‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 236 sur 318 · Gastéropodes · texte numérisé non relu

Gastéropodes

CCLXXVIII. Quoique le dermatosquelette ne soit pas une formation dominante chez les Gastéropodes , c'est cependant aussi dans cet ordre qu'on doit chercher à se faire une idée exacte du prototype des diverses formes de la coquille. En conséquence , figuronsnous que la sphère creuse simple (pi. xxiv, fig. xui) , au Heu d'être partagée en deux moitiés latérales , comme chez les Pélécypodes (fig. XH, A), l'est en moitié supérieure ( tergale ) et moitié inférieure ( ventrale ) ( fig. xni, a,(i), et nous aurons le prototype de toutes les coquilles qui peuvent envelopper le corps des Gastéropodes, ou former la protovertèbre du corps de ces animaux.

CCLXXIX. Si maintenant nous parcourons les formes principales des différentes coquilles, dans les Gastéropodes, nous trouverons qu'il est simple et facile de les rapporter toutes à ce prototype.

La coquille n'est nulle part moins complètement développée que dans les Patelles , où il ne s'est formé que la moitié supérieure de la proto vertèbre du tronc (fig. xiv , a). Ici donc la valve tergale du tronc n'est qu'un simple couvercle en forme de plat. Dans la Patella hungarica , ce couvercle commence à s'élever et à se replier en arrière , comme un bonnet phrygien (pi. xxiv, fig. xvi, a). Il arrive enfin , dans l'Ormier, à décrire des tours de spire , en sorte que cette valve fait le passage aux coquilles enroulées proprement dites (fig. XVI, a"), telles que celles des Hélix, Cyclostoma , Buccinum, etc. , dont les formes et l'enroulement varient à l'infini.

CCLXXX. Mais les coquilles enroulées sont , tant par leur structure que par leur mode d'origine, une des formations les plus remarquables parmi les squelettes testacés des animaux inférieurs , et l'étude du développement de l'embryon pouvait seule procurer des notions satisfaisantes à cet égard.

Les principales circonstances du développement de ces coquilles sont celles qui suivent :

1° La pièce essentielle et primaire d'une coquille enroulée est toujours l'hémisphère qui , chez l'animal parfait , occupe la partie supérieure et médiane ( pi. xxiv , fig. xvi* ) , par conséquent l'hémisphère qui , chez les animaux pourvus de ces sortes de coquilles , persiste pendant tout le temps de la vie (S CCLXXIX). Cet hémisphère est toujours placé au-dessus du milieu du tronc et de son plus gros viscère , le foie ; c'est la moitié supérieure de la proto vertèbre du tronc. De même aussi, dans les Patelles , le sommet de la coquille est la partie primaire qui grandit peu à peu par des additions faites à ses bords

(fig. xvr*).

2° A mesure que le tronc de l'embryon grossit peu à peu , cette moitié de protovertèbre doit également croître par des couches qui s'y ajoutent l'une après l'autre; mais la véritable cause qui empêche l'accroissement d'avoir lieu en direction droite, c'est un mouvement rotatoire extrêmement remar-

SQUELETTE DES MOLLUSQUES

quable qu'éprouve l'embryon. Ce mouvement, déjà décrit par Stiebel , et que j'ai étudié depuis avec plus de soin , consiste en ce que le premier rudiment de l'embryon , qui n'est qu'imparfaitement partagé en deux masses principales , la tête et le tronc , ou pour s'exprimer plus brièvement , la sphère vitelline , éprouve une rotation sur ellemême , dépendante de la lumière et de la chaleur , et dont l'effet est de tourner la région du foie vers la partie céphalique. A mesure que l'animal devient plus indépendant, ce mouvement rotatoire cesse , la tête et le pied qui s'en développent se fixent d'une manière volontaire, et comme ils ne suivent plus alors la rotation de l'extrémité hépatique , celle-ci se recourbe sur elle-même de dehors en dedans, à la manière d'une crosse d'évêque, avec le rudiment de protovertèbre qui la couvre. Voilà comment cette première direction devient la raison déterminante du mode ultérieur d'accroissement de la valve tergale , et , dans le Lijmnœus stagnalis au moins, la coquille a déjà décrit un tour complet de spire quand le jeune animal quitte l'œuf.

3MI y a encore quelques remarques à faire sur la direction des tours de spire. Ces tours peuvent s'enrouler sur eux-mêmes dans le même plan (fig. xvi), ou bien faire saillie, soit au côté droit , soit au côté gauche de l'animal. La cause déterminante de ces phénomènes réside aussi dans la formation première. Car si l'extrémité hépatique se courbe en dedans , sur la ligne médiane même du corps , il résultera de là une coquille enroulée sur elle-même , comme celle des Planorbes; si, au contraire, l'extrémité hépatique se courbe à droite ou à gauche , en décrivant un angle plus ou moins ouvert avec la ligne médiane du corps, il se formera une coquille roulée en cône tantôt obtus et tantôt aigu. Du reste le côté vers lequel les tours font saillie ne saurait être indifférent , et comme ceux-ci dépendent de l'extrémité hépatique , c'est-à-dire d'un organe qui appartient essentiellement au côté droit du corps, nous trouvons en cela la vraie cause, jusqu'ici inaperçue, qui fait qu'en général les tours de spire font saillie au côté droit du corps, c'est-à-dire que les coquilles sont dextres.

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