B. OPHIDIENS
Névrosquelette. Il nous fournit un remar-
(l) Dans mes Recherches sur les parties primaires du squelette j'ai émis sous forme de conjecture l'opinion que les parties supérieures du squelette trachéal , c'est-à-dire les cartilages laryngiens , pourraient bien être encore des métamorphoses des arcs branchiaux. Mais , depuis , Rathke a parfaitement prouvé ( Ueber dan Keimenapparat und des Zungenbein des Wirbelthiere , 1032) qu'il ne passe rien des arcs branchiaux dans le larynx , ce qui nous montre le squelette trachéal , déjà si concentré en lui - même l)hysiologiquement parlant , comme étant tout entier l'arc costal d'un splanchnosquelette du tronc.
SQUELETTE
quable exemple de concentration de l'ostéogénèse en général ponr prodnire nne texture très-fragile , et surtout un exemple de concentration de toute l'activité plastique sur la colonne rachidienne , au grand détriment des appareils rayonnants. La colonne rachidienne devient par là l'organe le plus essentiel pour la progression et la préhension.
Squelette du tronc. De la particularité qui vient d'être signalée suit la multiplication extraordinaire des vertèbres rachidiennes , qui sont dominantes ici , et dont le nombre s'élève jusqu'à deux et trois cents. Nous avons donc peu de Serpents qui offrent des vestiges d'os de l'épaule et du bassin. Ainsi VAnguisfragilis a 66 vertèbres au tronc , et autant à la queue , qui est en quelque sorte une répétition parfaite du tronc , tandis que le Coluber natrix en a 175 au tronc et 7 5 à la queue , et le Boa constrktor, d'après Cuvier , 252 au tronc et 52 à la queue. On ne peut point distinguer de régions au tronc : les vertèbres cervicales seules diffèrent un peu des autres , mais elles ne sont qu'au nombre trois. Lorsqu'il se forme des 08 du bassin , comme dans l'Orvet , on peut aussi distinguer trois vertèbres sacrées. La structure des vertèbres est telle que l'arc embrasse solidement et largement la moelle épinière , et qu'il produit des prolongements peu développés ; que le corps se dessine fortement ; qu'il n'olïre plus que dans les seules Cécilies (d'après Cuvier) des cavités diconiques semblables à celles qu'on trouve dans les Poissons , mais que , paitout ailleurs , il s'unit avec les vertèbres voisines par un condyle à l'extrémité postérieure et une cavité articulaire à l'extrémité antérieure ; que , par conséquent, il offre, comme les membres des animaux supérieurs, le mode d'articulation qui assure le plus de liberté dans les mouvements, celui par arthrodie (pi. xi, W^. xv). Cependant la forme du restant des vertèbres ne permet que des mouvements latéraux au rachis des vi'ais Serpents , tandis que les Serpents muqueux ou vermiformes peuvent aussi exécuter des flexions de la colonne vertébrale en avant et en arrière. Le corps des vertèbres offre souvent des apophyses épineuses inférieures. La formation d'arc continue, chez les Ophidiens , à appartenir aussi aux vertèbres caudales , de sorte que , chez eux , comme chez les Poissons , la moelle épinière s'étend
encore jusqu'au bout de la queue. Une seule exception remarquable est fournie par les Serpents à sonnettes , dont les trois dernières vertèbres caudales ne sont que de simples corps de vertèbres , et servent en quelque sorte de moules sur lesquels se foiment les grelots.
Les arcs protoverlébraux ou côtes se présentent , chez les Serpents , sous trois formes différentes :
1°. Sous celle de côtes libres , jamais fermées par un sternum, et auxquelles la mobilité de leur articulation permet d'exécuter , pendant la reptation , un mouvement jusqu'à un certain point analogue à celui des pattes (1). Chez certains Serpents même , la faculté qu'ont de se redresser les longues côtes de la région cervicale , donne à l'animal la faculté de gonfler son cou (2). Ces deux particularités de structure préparent donc en quelque sorte la disposition que les côtes nous offriront plus tard dans les Dragons volants. Du reste , le nombre des paires de côtes est fort grand ^ et correspondant à celui des vertèbres du tronc.
2". Sous celle d'arcs contractés et terminés en apophyses épineuses inférieures , qui embrassent les troncs vasculaires au-dessous des vertèbres caudales , comme dans le Protée et les Salamandres.
3°. Sous celle de rudiments d'os de l'épaule et du bassin. Ces rudiments manquent dans plusieurs genres , tels que Coluber ,Crotalus , Cœcilia , Trigonocephalus. Dans d'autres , ils sont très sensiblement développés.
Les os de l'épaule se partagent en un arc antérieur grêle , un arc postérieur plus large ( dans lesquels on ne peut méconnaître des vestiges d'omoplate , de clavicule et d'os coracoide) , et un rudiment de vertèbre sternale , qui ferme l'arc.
Les 08 du bassin sont de petits arcs encore indivis et fixés de chaque côté aux vertèbres sacrées. Dans d'autres Ophidiens encore, il n'y a que des rudiments d'os du bassin, isolés de la colonne vertébrale (comme le sont les os du bassin des Poissons osseux ) , et contenus dans
(1) V. k ce sujet, HoitiE, dans les Philos. Trans. 1812, pag. 1G3.
(2) Philos. Trans. 1004, pag. 3-^6. ( V. pi. xii , fin. III.
in
les chairs { Amphisbœna , Tortrix , Boa, Python ) . C'est à ces os que s'insèrent les seuls rudiments de membres qu'on rencontre dans cet ordre , c'est-à-dire les articles phalangiens (analogues aux nageoires ventrales des Poissons).
Les Boa ont ici les rudiments de trois orteils, dont celui du milieu a deux phalang-es, et porte en outre l'ongle qui caractérise ces gigantesques Serpents. Il en est de même dans le genre Tortrix (pi. xi , fig. xxi).
Squelette de la tête. La colonne vertébrale crânienne des Serpents proprement dits , tels que Boa , Coluber , Trigonocephalus , se distingue par sa solidité , par la manière étroite dont elle embrasse le cerveau , par un élargissement de la surface basilaire des première et seconde vertèbres , correspondant à celui de la moelle allongée , par la grandeur du trou occipital , qui est muni d'un condyle inférieur et quelquefois de trois facettes articulaires , enfin par sa continuation en ligne droite avec le rachis. La vertèbre occipitale porte quelquefois encore une apophyse épineuse inférieure , comme ferait une vertèbre rachidienne (pi. xi , fig. xvn , 1, e). Les arcs latéraux de la vertèbre auditive ( os temporaux) sont très-développés , et entourent complètement les organes auditifs. Les lames tectrices de la vertèbre centricipitale (os pariétaux) sont ordinairement soudées en une seule pièce , tandis que celles de la vertèbre sincipitale ( 08 frontaux ) restent distinctes (pi. xi , fig. XVI ). Celles de la quatrième vertèbre céphalique ( os nasaux ) sont quelquefois assez longues et grandes (par exemple, dans le ^om, fig. XVI ) , mais parfois aussi très-petites (comme dans le Trigonocephalus , fig. xvii, et le Coluber ) ; dans le Typhlops même (1) , les os de la face représentent une vessie osseuse arrondie , qui offre un intérêt particulier , comme formation répétant le type de la voussure du crâne.
Les arcs costaux de la tête des Serpents proprement dits se font remarquer par leur forme grêle et leur mobilité ( presque comme dans les Poissons osseux ). Les côtes des vertèbres crâniennes proprement dites man-
(1) J. McLLER , dans Tiedemann's Zeitchrift fuer Physiologie, tom. IV, cah. II, pi. xx, fig. x — xiv-
quent presque entièrement ; seulement les os qui unissent l'os palatin et l'os carré (par analogie avec la disposition du crâne des Oiseaux) , chez quelques Serpents (par exemple dans le Boa, fig. xvi , ii g , et le Coluber) , pourraient être considérés comme os ptérygoïdiens , ou comme rudiments de côtes des seconde et troisième vertèbres crâniennes , quoique , chez d'autres Ophidiens , ils soient si évidemment analogues aux prolongements de la côte de la vertèbre auditive , tels qu'oa les rencontre dans les Poissons , qu'il est presque impossible de leur donner une autre interprétation (par exemple dans le Trigonocephalus , fig .XVI 1, g"). Les côtes des inter vertèbres et des vertèbres faciales sont fortement développées. La côte de la vertèbre auditive est surtout remarquable par sa grandeur , et parce qu'elle se divise en plusieurs pièces , comme une ceinture scapulaire. La seconde pièce , à laquelle s'insère la mâchoire inférieure de même que l'humérus à l'omoplate) a même la forme d'une omoplate (fig. XVI , 1 , g') , et se prolonge en outre (comme par une sorte de clavicule) par l'os de jonction avec le palais dont nous avons déjà parlé (fig. XVI, 1 , g') (2).
De la côte oculaire , ou os zygomatique , il ne s'est dévloppé , comme os , qu'une seule pièce ( fig. XVI , XVII , 2 g ) , et la continuation est indiquée par les écailles cutanées au-dessous de l'œil. La côte olfactive , ou l'os lacrymal , est fortement développée , sur le côté , en avant de l'orbite , dans les Coluber et Trigonocephaks (fig. xvii, 3 , g) ; dans le Boa, (fig. XVI , 3 , g) , elle est large et engagée entre les troisième et quatrième vertèbres crâniennes elles-mêmes , comme si elle devait en quelque sorte tenir lieu ici de la troisième intervertèbre , dont les arcs n'ont point accfuis beaucoup de développement. [Le squelette des côtes faciales jouit d'une mobilité particulière dam; les Serpents proprement dits. Chez ceux qui ne sont point venimeux , la paire intermaxillaire est soudée et petite ; la paire maxillaire supérieure longue, mobile et dentée ; la paire palatine , semblable à la
(2) La considération de ces os , analogues à des clavicules, détruit l'objection que Rathke a élevée contre l'analogie établie entre les membres et la mâchoire inférieure, en disant qu'un membre ne peut pas s'articuler à l'extrémité d'un arc costal. Ne voit-on pas d'ailleurs assez souvent les clavicules manquer ?
SQUELETTE