‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 53 sur 318 · Reptiles ailés · texte numérisé non relu

Reptiles ailés

Les Ptérodactyles , seul genre qui constitue cet ordre , ne nous sont connus qu'à l'état fossile. Blumenbach les avait d'abord rapportés à la classe des Oiseaux , sans doute à cause de leur doigt aliforme , et Sœmmerring a tenté de leur faire prendre place parmi les Mammifères , rapprochement qu'on ne saurait , admettre. Ce sont manifestement de petits Reptiles, d'après leurs dents, l'articulation de leur mâchoire , leur sternum et leur bassin. Mais la singularité de leur conformation exige qu'on en fasse un ordre à part , et comme la structure de leur squelette fait le passage , d'une manière très-remarquable , à celle que nous rencontrerons dans les classes suivantes , j'ai jugé convenable d'en donner ici un court aperçu , pour lequel j'ai consulté les travaux de Munster et de Goldfuss (3) , sans partager les vues du dernier sur la nature douteuse de ces créatures. Je m'en tiendrai à la forme

(1) Des voyageurs modernes n'ont pu trouver l'animal lui-même, et Abel Rémusat {Notices et extraits de la Bibliothèque royale , tom. XI , 1827 ) , dans ses notices sur l'Encyclopédie japonaise , livre 46, adopte l'opinion de Kîempfer que ces figures ont été suggérées par des Tortues sur le corps desquelles seraient restées attachées des plantes marines filamenteuses. Mais , d'après ce que nous dirons plus loin du Ptérodactyle , la chose mérite cependant qu'on ne la perde point de vue.

(2) Il serait très-utile d'examiner avec attention les villosités du Salmo villosus , afin de savoir s'il existe déjà réellement des espèces de poils sur ce poisson.

(3) Nova acta nat. curios. tom. XV.

de la plus grande espèce , le Pterodactylus crassirostris , qui a neuf pouces de long , et dont le squelette , assez complètement connu, est représenté en petit , pi. xi , fig. xiv.

Névrosquelelte. — Squelette du tronc. La portion cervicale du rachis était remarquable dans les Plésiosaures par l'énorme allongement des vertèbres ; elle l'est ici par la force considérable de ces mêmes os , au nombre de sept , à partir desquels la colonne , composée ensuite de dix vertèbres pectorales et épigastriques , sept hypogastriques , cinq pelviennes ( dont les deux premières sont unies en une sorte de sacrum ) et sept caudales , va presque autant en se rétrécissant qu'elle le fait chez l'homme depuis les vertèbres lombaires jusqu'aux vertèbres coccygiennes , en traversant le sacrum. Les vertèbres cervicales inférieures se distinguent surtout par le volume de leurs corps, et toutes les vertèbres portent une large apophyse épineuse , proportionnée à leur force , comme aussi les pectorales et les épigastriques ont de larges apophyses transverses. Dans le Pterodactylus brevirostris , la différence est beaucoup moins grande entre le développement des vertèbres cervicales et celui des vertèbres qui appartiennent aux autres régions.

Parmi les arcs protovertébraux , on trouve, aux cinq vertèbres cervicales inférieures , de petits rudiments de côtes , qui, de même que les rudiments plus grands de côtes des trois vertèbres thoraciques supérieures , ne sont , à proprement parler, complétés que par la ceinture scapulaire dont nous ferons mention tout à l'heure. On trouve ensuite cinq paires de côtes complètes , très-longues , minces , et divisées chacune en deux portions , l'une tergale , l'autre sternale , qui s'unissent en décrivant un angle. Plus loin sont des rudiments dont la longueur va toujours en décroissant , et qui s'attachent aux apophyses transverses correspondantes.

La ceinture scapulaire est bien plus forte que celle qui correspond au bassin. Elle se compose d'une longue omoplate, parallèle au rachis , et d'une clavicule droite , qui se réunit en fourche avec celle du côté opposé , en s'attachant , sur ce point, à la large plaque sternale à laquelle aboutissent aussi les cinq paires de côtes.

La ceinture pelvienne ^ tout-à-fait semblable à celle des Sauriens , consiste en longs liions qui dépassent les vertèbres sacrées , et en pubis unis , ainsi que les ischions , par une symphyse médiane , qui se font remarquer en outre par une forte apophyse montant vers la paroi du ventre.

Les membres antérieurs sont beaucoup plus développés que ceux de derrière. L'humérus est assez droit , diconique et pourvu d'une forte tubérosité près de sa tête articulaire. L'avant-bras se compose d'un cubitus et d'un radius , également droits , et dont la longueur est double de celle de l'humérus. L'article terminal du membre de devant offre , au carpe , une rangée de deux gros os et une autre de quatre os plus petits , et au métacarpe , cinq os , dont l'externe est le plus fort. Il y a cinq doigts ; les quatre internes sont plus grêles et unguiculés ; leur longueur et le nombre de leurs phalanges croissent progressivement de dedans en dehors ; car le premier a deux phalanges ; le second trois , le troisième quatre et le quatrième cinq. Quant au cinquième doigt , ou au plus externe , sa longueur égale celle du corps entier , et il compte quatre phalanges ; il servait à tendre une membrane aliforme , et ne portait point d'ongle.

Les membres pelviens ressemblent beaucoup à ceux des Sauriens. Le fémur assez long, droit et diconique. La jambe, formée d'un tibia et d'un péroné , est plus longue encore. Le tarse , fort simple , est terminé par quatre orteils , tous unguiculés , dont le troisième a plus de phalanges que les autres, car il en possède cinq.

Squelette de la tête. — La proportion entre le crâne proprement dit et le squelette des mâchoires est à peu près la même que dans le Crocodile ; elle penche cependant en faveur du premier dans le Pterodactylus brevirostris (en supposant que l'animal fut adulte). Mais toujours le squelette de la tête a des dimensions considérables, proportionnellement à celui du tronc. On distingue très-bien les lames tectrices des vertèbres occipitale, centricipitale et sincipitale^ainsi que celles de la quatrième vertèbre céphalique, ou les os nasaux (llg. XIV, IVC)i

Mais , du reste , les échantillons connus

SQUELETTE

ns

jusqu'à ce jour ne laissent apercevoir que les arcs costiformes du squelette de la tête et les membres constituant la mâchoire inférieure. Les premiers se rapprochent beaucoup de la forme que nous aurons à décrire en traitant du squelette de la tête des Oiseaux. On remarque surtout que la côte auditive est libre et mobile , et qu'elle forme un os carré distinct (i g)- On aperçoit aussi la seconde intercôte fermée , ou l'os zygomatique (2s) , le rudiment bien manifeste de l'os lacrymal (3g); enfin, la forte et longue mâchoire supérieure produite par la soudure de la côte maxillaire supérieure (v g) et de la côte intermaxillaire ( vi g) , qui , dans une espèce récemment décrite par Munster (i) , se prolonge d'une manière fort remarquable en une pointe osseuse , ayant même la forme de dent. Les branches de la mâchoire inférieure ( 1 h) sont longues et étroites; elles se terminent également en une pointe osseuse dans cette dernière espèce.

Splanchnosquelette. — On ne peut en citer que les deux longues et minces branches de l'hyoïde (fig. xiv, z) et les dents , qui ressemblent parfaitement à celles des Poissons , ont une forme conique , mais néanmoins s'implantent dans des alvéoles.

Dermatosquelette. — Il n'est pas plus connu que le précédent. Cependant le Ptérodactyle offre une circonstance extrêmement remarquable , c'est que , quoique les ongles des doigts et des orteils ressemblent à ceux des Sauriens , la peau était couverte , non pas d'écaillés ou de plaques, mais d'expansions cornées très-minces , c'est-à-dire de poils assez serrés , ce dont nous n'avons trouvé , parmi les Reptiles encore existants , qu'un exemple douteux dans l'ordre précédent

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