans les petits Carnivores ,
(1) Ces ramifications branchiformes des vaisseaux (lu chorion ont été parfaitement fijifurées par Baer : Untersuchimgen ueber Gefaessverbindiingen zwischan Mutter und Frucht in den Sœugthieren. 1828, in-ful., avec une pi. col.
(2) Voyez mes Tabulée illustrantes, cah. III , pl.ix.
(3) Tie(Iem;uin dit, d'après Bartholin, que le fœtus du Dauphin a aussi un placenta utérin simple, quoique son cordon ombilical soit divisé {Zoologie, tom. I, pnjî. ij-O).
la Taupe par exemple , il est ovale et trèsfloconneux à l'extérieur. Dans le Hérisson , il se développe peu à peu, d'après Rlumenbach (4), en une masse réniforme très-ferme. Le Putois a un placenta double, dont les deux pièces sont réunies par un lambeau rubané et une ceinture qui entoure l'œuf. Celui des Martres , des Chats , des Chiens (pi. xx , fig. XV ) et, suivant Alessandrini (5), des Phoques , a complètement aussi la forme d'une ceinture. Le placenta annulaire du fœtus de Chien , auquel en correspond d'ailleurs un utérin aplati , de même figure et à larges flocons , est remarquable par la teinte verte foncée de ses bords , le long desquels on trouve un liquide dont la quantité est d'autant plus considérable que l'œuf se rapproche davantage du moment de sa formation. Ce liquide, d'un brun foncé dans le jeune embryon , est , chez le fœtus à terme , d'un vert foncé et tout à fait semblable à de la bile , mais sans saveur amère et inaltérable par les acides. Je ne puis m'empêcher devoir en cela l'effet d'une abondante élimination de carbone , et par conséquent le résultat d'une véritable respiration du placenta, qui se manifeste seulement davantage sous la forme d'excrétion. Il ne me paraît pas sans vraisemblance non plus qu'une partie du liquide muqueux et chyleux qu'on trouve autour du placenta des autres Mammifères, tire son origine de la même source, quoique, bien certainement , il provienne , pour la plus grande partie , d'une excrétion fournie par la matrice.
Le placenta des autres Mammifères , notamment des Quadrumanes et des Chéiroptères (6), ressemble de plus en plus à celui de la femme.
Le chorion , en sa qualité de membrane extérieure , étant ce qui détermine la forme de l'œuf , j'ajouterai encore , sous ce rapport, que l'ovule entier a ordinairement une forme arrondie et un peu allongée , comme celui de la femme. Cependant , chez les animaux à matrice double ou garnie de longues cornes , le placenta est placé sur le côté , et non point
(4) JTandbuch der vergleichenden Anatomie , pajj. 489.
(a) Meckel's Archiv., tom. V, pag. G07.
(0) Voyez mes Tabula; illustrantes , cah. III, pi. ix.
DÉVELOPPEMENT DE L'ORGANISME INDIVIDUEL
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à l'extrémité supérieure , comme dans l'espèce humaine. Chez ceux à matrice simple, mais bicorne , tels que les Ruminants et les Solipèdes , des prolongements particuliers de l'œuf Sr'étendent ordinairement dans les cornes ; on verra plus loin qu'ils dépendent surtout de l'allantoïde , mais ils n'en domient pas moins à l'œuf une figure allongée et cornue (pi. XX, fig. xiv).
Du reste , les vaisseaux du chorion et du placenta se transmettent au fœtus , à peu près de la même manière chez les Mammifères que chez l'homme, sans néanmoins produire nulle part un cordon ombilical aussi long que celui du fœtus humain. Dans plusieurs Rongeurs et Carnivores surtout , le fœtus est tellement rapproché des membranes de l'œuf, et les vaisseaux qui sortent de l'anneau ombilical se partagent de si bonne heure , qu'il n'y a souvent pas plus de cordon proprement dit qu'on n'en trouve chez un Oiseau ou chez un Saurien. Dans d'autres espèces et dans les Ruminants , où ce cordon est plus développé , il a peu de longueur encore (1) , et ordinairement il est pourvu de deux veines et de deux artères , tandis que celui du fœtus du cheval n'a , comme celui de l'homme , qu'une seule veine , avec deux artères. Les Mammifères qui ont le plus long cordon ombilical sont les Singes , et surtout le Paresseux tridactyle, chez lequel ses proportions, comparées au volume du fœtus , sont à peu près les mêmes que dans l'homme.
On ne sait point encore positivement (2) si les Marsupiaux et les Monotrèmes ont un
(1) Dans les Ruminants, il est revêtu d'une membrane villeuse particulière (pi. xx, fig. 16).
(2) Les observations de Home sur les œufs de Sarigue et d'Ornithorhynque sont trop incomplètes pour pouvoir servir à trancher la question. — Voyez sur cette question, Geoffroy-Saint-Hilaire, Si les animaux à bourse naissent aux tétines de leur mère? dans Journ. complém. 1819, t. III, p. 193; Système sexuel des animaux à bourse, dans Mém. du Muséum, 1022, t. IX, p. 193, et art. Marsupiaux , Dict. des sciences nat., 1823 , t. XXIX. — Blain ville. Sur les organes femelles de la génération , et les fœtus des animaux dîdelphes; dans Bull, de la Soc. philom., 1818 , p. 23. — MoRGA?( , Trans. of the Linnean soc, vol. XVI , p. Gl , 443. — OwEN , On the génération of marsupials animais, dans Philos. Trans., l'Vi-i. — Cedernieranatoniisterange lOrnilhorhynque parmi les ovo-vivipares, d.nns son mémoire On the Orniihorhynchus ( Philos. Transact. 1834 ) , qui est accompagné d'une très-belle planche.
chorion vasculaire et un cordon ombilical, ou si leurs petits naissent privés de ces organes, à peu près comme ceux des Salamandres, et par une sorte d'avortement.
L'amnios qui , chez la femme , est privé de vaisseaux , comme dans les classes précédentes , en renferme quelquefois ici , et surtout chez les Ongulés , un nombre assez considérable. On remarque principalement les vaisseaux flexueux et enveloppés d'une épaisse gelée de l'amnios de la Cavale , et les écailles jaunâtres particulières que cette membrane offre à sa surface dans le fœtus. Du reste , l'amnios a toujours une forme ovalaire, et on le trouve presque constamment séparé du chorion par un espace plein de liquide, en sorte que souvent il ne remplit qu'à moitié la capacité de cette dernière membrane.
C'est dans l'espace compris entre le chorion et l'amnios qu'on trouve aussi , chez les Mammifères, la poche branchiale qui pousse de la fente ombilicale , ou l'allantoïde sacciforme. Elle se présente sous la forme d'une vésicule close de toutes parts et presque semblable à un boyau , qui tantôt se détache aisément de l'amnios et du chorion, tantôt y adhère intimement sur tout son pourtour. Le premier cas a lieu dans les Ruminants (pi. XX, tig. XVI, x) et les Truies; le second dans la Cavale. Les Carnivores (fig. xvii, i) et les Rongeurs tiennent le milieu entre ces deux états. Du reste , les observations de Needham et de Haller ont déjà établi que l'allantoïde paraît exister chez tous les Mammifères; lors même qu'on rencontre des difficultés à la démontrer, son existence est mise hors de doute par la présence du liquide qu'elle renferme , et par celle de l'ouraque , qui a souvent de grandes dimensions chez les animaux , mais disparaît de très-bonne heure chez l'homme (3). Je suis néanmoins parvenu, dans la Chienne , après avoir ouvert le chorion et l'amnios , à souffler l'allantoïde , sous la forme d'un sac clos de toutes parts ; j'avais eu soin de ne point chercher à la détacher de ces deux membranes , parce qu'il est impossible de le faire sans déchirure , à cause des nombreux filaments réticulés qui l'unissent à
(3) C'est aussi le cas du Hérisson, auquel Blumenbach a pourcette raison refusé un ouraque [Handbuch dsr vergleichenden Anatomie , p. 497 ).
elles. Du reste , ses parois sont partout dépourvues de vaisseaux , attendu que les vaisseaux qu'on aperçoit autour de l'ouraque , au lieu de se répandre sur l'aliantoïde elle-même, ne tardent pas à quitter cette membrane , et à pénétrer dans le chorion , qui , à l'endroit où il passe sur les extrémités de la poche allantoïdienne, produit, chez les Pvuminants et les Cochons , de longs prolongements flexueux , pelotonnés au bout comme un paquet de circonvolutions intestinales. Ces prolongements, de couleur blanchâtre , d'apparence grenue , et entourés d'un liquide chyleux, ressemblent si bien , sous le microscope , aux cotylédons ou prolongements des vaisseaux du chorion , qu'on ne peut les considérer que comme les pousses non encore développées du chorion lui-même , qui se portent en avant de l'aliantoïde , à mesure que celle-ci continue de croître. Dzondi les a nommés diverticules de l'aliantoïde (1) ; on les appelle communément membranœ excretoriœ (2^.
903.' La vésicule ombilicale , nommée aussi tunique érythroïde , doit être considérée , d'après les réflexions précédemment émises, comme la partie la plus essentielle du germe émané de l'ovaire. Le premier développement de l'embryon doit donc avoir lieu à sa surface, comme nous avons vu qu'il s'opère sur celle du sac vitellin des animaux inférieurs. Ce qui établit la justesse de cette vue , c'est que les embryons les plus petits sont précisément ceux où la vésicule ombilicale est le plus grosse , proportion gardée , que cette poche a des connexions avec le péritoine du fœtus , enfin qu'elle a des vaisseaux propres , semblables à ceux du jaune (vaisseaux omphalomésentériques ) , et qu elle renferme un liquide plus chyleux que celui qu'on trouve dans les autres membranes. Quant à démontrer qu'elle est le point de départ de la formation du canal intestinal , comme le jaune l'est dans les classes précédentes , ce résultat était réservé d'abord aux recherches d'Oken (3) sur les
(1) Supplément a ad anatomiam et physiologiam potissimum comparatam. Leipzick, lOOG, in-i», avec 3 pi.
(2) Jœrg les a décrits aussi comme des prolongements du chorion ( Grundlinien der Physiologie, Leipsick, iaiK,in-8", tom. I, pag. 293).
(3) Voyez Okets et Kieser, Beilrœge zurvergleichenden Zoologie.
embryons de Truie , et plus tard aux belles observations de Bojanus (4) sur celui de la Brebis. Il n'est pas douteux non plus aujourd'hui que la vésicule ombilicale ne soit, comme le sac vitellin des Oiseaux , le premier organe qui élabore et produit le sang (5).
Quant au point où l'intestin se détache de cette vésicule , Oken le fixait à la région du cœcum. Mais des observations plus précises , et la fréquence des diverticules à l'intestin grêle, permettent de conclure qu'ici, de même que chez les Oiseaux, ce dernier organe est celui qui procède en premier lieu , ou immédiatement , du jaune ; on s'explique mieux de cette manière comment , par obéissance à la loi de l'antagonisme , il se renfle ensuite en haut et en bas , pour produire d'un côté l'estomac et de l'autre le cœcum.
Quoique la vésicule ombilicale doive exister certainement chez tous les Mammifères , cependant elle s'oblitère de très-bonne heure chez la plupart d'entre eux, comme dans l'homme , ou du moins elle ne tarde guère à se convertir de poche en membrane vasculaire. Ce dernier effet a lieu, en particuUer, chez les Rongeurs , où cependant je trouve encore , dans des œufs assez développés , les vaisseaux omphalo-mésentériques réunis sous la forme d'un cordon , à part des vaisseaux ombilicaux. Elle disparaît aussi de bonne heure dans les Ruminants. Je la trouve également très-chiffonnée et fort petite dans le fœtus de Cavale , vers le milieu de la gestation. Au contraire, chez plusieurs Carnivores , tels surtout que les Chéiroptères , les Chattes et les Chiennes, elle demeure trèsapparente pendant toute la durée de la gestation (pi. XX , fig. XV, g). Dans la Chienne, sa longueur égale à peu près celle du fœtus ; elle est plus longue au début de la portée , et plus courte vers la fin ; sa forme est oblon-
(4) Meckel's Archiv., tom. IV , pag. 34.
(a) Voyez un aperçu assez complet des divers travaux sur la vésicule ombilicale , depuis Oken jusqu'à Cuvier, dans VIsis, 1818, pag. K9-126, 102î)-lô33, et 2093. — Du reste Prévost a cru remarquer , relativement à Ihématose dans le foetus des Mammifères , que les globules sanguins de ce fœtus sont à i)eu près doubles en grosseur de ceux de l'animal adulte , ce qui s'élève contre l'hypothèse du passage immédiat du sang de la mère dans l'embryon , hypothèse qu'aucun physiologiste raisonnable ne peut plus admettre {Annal, des Se. nul. 102:;, tom. ÎV, pag. 499).
DEVELOPPEMENT DE L'ORGANISME INDIVIDUEL
nue , et on la trouve étendue à Tendroit oii ' les vaisseaux ombilicaux se prolongent dans les membranes. Ici, comme dans le fœtus de Cheval , et partout sans doute , elle est lâchement entourée par une duplicature du chorion (1), et elle tient à celte membrane par les deux bouts , à peu près comme le jaune est maintenu par les chalazes. Dans le Cheval, elle suit la direction du cordon ombilical. Jamais on ne la trouve dans l'allantoïde ellemême , comme l'a dit autrefois Oken , et la chose est absolument impossible.
On peut juger, d'après les détails dans lesquels je viens d'entrer, que la colonne vertébrale étant le premier organe qui apparaît, et qui précède constamment tous les autres, à mesure que le corps continue à se développer, l'animal étant d'abord un être aquatique et un véritable Oozoaire sous le rapport tant
de sa forme extérieure que de l'homogénéité de sa substance ponctiforme, enfin les organes externes ou les membres étant ceux qui se développent le plus tard , l'évolution du fœtus des Mammifères ressemble , quant aux points essentiels, à ce qu'elle est dans les classes précédentes et chez l'homme. Elle coïncide môme avec celle du fœtus humain sous le rapport de la proportion entre les divers organes, de la grosseur énorme du foie , du mode particulier de circulation du sang, etc. Ici donc encore la différence matérielle entre Thomme et l'animal se réduit presque à rien , au lieu que l'idéale est presque incalculable; car, tandis que l'animal semble naître uniquement pour obéir à ses instincts et satisfaire ses besoins , l'homme acquiert l'aptitude aux plus nobles facultés intellectuelles , il devient accessible aux idées d'art, de science et de rehgion.