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Squelette du tronc

BXXXIX. Chez les Poissons apodes et chez ceux à membres céphaliqiies, par un accord parfait avec les lois de la formation squele( tique en général , le développement d'une colonne deutovertébrale , c'est-à-dire d'une colonne de corps vertébraux , caractérisait essentiellement le squelette du tronc envisagé dans son ensemble. Il en est de même chez les Poissons qui ont la tête et le tronc munis de membres. Les circonstances qui établissent la supériorité des Raies et des Squales sur les Poissons osseux, par rapport aurachis, sont les suivantes :

1° Les tritovertèbres parallèles diconiques ont une forme plus pure, attendu qu'elle est moins altérée par des tritovertèbres rayonnantes (apophyses épineuses, obliques et transverses). La forme diconique des corps vertébraux est surtout d'une pureté presque géométrique dans les Raies, spécialement chez les jeunes mdividus (1).

2° La vertèbre rachidienne fournit peu de rayonnements. De là la disparition des apophyses épineuses, des apophyses transverses, des arêtes musculaires (S CCCCLXII).

3° La deutovertèbre se développe d'une manière plus pure , ce qui s'exprime par le développement plus parfait des corps vertébraux et par l'enveloppement plus complet de la moelle épinière.

DXL. Quant à la division des régions du rachis et aux rapports numériques des vertèbres, il résulte de ce qui précède que le tronc renferme tojours:

1° Une région génitale, qui englobe encore l'épigastrique et l'hypogastrique , de sorte que les régions épigastrique , hypogastrique et pelvienne n'en font qu'une.

2° Une région pectorale, mais sans aucune trace encore de région cervicale.

3° Ici également la colonne vertébrale est susceptible de se prolonger d'une manière indéfinie, ce qui produit un membre terminal impair.

Ainsi , l'on doit distinguer , en général , des vertèbres thoraciques, ventrales ou sexuelles , et caudales. Cependant ces vertèbres diffèrent peu les unes des autres ; seule-

(1) Voyez mes Tabulœ illustrantes , cah. II , pi. yi, fig. 3.

ment , celles de la poitrine des Raies sont plus étroites et plus intimement unies ensemble, ce qui, du reste , avait déjà lieu dans les Poissons osseux (8 CCCCLXIII).

La prédominance matérielle du tronc fait que le nombre des vertèbres rachidicnnes dépasse de beaucoup les proportions simples qui doivent primordialement le déterminer, et d'après lesquelles (g CCCCLXIII) il devrait y avoir ici 4 x 6 = 24 vertèbres au tronc proprement dit , et 24 ou 30 à la queue. Au lieu de 48 à 54, comme nombre total, on en compte souvent deux ou trois cents. Les Raies sont encore ceux de ces Poissons qui se rapprochent le plus des nombres fondamentaux. Ainsi je compte , dans une jeune Raie bouclée ,3x7 vertèbres ventrales et génitales ; mais , au lieu de six thoraciques , il y en a bien une vingtaine, qu'à la vérité on ne peut guère distinguer les unes des autres , parce qu'elles sont soudées ; quant aux vertèbres caudales, leur nombre dépasse 80 (2).

DXLI. Les protovertèbres du tronc ne se présentent ici que sous trois formes différentes, et leur développement imparfait doit être considéré comme un phénomène d'antagonisme tenant à ce que les deutovertèbres sont plus développées.

La première forme est celle de côtes , qui toujours sont ici d'une seule pièce. Elle n'est exprimée , dans les Raies , que par des rudiments extrêmement courts de côtes abdominales ; de même aussi dans les Squales , ces côtes abdominales sont très-peu prononcées et réduites à la condition de minces bandelettes cartilagineuses ( pi. xxx , fig. 1 , </ ) , qui parcourent les parois latérales de la cavité abdominale , tandis que les côtes thoraciques {g') embrassent extérieurement les côtes respiratoires du splanchnosquelette (arcs branchiaux), sous la forme d'anneaux cartilagineux, tantôt plus et tantôt moins forts, égalent ces dernières en nombi-e , et sont par conséquent au nombre de quatre ou

(1) Le volume matériel n'étant jamais sans importance pour la dignité d'une espèce , à tel point que de très-gros animaux supposent toujours une formation déjà fort élevée, il est digne de remarque que les Squales sont les plus gros de tous les Poissons , et les seuls chez lesquels on trouve, entre chaque couple de corps vertébraux , une cavité diconique , pouvant contenir plusieurs livres de liquides alhumineux.

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cinq, parce qu'il n'y a ordinairement que quatre ou cinq des six splanchnocôtes qui se développent en arcs branchiaux.

DXLII. La seconde forme est celle des protovertèbres oblitérées ou contractées qui embrassent seulement des vaisseaux sous les vertèbres caudales , et qui se comportent ici comme chez les Poissons osseux , à cette seule différence près , qu'ayant leurs arcs plus larges , elles enveloppent mieux les vaisseaux , et que leurs apophyses épineuses pkis courtes , mais plus larges , les rendent plus analogues aux arcs deuto vertébraux correspondants qui enveloppent la moelle épinière.

DXLIII. La troisième forme est celle des côtes de membres ou des ceintures scapulaire et pelvienne.

La ceinture des membres antérieurs est plus développée que l'autre , par correspondance avec le rôle plus important de la respiration antérieure du tronc. Dans les Raies , où il n'existe point de côtes proprement dites , cette réunion de plusieurs arcs protovertélDraux en une ceinture scapulaire transversale est plus prononcée que chez les Squales. Du reste , la ceinture scapulaire est toute d'une seule pièce ; seulement ses parties latérales se divisent , dans le sens de la largeur (pi. xxvH, fig. vni, 1 2 3), en trois arcs, ce qui me fait penser que déjà ici le concours de trois arcs protovertébraux pour constituer une ceinture scapulaire doit être considéré comme une circonstance légitime et normale. Quant aux divisions primaires dans le sens de la longueur de la protovertèbre , il n'y a que les pièces tergaîes supérieures (fig. vni, o^o) qui soient des parties distinctes. Ces parties tergaîes supérieures manquent dans les Raies , dont la ceinture scapulaire , plus comprimée d'un côté à l'autre , ne tient par conséquent à la colonne vertébrale que par des ligaments et des muscles. Elle est plus sensiblement aussi partagée en deux arceaux latéraux chez ces Poissons , où il se développe des côtes thoraciques.

DXLIV. La ceinture des membres postérieurs ressemble parfaitement à la précédente ; seulement elle est , en général , plus faible , et les portions tergaîes supérieures manquent tout à fait , de sorte qu'elle n'est attachée au rachis que par des muscles et des ligaments. Au reste, lorsqu'on la trouve dé-

veloppée , elle est indivise , et ne constitue qu'un arc cartilagineux simple.

Il n'y a, dans les Raies et les Squales , aucune trace d'une colonne tritovertébrale inférieure ou sternale du tronc.

DXLV. Membres du tronc. De même que dans les Poissons osseux, ils se divisent en impairs et pairs. Mais , tandis que , dans les Poissons osseux , les membres impairs , supérieurs et inférieurs , étaient ceux qui se développaient le plus , au point même d'acquérir des dimensions réellement monstrueuses dans le Pteraclis mlifer , par exemple, parce que la dimension en hauteur est caractéristique pour ces animaux , comme celle en largeur pour les Poissons cartilagineux supérieurs , de même aussi les membres pairs (par exemple les nageoires pectorales des Raies ) acquièrent un développement énorme dans ces derniers , chez aucun desquels , en revanche, les membres impairs ne deviennent remarquables par leur étendue.

DXLVL A l'égard de la structure des m.embres impairs (nageoires dorsale , anale et caudale), elle ne diffère point essentiellement de la description que nous en avons donnée dans les Poissons osseux. Ici comme là, on voit quelquefois des rayons isolés acquérir un grand développement. La Chimœra arctica nous en offre un exemple frappant (1). De même , dans le Squalus glaucus, les nageoires dorsales, antérieure et postérieure , portent chacune une forte épine à leur bord antérieur.

DXLVII. Les membres pairs n'ont point entre eux les mêmes proportions dans tous les genres. Dans les Raies, où les membres céphaliques sont le moins développés , les nageoires pectorales ont d'énormes dimensions. Dans les Squales, où les membres céphaliques , surtout l'opercule et la mâchoire inférieure , sont plus développés , les membres antérieurs et postérieurs du tronc conservent davantage d'égalité entre eux.

On peut toujours distinguer , dans ces nageoires , un porte-rayon simple et des rayons articulés et divisés (pi. xxvn, fig. vui, x^x).

DXLVIIl. Les nageoires pectorales des Raies sont surtout remarquables par la lu-

(J) Voyez ScHULTz, dans Meckel's Archiv., lom. I, pi. IV, li{J. 3.

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niière qu'elles répandent sur la signification lies parties du squelette osseux. Nous avons déjà vu précédemment , à l'occasion de la structure des membres en général, qu'elle repose sur l'idée d'une colonne vertébrale plusieurs fois divisée. Ce caractère devient saillant ici, où chaque rayon de nageoire représente parfaitement une colonne vertébrale composée seulement de corps vertébraux, c'est-à-dire une colonne vertébrale caudale (pi. xxvu, fîg. vni, x).

Du reste , les Squales offrent aussi , à leurs membres pelviens , quelques rayons détachés des autres et plus développés qu^eux, qui forment une sorte de moignon de pied.

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