CHAPITRE II
COUP d'oeil sur le développement du bègnë
AMMAL
XIV. L'étude philosophique , tant du règne animal que du règne végétal diffère essentielle-
(2) La figure 1 , pi. xxn , est propre à faciliter l'intelligence des rapports qui existent entre les trois squelettes. Qu'on imagine en a a a a la substance élémentaire al)solument extérieure, et en b la substance élémentaire qui a pénétré dans le corps , ou qui n'est qu& relativement extérieure , c c est la limite au dehors , la peau la plus extérieure , l'épiderme , et , quand cette formation se solidifie , le dermatosquelette ; d d est la limite au dedans, la peau la plus intérieure de l'intestin ou delà voie aérienne, l'épithélion, et, quand cette formation se solidifie, le splanchnosquelette. Qu'ensuite g soit la substance élémentaire interne en mouvement et plastique ( sang j , et e la susbtance élémentaire en repos et déterminatrice (moelle nerveuse) , h h devient la limite par rapport à la première , qui ne peut se solidifier, à cause de l'idée de mouvement qui lui est inhérente, eiffle névrilemme, ou, si ce dernier se solidifie , Vos, le névrosquelette , ]iar rapport à la seconde. Veut-on emprunter à la nature un exemple de cette conception abstraite , l'œuf en offre le plus simple de tous. Ainsi, soit a a a a la coupe transversale d'un œuf; ce est la limite au dehors, la coquille; dd, la limite au dedans, du côté de ce qui devient plus tard la cavité intestinale , c'est-k-dire du côté du jaune b , ou le splanchnosquelette; entre ces deux Umites se forme , dans les deux couches extérieures de ce que Dœllinger appelle membrane plastique , en dehors , c'est-à-dire en f, la base du système nerveux et du vrai squelette , en h, la couche pour l'expansion des courants sanguins et de tous les vaisseaux. D'après cela , l'embryon entier se forme entre la coquille et le jaune, de la même manière absolument que l'embryon de l'os entre la peau et l'intestin. Un autre exemple est fourni par cette même figure considérée comme la coupe transversale
DEVELOPPEMENT DU RÈGNE ANIMAL
ment de celle qui n'a trait qu'aux formes susceptibles de frapper les sens. Tandis que cette dernière considère chaque animal ou chaque plante comme un tout à part , l'autre , au contraire , ne voit qu'un membre dans chaque individu , et , se trouvant placée sous le point de vue d'une unité supérieure , n'aperçoit plus comme tout que l'ensemble des individus. Pour celle-ci il n'y a que la plante idéale ou primaire qui soit la totalité du règne végétal , et l'animal idéal ou primaire qui soit celle du règne animal.
Mais dire que l'histou-e naturelle philosophique envisage les individus , ou plutôt les diverses sortes d'individus , comme des membres ou des parties d'un tout , c'est établir aussi qu'elle les reconnaît comme classés. Or ils doivent se montrer à nous classés d'après leur essence intime , de même que les membres d'un corps , c'est-à-dire que les uns marchent côte à côte, et que d'autres sont au-dessus ou au-dessous les uns des autres.
C'est l'énumération des espèces végétales ou animales , d'après ce principe , qui constitue le système à proprement parler scientifique , en botanique et en zoologie.
Mais , un être supérieur devant être classé au dessus d'un être inférieur , dans le système, il suit de là qu'en établissant ce dernier, une première question se présente , celle de savoir à quels signes on reconnaît qu'une espèce est plus élevée qu'une autre. En jetant un coup d'œil sur les systèmes de botanique et de zoologie , on s'aperçoit bientôt que ce problème a souvent été résolu d'un manière par trop arbitraire.
La partie d'un tout organique est incontestablement douée d'une organisation d'autant plus élevée , qu'elle répèle plus parfaitement en elle ridée du tout , et le tout lui-même est d'autant plus parfait , qu'il correspond davantage à l'idée cle la nature entière , dont nous devons reconnaître que l'essence est Wmiié des lois éternelles révélées dans l'infinie diversité de la manifestation.
La simplicité et l'enchaînement rigoureux de ces propositions peuvent nous apprendre que tel est le seul point de départ qu'on doive
d'un animal simple , par exemple d'un Poisson ; alors c c est la peau , d d la paroi intestinale, e la moelle épin\ère,ff\a vertèbre rachidienne (névrosquelette), h h la paroi de l'aorte.
choisir pour arriver à la construction d'un système de botanique ou de zoologie absolument philosophique , purement légitime , et par conséquent aussi parfaitement naturel.
L'application de ces principes à la zoologie et à la botanique est en réalité fort simple.
Si , aux yeux de celui qui étudie la nature en philosophe , le règne animal et le règne végétal ne forment chacun qu'un tout , il est clair que les plantes et les animaux qui expriment le plus parfaitement le caractère , soit du règne végétal , c'est-à-dire de la végétalité, soit du règne animal , c'est-à-dire de l'animalité , doivent occuper le plus haut rang dans le système botanique et zoologique.
XV. Mais le caractère de la vie végétale est la génération, tdinUa. reproduction continuelle de V organisme propre , par formation de substance , ou V accroissement , que la reproduction de V espèce , par production de nouveaux individus semblables , ou \di propagation. Mais chacun de ces deux buts , la reproduction continuelle de l'individu et la reproduction de l'espèce , est atteint de bien des manières différentes, tantôt simples et immédiates, tantôt complexes et médiates , c'est-à-dire par antagonisme de parties essentiellement différentes , dernier mode qui est toujours le seul qu'on observe dans les organisations supérieures. Donc la plus parfaite de toutes les plantes est celle dans laquelle l'accroissement individuel et la propagation portent le caractère de la plus grande diversité des antagonismes relatifs à ses rapports de forme , de substance et de nombre, en dedans des hmites de l'unité la plus parfaite , c'est-à-dire de la légitimité (1).
XVL Mais l'antagonisme le plus élevé à la
(1) On comprendra sans peine combien il serait simple d'établir sur cette base un système de botanique véritablement philosop'aique et naturel, si l'on réfléchit que tous les phénomènes de la vie végétale et tous les organes des plantes sont renfermés dans le cercle compris entre la graine , d'où part le germe , et la réapparition de la graine au point culminant de la végétation , de sorte qu'il suffit d'avoir égard à la plus ou moins grande diversité des parties qui se trouvent entre ces deux termes extrêmes, pour fonder là-dessus un classement conforme à la nature. Les plantes, telles que les plus simples ( algues et lichens ) , ou les plus inférieures ( champignons ) , chez lesquelles une production de graines aussi simple que possible touche presque, sans anneaux intermédiaires, au point de germination , doivent être placées au plus bas de l'échelle, parce que le cycle de leur vie est le plus petit possible.
DEVELOPPEMENT DU REGNE ANIMAL
manifestation duquel arrive la vie végétale , est celui des sexes , c'est-à-dire des germes de Tovaire et des grains polléniques de l'anthère. Ces deux substances expriment avec une grande pureté l'antagonisme entre ce qui anime, ou détermine la formation , et ce qui fournit les matériaux , ou réalise la formation. Mais cet antagonisme n'a lieu que sur un seul point , dans la fleur. Le reste de la substance végétale en offre bien des traces , chez les espèces supérieures , dans les vaisseaux aériens , ou trachées , qui se rapportent essentiellement aux anthères , et dans les vaisseaux aqueux ou intercellulaires , qui se rapportent essentiellement au germe ; mais il n'est encore là que purement élémentaire , c'est-à-dire représenté par des substances élémentaires de la vie terrestre , et non par des substances particulières, propres à la vie végétale. C'est donc à cet antagonisme suprême entre les germes et le pollen qu'aboutit le développement individuel de la plante, comme dualité; car Vunité de la graine , qui procède de cette dualité , n'appartient pas à l'ancienne plante , et elle est déjà le commencement d'un nouvel individu.
Recherchons maintenant quelles particularités l'antagonisme intérieur doit offrir pour qu'un organisme soit essentiellement supérieur à la plante pour qu'il appartienne au règne animal.
L'animalité ne saurait se rapprocher plus purement de la végétalité que quand l'antagonisme entre des substances particulières, les unes plastiques et les autres déterminant la formation , qui n'apparaissent qu'au sommet
Celles chez lesquelles une série d'organes divers, racines, tiges, feuilles, sortent de la première graine, et qui, sans arriver à manifester l'antagonisme sexuel, terminent par la reproduction de la graine, comme les mousses et les fougères , ont un cycle vital déjà plus étendu , et occupent un rang plus élevé. Mais un échelon supérieur encore appartient à celles qui , se développant de la graine , déploient l'antagonisme entre mâle et femelle , comme condition nécessaire de la reproduction de cette graine; ici se rangent toutes les plantes dites phanérogames, chez lesquelles il n'y a plus que la simplicité ou la complexité des parties comprises entre la graine germante et la graine reproduite dans la fleur qui puisse indiquer le rang qu'on doit leur accorder. Ainsi , celles dont la fleur se développe immédiatement sur la racine, et sans antagonisme dans la graine elle-même (monocotylédones), sont inférieures à celles qui , outre un antagonisme dans !a graine elle-même ( dicotylédones) , présentent encore un grand nombre d'organes entre la racine et la fleur.
de la vie végétale , pénètre l'organisme entier , comme le fait , dans les plantes , l'antagonisme élémentaire de l'air et de l'eau , et réunit par là sur chaque point les conditions de l'accroissement et de la vie.
Or cet antagonisme général s'observe aussi en réalité dans la vie animale , sous la forme des globules du sang ( répétition des ovules de l'ovaire ) et de la masse ponctiforme de la moelle nerveuse ( répétition des grains polléniques ) , ou , pour s'exprimer plus brièvement , sous celle de sang et de moelle nerveuse. Comme la nouvelle individualité de la graine procède du pollen et de l'ovule , de même aussi l'unité de la vie animale résulte toujours du sang et de la moelle nerveuse. On peut dire que l'animal subsiste par une génération continuelle entre le sang et la moelle nerveuse , qu'en chaque point de sa substance les antagonismes d'un principe planétaire ou plastique et d'un principe solaire ou animateur se confondent pour produire l'imité de son existence propre , et par cela même sa spontanéité. Mais , pour qu'indépendamment de la reproduction individuelle , la génération sexuelle de nouveaux individus se manifeste aussi dans l'animal , il faut que l'antagonisme du pollen et des ovules se répète une seconde fois , de manière qu'il se comporte à l'égard du sang et de la moelle nerveuse comme celui du pollen et des ovules le fait , dans la plante , à l'égard de l'air et de l'eau. Or ce nouvel antagonisme est celui du sperme et du jaune de l'œuf.
Ces divers antagonismes peuvent être présentés sous la forme du tableau suivant :
Plante.