MOELLE ÉPINIÈRE ET CERVEAU
Chez les Reptiles aussi , les deux portions de la grande masse nerveuse centrale se ressemblent encore assez ; car , bien que le cerveau soit un peu plus développé que celui des Poissons , cependant la moelle épinière le surpasse encore de beaucoup, sous le rapport de la masse. En effet , chez les Salamandres , les Ophidiens , les Chéloniens (pi. xii , fîg. i) et les Sauriens (2), comme chez les Poissons , cette dernière règne dans toute la longueur du rachis , par conséquent aussi dans les vertèbres de la queue , ce qui fait qu'elle a une longueur considérable. Chez les Grenouilles , son filet terminal s'arrête au sacrum (3) , mais en revanche elle est plus volumineuse.
Dans une Salamandre terrestre , du poids de 380 grains , le cerveau et la moelle épinière , pris ensemble , pesaient trois grains , et le cerveau seul n'en pesait qu'un.
La forme de la moelle épinière ne s'écarte pas essentiellement de celle qu'on observe dans la classe précédente. J'ai toujours pu distinguer un sinus postérieur , un sinus antérieur et un canal central. Dans la Grenouille ( et un peu moins dans la Salamandre ) ,
(2) C'estcequej'aivuen examinant la moelle épinière dans le Lacerta agilis et dans un jeune Crocodile.
(3) Nous voyons , dans la série animale, la moelle épinière se raccourcir peu à peu de plus en plus, et se terminer d'abord aux vertèbres de la queue , puis à celles du sacrum, et enfin à celles des lombes. On sait que quelque chose de semblable arrive aussi chez le fœtus humain. La moelle épinière s'étend également jusque dans les vertèbres caudales chez les têtards de Grenouilles, et sa rétraction ou plutôt la cessation de son accroissement, tandis que celui de la coloime vertébrale continue toujours, détermine non-seulement l'obUtération des vertèbres caudales , mais encore la disparition graduelle de la queue pendant la métamorphose. Les Lézards offrent parfois quelque chose d'analogue , comme état pathologique, lorsque, la queue ayant été arrachée , la colonne vertébrale se reproduit, mais sous la forme d'un simple cordon cartilagineux , sans moelle épinière.
SYSTÈME NERVEUX
le quatrième ventricule descend très-bas dans la moelle épinière , et à la région lombaire , où naissent les nerfs des membres , on aperçoit un renflement , de même que , chez les Poissons, la moelle épinière devenait plus volumineuse sur les points où elle fournissait de gros nerfs pour les nageoires (§89). On rencontre quelque chose de semblable chez les Chéloniens (1) , dont la moelle épinière devient extrêmement mince dans l'interstice des deux renflements destinés aux nerfs des membres antérieurs et postérieurs (pi. xu , fig. i). J'ai trouvé ces renflements plus faiblement indiqués chez un jeune Crocodile.
Le cerveau des Reptiles offre encore , comme celui des Poissons , ses masses principales placées à la suite les unes des autres , et , sous le rapport de la forme , il se rattache de la manière la plus intime à celui des Poissons cartilagineux , notamment des Raies et Squales. Si l'on voulait , comme l'a fait Tiedemann , comparer les différents degrés de développement du cerveau , dans la série animale , avec ses périodes d'évolution dans l'embryon humain, le cerveau d'un vrai Poisson demanderait à être comparé avec celui d'un foetus de deux mois , et celui d'un Lézard avec celui d'un fœtus d'à-peu-près trois mois.
Du reste , la masse totale de ce viscère est fort peu considérable encore. J'ai reconnu dans la Salamandre qu'elle ne faisait qu'un trois cent quatre-vingtième de celle du corps. Elle a été trouvée égale à la deux mille deux cent quarantième partie de celle-ci dans la Tortue terrestre.
La première portion du cerveau , au moins ( celle qui correspond aux grands hémisphères) , est encore entièrement formée de substance grise.
Les masses olfactives ou les hémisphères continuent , comme dans les classes suivantes^ à être pourvues de cette cavité que nous y avons découverte , pour la première fois , dans le Squale (§ 92). Les hémisphères sont assez allongés dans le Protée , la Salamandre et la Grenouille (pi. xv, fig. v, a); et, chez cette dernière , les deux masses , avec leur
{!) Bo J xtivs, Anatome testudinis etiropeœ , Wilna, 1819-1821 , 2 vol. in-fol., pi. xxi.
cavité , se confondent encore en une seule , comme chez les Raies et les Squales , et elles y sont également unies en arrière par une petite bandelette médullaire ( commissure antérieure). Du reste l'intérieur de chacune des cavités qui correspondent aux ventricules latéraux du cerveau humain , renferme , comme chez tous les Reptiles, un renflement fort analogue à ce qu'on appelle le corps strié dans le cerveau de l'homme. Chez les Chéloniens, les hémisphères sont plus volumineux, proportionnellement au cerveau entier , que dans l'ordre précédent, et je les ai trouvés, dans une jeune Tortue franche , partagés en deux lobes , l'un antérieur , l'autre postérieur ; le corps cannelé est assez gros dans la Tortue d'Europe (fig. ii, a*). Chez les Ophidiens , ils sont plus larges que longs , et se terminent par d'épais nerfs olfactifs en forme de massue (fig. IV, a). Mais ils ont surtout un volume considérable dans les Sauriens. Je les ai particulièrement trouvés tels dans une Iguane et dans un jeune Crocodile ( fig. vi , a ) , où le gros renflement interne de substance grise est situé plus en dehors , tandis qu'en dedans , et de chaque côté , le ventricule latéral , largement distendu , n'est fermé que par une paroi mmce.
La seconde masse cérébrale , sous le rapport de sa petitesse, et parce qu'elle n'est pourvue que d'une cavité simple , offre également une répétition du type dominant chez les Raies et les Squales ( S 95 ) , et se rapproche ainsi de la forme des masses optiques de l'homme ( la paire antérieure des tubercules quadrijumeaux). Cependant, outre les masses optiques proprement dites , on remarque encore , dans tous les ordres de cette classe , une paire de ganglions plus petits , et situés au-devant des précédents , qui correspondent aux couches optiques ou ganglions des hémisphères du cerveau humain (2) , et qui déjà aussi fournissent quelques fibres au nerf optique. Les masses optiques se confondent ordinairement en une seule , et , chez la Grenouille , elles contiennent encore , comme
(2) Dans mon Essai d'une exposiUon du système nerveux , j'ai cm plus convenable de désigner les couches optiques sous ce dernier nom , parce que les cordons fibreux destinés aux grands hémisphères les traversent. Gall les appelait grands ganglions inférieurs du cerveau.
TRAITE DANATOMIE COMPARÉE.
chez les Poissons osseux (S 93), un renflement interne d'où part la radiation des fibres médullaires qui forment le toit des masses elles-mêmes (fig. v, b). Dans les Tortues, les Serpents et les Lézards, la cavité de la masse optique est lisse ( figf. n , b* , vi , b* ). Les fig. n , b , IV , b. , VI , b. , représentent la masse optique , dans ces genres , vue en dehors.
Du reste , on remarque toujours ici , sur les ganglions des hémisphères , une petite glande pinéale , qui est d'un rouge intense dans la Grenouille et la Salamandre , et qui , dans l'Iguane , adhère avec force aux veines cérébrales. A la face inférieure de cette masse , on ne trouve plus de ganglions particuliers , mais seulement l'amas de substance grise qu'on y rencontre aussi chez l'homme , au-dessous du chiasma des nerfs optiques , lesquels sont véritablement croisés. On y aperçoit en outre la glande pituitaire , qui continue toujours à être très-volumineuse, proportionnellement au cerveau.
La troisième masse cérébrale, composée du cervelet et de la moelle allongée , a une conformation très-simple dans le Protée , les Salamandres, les Grenouilles et les Serpents. En effet, le cervelet ne représente qu'une étroite bandelette médullaire (pi. xn , fig. iv, V , c ) , qui couvre le quatrième ventricule , et sur laquelle s'applique en arrière, comme dans la Lamproie (S 98) , une lamelle vasculaire (f), représentant le plexus choroïde du quatrième ventricule , lequel est très-petit dans les Serpents. Une chose remarquable d'ailleurs encore , c'est le fort renflement inférieur de la moelle allongée dans les Serpents (1) , pour la réception duquel on aperçoit un enfoncement particulier à la surface de la base du crâne. Ce renflement existe aussi dans les Chéloniens (fig. m, c) et dans les Sauriens. Au contraire, dans les derniers ordres, le cervelet est plus gros , plissé une seule fois , ou plusieurs , comme dans le Crocodile , et pourvu même chez ce dernier, ainsi que dans plusieurs Poissons (S 96), de petits appendices latéraux (fig. VI, c). De cette manière
(1) Dans la Grenouille et la Salamandre, la moelle allonge'e est encore plate, comme dans les Poissons ; sa largeur , dans cette classe , surpasse de trois quarts à moitié celle des hémisphères.
il répète la forme de celui du Squale (S 97 ) , et il se rattache à la forme que l'organe présente dans la classe qui vient immédiatement après. Du reste , j'ai remarqué au-dessous du cervelet, des deux côtés du quatrième ventricule , tant dans la Tortue que dans le Crocodile , de petits ganghons bien manifestes , placés à l'origine du nerf acoustique.
Quant à ce qui regarde les méninges , j'ai toujours pu distinguer la dure-mère et la pie-mère du cerveau. De même que chez l'homme , les artères occupent principalement la base de l'organe , tandis que les veines se rassemblent davantage à sa surface. Enfin je dois rappeler que , dans les Reptiles aussi , le cerveau cesse probablement de croître longtemps avant le reste du corps; car on ne trouve pas le crâne beaucoup plus spacieux chez de très-grands Crocodiles, par exemple, que chez de petits , où je l'ai vu embrasser le cerveau d'une manière fort exacte.