‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 247 sur 318 · Insectes · texte numérisé non relu

Insectes

CCCXIX. La forme de ver est celle qui , partout , fait la base du corps de l'Insecte ; l'histoire des métamorphoses le démontre

d'une manière à la fois claire et instructive.

CCCXX. On trouve donc ici, comme dans les Vers , une série d'anneaux tenant les uns aux autres (1) , ayant l'aspect de vésicules ouvertes en devant et en arrière, ou de protovertèbres extérieures , membraneuses , coriaces , la plupart du temps cornées , mais jamais calcaires. La manière dont ces anneaux se joignent ensemble , dont plusieurs se confondent pour produire certaines parties du corps , dont parfois aussi ils se résolvent en plusieurs segments , et enfin dont les membres se développent , est susceptible d'offrir diverses modifications. Au milieu de la quantité innombrable des espèces, il serait impossible d'assigner aucun type général sous ce rapport, si la nature ne s'en tenait pas , avec une grande fixité , à un principe unique de division. Mais cette circonstance, que la classe immense des Insectes est déterminée par une seule et même loi numérique dans sa segmentation , lui assigne le premier rang parmi les animaux privés de cerveau et de moelle épinière , et prouve qu'elle est le couronnement de la série entière des animaux inférieurs, au-dessus desquels elle s'élève en outre par sa vie aérienne et par le développement de l'instinct. En effet , le défaut de précision et la variabilité caractérisent toujours le type inférieur de formation, comme la légitimité et la fixité sont le caractère du type supérieur.

CCCXXI, L'état dans lequel l'Insecte se rapproche le plus de la forme du Ver, et où l'on trouve par conséquent l'expression la plus simple de sa forme , est celui de larve. Nous allons donc examiner d'abord quelle est la segmentation qui prédomine dans les larves.

Mais, déjà nous voyons apparaître avec la plus grande précision un rapport numérique absolument fixe ; car , dans toutes les larves , le corps proprement dit est essentiellement composé d'une chaîne de douze protovertèbres , offrant à son extrémité antérieure uneproto-

(1) GeofFroy Saint-Hilaire considère les anneaux du corps (le l'Insecte comme des vertèbres rachidiennes ; et les pattes comme des côtes. Il s'en fallait bien peu qu'il ne s'élevât à l'idée de la protovertèbre , quoique sa détermination des pattes soit certainement fort erronée.

SQUELETTE DES ANIMAUX ARTICULÉS

en

vertèbre sensorielle et maxillaire {tète) , et à la postérieure une protovertèbre sexuelle et anale (1), de sorte qu'il se développe en tout quatorze vertèbres , savoir , 1:12:1, dont l'antérieure (tête) présente des vestiges de division en trois. Toutes les larves d'Insectes se ressemblent donc sous ce rapport ; mais les subdivisions , notamment celles qui ont lieu dans le nombre douze, appartenant au corps, peuvent varier beaucoup (2).

CCCXXIl. Quelques larves, surtout parmi celles des espèces inférieures , par exemple , celles des Charansons et des Abeilles (3) , n'offrent point de divisions essentielles, quoique cependant on aperçoive déjà fort bien , dans les premières , la différence entre les cinq articles antérieurs du corps, qui sont plus larges, et les sept postérieurs , qui sont plus étroits. Dans d'autres, au contraire, les douze anneaux du corps sont divisés d'une manière très-distincte, et en des proportions diverses, par le développement de membres.

De ces divisions, la plus essentielle paraît être celle en 3 : 9 , attendu que, dans beaucoup'de larves de Coléoptères et d'Hyménoptères, ainsi que dans toutes les Chenilles, les trois anneaux antérieurs du corps portent des pattes. Les autres neuf anneaux se partagent de différentes manières , par exemple , en 7 : 2 , chez les Ephémères , dont les sept

premiers portent des lames branchiales doubles, ou en 2 : 4 : 3 chez la plupart des Chenilles (par exemple, Cossus , Èlpenor) , où les quatre anneaux ont des fausses pattes , dont la première paire indique en même temps la division en 7 et en 5 , comme nombres complémentaires impairs du nombre total des douze anneaux du corps.

CCCXXllI. Si maintenant nous recherchons comment la répartition de ces protovertèbres change dans l'Insecte parfait , nous trouvons une tendance bien prononcée à ramener le rapport numérique impur de

I : 12 : 1, ou, dans les subdivisions , tantôt 1 : 3 : 2 : 4 : 3 : 1, tantôt 1 : 3 : 7 : 2 : 1, aune progression qui marche régulièrement par nombres primitifs jusqu'au premier nombre parfait , c'est-à-dire jusqu'à six. Voilà pourquoi , chez tous les Insectes , le corps entier se partage d'abord en trois segments principaux, comme chez les Crustacés, mais d'une manière plus distincte, savoir en tête, thorax et abdomen ; voilà aussi pourquoi, chez tous les Insectes supérieurs , ces segments tendent à se répartir ainsi 1:3:6 (pi. xxv, fig. xxvi).

II disparaît donc, somme totale, quatre articles abdominaux; mais , en revanche , la tripartition de la tête se prononce davantage , de sorte que le rapport devient :

Tête

Thorax

Abdomen

qui se divisent en

qui se divisent en

indivis.

(tête maxillaire), (tête senso-

thorax non ailé thorax ailé

rielle).

(thorax). (pectus).

CCCXXIV. Telle est donc la manière remarquable dont le nombre douze procède du nombre quatorze. Mais une conversion si

(1) Cette protovertèbre anale , qui porte à treize le nombre des anneaux du corps de la Chenille, est plus petite et souvent un peu difficile à distinguer , ce qui fait qu'on la ne'glige fréquemment , et qu'en général on ne compte que douze articles.

(2) Il n'est pas sans signification que le nombre simple 12 prédomine ici, au milieu d'un développement intérieur plus considérable et en quelque sorte plus concentré , puisque la segmentation des Vers réguliers indiquait encore la répétition du nombre 12, par exemple 24.

(3) SwAMMERDAM , Bibcl dsT NatuT , pi. XLIV , fig. 9, pi. XXIH, fig. 14.

complète d'un rapport impur en un autre pur, par resserrement de la moitié la moins digne du corps et développement de la plus digne (la tête), ne s'obverve point dans tous les groupes d'Insectes. Et ici c'est de nouveau la moitié la moins digne du corps (l'abdomen) qui offre la plus grande variété de nombres; car tantôt le nombre 10, propre aux larves, y persiste pleinement, et même la forme de ver se prononce encore davantage par l'allongement des anneaux , tantôt l'oblitération est excessive , et la réduction des dix anneaux dépasse le nombre normal six en, arrivant jusqu'à quatre seulement, cas dans lequel la

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segmentation du corps devient 1 : 2 : 4. Cependant les insectes supérieurs (Coléoptères) offrent la proportion la plus légitime dans leurs nombres, car leur abdomen n'a que six

articles, qui sont même complètement subordonnés à ceux du thorax, sous le rapport du volume. La table suivante permettra de mieux saisir tous ces détails :

Ordre.

I, Aptères.

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