‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 192 sur 318 · DE L'ORGANISME · texte numérisé non relu

DE L'ORGANISME

V. Plus i'animal est voisin du degré où nous ne pouvons point encore distinguer , dans sa substance , d'organes consacrés aux fonctions spéciales , et où il représente une masse dans laquelle mouvement , sentiment et nutrition sont confondus ensemble , plus il nous arrive souvent de voir qu'il ne se forme autour de sa surface qu'une limite solidifiée et frappée de mort, un test, un dermatosquelette (par exemple la cellule polypiaire, le test des Echinides).

VI. Mais la génération du test , en tant que ce dernier lui-même est un simple produit d'une substance intérieure, est déterminée par celle-ci, sous le rapport de la forme.

Voilà pourquoi , la forme primaire du corps animal étant sphérique , nous trouvons que la forme primaire du test est celle d'une sphère creuse , et la suite nous appi-endra comment la forme de cette sphère , soit qu'elle reste simple, soit qu'elle se répète autant de fois qu'il y a d'articles au corps animal , parce qu'elle se convertit en anneau testacé ou osseux ( vertèbre ) quand le corps lui-même s'ouvre à ses extrémités antérieure et postérieure , peut produire et complètement expliquer celle de toutes les parties solidifiées , que celles-ci constituent d'ailleurs mi squelette testacé ou un squelette osseux.

Vil. Si nous portons maintenant nos regards sur les diverses manifestations et directions de la vie animale, nous ne tardons pas à reconnaître que celle-ci est de deux sortes, l'une fixe et l'autre variable , l'une simple et l'autre complexe. Le variable , le complexe, est la manifestation du corps à nos sens , que nous voyons être dans un continuel état de régénération. Le fixe , le simple , au contraire et l'idée intérieure de l'organisme, insaisissable par les sens, mais accessible à l'intelligence , cette unité , qui est la condition du développement sensible continuel de l'organisme , absolument de même que la série infinie des perceptions dans notre vie intellectuelle, a pour condition un principe spirituel qui leur sert de base à toutes , et dont il n'appartient qu'à l'homme intérieur , complètement développé sous le rapport intellectuel , d'apprendre à reconnaître l'unité.

VIII. Les fonctions de l'organisme animal nous montrent donc d'un côté une modification continuelle et extrêmement variée de la

forme susceptible de frapper nos sens , de l'autre une relation continuelle de toutes les formes ainsi produites avec le principe de l'unité, qui est la condition sans laquelle cette variété continuelle ne saurait subsister comme ensemble ou comme totalité.

IX. Il doit y avoir aussi, pour ces deux directions primaires de la vie animale , deux substances animales différentes , mais qui procèdent de la substance animale primaire. Or nous reconnaissons pour telles deux modifications essentielles de l'albumine, le sang et la moelle nerveuse , tous deux essentiellement granuleux. La moelle nerveuse est le représentant de l'unité, du centre, du repos, ou , comme on dit aussi , de la sphère animale ; le sang est celui de la pluralité , de la périphérie, du mouvement , ou, comme on s'exprime aussi , de la sphère végétative. Tous deux sont essentiellement nécessaires l'un à l'autre , de même que la périphérie et le centre le sont à l'idée du cercle. Le système sanguin ou vasculaire , dont la direction est vers le variable, a pour caractère la tendance à la périphérie , la production de cercles, le mouvement circulaire. Le système nerveux , dont la direction est vers le fixe, a pour caractère la production du filet nerveux rayonnant et celle du ganglion nerveux représentant le centre. Nerf et vaisseau représentent donc un antagonisme qui répète dans les produits naturels eux-mêmes l'antagonisme primaire de l'unité et de la pluralité , de l'idée et de la réalité, ce qu'on peut rendre de la manière suivante , sous la forme de tableau :

Organisme.

a. Unité (loi, idée) b. Pluralité (réalité)

a. Parties animales b. Parties végétatives (moelle nerveuse et nerf) (sang et vaisseau) .

X. Puisque le système nerveux représente l'unité dans l'animal, et par conséquent l'animal lui-même , le lieu où s'effectuent les accumulations centrales de la moelle nerveuse doit être aussi très-significatif , eu égard tant à l'animal qu'au monde extérieur. Mais comme , en général , la vie nerveuse, à son titre de solaire, et la vie plasticpie, à son titre de planétaire, sont en antagonisme l'une

DEVELOPPEMENT DU RÈGNE ANIMAL

avec l'autre, nous remarquons aussi , dans les parties nerveuses, une tendance à se développer vers la lumière cosmique, qui leur est homogène. Et de même que l'histoire du système nerveux offre la réalisation progressive d'une unité supérieure , de même aussi elle peut démontrer que ce système n'a atteint son plus haut degré de développement que quand la principale masse centrale nerveuse s'est manifestée dans le point du corps de l'animal le plus élevé par rapport à la Terre.

XI. Ce qu'il y a d'essentiel dans les propositions précédentes peut être formulé ainsi : La manière dont Tanimal en général se comporte à l'égard du monde extérieur doit être celle aussi dont le système nerveux se comporte à l'égard du restant du corps, dès qu'il s'est séparé de la masse totale , et qu'il est devenu ce qu'il y a de proprement animal , dans l'animal , c'est-à-dire que son rapport au reste du corps doit être celui de l'unité à la pluralité, de l'individualité à la totalité.

XII. D'après cela, le système nerveux est limité aussi à l'égard de son monde extérieur, comme l'animal entier l'est à l'égard du sien. Cette limite nous apparaît sous la forme tantôt de névrilemme , tantôt de cartilage , quand le système nerveux est parvenu à un plus haut degré d'organisation et mieux séparé des autres organes , tantôt enfin d'os , lorsqu'il a acquis son plus grand développement (1). La formation osseuse autour de la moelle nerveuse doit donc être considérée comme une répétition des tests terreux autour du corps entier des anirîiaux inférieurs et comme la plus pure expression de l'antagonisme entre solaire et planétaire , ce qui fait qu'elle ne peut se rencontrer que dans les classes supérieures du règne animal.

Nous arrivons donc ainsi à l'idée d'une troisième limite solide , d'une troisième formation squelettique , que nous appelons névrosqueleUe , et qui est ce que l'on désigne généralement sous le nom de squelette tout court. Ce squelette , propre aux animaux supérieurs, est celui des trois qui arrive au degré le plus parfait de développement.

(1) Le sang est séparé aussi du reste du corps par des limites, par les parois vasculaires; mais, au lieu d'être fixe et en repos au dedans de ces limites, il s'y trouve toujours en mouvement.

Mais comme l'enveloppe totale du corps, par cela même qu'elle est le produit d'une substance interne , est déterminée par cette dernière (§ 6) , de même aussi la forme de l'enveloppe membraneuse , cartilagineuse, ou osseuse , des nerfs dépend de celle du système nerveux, d'où il résulte qu'on ne peut développer la légitimité dans la génération du squelette osseux qu'autant qu'on s'appuie sur celle qui règne dans la génération du système nerveux (2) .

XIII. Puisque la construction des divers squelettes repose toujours sur les caractères particuliers du système nerveux , il convient d'exposer les motifs qui nous autorisent à admettre une série parmi les animaux , et de faire connaître la manière dontcette série doit être disposée pour s'accorder avec la nature.

Page 1