‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 46 sur 318 · PLAGIOSTOMES · texte numérisé non relu

PLAGIOSTOMES

Névrosquelette. — Squelette du tronc. Ce qui le fait surtout différer de celui des Poissons osseux , c'est que la poitrine se dégage davantage de la tête , tant par suite du nombre considérable des vertèbres rachidiennes, que par l'effet d'une tendance aussi manifeste à se développer en largeur , que l'était celle à se développer en hauteur chez les Poissons osseux, qu'en raison du caractère cartilagineux général des diverses parties du squelette. Le nombre des vertèbres dépasse souvent deux cents. Rosenthal a trouvé dans le Squalus catulus quarante-sept vertèbres au-dessus de la cavité du tronc et quatre-vingt-cinq vertèbres caudales ; dans la Torpille , trenteneuf vertèbres rachidiennes ( parmi lesquelles il compte à la vérité pour une les nombreuses vertèbres pectorales soudées ensemble) et soixante caudales. Moi-même j'ai trouvé dans une petite Raie bouclée quarante-une vertèbres rachidiennes et environ quatre-vingts caudales. Les arcs vertébraux sont plus larges que dans les Orthostomes, et les corps des vertèbres continuent bien encore à offrir les cavités diconiques , mais souvent ces cavités pleines d'un liquide albumineux , au lieu d'être séparées , communiquent ensemble , ce qui les rapproche de celles des Esturgeons , et se voit par exemple dans le Squalus centrina (pi. vni, fig. ix). Les cavités étant fermées et entourées de ligaments très-élastiques, le rachis entier acquiert par là une élasticité considérable dans les mouvements de flexion (2). Lorsque les vertèbres, ainsi qu'il arrive en particuher chez les Raies au-dessus des branchies, se soudent presque en une seule masse , leurs corps sont convertis , comme dans l'Esturgeon , en un canal , qui

(2) Home a trouvé , dans une de ces cavités de deux vertèbres de Squale, une grande quantité de liquide, qui, à l'ouverture du ligament capsulaire, s'élança en un jet de plusieurs pieds. (Philos. Trans., 1809, pag. 177.)

cependant est d'une petitesse hors de proportion avec celle du canal rachidien ) voyez-en la coupe prise à cette région , sur la Raie bouclée , pi. vni , fig. xi).

A l'égard des arcs costaux , les rudiments de côtes qui entourent le prolongement de l'aorte , au-dessous des vertèbres caudales , se comportent comme dans les Poissons osseux. Des paires de côtes pectorales, sans sternum , sont développées , mais seulement d'une manière fort imparfaite , dans quelques Raies et Squales.

A la région pectorale , les côtes fortement développées du splanchnosquelette tiennent encore lieu, comme chez les Cyclostomes, des côtes du névrosquelette, qui n'existent point ici. Cependant on peut considérer comme des rudiments de ces dernières , des arcs cartilagineux qui entourent à l'extérieur les arcs branchiaux , dans quelques Squales ( par exemple le Squalus centrina , pi. vin , fig. X , a) , ou une large plaque cartilagineuse qui , dans la Torpille , de chaque côté du corps , au-dessus des branchies , s'applique au rachis, et semble être une masse de côtes soudées ensemble , de même qu'il existe aussi , sur ce point , une masse de vertèbres confondues en une seule pièce.

Les cartilages scapulaires, réunis en on seul , qui entourent le corps en manière de ceinture , derrière les branchies , et qui , dans les Squales , tiennent au rachis par des ligaments, sonttrès-développés (lig. x, b). Dans les Raies , où ils sont plus étendus en largeur , et où l'on rencontre quelquefois une sorte de sternum scapulaire plat entre leurs deux moitiés , cet arc cartilagineux est attaché au rachis par des pièces tergales supérieures particulières.

La ceinture pelvienne ressemble parfaitement à la précédente , pour la forme , seulement elle est plus faible et fixée par des ligaments.

Les nageoires impaires et paires du tronc se comportent , quant aux points essentiels , de même absolument que dans les Poissons osseux. Les grandes nageoires pectorales des Raies sont remarquables en raison de leurs rayons très-joliment articulés et représentant des colonnes de corps vertébraux qui se ramifient. Les nageoires ventrales des Squales ne

le sont pas moins par l'isolement d'un rayon , qui figure un rudiment de pied.

Squelette de la tête. La colomie vertébrale céphalique proprement dite est également ici une continuation horizontale du rachis. De même que les vertèbres s'étaient déjà soudées en une seule pièce , à la région pectorale , de même aussi toute cette colonne vertébrale céphalique devient une capsule cartilagineuse oblongue, enveloppant le cerveau un peu plus exactement que ne le fait le crâne des Poissons osseux, et dont l'on ne peut apercevoir qu'approximativement les parties constituantes d'après la région qu'elles occupent, sans qu'il soit possible de les reconnaître comme pièces distinctes. Une chose remarquable , c'est la tendance à la formation de grandes fontanelles aux lames tectrices des vertèbres crâniennes ; ainsi, il y en a au-dessus de la vertèbre auditive dans le Squalus centrina , au sinciput dans les Raies , aux vertèbres nasales dans d'autres Squales. On doit également signaler , tant dans les Raies que dans les Squales , les grandes pièces roulées en forme de cornets de la vertèbre olfactive, que le nerf olfactif traverse (pi. vni, fig. x, 3 b).

Enfin il faut faire attention aux rudiments de la vertèbre faciale antérieure, qui sont quelquefois suspendus à la boîte céphalique cartilagineuse , sous l'apparence de petits cartilages libres (par exemple dans le Squalus centrina, pi. vni, fig. x, vc, vie); ou se prolongent en pointes cartilagineuses, soit simples , soit à triple racine , entre lesquelles se trouve un appareil de tubes mucipares , rudiment bien prononcé des masses latérales de l'ethraoïde des Mammifères, et qui lorsqu'elles grossissent et acquièrent beaucoup de longueur , comme dans la Scie de mer , représentent en quelque sorte un membre terminal antérieur de la tète.

La tête du Squale marteau est remarquable à cause de l'énorme saillie des arcs des vertèbres olfactives (1). Celle des Chimères l'est également , tant par la voussure considérable du crâne , que par sa soudure complète avec les cartilages carrés et palatins (2).

A l'égard des côtes céphaliques, il n'y a

(1) ROSENTHAL , loc. Cit. , Cah. VI , pi. XXVI, fig. ï.

(2) lUd. pi. xxvn , fig. 1 1.

SQUELETTE

aucune trace de celles qui appartiennent aux trois vertèbres crâniennes essentielles , et quant à celles qui appartiennent aux intervertèbres, celle delà vertèbre auditive (cartilage carré ) est encore lapins forte; cependant elle demeure parfaitement simple de chaque côté. A peine entrevoit-on l'indice d'un cartilage jugal distinct ; car il est plutôt uni avec le cartilage carré et le cartilage palatin , représentant ainsi un anneau au-dessous de l'orbite (dans la Chimère). Il n'y a point non plus de cartilage lacrymal à part ; seulement , dans la Torpille , on voit apparaître deux rudiments courbés en avaiît d'une côte de la vertèbre olfactive (1). Parmi les côtes faciales , celles qui se développent le plus généralement et avec le plus de force , sont les côtes palatines (pi. vm, fig. x, iv g), jusqu'ici appelées à tort mâchoire supérieure, parce qu'en raison de leur forme elles correspondent assez bien à la mâchoire inférieure. Elles constituent de grands arcs , fortement dentés, qui se terminent en arrière à l'os carré , près de l'articulation de la mâchoire inférieure. Mais ce qu'il y a de plus singulier dans les Raies, et ce dont on ne trouve aucun autre exemple dans les Céphalozoaires , c'est que la mâchoire supérieure et l'intermâchoire manquent tout à fait. Même dans les Squales , elles se développent faiblement ; cependant elles sont encore assez fortes dans le Squalus centrina (fig. x , v g , vi g ) , chez lequel la mâchoire supérieure , en particulier, forme prescpie un anneau fermé autour de l'ouverture de la bouche.

Quant à ce qui regarde les membres céphaliques , la Chimœra arctica porte encore quelques rayons isolés de nageoire sur la ligne médiane du crâne ; mais , en général , on ne trouve d'autres traces de ces membres que la mâchoire inférieure , constituant un arc tantôt plus (fig. x, I h, ) et tantôt moins fort, car il n'y a que quelques Squales chez lesquels on aperçoive en outre un rudiment d'opercule , enfoncé dans les chairs ( fig. x, i * h).

Splanchnosquelette. C'est dans la moitié du corps qui constitue le tronc de l'animal , que ce squelette acquiert ici son plus grand développement. Il consiste dans les cinq arcs

(1) ROSENTHAL, loc. Cit., Call. VI, pi. SXYI , fig. 3.

(arcs branchiaux et mâchoires pharyngiennes des Poissons osseux ) qui sont , ou suspendus seulement par des ligaments à la colonne vertébrale thoraciqne ( encore à la vérité , trèscourte , dans les Chimères ) , ou réellement articulés ( du moins les antérieurs ) sur cette colonne , comme de véritables côtes (par exemple dans le Squalus centrina^ pi. vni, fig. X, 1,2,3,4, 5). Les plus postérieurs, toujours faiblement développés , ont perdu ici la fonction de mâchoires pharyngiennes, mais ils ne portent point non plus de branchies en dehors , comme les autres. On est frappé du grand développement des corps de vertèbres sternales de ces arcs branchiaux , dans cpielques Squales (fig. x , m m).

Dans les Raies , il n'y en a qu'un seul , ayant la forme d'une plaque cartilagineuse , et d'où les rudiments des mâchoires pharyngiennes se prolongent à la ceinture scapulaire. Sous la tête , on ne trouve plus que l'arc de l'hyoïde (fig. X, f), qui s'applique, comme de coutume, derrière la côte de la vertèbre auditive. Il est surtout oblitéré dans les Raies , mais il porte aussi , chez ces animaux, des rayons de membrane branchiostége ensevelis dans les chairs; c'est du moins ce que j'ai trouvé dans une grande Raja aculeata, et Rosenthal a figuré la même disposition de parties dans le Squalus catulus.

A l'égard des ongles dirigés en dedans du splanchnosquelette , c'est-à-dire des dents , ils ne se développent ici qu'aux côtes palatines et à la mâchoire inférieure , car je ne me hasarde pas à décider s'il y en a ou non dans l'intermâchoire chez les Chimères , et tandis que j dans les Raies , ils ne représentent en quelque sorte qu'un épithélion pétrifié et divisé en plaques par des sillons , ils forment , au contraire , chez les Squales , plusieurs rangées de dents , ou coniques on triangulaires et tranchantes , qui toutes naissent d'abord dans la peau molle de la bouche , et ne s'implantent que plus tard dans les arcs cartilagineux. Ces dents ont un émail d'une solidité extraordinaire , ce qui fait qu'on les rencontre souvent , dans les alluvions calcaires , aussi bien conservées que si elles venaient d'être extraites de la bouche de l'animal.

Dermatosquelette. On ne voit plus ici de grandes plaques en forme de protovertèbres. La

lOS

peau est même tout à fait nue , comme celle des Gymnotes , dans les Raies qui jouissent d'une sensibilité exquise et de la faculté électrique. Mais le plus souvent on la trouve couverte , sous l'épiderme , de très-petites écailles osseuses et pointues , qui donnent un caractère particulier de rudesse à la peau des Chiens de mer. Chez plusieurs Raies {Raja clavata), un certain nombre de ces écailles deviennent des plaques osseuses rondes , garnies d'épines crochues, et quelquefois aussi quelques rayons détachés des nageoires subissent cette ossification ou transformation en corne , qui les rend des armes dangereuses; tels sont le grand rayon en forme de dard d'une nageoire anale , sous la queue de la Raja pastinaca , ou les rayons armés de pointes cornées d€s nageoires dorsale et pectorales de plusieurs Squales. Je termine ici l'histoire du squelette des Poissons , sm* lequel j'ai cru devoir m'étendre plus que sur tout autre , parce que la multiplicité extraordinaire des formes rend doublement difficile de s'élever à la connaissance de l'unité fondamentale : mais une fois qu'on est parvenu à débrouiller ces parties élémentaires au milieu du dédale des formes les plus diversifiées, le travail devient naturellement plus facile dans les classes supérieures , où la régularité va toujours en se prononçant de plus en plus , de sorte qu'il cesse d'être nécessaire d'entrer dans d'aussi longs détails.

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