‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 282 sur 318 · C .DERMA.TOSQUELETTE · texte numérisé non relu

C .DERMA.TOSQUELETTE

DXXXI. Tous les Poissons ont cela de commun que leur corps est enveloppé d'un épiderme, que recouvre en outre une couche de mucus gluant. Mais sous cet épiderme il se développe un dermatosquelette qui revêt des formes variées. En eiïet il affecte :

1° Celle d'anneaux protovertébraux complets, dont la périphérie se divise d'après certains rapports numériques légitimes.

2° Celle de fragments d'arcs protovertébraux, qui ne revêtent qu'un certain côté du corps.

3° Celle de plaques isolées , ou d'écaillés, qu'on doit considérer comme le plus haut degré de résolution de la protovertèbre en points d'ossification distincts et séparés les uns des autres.

Nous allons examiner rapidement les principales modifications de ces trois formes.

DXXXII. L<x première forme, sous laquelle le dermatosquelette ressemble exactement à ce qu'il était dans les Crustacés , avec cette seule différence qu'ici il sert toujours d'enveloppe à un névrosquelette, s'observe principalement chez les Poissons pélagiens. Elle est surtout d'une régularité remarquable dans les Loricaires.

Ainsi, dans la Loricaria macukita, le dermatosquelette enveloppe le névrosquelette exactement d'après le type pi. xxvi , fig. vu, de sorte qu'une tranche de la queue, correspondante à une dcutovertèbre rachidienne du squelette nerval, représente un anneau protovertébral du squelette cutané , dont la

périphérie se partage en huit arceaux, ce qui est, comme on doit s'en rappeler, le nombre diviseur primaire de toute proto vertèbre.

La même chose a lieu aussi dans les Syngnathes , où le nombre des anneaux protovertébraux du dermatosquelette correspond exactement à celui des protovertèbres ou des deutovertèbres du névrosquelette. En examinant la coupe verticale de la queue du Syngnathus acus, on voit le squelette cutané correspondre , dans la division de ses protovertèbres , à celle des deutovertèbres du squelette nerval ; cependant il se divise dans chaque protovertèbre de cette région d'après le nombre quatre, et à la région épigastrique d'après le nombre six.

Le genre Pegasus et le Cottus cataphraclus se rangent également ici , à cause de la disposition analogue des anneaux protovertébraux de leur dermatosquelette.

Chez tous ces Poissons la substance du dermatosquelette est plus dure et plus rapprochée de celle des os , parce qu'il s'est déposé plus de molécules terreuses dans son intérieur (1).

DXXXIII. La seconde forme , celle dans laquelle il ne reste que des arceaux isolés de chaque protovertèbre du dermatosquelette , et de telle manière que ces arceaux figurent des plaques plus ou moins grandes ou des arcs costaux sur les côtés du corps de l'animal , cette forme semble aussi n'appartenir en grande partie qu'à des Poissons pélagiens. On la rencontre surtout dans les genres Cataphracte, Scombre et Trigle.

Ainsi le Cataphraclus americanus a les côtés du corps garnis de plaques surmontées de saillies pointues , qui, par leur situation , représentent absolument des arcs costaux, et qui, si l'on en juge d'après les figures, semblent correspondre au nombre des vertèbres rachidiennes. Dans le Cataphraclus cal-

(1) Il est remarquable , mais d'ailleurs conforme à la loi de l'antagonisme que j'ai dit précédemment régner dans la formation squelettique, que, cliez les Poissons dont le dermatosquelette acquiert un développement si complet , la formation ])rotovertébrale costale du névrosquelette s'efface ordinairement tout à fait , ou du moins s'o])litère beaucoup. 11 l'est également que cette simple division géométrique de la protoverlèbre ne s'étende jamais au même degré dans la moitié animale du corps , c'est-à-dire dans la tète , où l'on voit plutôt le dermatosquelette se confondre toujours avec le névrosquelette.

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lichthys , au contraire , les plaques latérales deviennent plus longues , elles se partagent de chaque côté en arceau supérieur et arceau inférieur , et quatre de ces arceaux forment un anneau protovertébral assez complet.

Les Scomber Plumieri et crumcnophthalmus ont également , sur les deux côtés du corps , des séries de plaques surmontées de saillies pointues.

Il en est de même dans quelques Silures et Trigles.

Parmi les Poissons d'eau douce qui offrent cette forme de dermatosquelette , on peut citer l'Epinoche.

DXXXIV. La troisième forme , celle dans laquelle les anneaux protovertébraux se résolvent entièrement en écailles ou plaques isolées, où la forme de la proto vertèbre n'est plus indiquée que par la disposition annulaire de ces écailles, où même les séries de ces dernières cessent de se rapporter aux divisions du névrosquelette par vertèbres , où enfin les écailles ne sont la plupart du temps que de simples lames cornées, et se condensent rarement en plaques osseuses, cette forme est la plus commune, et celle qui varie le plus sous le rapport de la configuration, de la texture , mais surtout de la coloration. Parmi les Poissons qui l'offrent , ceux qui se rapprochent le plus des espèces comprises dans la pemière catégorie sont ceux dont le dermatosquelettette consiste en plaques osseuses très-fortes, attendu que souvent on retrouve en eux non-seulement une division tout à fait géométrique de la périphérie du squelette cutané entier, mais encore une configuration géométrique et même cristalline des' plaques prises chacune enparticuUer.

Ici se range surtout le genre Ostracion , dont le pourtour du corps figure tantôt un triangle , tantôt un carré , ou un hexagone , où les plaques affectent presque toujours la forme pure de l'hexagone ( quelquefois aussi de l'octogone), avec des segmentations stelliformes ou autres , d'un effet fort agréable à l'œil , et où elles sont parfois {Ostracion geometricus) armées de pointes qui se dirigent en dehors.

Les Diodons et Tétrodons sont voisins sous ce rapport des Poissons précédents ; leurs plaques offrent toujours des rayonnements simplement coniques, des épines.

Lorsque ces épines se couchent sur les plaques suivantes, elles représentent le prototype de l'entuilement des écailles cornées.

On trouve des plaques osseuses isolées de ce genre dans les Lophies , les Cycloptèrcs et les Estui'gcons.

DXXXV. Mais la plus répandue de toutes les formations est celle des écailles cornées ou écailles proprement dites. C'est elle qui correspond le mieux à la signification du dermatosquelette, qui , par antagonisme avec le grand développement du névrosquelette , prend ainsi un rang subordonné. C'est elle enfin que l'on rencontre dans les Poissons qui offrent le plus de régularité eu égard à la segmentation du névrosquelette , comme les Cyprins.

Ces écailles résultant de couches superposées , leur structure ressemble parfaitement à celle des coquilles. Leur accroissement par couches est la cause qui fait qu'en grandissant, chacune d'elles doit toujours couvrir le commencement d'une autre , à la façon des tuiles d'un toit. Considérées en elles-mêmes, elles sont sujettes , sous le rapport de leur disposition, de leur coloration, de leur grandeur et de leur figure , à des modifications infinies , dont je ne dois point m'occuper ici où mon seul !but est de faire connaître le type primaire.

La petitesse extrême des écailles ( dans les Murœna , Anguilla , Murœnophis) fait le passage à l'absence totale du dermatosquelette qui a heu dans les Poissons apodes.

Une chose digne de remarque encore, dans cette formation, c'est la conversion du dermatosquelette en parties du névi'osquelette, qu'on observe surtout à la tête , oU , par exemple , l'arc zygomatique ( seconde intercôte ) peut apparaître purement écailleux , et où les écailles osseuses ( comme dans l'Esturgeon ) semblent devenir des os de la tête , parce qu'elles s'unissent intimement aux lames tectrices presque cartilagineuses du crâne.

Enfin, je dois également signaler la denture de quelques rayons de nageoires du névrosquelette ( par exemple du premier rayon de la dorsale de la Carpe) , comme étant le résultat d'une coalescence entre des rayonnements osseux coniques du dermatosquelette et des parties du névrosquelette (1). (1) Dans les genres non symétriques (§DX1V et

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III. POISSONS DONT LES MEMBRES ET LA RESPIRATION SE RAPPORTENT ESSEN- TIELLEMENT AU TRONC (1).

A. NÉVKOSQUELETTE.

DXXXVl. En éniimérant les caractères généraux du névrosquelctte des Poissons osseux , j'ai déjà signalé les trois degrés de formation squelettique qu'on rencontre , simple cartilaginification {thesis)^ multiplicité de points d'ossification dhiincU {anlilhesis), et réunion d'un grand nombre de ces points d'ossification (synlhesis). Ce sont les Raies et les Squales qui occupent le troisième degré, car leur squelette , diversement segmenté , offre partout des traces de coalescence ; seulement il n'arrive point à une ossification complète ; quoique plus blanc et plus solide que celui des Poissons apodes, il demeure toujours essentiellement cartilagineux (2).

DXXXVII. Une seconde particularité de la structure des Poissons cartilagineux supérieurs , c'est le changement qui s'opère chez eux dans la division des moitiés animale et végétative du corps. Dans les Poissons osseux, ces moitiés étaient caractérisées par la répartition entre elles deux des organes végétatifs essentiels (branchies et vessie) et par le placement dans le milieu ( à la région jugulaire) de l'organe végétatif du corps, le cœur. Chez les Poissons cartilagineux supérieurs, un plus grand développement des organes sensoriels et du cerveau , et la suppression de la respiration branchiale , annoncent que celle-ci se rapproche déjà davantage de la prépondérance idéale , tandis que la prépondérance matérielle est acquise au tronc , par l'apparition d'une double région respiratoire , la dépression du cœur au-dessous de la poitrine , et

DXV) le deimatosquelette prend part aussi à l'anomalie ; le côté oculaire a des couleurs plus foncées et des écailles plus dures ; l'autre côté est incolore et plus mou.

(1) Ce sont les Poissons cartilagineux supérieurs, les Raies et les Squales , qu'on pourrait appeler aussi Poissons ayant la tête et le tronc munis de membres,

(2) De là vient aussi que la dimension dominante du développement du tronc n'est plus la même. Ce n'est plus la dimension en longueur, comme dans les Apodes , ni celle en hauteur , comme dans les Poissons osseux , mais celle en largeur , qui prédomine ici. Et de même que la conformation des Pleuronectes , comme extrême, étaitcaractéristique pour les Poissons osseux, de même, comme autre extrême, celle du Marteau, par rapport à la tête , et des Raies , par rapport au tronc , l'est pour les Poissons cartilagineux supérieurs.

le développement de membres pairs particuliers.

DXXVIII. Ces changements généraux doivent influer aussi sur la division de la tête et du tronc en régions spéciales. Le tronc continue toujours à être essentiellement tronc génital , et , comme tel , il se signale par les testicules et les ovaires , qui sont encore placés au voisinage de la tête; mais sa segmentation devient plus complexe. Chez les Poissons osseux , la région respiratoire n'est qu'indiquée par d'imparfaites vertèbres thoraciques, et il n'y a qu'une seule vessie respiratoire , qui même n'existe pas partout. Ici le tronc offre partout une région respiratoire supérieure , la poitrine , où la fonction s'est développée sous la forme de respiration branchiale ; mais de plus on voit apparaître, à la région pelvienne et sous la forme de fentes anales conduisant dans l'intérieur du sac péritonéal, l'indice d'une seconde respiration du tronc , d'une respiration d'eau dans des cavités vésiculeuses ( respiration allantoïdienne) (3). Tandis que les fonctions végétatives du tronc prennent ainsi un développement plus considérable et plus manifeste, les fonctions sensorielles de la tête se dessinent également mieux, et l'on voit en même temps cesser la fonction respiratoire spéciale (respiration branchiale) de cette moitié du corps. L'indice^ d'une respiration céphahque antérieure , élevée à la dignité d'organe sensoriel de l'olfaction, se développe davantage que dans les Poissons osseux, et l'évévation de la respiration céphalique postérieure à celle de cellules auditives se trouve au moins préparée ; car, au lieu des branchies céphaliques , il y a de chaque côté un simple canal aquifère, qui , conduisant du dehors dans la cavité pharyngienne n'est à proprement parler qu'une trompe de Fallope , dépourvue seulement encore de connexion avec l'organe auditif interne.

(3) C'est une question de savoir si des recherches plus approfondies sur l'histoire du développement de ces animaux ne démontreront pas mieux encore l'existence d'un organe allantoïdien spécial. Dans un jeune Squalus centrina , long de sept pouces et demi , dont le sac vitellin est encore fort gros , je n'aperçois , il est vrai , aucune trace d'allantoïde proprement dite , mais les ouvertures qui conduisent du dehors dans la cavité péritonéale sont déjà très-distinctes, sous la forme de fentes anales.

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