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VIII. Coléoptères

Genre et espèce.

Pediculus.

Cimex ( plusieurs espèces),

Notonecta glauca Nepa plana Ranatra linearis Tettigonia fasciata Fulgora diadema

Phasma giganteum

Gryllus morbillosus.

Sa larve

Acheta monstrosa Mantis religiosa

Mantis flabellicornis

Agrion virgo ( et plusieurs autres )

Tabatius

Hirtea

Asilus

Syrphus

Musca

Milesia

La larve du Milesia Zwfosa aen tout

sept articles ; il en reste donc pour

l'abdomen.

Formica nigra

Sirex gigas Ichneumon Scolia bifasciata Sphex larra Pepsis héros Pepsissabulosa

Nombre d'articles abdominaux.

7, et un appendice pointu, rudiment d'un huitème.

S 7 , et quelques articles oblitérés.

6 vrais articles, et quelques-uns oblitérés.

7 grands et a petits articles cylindriques (avec des appendices foliacés , comme ceux de la queue de l'Ecrevisse).

id., seulement les anneaux sont plus courts.

7 ; les 3 postérieurs, destinés aux organes génitaux, manquent.

7 , et un appendice, comme dans le Cimex.

4 articles petits , avec un appendice; l'oblitération de l'abdomen est compensée par l'extension énorme des articles du thorax.

10, savoir :

2 courts fixés à la poitrine,

5 longs ,

3 courts, terminaux.

1 petit article en forme de pédicule et 4 grands.

Set 1 article appendiculaire.

Jd.

6 et l'article appendiculaire.

2 articles en forme de pédicule , 4 renflés et 1 appendiculaire.

Sphinx

Noctua

Bombyx

Papilio )

La Chenille a en tout 13 articles, il en reste 10 pour l'abdomen. Deux à

trois anneaux s'oblitèrent donc pendant la métamorphose. Meloe proscarabœus Staphylinus Carabus Ditiscus Hydrophilus piceus 6 ( au côté tergal ; on n'en voit que $

au côté ventral).

Buprestis 6

Cerambyx longimanus 6

Scarubœus » 6 ( en dessous ; au côté tergal , on en

Calosoma } compte 3 déplus).

Nous voyons donc que le nombre 1 4 est le plus bas, et le nombre 10 le plus élevé pour les articles de l'abdomen, mais que le nombre

légitime 6 ne se retrouve partout que dans l'ordre placé en tête de tous les autres. CCCXXV. Quant à la longueur propor-

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tionnelle des diverses régions du corps et de leurs protovertèbres en particulier, les plus grandes différences régnent à cet égard. Mais, si nous réfléchissons que la respiration prédomine chez l'Insecte parfait, et que la région thoracique correspond à cette fonction, nous conclurons de là que la prédominance de cette dernière, sous le rapport de la capacité, doit caractériser la classe entière.

CCCXXVI. En passant aux divers ordres en particulier, nous trouvons d'abord que, dans toutes les larves, l'abdomen prédomine beaucoup, sous le rapport tant du nombre des articles, que de la longueur, et que sa prédominance devient même monstrueuse dans certains genres, par exemple, dans les Myrmeleon et Termes. Nous remarquons, en outre, à l'égard des Insectes parfaits, que l'abdomen prédomine chez ceux qui occupent le bas de l'échelle, par exemple dans tous les Aptères, et, parmi les Hémiptères, chez les Pucerons, plusieurs Punaises, les Hydromètres. Ce n'est que chez les Insectes placés au sommet de ce dernier ordre, les Fulgores, qu'on voit la protovertèbre céphalique acquérir une prépondérance extraordinaire. Un petit nombre de genres, qui se rapprochent des Coléoptères (CoccuSj, Ligœus), ont déjà une grande poitrine.

CCCXXVII. C'est aussi l'abdomen qui prédomine en général chez les Orthoptères et les Névroptères, et il le fait même quelquefois à un degré énorme, parexempledanslePAasma giganteum et la plupart des Libellules. Il est rare qu'on observe une prépondérance considérable de la poitrine et une oblitération des articles abdominaux; quand ce cas a lieu, il constitue une difformité, une monstruosité, comme dans la Mantis flabellicornis et l'jE'mpusa.

CCCXXVIII. Les mêmes réflexions s'appliquent assez généralement aux Diptères, aux Hyménoptères et aux Lépidoptères, chez lesquels l'abdomen prédomine partout; il n'y a qu'un petit nombre d'Abeilles et de genres voisins où la poitrine acquière un peu plus de volume. Mais elle a une prépondérance bien prononcée dans les Coléoptères. A la vérité , certains genres de cet ordre {Meloe, Staphylinus, Car abus, Ditiscus) ont l'abdomen proportionnellement très-gros; mais, chez les plus parfaits d'entre les Coléoptères, les

Byrrhus, les Sphœridium, les Onitis, et surtout les Scarabées, les trois protovertèbres thoraciques ont complètement acquis la prédominance sur les deux autres régions du corps. Si à cela l'on ajoute la régularité des anneaux de l'abdomen et la forme parfaitement ovalaire du corps entier, on doit considérer cette organisation comme fort ennoblie, et l'on serait presque tenté de croire que les prêtres de l'Egypte avaient été guidés par les inspirations d'une haute science en mettant les Scarabées au nombre des animaux sacrés.

CCCXXIX. Avant de passer à l'examen de la protovertèbre céphalique, faisons encore quelques remarques sur la conformation intérieure et les connexions mutuelles des protovertèbres du tronc.

A l'égard de la conformation des protovertèbres abdominales, elle est presque toujours la même que dans les Cancérides ; en effet, ces vertèbres sont des anneaux parfaits, tantôt plus et tantôt moins larges. Dans les larves et chez les Insectes aptères, elles sont presque entièrementmembraneuses, et chacune d'elles ne peut être partagée en plusieurs pièces. Les anneaux de l'abdomen paraissent également simples dans beaucoup d'insectes ailés, et en même temps il leur arrive fréquemment de s'étendre sous la forme de longs cylindres; c'est ce qui a lieu dans plusieurs espèces de Mantes et de Libellules.

CCCXXX. Cependant on trouve aussi des exemples d'un développement plus élevé de ces protovertèbres, qui commencent quelquefois à se diviser en diverses portions d'arc , c'est-à-dire en arcs tergaux et ventraux. Cette division s'aperçoit surtout très-bien dans plusieurs Gryllides, par exemple dans la Zocwsfa mrrudvora, où les arcs ventraux des protovertèbres abdominales se trouvent séparés des tergaux, qui sont plus grands, par des pièces intermédiaires moins dures, à peu près comme, chez l'homme, les côtes le sont du sternum par les cartilages costaux, et où ces arcs élastiques supérieurs exécutent déjà réellement des mouvements respiratoires, comme les côtes des animaux placés au sommet de l'échelle.

CCCXXXI. Mais il est digne de remarque que ce développement n'a plus lieu chez les Insectes supérieurs , les Coléoptères, où l'abdomen se partage bien, il est vrai, en arc in-

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férieiir et arc supérieur, mais où il paraît aplati de haut en bas, précisément parce que la respiration, qui, dans les ordres inférieurs, lui appartient encore en grande partie, se trouve entièrement concentrée ici dans la poitrine. Mais ce qu'il y a surtout de remarquable, c'est que, chez aucun insecte, il ne se développe dedeutovertèbres aux protovertèbres abdominales.

CCCXXXII. Mais il en est tout autrement des trois protovertèbres thoraciques (protothorax, mésothorax et métathorax d'Audouin), qui ne diffèrent point de celles de l'abdomen dans la larve , mais qui, chez l'Insecte parfait, acquièrent un degré beaucoup plus élevé de développement, tant sous le rapport de leur connexion, que sous celui de leur segmentation intérieure.

CCCXXXIII. Leur mode de connexion nous offre d'abord cela de particulier que les protovertèbres thoraciques médiane et postérieure se réunissent en une seule pièce , coalescence qui est surtout bien prononcée dans les Insectes supérieurs (Coléoptères) , tandis que, dans les ordres inférieurs , par exemple dans les Phasmes, parmi les Orthoptères, les deux protovertèbres sontencore très-distinctes l'une de l'autre.

CCCXXXIV. A l'égard de la segmentation intérieure des protovertèbres thoraciques^ des deux divisions primordiales de la protovertèbre en quatre et en six parties (pi. xxii, fîg. xv), c'est la seconde surtout qui prédomine, précisément parce que la conformation de l'Insecte tout entier a une tendance au rayonnement, au développement vers l'extérieur. Aussi peut-on très-bien distinguer, dans les protovertèbres du thorax, deux lames tergaies (pi. xxv, fig. xxvn, c c), deux latérales ou costales (6 b) et deux basilaires(aa) , dont les deux premières et les deux dernières se réunissent ordinairement en une seule pièce. Cependant il ne résulte point de là un hexagone à côtés égaux; car chaque côté, comme la poitrine entière, se divise, d'après le rapport six, en deux pièces plus grandes et une autre plus petite, suivant le type de la fig. xxvn; de là résulte que la poitrine des Insectes est aplatie de haut en bas.

Cependant, outre celte division essentielle par six, on aperçoit encore des traces d'une division non moins essentielle par quatre , qui

entraîne le développement de deutovertèbres parallèles à la protovertèbre, tout aussi formellement que la division par six entraîne celui de colonnes deutovertébrales rayonnantes sur cette proto vertèbre. C'est au côté terrestre seulement, mais à la réunion des lames basilaires des trois vertèbres thoraciques, sur lesquelles repose la chaîne ganglionnaire, que, d'après le type de la fig. xxvn, pi. xxv, X, il se développe une deutoverlèbre relative à cette formation nerveuse. Cette deutovertèbre, nommée entothorax par Audouin, se forme assez souvent d'une manière complète, et plus fréquemment encore sa division dichotomique laisse apercevoir tout simplement l'indice du carré qui résulte de la segmentation par quatre (1).

CCCXXXV. Les formes particulières de ces parties varient jusqu'à l'infini dans les divers ordres et genres de la classe des Insectes. Je ne puis en donner ici que quelques exemples.

Les Orthoptères et les Coléoptères surtout sont remarquables à cet égard. Ainsi, par exemple, Idi Locustavernicivora à, dans chacune de ses trois vertèbres thoraciques, des pièces basilaires bien distinctes, qui, cherchant à se développer en deutovertèbres à l'intérieur , représentent par leur réunion une colonne deuto vertébrale. On pourrait la comparer au sternum humain, développé non pas uniquement en corps de vertèbres, mais en deutovertèbres complètes. C'est seulement depuis la découverte de Dittmarsch, qu'on sait que la médiane d'entre ces deutovertèbres se développe ici jusqu'au point d'envelopper réellement les cordons longitudinaux de la chaîne ganglionnaire; car il se trouve en elle deux trous , à travers lesquels passent ces cordons nerveux. Or, comme les côtes s'attachent au rachis humain, de même à ces deutovertèbres soudées avec les lames basilaires, se fixent deux minces arcs latéraux de la protovertèbre, que les lames tectrices, avec lesquelles ils se soudent, ferment en haut et en dehors pour produire la protovertèbre,

(1) On doit considérer comme vestiges des deutovertèbres latérales les anneaux qui forment les stigmates, et qui, par cette raison même, se trouvent dans le milieu des lames latérales (pi. xxv , fig. xxvii, bb).

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qui ici est aplatie dans le sens d'un côté à l'autre.

CCCXXXVI. D'autres dispositions ont lieu aussi dans la poitrine aplatie de haut en bas des Coléoptères. Chaque paire de lames basilaires des trois protovertèbres est caractérisée aussi par le développement d'une deutovertèbre; mais celle-ci, du moins autant que j'ai pu m'en assurer jusqu'ici, n'enveloppe jamais complètement la chaîne san{î^lionnaire. C'est dans les anneaux postérieur et médian de la poitrine que ce développement est le plus apparent; il y prend le type de la lig. xxvn, pi. XXV, x^ de sorte que les arcs furculaires s'élèvent beaucoup , piesque comme si, dans la protovertèbre hexagone du dermatosquelette, il voulait se former une protovertébre carrée d'un uévrosquelette. A la protovertèbre thoracique antérieure, la deutovertèbre manque quelquefois entièrement, ou n'a pris qu'un faible développement {Hydrophilus piceus, Lucanus cewus). Dans quelques genres, notamment les Hydrophiles, on trouve en outre un vestige de tritovertèbres parallèles inférieures ou de corps vertébraux (pi. XXV, fig. xxvn, x), que les entomologistes appellent sternum , et avec raison, puisque le sternum humain lui-même est une colonne trito vertébrale de cette sorte. On voit alors ce sternum représenter une forte pointe saillante en arrière, sous l'abdomen, et à cet égard je ferai remarquer que le sternum de la vertèbre médiane et celui de la vertèbre postérieure se réunissent toujours complètement ensemble, tandis que celui de l'antérieure demeure isolé.

CCCXXXVII. Passons maintenant aux protovertèbres céphaliqiies.

En ce qui concerne d'abord les rapports numériques , ils sont simplifiés d'une manière fort remarquable chez les Insectes , comparativement à ce qu'ils étaient dans les Crustacés. Au lieu que la tète de ces derniers comprenait quelquefois trois vertèbres sensorielles et six vertèbres maxillaires , il ne reste ici que trois vertèbres en tout , et ce sont celles qui appartiennent essentiellement à la tête , c'est-à-dire les vertèbres sensorielles. Mais deux de ces vertèbres ont dû réunir en elles la signification de vertèbre sensorielle et celle de vertèbre maxillaire , tandis que l'autre demeure vertèbre sensorielle propre-

ment dite , protovertèbre céphalique ou crânienne , ayant essentiellement la même signification que la protovertèbre céphalique des Céphalopodes , c'est-à-dire celle de vertèbre optique. C'est cette dernière qui seule forme l'anneau vésiculeux dont se compose essentiellement la tète de tous les Insectes (pl.xxv, fig. xxvi, i). Sa formation est extrêmement simple ; ce n'est qu'un anneau , dont la configuration extérieure varie beaucoup , mais qui la plupart du temps néanmoins est assez globuleux , qui porte des deux côtés les yeux , et qui enveloppe l'anneau nerveux primaire , avec son ganglion cérébral et son ganglion sous-œsophagien. Les entomologistes appellent front la moitié supérieure de cet anneau , etjugulumudi moitié inférieure. Les Insectes supérieurs sont les seuls chez lesquels il s'y développe encore , au côté terrestre , et correspondante au ganglion inférieur de l'anneau nerveux primaire , une deutovertèbre , qu'on pourrait nommer vertèbre crânienne interne , et qui est parfaitement analogue aux deuto vertèbres que j'ai déjà indiquées dans la poitrine. J'ai décrit le premier cette vertèbre crânienne interne (1) ; mais je ne l'ai rencontrée que dans les genres supérieurs d'Insectes. Elle est surtout trèsprononcée dans le Lucanus cerviis. Les genres inférieurs, tels que Curculio, Cerambyx^ Carabus, n'offrent rien de comparable.

CCCXXXVIII. Tandis que la protovertèbre crânienne proprement dite est développée en un anneau complet , les deux autres , destinées ensemble aux mâchoires , ne le sont que d'une manière partielle ; mais , au lieu d'être en arrière de la vertèbre sensorielle , comme le sont les vertèbres maxillaires des Crustacés , elles sont au devant , de manière qu'elles terminent la tête en avant , et que , par ce transport de la région du point vital de la tête à l'extérieur, elles représentent un rapport plus beau ou plus harmonique. Nous pouvons donc les désigner sous le nom de vertèbres faciales.

Il règne , du reste , dans la formation de ces vertèbres faciales , le même type que dans les rudiments des vertèbres faciales de la tête des Céphalopodes , et , comme lui-même dans les protovertèbres abdominales de l'In-

(1) Zeilschrift fuer Nalur-und HcUhunde , Dresde, 1821, t. Il, cah. 111.

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secte , chaque protovertôbre se divise ici en deux arcs , l'un supérieur plus grand , ou lame tectrice , l'autre inférieur plus petit , ou lame basilaire. Les entomologistes ont désigné l'arc supérieur de la première protovertèbre faciale , celle qui suit immédiatement la protovertèbre crânienne , sous le nom de chaperon (clypeus) (1), et son arc inférieur sous celui de menton ( mentum ) ; ils appellent labre l'arc supérieur de la seconde protovertèbre faciale , ou de l'antérieure , et lèvre son arc inférieur. Dénominations insignifiantes et arbitraires , qu'on ferait bien d'abandonner peu à peu ; car nous avons besoin ici de termes expressifs qui fassent connaître l'homologie primordiale de ces arcs avec d'autres, et qui indiquent avec quelle parfaite légitimité , chez les Insectes supérieurs , les arcs protovertébraux , à partir du point d'intersection entre la poitrine et l'abdomen , vont en se rapetissant peu à peu , et pour ainsi dire en s'oblitérant , tant à la partie antérieure du corps , par les formations plus relevées de la poitrine , du crâne et de la face , qu'à sa partie postérieure , par les formations moins relevées de l'abdomen. On peut comparer ensemble, sous ce point de vue , les protovertèbres de la tête , du thorax et de l'abdomen de VHydrophilus piceus , où ces belles proportions se manifestent d'une manière fort simple ; car , comme la nature s'efforce souvent de cacher sous des milliers de formes la loi à laquelle elle obéit, de même aussi elle le fait dans les proportions des vertèbres céphaliques , qui , à la vérité , restent toujours les mêmes essentiellement, mais se modifient prodigieusement , infiniment même.

CCCXXXIX. Afin de signaler au moins quelques-unes des modifications les plus remarquables, je vais rapporter les extrêmes sous le rapport du volume , tant des protovertèbres faciales que des protovertèbres crâniennes.

Les pi'otovertèbres faciales , celle surtout qui tient immédiatement au crâne , s'accroissent d'une manière véritablement monstrueuse dans les Charansons , où elles produisent un long cylindre auquel est dû la forme singulière de la tête chez ces Insectes.

(1) Fabricius embrasse sous le nom de clypeus le chaperon et la lèvre supérieure.

La protovertèbre crânienne , au contraire , acquiert un développement vésiculaire monstrueux dans les Fulgores. Son renflement est moins grand chez plusieurs Coléoptères, le Cerf-volant, par exemple. Du reste, ici comme à l'égard du névrosquelette des animaux supérieurs , l'accroissement du crâne par rapport à la face décèle naturellement toujours un type plus élevé que le cas inverse.

CCCXL. Il ne nous reste plus qu'à parler de la segmentation des colonnes deutmertébrales rayonnantes , c'est-à-dire des membres. On peut établir , à cet égard , les propositions suivantes :

1° Comme tous ces rayonnements se font dans le sens du rayon , et qu'en conséquence ils sont déterminés par l'hexagone , la même chose a lieu dans les Insectes.

2° Comme c'est dans la direction du milieu supérieur et inférieur du corps , et despoints de l'hexagone qui correspondent là, parce que ces points marquent en même temps la division en quatre de la protovertèbre , que prédomine la formation des deutovertèbres parallèles à cette dernière, et comme par cela même le développement de membres rayonnants s'effectue essentiellement sur les deux points de l'hexagone qui tombent de chaque côté de la protovertèbre , il ne se produit non plus , dans les Insectes , que des membres pairs , qui se divisent en latéraux supérieurs et latéraux inférieurs.

3° Comme le premier développement de membres est encore relatif à la vie végétative , et se dessine sous la forme de branchies , il en est de même aussi chez les Insectes , où cette signification primordiale ne peut être méconnue , soit dans les lames complètement branchiales de certaines larves , soit dans les membres latéraux supérieurs (ailes ) des Insectes parfaits (2) .

CCCXLI. En descendant aux détails, nous examinerons d'abord les membres du tronc, parce que ce sont ceux qui prennent le plus de développement sous le rapport de l'étendue.

Ici se présente une loi applicable à tous

(2) L'homologie est devenue plus évidente depuis ma découverte d'une circulation dans les larves d'Ephémères et de Libellules , où j'ai montré que les germes des ailes se comportent comme de vraies branchies.

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les Insectes , quelque infiniment diversifiées que soient leurs formes. Chez tous , en effet, la poitrine , région du corps principalement destinée à la respiration, et qui par cela même acquiert déjà une prépondérance de volume dans les Insectes supérieurs , e&t la seule région du tronc où se développent de véritables membres pairs de ce même tronc.

En ce qui concerne les larves , qui , en général , ont des membres au tronc , quoique certaines, par exemple celles de la plupart des Diptères et des Hyménoptères , en soient dépourvues , elles offrent trois membres thoraciques inférieurs, c'est-à-dire trois paires de pattes.

Indépendamment de ces trois paires , quelques larves ont encore des membres abdominaux particuliers, mais qui sont ou de simples lamelles branchiales ( comme dans beaucoup de Crustacés ) ou des espèces de ventouses ( comme dans les Annélides , les Sangsues par exemple). Le premier cas est celui des larves de certains Névroptères , et le second celui surtout des larves de Lépidoptères. Enfin il arrive quelquefois aussi que certains membres de la première protovertèbre du corps , c'est-à-dire de la tête , se répètentà la dernière protovertèbre abdominale. C'est ce qu'on observe tant chez des larves que même chez des Insectes parfaits appartenant à des espèces inférieures. On peut citer comme exemples remarquables du premier genre les couronnes de rayons simples ou pinnés qui entourent l'ouverture anale et en même temps respiratoire de plusieurs larves de Diptères , par exemple dans les familles des Stratiomydes et des Tipulariées : c'est la forme la plus pure des membres rayonnants disposés, en nombre encore indéterminé, au pourtour entier de la protovertèbre. Des exemples du second genre nous sont fournis par des aiguillons d'une multitude d'Hyménoptères , qui , avec leurs lames et leurs gaines correspondent aux mâchoires , et par les pondoirs , qui garnissent le canal prolongé des voies génitales , comme les mâchoires garnissent le prolongement de l'œsophage.

CCCXLII. Les membres du tronc qui prennent le plus de développement sont ceux de la poitrine.

Comme la poitrine est formée de trois protovertèbres j et que toute protovertèbre exige

à proprement parler une paire de membres latéraux en haut et une en bas , on devrait aussi rencontrer à la poitrine trois paires de membres supérieurs et trois de membres inférieurs, et, comme les Insectes ne vivent plus dans l'eau , mais sont des animaux aériens, trois paires de membres aériens ( branchies desséchées , ailes ) , et trois paires de membres terrestres (filets branchiaux cornés et articulés, pattes).

CCCXLIII. Les trois paires de membres terrestres sont développées dans tous les Insectes , et même chez la plupart des larves. Quant aux trois paires de membres aériens , nulle part elles n'arrivent à un développement complet ; les derniers genres des Insectes et toutes les larves en sont dépourvus , et même , parmi les genres supérieurs, beaucoup (Diptères) n'ont qu'une seule paire d'ailes, à la protovertèbre thoracique médiane; d'autres (Hyménoptères, Orthoptères, Névroptères, Hémiptères, Lépidoptères, Coléoptères) n'en ont que deux, à la protovertèbre médiane et à la protovertèbre postérieure du thorax. Çà et là seulement on retrouve des rudiments d'une troisième paire d'ailes pour la protovertèbre thoracique antérieure ; par exemple, dans la Nantis flabelUcornis, où l'on aperçoit, au-dessus de la paire antérieure de pattes, deux lamelles cutanées très-saillantes, qui sont tout aussi bien les vestiges d'une paire antérieure d'ailes, que les balanciers situés derrière les ailes de la protovertèbre médiane des Diptères sont ceux d'une paire postérieure.

CCCXLIV. Il ne saurait entrer dans mon plan de décrire les formes si diversifiées des ailes; mais je dois faire quelques observations générales sur la formation de ces organes. Ce qu'il y a surtout de remarquable, c'est

1° La manière dont ils se produisent dans la situation de lames branchiales appliquées immédiatement au corps, mais pleines, et dans les trachées desquelles l'air n'a point encore pénétré , c'est-à-dire sous la condition des poumons du fœtus des animaux supérieurs à respiration aérienne ;

2° Celle dont, à la sortie de la nymphe , l'action des muscles internes de la poitrine, en rétrécissant cette dernière, chasse l'air que ses trachées contiennent dans les trachées des ailes, qui par là s'étendent, se dessèchent,

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et deviennent de véritables ailes, absolument comme, chez les animaux supérieurs, la distension des poumons, à la sortie de Tœuf ou du corps de la mère, tient à l'afflux de l'air extérieur déterminé par l'ampliation que les muscles externes de la poitrine font prendre à la cavité de cette dernière ;

3° Celle dont les ailes de plusieurs Insectes se segmentent. Dans plusieurs ordres de tétraptères, en effet, tels que les Hyménoptères, les Névroptères et les Lépidoptères, les ailes sont simples, et les deux paires se ressemblent assez bien. Dans d'autres, au contraire, elles sont dissemblables; la paire antérieure devient absolument cornée , c'est-à-dire qu'elle devient plutôt opercule que branchie, et l'autre paire , qui demeure membraneuse, se segmente de manière à ce qu'on y puisse distinguer déjà plusieurs parties unies ensemble par des articulations. Chez les Coléoptères , ce type est parfaitement pur et légitime, puisqu'on retrouve de nouveau une division en trois (pi. XXV, fig. XXVII, a 3 y) , savoir, un article supérieur, un article inférieur et un article terminal (1), dont chacun est désigné par des deutovertèbres (nervures des ailes) rayonnantes (simples à l'article supérieur et doubles à l'inférieur), qui deviennent en quelque sorte diconiques. C'est entre l'article inférieur et l'article terminal que le mouvement est le plus libre ; c'est là que s'effectue le ploiement, au moyen duquell'aile membraneuse se cache sous l'aile cornée antérieure (d'après le type y, fig. xxvn).

CCCXLV. Passons maintenant aux membres latéraux rayonnants inférieurs, ou aux pattes. Comme les ailes partent de la protovertèbre, entre ses lames tectrices et ses lames latérales, les pattes, conformément à la division de cette protovertèbre d'après l'hexagone , doivent sortir entre les lames latérales et les lames basilaires (pi. xxv, figure xxvn). Cependant l'article supérieur de chaque patte s'applique la plupart du temps à la lame basilaire, de sorte que, non-seulement un examen superficiel peut faire croire que les pattes sortent de la ligne médiane inférieure de la poitrine , mais encore Oïl a été conduit par là à mal ap-

(1) Chabrier compare déjà avec beaucoup de justesse l'article supérieur à l'humérus , l'inférieur au radius et au cubitus , et le terminal à la main.

précier la segmentation proprement dite de ces membres, en sorte que les dénominations dont les entomologistes se servent pour les désigner reposent sur des analogies entièrement fausses (2).

CCCXLVI. Une patte d'Insecte doit être envisagée essentiellement et rigoureusement comme une colonne deutovertébrale rayonnante segmentée d'après les mêmes rapports que ceux qui dominent dans toute la colonne vertébrale du tronc, et dont toutes les vertèbres sont primairement représentées par une série de vésicules comparables aux articles de l'abdomen du Scorpion, qui, venant à s'étendre et à croître aux deux extrémités , dégénèrent en dicônes creux. Mais ce à quoi il faut surtout avoir égard, et ce qu'on doit expliquer par la tendance du nisus formativus de dedans en dehors , c'est que, dans chaque dicône, le cône tourné en dehors est le plus gros (pi. xxv, fig. xxxiii), et que l'article terminal seul apparaît sous la forme d'un cône simple, ordinairement fort allongé, ce qui d'ailleurs résulte déjà de la construction relative à toute colonne de dicônes (S CLIl, 3).

CCCXLVII. Ayant ainsi fait connaître le type des vertèbres secondaires rayonnantes ou des articles de pattes , Je vais parler maintenant de la segmentation de la patte entière, ou de la colonne deutovertébrale envisagée dans son ensemble. Je viens de dire qu'elle est déterminée par le prototype du tronc. Or, la colonne vertébrale du tronc se segmentait de la manière suivante :

Thorax a :

Peclus aa

A bdomen aaaaaa.

La patte se segmente donc d'après le même rapport, savoir ;

Art. supérieur Art. inférieur Art. terminal a : aa : aaaaaa.

L'article supérieur (pi. xxv, fig. xxxvii, aa) est absolument simple : il s'implante dans la

(2) De même , à peu près , chez les animaux supérieurs (les Ongulés par exemple) , l'implantation de la cuisse ou du bras (fémur ou humérus) dans les chairs du tronc donne à la jambe l'apparence de la cuisse, et au talon celle du genou , dénominations qui sont même passées dans les écrits des vétérinaires , comme les faux noms des parties de la patte des Insectes dans ceux des entomologistes. Oken s'est élevé le premier contre cette erreur.

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