QUELQUES MOTS SUR L'ART DE DISSÉQUER ET DE PRÉPARER LES ANIMAUX
Quoiqu'il n'y ait pas de différence essentielle entre l'art de disséquer les animaux et celui de disséquer les cadavres humains , et qu'il ne me soit pas pernfiis de m'étendre ici sur cet objet , cependant je crois devoir indiquer quelques précautions dont la connaissance ne sera pas sans intérêt pour ceux qui se proposent d'exécuter des préparations anatomiques.
Toutes les fois qu'on dissèque un animal petit et mou, par exemple, des Vers, des Oozoaires, des Mollusques, des embryons, il faut , si l'on y veut arriver à des résultats exacts , opérer sous l'eau , qui faisant flotter les parties, qu'elle sépare les unes des autres, permet de les apercevoir plus distinctement. On prend des capsules en porcelaine , de différentes dimensions , et l'on fait fondre de la cire , de manière que leur fond se trouve garni
(l) Emmert dit (Reil's Archiv., tom. X,pag. 63) qu'elle a aussi des connexions avec l'allantoïde; je ne l'ai jamais trouvé, et loin de là même je suis toujours parvenu, sur l'œuf de la Chienne , à enlever le feuillet du chorion situé au-dessous de la vésicule ombilicale , sans ouvrir l'allantoïde. Ce double feuillet me semble aussi naître d'une manière fort simple , et tenir à ce que les vaisseaux pelviens qui sortent du nombril le long de l'ouraque , s'étalent en chorion les uns au-dessous et les autres au-dessus delà vésicule ombilicale.
d'une couche de cette substance épaisse de quatre à six lignes. L'objet que l'on se propose d'examiner étant ensuite étendu sur cette couche , on peut le fixer à volonté par des épingles, ce cjui donne plus de facilité pour en développer les parties , après qu'on l'a couvert d'eau. Les instruments dont on a besoin sont de petites pinces , des aiguilles pointues, et d'autres tranchantes, comme celles qu'on emploie dans l'opération de la cataracte, enfin des ciseaux pointus, trèsminces et bien effilés. Je me sers encore, pour écarter les parties , de petites tiges en corne et de pinceaux déliés. Une bonne loupe est souvent indispensable aussi. Si l'on est obligé de recourir au microscope, celui de Raspail (2) suffit dans tous les cas. L'étude des animaux microscopiques , par exemple des Infusoires, exige de l'adresse pour transporter le corpuscule sur l'objectif, au moyen d'un petit pinceau ou d'une plume à l'extrémité de laquelle on a ménagé seulement un petit triangle de barbes. J'ai souvent eu recours avec avantage à une solution de gomme arabique pour fixer les petites larves d'Ephémères, qu'il
(2) Nouveau système de Chimie organique. Paris 1833, in-8o , fig., pag. 40.
convient surtout de choisir lorsqu'on se propose d'examiner les courants du sang.
Pour enlever les petites préparations ainsi faites sous l'eau » on emploie le procédé suivant. On fait, avec du liège ou avec une cire teinte, mais qui n'abandonne point sa matière colorante à l'alcool , de petites plaques ayant trois lignes d'épaisseur; on en fixe une , avec deux épingles , sur le fond d'une capsule à préparer, on pose la pièce dessus , on la développe convenablement , on l'attache de tous les côtés avec des piquants de Hérisson ou des arêtes de Poisson , et on la plonge aussitôt dans l'alcool. Nous devons à Weber une très-jolie manière de conserver dans la liqueur les préparations destinées à être examinées au microscope ; avec un bon vernis au caoutchouc on dessine sur une plaque de verre un cercle correspondant au pourtour d'un verre de montre dont on a fait choix , on étale la pièce dans ce dernier , sous l'alcool, on applique ensuite la plaque de verre , et, pour mieux garantir encore les bords , on les couvre d'une couche de peinture à l'huile. Les grandes pièces qu'on ne veut pas laisser sécher, se conservent très-bien dans des bocaux , avec de l'alcool faible dans lequel on a fait dissoudre beaucoup de sel , ou avec de l'eau saturée soit de sel , soit d'alun.
Je ne dois pas négliger de dire que beaucoup d'organismes très-délicats sont bien plus faciles à observer après qu'ils ont séjourné quelque temps dans l'alcool , qui les resserre et les durcit. Cette précaution est surtout nécessaire à prendre pour les organes nerveux , les très-petits embryons , les Mollusques et les Vers.
Quant à la manière de s'y prendre pour disséquer des Vers , des Insectes , des Mollusques , etc. , sans détruire la texture organique , elle varie beaucoup. ïl faut faire périr les Mollusques , notamment les Limaçons , dans l'eau , comme le pratiquait déjà Sv^'ammerdam , parce que , de cette manière , le corps se gonfle et toutes les parties deviennent plus distinctes : on peut ensuite conserver la pièce dans l'alcool jusqu'à ce qu'on la dissèque, pourvu toutefois qu'elle n'y séjourne pas trop longtemps. Les petits Oozoaircs seront examinés vivants ; mais les gros , ainsi que les Vers , les Chenilles , les petits Reptiles et les petits Poissons , seront mis à mort
par l'immersion dans l'alcool; celle dans l'eau bouillante ou l'essence de térébenthine sera préférable pour les Insectes.
Les injections sont un moyen fort important pour mettre en évidence les cavités , les conduits et les vaisseaux. Ici les matériaux et les appareils doivent varier également selon les circonstances. La meilleure injection pour les corps mous , tels que les Méduses , est le lait coloré. Pour d'autres cas où l'on se propose de démontrer les ramifications les plus déliées des vaisseaux, on emploie une dissolution de gélatine ou de colle de Poisson colorée, soit avec du cinabre, soit avec du blanc de plomb. Des tranches minces de ces préparations étalées sous l'eau, à la surface d'une plaque de verre , séchées ensuite , puis fixées par un morceau de taffetas d'Angleterre noir, suivant la méthode de Dœllinger, conviennent parfaitement pour étudier les détails délicats de la texture mtime à l'aide de la loupe ou du microscope. Les injections de mercure sont aussi un moyen fort essentiel pour découvrir les anastomoses vasculaires ; je ne saurais trop recommander, sous ce rapport, l'appareil que Lauth (1) a décrit. Les injections d'huile colorée dans le cœur encore vivant des Crustacés et des Mollusques est aussi une très-bonne méthode , parce que l'impulsion même du cœur chasse au loin la liqueur dans les vaisseaux.
A l'égard des grands animaux , il est avantageux de substituer aux pinces des airignes montées sur un manche. S'il s'agit de leurs os, on ne peut guère qu'en préparer des squelettes artificiels , après les avoir nettoyés autant que possible par l'ébullition et la macération. Quant aux petits Oiseaux, aux Reptiles , et surtout aux Poissons , dont il est si difficile de préparer de beaux squelettes , on doit enlever toutes les parties molles , en ménageant les hgaments capsulaires, laisser ensuite la pièce macérer dans de l'eau , qu'on renouvelle souvent , et l'exposer pendant quelque temps au soleil , pour qu'elle blanchisse. Les squelettes cartilagineux , comme ceux des Poissons chondroptérygiens et des embryons doivent être conservés dans l'alcool ou dans l'essence de térébenthine.
(1) Mémoire sur les vaisseaux lympathiques des OAyeaM.?; (Annales des sciences naUirelles. Paris, 1024, i loni. III, pay. 381, pl.2l).