IV. SQUELETTE DES MAMMIFÈRES
Si le haut rang d'une organisation quelconque doit toujours s'annoncer par une plus grande variété , retenue néanmoins dans les limites d'un plan unique bien déterminé et dont les traces se retrouvent partout , le squelette des Mammifères est, sous ces deux points de vue , supérieur à celui des animaux de toutes les classes précédentes. Nulle part ailleurs, en effet, ses diverses régions, au milieu des plus grandes variétés de configuration exprimant des analogies évidentes avec les Poissons, les Reptiles et les Oiseaux, n'observent dans leur groupement des i-apports plus fixes et plus en harmonie avec leur dignité intrinsèque. Mais ce perfectionnement du névrosquelette a pour résultat nécessaire d'arrêter, par antagonisme, le développement du dermatosquelette et de rendre moins prononcé celui du splanchnosquelette , dont la plupart des parties s'arrêtent au degré de la formation cartilagineuse.
Névrosquelette. Le type du squelette humain y devient de plus en plus prononcé , et comme nous supposons ce type connu du lecteur , nous n'aurons , la plupart du temps , qu'à signaler les formes qui s'en écartent pour se rapprocher de celles des classes précédentes.
Squelette du tronc. Les diversités qu'on observe dans la direction de la colonne des vertèbres rachidiennes sont déjà très- significatives , et ce n'est pas sans le plus grand intérêt que , dans une seule et même classe , on passe de l'horizontalité commune au rachis et au crâne , qui caractérise les Cétacés , au redressement cl'abord du cou seul, puis de la forme entière , comme dans les Singes anthropomorphes , et qu'ainsi on y rencontre une gradation semblable, supérieure même, à
celle qu'on avait observée en parcourant les classes précédentes.
Les régions du rachis sont bien plus manifestement et généralement distinctes que dans toutes les classes qui précèdent. En efl'et , si l'on considère que le nombre cinq des régions rachidiennes , pris collectivement avec la colonne vertébrale céphalique , comme sixième segment de la colonne vertébrale entière, reproduit dans chaque segment du corps le nombre six des vertèbres essentielles de la tête, et même aussi le nombre trois des intervertèbres, on explirpie alors le nombre trentetrois des vertèbres rachidiennes de l'homme, le rapprochement qui existe entre ce nombre normal et celui des vertèbres proprement dites du tronc chez tous les Mammifères , enfin la tendance que , chez tous les Mammifères , dont le rachis se prolonge beaucoup au-delà des cavités du tronc , le nombre des vertèbres caudales manifeste à répéter le nombre total des vertèbres du tronc et même de la tête , c'est-à-dire à être de trente à trente-neuf.
Il y a aussi beaucoup moins d'oscillations dans les nombres des vertèbres des diverses régions que chez les animaux des classes précédentes. Cependant, chose assez remarquable , ce nombre va toujours en augmentant d'autant plus que la région s'éloigne davantage de la tête.
Ainsi, à part quelques Paresseux (1) et quelques Cétacés (2), tous les Mammifères n'ont ni plus ni moins de sept vertèbres cervicales , comme l'homme , quelle que soit d'ailleurs la longueur du cou, qui est si grande, par exemple dans le Chameau, et si peu considérable dans les Dauphins et les Baleines.
Les vertèbres pectorales et épigastriques
(1) Dans un Paresseux tridactyle de Surinam, je compte neuf vertèbres cervicales , dont cependant les deux plus inférieures ont déjà des apophyses transverses (c'est-à-dire des rudiments de côtes) sensiblement plus fortes quelessept supérieures. Je n'en trouve que sept dans un paresseux didactyle (pi. xvn, fig. ii.). Ces données s'accordent avec celles de Meckel, qui cependant signale encore une troisième anomalie chez le Bradypus torquatus , où il a rencontré huit vertèbres cervicales.
(2) Le nomI)re est de six dans le Manati, selon Meckel , et l'on ne doit non plus compter que six vertèbres cervicales dans le Narvval (pi. xvii , fig. x ) , puisque la septième porte déjà une côte complète. Rudolphi indique cinq vertèbres du cou seulement dans la Ba-
^ lena rostrata , ce qui paraît être une erreur.
varient déjà davantage. Les vertèbres partant des côtes , c'est-à-dire les vertèbres dorsales proprement dites , sont au nombre de douze , comme chez l'homme , dans les Souris , les Lapins , les Lièvres , les Chauve-Souris et plusieurs Singes. Cependant l'Orang-outang en a treize, suivant Traill (1). On en compte ordinairement treize dans les Carnassiers , de même que dans les Rongeurs, les Ruminants, les Pinnipèdes , etc. Il y en a dix-huit dans le Cheval , vingt dans le Tapir et les Eléphants , vingt-trois dans l'Unau , et seize dans le Megatherium.
Le nombre des vertèbres lombaires varie depuis deux (comme dans le Fourmilier tridactyle) , ou trois (comme dans l'Unau, quelques Singes , l'Eléphant et le Rhinocéros) , jusqu'à neuf (comme dans le Lori); mais il est ordinairement de sept (2) , ce qui a lieu dans beaucoup de Singes, les Carnassiers, les Rongeurs , etc.
Quelques Singes , les Marsupiaux , le Vampire, etc., n'ont qu'une seule vertèbre sacrée, d'après Cuvier; cependant j'en trouve évidemment trois dans le Pteropus vulgaris (3) . L'Orang-outang en a cinq, selon Traill; j'en vois deux dans une sarigue de Surinam , Meckel assigne le même nombre aux Didelphes et aux Galéopithèques en général, et il en accorde trois à plusieurs des Singes qui n'en ont qu'une d'après Cuvier. D'un autre côté , le nombre de ces vertèbres va jusqu'à cinq, comme dans les Solipèdes et les Ruminants, ou même six, comme dans l'Ours brun et la Taupe. Ordinairement il est de trois. (4).
La colonne vertébrale de la queue , qui est le plus important et souvent même l'unique organe extérieur de locomotion dans les Poissons et plusieurs Reptiles , se compose fréquemment encore d'un grand nombre de pièces, chez les Mammifères. Ainsi on en trouve vingt à trente dans plusieurs Singes , et quarante dans le Fourmilier didactyle. L'Orang-outang en a quatre, comme l'homme. Le Vampire est dans le même cas , quoique
{l) Memoirs of the wernerian Society, vol. 111, pag. 13.
(2) Ce qui établit une analogie remarquable avec les vertèbres cervicales.
(3) Voyez mes Tabulœ illustrantes , cah. II , pi. v,
fig. XI.
(4) Ce qui rappelle les trois vertèbres essentielles du crâne.
Cuvier dise qu'il en est privé , probablement parce que la dernière se soude avec la symphyse sciatique.
Dans le Dauphin et la Baleine , qui manquent de véritable bassin, on n'aperçoit plus de limites bien tranchées entre les vertèbres lombaires , sacrées et caudales ; le premier de ces animaux a encore soixantesix vertèbres derrière les dorsales (5).
Relativement à la longueur des diverses régions de la colonne rachidienne , on a remarqué, quant au cou, que, chez la plupart des Mammifères , sa longueur , y compris la tête , égale celle des membres antérieurs, lorsque ceux-ci ne peuvent point être employés à titre de mains, comme ils le sont chez plusieurs Singes et Rongeurs, ou quand la main est remplacée par un autre organe , tel que la trompe chez l'Eléphant. Les Cétacés ( pi. xvii , fig. VII ) sont de tous les Mammifères ceux qui ont le cou le plus court ; leurs vertèbres cervicales sont non-seulement extrêmement minces, mais encore soudées en grande partie les unes avec les autres. Au reste , cette soudure , du moins entre quelques unes des vertèbres cervicales , et sans qu'elles aient rien perdu de leurs dimensions, se rencontre dans d'autres familles encore , par exemple chez VHystrix insidiosa , où elle a lieu entre la seconde et la troisième , et chez le Dasypus novemcinctus , où elle s'observe entre les quatre supérieures (6). Elle semble; en quelque sorte être le prototype de celle des vertèbres crâniennes. Je ne puis laisser échapper l'occasion de faire remarquer combien il serait instructif de comparer les vertèbres cervicales des Cétacés , qui sont réduites à l'épaisseur d'une carte mince, avec les longues vertèbres d'un Chameau , par exemple ; car cette comparaison est très-propre à montrer comment des parties élémentaires du squelette peuvent quelquefois disparaître presque entièrement de fait {actu) , quoiqu'on puisse toujours les reconnaître virtuellement (po- Unlia).
(.•;) Voyez, dans le tom. I de \Anatomie comparée de Cuvier, des tables plus détaillées sur le nombre des vertèbres.
(6) Voyez mes Tabulœ illustrantes , cah. II , pi. vi, fig. X.
SQUELETTE
La longueur des autres régions du corps se déduit du nombre de leurs vertèbres. Cependant celle de la région lombaire chez les Makis mérite qu on la signale d'une manière spéciale.
Quant à la forme des vertèbres et à leur mode d'articulation , le tj^e humain domine également d'une manière générale sous ce rapport, mais pas assez néanmoins pour exclure tout-à-fait la possibilité d'écarts considérables. Ainsi , chez la plupart des Mammifères, par exemple , dans les Carnivores, les Ruminants , les Solipèdes , les Pachydermes, etc. , l'atlas se fait remarquer par plus de longueur et par de grandes apophyses transversales aliformes. J'ai reconnu aussi, chez tous les Mammifères dont j'ai étudié l'organisation sous ce rapport , que ces apo- I»hyses transverses reçoivent toujours en elles les prolongements des deux canaux vertébraux artériels latéraux , ce qui avait lieu d'une manière moins générale dans la classe des Oiseaux, oùnous avons signalé la première appai'ition de ces canaux. On est surtout frappé aussi , dans l'Ornithorhynque , de la grandeur des première et seconde vertèbres cervicales (pi. xvn, fig. vn, a, b), dont la première se distingue par sa largeur considérable , et la seconde par sa séparation bien manifeste en deux moitiés , l'une antérieure, l'autre postérieure. Du reste, ici encore, de même que chez les Oiseaux , les petits arcs qui embrassent le canal vasculaire aux vertèbres cervicales inférieures , se font reconnaître comme rudiments de côtes par les larges apophyses épineuses qui y tiennent. Ils sont même séparés par des sutures , à la seconde vertèbre du cou de l'Ornithorhynque , où , en outre, leur forme indique clairement des côtes rudimentaires. Dans d'autres genres, c'est communément à l'avant-dernière vertèbre cervicale que ces apophyses sont le plus prononcées; cependant elles existent à trois vertèbres, chez le Hérisson, et produisent ime gouttière oblongue sur la face antérieure du corps de ces vertèbres. Les Singes, les Chauve-souris et les Rongeurs sont les Mammifères dont les vertèbres du cou se rapprochent le plus de la forme humaine. Les Rongeurs et les Mammifères à long cou sont presque entièrement privés d'apophyses épineuses. J'ai surtout été
frappé du mode d'articulation des vertèbres cervicales chez ces derniers , parce qu'il répète d'une manière bien évidente un état de choses antérieur , c'est-à-dire le mode d'articulation des vertèbres des Serpents. De même que chez ces derniers , le corps des vertèbres cervicales du Cheval , par exemple , présente en -dessous une cavité cotyloïde profonde et en dessus une tête articulaire parfaite (pi. xvn , fig. x ) . De là vient que les cous ainsi construits peuvent exécuter avec facilité des flexions analogues à celles du corps des Serpents (1).
Les vertèbres du dos sont principalement remarquables par la longueur excessive de leurs apophyses épineuses chez les Ruminants, les Rhinocéros , les Eléphants, etc. Ces apophyses servent surtout à l'attache du ligament cervical , dont nous parlerons plus tard , ef c'estce qui les rend importantes pour le soutien de la tête. Ce sont elles qui forment ce qu'on appelle le garrot dans le Cheval (pi. xvn, fig. vni , dans la Chèvre). L'histoire de leur ossification , à l'égard de laquelle on peut consulter un Mémoire de Geoffroy Saint-Kilaire , nous révèle un fait remarquable , c'est qu'elles sont composées de plusieurs pièces^ et que même , à proprement parler , elles concentrent en elles l'idée des membres dorsaux rayonnants qui, chez les Poissons , prennent la forme de rayons des nageoires dorsales. Cette induction semble se prononcer clairement aussi dans quelques Cétacés , le Dauphin par exemple , où , d'après Lacépède (2) , la nageoire dorsale se développe, et renferme des rayons qui sont placés au-dessus des apophyses épineuses des seize vertèbres consécutives à celles du dos , sans cependant avoir de connexions intimes avec elles. Les Chauve-souris n'ont presque point d'apophyses épineuses. Les Rongeurs ( tels que Souris et Ecureuils ) , ont une trèslongue et forte épine à la seconde vertèbre dorsale ; les autres en sont dépourvues.
(1) Avec cette seule différence que les flexions ont lieu ici d'avant en arrière et d'arrière en avant , au lieu que, chezles Serpents, elles se fontlatéralement. Cuvier a remarqué quelque chose d'analogue dans les Singes ; cependant l'inverse à lieu chez ces derniers animaux, d'après Froriep , c'est-à-dire que la cavité est en haut et la tête en bas.
(2) Hist. nat. des Céfacés, pag. 270.
L'articulation de ces vertèbres , comme celle des autres, se fait d'ailleurs toujours par le moyen de cartilages intermédiaires, absolument de même que chez Fhomme. Suivant Home (1), la structure des cartilages, qui sont formés d'anneaux concentriques , s'aperçoit surtout très-bien dans la Baleine; il a observé aussi, dans les articulations vertébrales du Cochon et du Lapin , des cavités articulaires remplies de liquide, analogues à celles que nous avons précédemment décrites chez les Poissons et à celles qu'on rencontre également dans le fœtus humain. Mais ce qu'il y a surtout de remarquable , c'est l'existence fréquente chez les Mammifères de corps intervertébraux entre les vei'tèbres rachidiennes en général, celles du dos et des lombes en particulier, parce qu'elle fournit un point intéressant de comparaison avec la structure du crâne, où, par opposition, on ne rencontre presque que des arcs intervertébraux. Mais ces corps intervertébraux apparaissent sous la forme de disques , qui constituent les surfaces articulaires , de manière qu'il y a deux disques osseux entre chaque couple de corps vertébraux. Ils sont très-grands et très-forts dans les Cétacés , plus faibles chez le Lièvre (2). Rarement ils se soudent en un seul noyau osseux ; c'est néanmoins ce qui arrive , chez la Taupe , entre les corps des vertèbres lombaires , à la surface antérieure de la colonne (pi. xvn,fig. xn, a).
Quant à la structure des vertèbres lombaires , on observe surtout des différences dans la forme de leurs apophyses transverses. Je trouve que ces apophyses manquent presque entièrement chez les Chauve-souris. Elles ont , au contraire , une force considérable dans les animaux pourvus de muscles lombaires robustes , tels que les Ruminants , les Carnivores , les Rongeurs , etc. Souvent , comme dans les Chiens, les Lièvres, etc., elles s'inclinent beaucoup en avant, vers la tête , ce qui procure des points d'appui plus soUdes encore aux muscles psoas, mais limite beaucoup la flexion latérale de la région lombaire. Les vertèbres lombaires du Megatherium portent de hautes apophyses épi-
(1) Lectures on comparative anatomy, pag. 89, 90.
(2) Voyez à ce sujet Weber dans Meckel's Àrchiv, 1827, pag. 272.
neuses (3). Meckel a fait remarquer aussi que, chez les Ruminants , les Solipèdes et les Pachydermes , les apophyses transverses de plusieurs vertèbres lombaires s'articulent les unes avec les autres, ainsi qu'avec le sacrum, par des surfaces encroûtées de cartilage; que même , parfois , il y a soudure complète entre ces parties , ce qui , procurant plus de solidité à la région des lombes , établit une analogie incontestable avec la conformation des Oiseaux.
Les vertèbres sacrées ou pelviennes des Mammifères s'annoncent , en général , d'une manière plus évidente que chez l'homme , comme une continuation du rachis. Elles sont plus étroites , n'ont un peu plus de largeur que chez ceux qui s'asseyent ou marchent droit , et se continuent en ligne droite avec le rachis. Les paresseux nous rappellent le sacrum des Oiseaux par le nombre plus considérable de leurs vertèbres sacrées , qui s'élève de six à sept , par leur soudure et par leur largeur ( pi. xvn , fig. ii , xni).
Parmi les vertèbres caudales des Mammifères , il n'y a que les premières qui renferment encore une continuation du canal vertébral ; les autres ne consistent ordinairement qu'en corps vertébraux à peu près cylindriques , dont les surfaces terminales sont entourées de plusieurs inégalités d'autant plus considérables , que le mouvement de la queue est plus fort. La large queue du Castor , que meuvent des muscles si puissants , est munie d'apophyses transverses extrêmement fortes. Il en est de même de l'Ornithorhynque ( pi. xvn, fig. vn) Les Mammifères à queue longue et mobile , par exemple les Cétacés et le Fourmilier didactyle , offrent en outre , sous les corps de leurs vertèbres caudales , de petits osselets particuliers , oblongset triangulaires , qui sont la répétition des apophyses épineuses inférieures de la queue des Poissons et des Reptiles , et dans lesquels on doit voir , comme chez ces derniers , des rudiments soudés ensemble de côtes ou de protovertèbres immédiatement réunies ( pi. xvn , fig. vi , et pi. xvm ,fig. xxn).
Envisagé d'une manière générale ^ le thorax
(3) CvviER , Annales du Muséum d'histoire naturelle , V. 37G.
SQUELETTE
des Mammifères se rapproche plus de celui des Sauriens que de celui des Oiseaux. L'articulation entre une pièce sternale et une pièce tergale de la côte a disparu , ainsi que le prolongement en forme de crochet de la portion tergale , et des cartilages élastiques ont pris la place des côtes sternales; le sternum, aplati et en forme de bouclier , ressemble davantage à celui de l'homme , et même la diminution du nombre des os de l'épaule , qui sont en même temps plus faibles , rend moins grande la solidité de toute la cavité respiratoire osseuse. Mais , d'un autre côté , outre que le nombre des côtes est ordinairement plus grand que dans la classe précédente , ces os acquièrent souvent eux-mêmes une largeur très-considérable. Ainsi , nous trouvons dans TUnau vingt-trois paires de côtes , dont onze fausses; dans le Rhinocéros, dix-neuf paires, dont douze fausses ; dans le Cheval, dix-huit, dont dix n'arrivent point au sternum ; dans le Manati , seize, dont deux seulement vraies ; dans le Dugong, dix-huit, dont trois vraies ; dans l'Ornithorhynque , dix-sept , dont six vraies ; dans le Phoca ùtulina, quinze, dont dix vraies. Le Loup, le Chat et quelques Singes ont treize paires de côtes , dont quatre fausses. Leur nombre est le même aussi dans le Cochon d'hide , le Pangolin et le Dauphin ; mais il y en a six qui atteignent au sternum , etc.
Les côtes s'articulent plus rarement que dans les classes précédentes avec les apophyses transverses d'une seule vertèbre ; presque toujours elles s'articulent , comme chez l'homme , avec les corps de deux vertèbres à la fois , par le moyen d'une tête et d'une tubérosité. Leur largeur est considérable chez plusieurs Ruminants , les Pachydermes , la Vache marine , mais surtout dans le Fourmilier didactyle. Cependant leur articulation n'a lieu que par une tête seulement dans l'Ornilhorhynque , et elle s'écarte bien davantage encore de la règle ordinaire dans les Cétacés , où les côtes antérieures , ne s'articulent qu'avec un seul corps vertébral , et les postérieures même ( conformation toutà-fait semblable à celle des Poissons ) qu'avec les apophyses transverses seulement.
Sous le rapport de la composition, les vraies côtes de l'Ornithorhynque font aussi une exception remarquable ; car elles répètent en partie ce qu'on voit dans les côtes
des Oiseaux , leur portion sternale , qui , chez les autres Mammifères , est seulement cartilagineuse , se divisant ici ( la première côte toutefois exceptée ) en une moitié osseuse , fixée au sternum , et une moitié cartilagineuse (pi. xvn, fig. vu, d, c ). Quant !aux fausses côtes de cet animal , leur portion sternale est à la vérité tout-à-fait cartilagineuse dans l'origine , mais elle s'élargit toujours en plaques presque ovales à sa partie antérieure , et fréquemment aussi elle s'ossifie dans cette région (fig. vn , e). Du reste , il arrive souvent aussi aux portions sternales de s'ossifier dans les Baleines, les Dauphins, les Pangolins, les Paresseux, les Fourmiliers, et surtout les Chauve-souris. Les adhérences ne sont point rares non plus entre elles.
La forme du thorax ressemble beaucoup à celle du thorax de l'homme dans plusieurs Singes , dans les Chauve-souris , dans plusieurs Rongeurs , dans le Hérisson , en un mot , chez la plupart des Mammifères clavicules. Dans les Mammifères ongulés , au contraire , qui n'ont point de clavicules , le thorax est ordinairement comprimé d'un côté à l'autre , il est plus allongé , et le sternum fait saillie comme la quille d'un vaisseau (pi. xvu , fig. vni).
La forme du sternum ressemble au fond à celle que cet os offre chez Ihomme. Elle est déterminée principalement par la forme générale du thorax ; aussi , le sternum des Ongulés diffère-t-il beaucoup de celui de l'homme par sa forme aplatie sur les côtés. Du reste, on y trouve toujours les indices de ces trois portions d'une colonne vertébrale sternale qui s'étaient tant développées chez plusieurs Reptiles , et qui ne manquaient pas non plus chez les Oiseaux ; savoir , un sternum pour les arcs protovertébraux complets de la poitrine ou les vraies côtes , un second pour les arcs protovertébraux des os de l'épaule , et un troisième pour les côtes abdominales. Tous ces sternums sont d'ailleurs placés à la suite les uns des autres , et ils ne s'engrènent point , comme chez les Reptiles et les Oiseaux.
Le sternum costal est toujours primitivement composé d'une série de corps vertébraux en nombre correspondant à celui des paires de vraies côtes , et qui , d'ordinaire ,
se soudent tant les uns avec les autres qu'avec le sternum scapulaire , pour produire ce qu'on appelle la poignée du sternum. Ce sternum costal est tantôt large , comme dans les Monotrèmes et les Chauve-souris , tantôt comprimé d'un côté à l'autre , comme dans les Mammifères ongulés.
Le sternum scapulaire , soudé avec la première vertèbre du sternum costal , offre des dimensions considérables , surtout chez la Taupe , où il constitue un os particulier (fig. IV, a ). Il est plus petit proportionnellement dans les Chauve-souris ( pi. xvni , fig. I , a ) , où cependant il forme une crête , presque comme chez les Oiseaux. Il l'est de même dans les Paresseux (pi. xvn , fig , u , a). Chez les Mammifères dépourvus de clavicules, tels que les Phoques , les Chevaux , les Rhinocéros , il fait une longue saillie , comme apophyse sternale supérieure, et quelquefois, dans ïes Ruminants, par exemple, il semble ne point exister du tout. Nulle part on ne l'aperçoit mieux que chez les Monotrèmes , où il a la forme d'un T , et rappelle parfaitement celui des Reptiles ( pi. xvn , fig. vu , f ).
Les Mammifères sont dans le même cas que l'homme , par rapport au sternum abdominal. Réduit chez l'homme à un simple rudiment cartilagineux , qui constitue le cartilage xyphoïde , ce sternum n'est représenté , chez la plupart des Mammifères , que par la ligne blanche tendineuse. Suivant Meckel, il se développe davantage , et sous une forme analogue à celle qu'il offre chez le Crocodile , dans les Tatous ( Manis brevicaudata et longicaudata ) , où il offre même des divisions latérales , dont on ne trouve des indices que vers l'extrémité inférieure du cartilage xyphoide du Rat, de l'Agouti et des Chauve-souris ( pi. xvui , fig. I , b ) , qui se dilate en une large plaque.
J'ai fait remarquer ailleurs (1 ) , pour la première fois, qu'une pièce osseuse impaire et médiane, située dans l'arcade pubienne duPteropus et dans la symphyse sciatique de l'Elan, devait être considérée comme un sternum pelvien.
Nous avons vu que la ceinture osseuse qui
(1) Yoyez mes Recherches sur les parties primaires , à la fin de cet ouvrage , et mes Tabulée illustrantes , cali. II , pi. V , fig. XI et xii.
porte les os du membre antérieur était encore attachée immédiatement à la colonne vertébrale crânienne ou rachidienne chez les Poissons et les Tortues , mais qu'elle ne tenait plus au rachis que par des muscles chez les autres Reptiles et les Oiseaux, et qu'en revanche elle avait ordinairement alors des connexions plus intimes avec le sternum pectoral. Ici^ nous voyons les membres antérieurs ne tenir quelquefois au tronc que par des muscles seulement , à peu près de même que les rudiments des os de l'épaule sont cachés dans les chairs chez quelques Serpents. Tel est le cas principalement des Cétacés , dont les os de l'épaule ne consistent que dans les deux omoplates , qui sont larges et arrondies du côté du rachis. Les Ongulés se rattachent aux Cétacés , sous ce rapport , et notamment par les formes intermédiaires de l'Hippopotame, de l'Éléphant, etc. Aussi, l'absence delà clavicule estelle de règle chez tous ces animaux , tant Pachydermes que Ruminants et Solipèdes, et leur omoplate , ordinairement longue , étroite et à peu près perpendiculaire , ne se trouve-t-elle unie au tronc que par des muscles seulement ( pi. xvn , fig. VI , VIII , a ).
Dans les Rongeurs et les Carnivores , où les membres antérieurs ne sont plus , comme chez les Mammifères qui précèdent, consacrés uniquement à la natation ou à la marche, la forme de l'omoplate se rapproche de celle que cet os affecte chez l'homme ; son bord rachidien est plus large que dans les Ongulés et arrondi ; son épine fait plus de saillie , et quelquefois elle forme un assez large toit en avant, au-dessus de l'articulation de l'épaule ; les fosses susépineuse et sous-épineuse sont à peu près égales.
Quant aux os claviculaires , non seulement les Mammifères de ces ordres en offrent souvent de petits rudiments cachés dans les chairs ( Chat , Chien , Martre , Ours , Phoque ) , mais encore de vraies clavicules sont parfaitement développées chez ceux d'entre eux qui se servent de leurs membres antérieurs pour voler , pour fouir la terre , ou pour saisir avec adresse les objets ( Chauve-souris , Taupe , Hérisson, Souris, Castor. Ecureuil, Porc-épic). Parmi les Edentés , dont l'omoplate ne diffère pas trop de celle des ordres précédents, les Fourmiliers , les Tatous , les Paresseux et le
SQUELETTE
US
Megatherium ont des clavicules. Les Makis elles Singes en sont également pourvus. Du reste , l'omoplate de ces derniers offre à un degré pins mai'qué que la plupart des genres précédents l'apophyse coracoïde , qui existe aussi chez l'homme, etqu'ondoit toujours considérer comme le rudiment d'une seconde clavicule, interprétation que justifie pleinement sa forte courbure en avant chez les Chauve-souris où elle a acquis beaucoup plus de développement que chez l'homme ( p. xvni^ fig 1 , e).
La ceinture entière des os de l'épaule est disposée , dans l'Ornilhorhynque , d'une manière tonte particulière , qui ressemble entièrement à ce qu'on voit chez les Reptiles. Chaque moitié se partage évidemment , tant dans le sens de sa longueur que dans celui de sa largeur, en trois segments, qui cependant demeurent tous soudés entre eux , ainsi qu'avec le sternum. Dans le sens de la longueur , on distingue la plaque appendiculaire en forme de sabre de l'omoplate ( pi. xvn , fig. vu , 1 ) , le col de l'omoplate ( k ) et les clavicules , qui , dans le sens de la largeur , offrent trois segments , savoir : une véritable clavicule antérieure ( furcula ) , soudée avec l'apophyse transversale du sternum scapulaire ( g ) , et qui déjà part de la plaque de l'omoplate , et deux clavicules postérieures (ossa coracoidea), l'une en devant ( h ) , l'autre en arrière ( i ) , séparées du col de l'omoplate par la fosse glénoïde seulement.
Nous devons encore signaler quelques formes particulières des os désignés dans les SS 265 et 266. L'étroite omoplate de l'oiseau est parallèle au rachis , et cette disposition , jointe à la force de la clavicule , augmente considérablement la solidité de la région scapulaire. La même chose a lieu dans la Taupe, où cette régionn'a pas moins besoin d'être solide, quoique dans un but différent. L'omoplate est longue , étroite , et parallèle au rachis ; tandis que la clavicule est extrêmement courte, épaisse et presque carrée ( pi. xvn, fig. IV , B C ). Il était nécessaire également , dans la Chauve-souris , que la région scapulaire fût solide : aussi le bord rachidien de l'omoplate est-il très-long , presque comme chez l'homme et la clavicule lon-
gue , forte , et considérablement voûtée en avant (pi. xvni, fig. i , d , e).Chez le Paresseux tridactyle , l'apophyse coracoïde est plate et très-saillante , ce qui donne à l'omoplate une forme rappelant celle que cet os offre chez certains Sauriens ; du reste , on croyait qu'il n'existait pas d'autre os claviculaire que ce rudiment de clavicule coracoïdienne, mais Meckel a trouvé des rudiments bien prononcés d'une véritable clavicule. Le Paresseux didactyle a des clavicules fortement développées.
Comme dans plusieurs des classes précédentes , l'humérus est construit au fond d'après le même type que celui de l'homme , surtout chez les Mammifères auxquels l'avant-brassert, soit pour le vol ( Chauve-souris ) , soit pour la préhension ( les Singes , plusieurs Rongeurs et plusieurs Carnivores ). Mais quand l'avant-bras ne se développe pas complètement, à peu près comme dans les Poissons, ce qui est le cas des Cétacés , l'humérus aussi est court et réduit à de maigres dimensions ( pi. xvn , fig, VI, b, V , a ). On peut en dire presque autant de la plupart des Ongulés , dont les os métacarpiens s'allongent considérablement , et chez lesquels l'humérus , à cause de sa brièveté , reste caché presque entièrement sous la peau du tronc ( Cheval, Cerf, Chèvre, pi. xvii, fig. vni).Cet os a, au contraire, une longueur remarquable dans l'Aï et les Chauve-souris. Sa forme change d'une manière bizarre quand le bras jouit d'une grand force musculaire , ainsi que nous l'avons vu chez l'Hirondelle , dans la classe des Oiseaux. L'exemple le plus remarquable qu'en fournisse celle des Mammifères est l'humérus de la Taupe ( fig. iv, D ), qui a beaucoup de volume, porte de très- grandes apophyses, et s'articule simultanément avec l'omoplate et la clavicule. Celui de l'Ornilhorhynque ne se fait pas moins remarquer par ses fortes épines musculaires , dirigées dans le sens de la largeur ( pi. xvn, fig. vu, m ), et par un os appendiculaire particulier ( m * ) qu'il supporte. Celui du Fourmilier didactyle offre en dedans une apophyse très-saillante , qui part du condyle inférieur interne , et en dehors deux épines , l'une supérieure , l'autre inférieure , qui se réunissent presque à sa partie moyenne , laissant entre elles une ouverture ovale. Celui du Megatherium était trèslarge et difforme par le bas.
On doit remarquer également certaines ouvertures qui n'existent à riiumérus que dans quelques genres de Mammifères. Telle est d'abord la perforation , ou plutôt la non-occlusion de la paroi osseuse qui sépare l'une de l'autre les cavités articulaires antérieure et postérieure de son extrémité inférieure. Elle s'observe déjà , d'après Meckel , dans les races inférieures de l'espèce humaine , et on la retrouve aussi dans plusieurs Singes , le Hérisson , le Chien , les Viverra , les Cochons ; mais elle est surtout prononcée dans le Daman, l'Agouti, lePorc-épic(l), le Cochon d'Inde. Souvent aussi il se forme , au dessus du condyle interne de l'extrémité inférieure de l'humérus , une ouverture par laquelle passent le nerf médian et l'artère brachiale, ouaumoins l'artère cubitale. Suivant Meckel , cette ouverture manque aux Cétacés et à tous les Ongulés , mais on la trouve dans beaucoup de Singes , les Makis , la Taupe , le Chat , le Hérisson, lesDidelphes, les Monotrèmes, etc. (2) .
Les os de l' avant-bras sont encore si parfaitement soudés avec l'humérus et le carpe, et tellement aplatis , dans quelques Cétacés ( pi. XVII , fig. V , b , c ) , que le membre antérieur tout entier acquiert par là une ressemblance frappante avec le squelette des nageoires de plusieurs Poissons ( 3 ). Le cubitus et le radius sont un peu plus développés dans d'autres Cétacés ( fig. vi ) et dans les Amphibies ( Phoque , Lamantin ) : cependant ils n'ont point encore la faculté de se mouvoir l'un sur l'autre , et souvent même ils sont encore soudés ensemble par leurs têtes. La même chose a lieu dans tous les Ongulés ; car , quoique le cubitus et le radius soient déjà parfaitement séparés dans les Pachydermes { par exmple dans le Cochon et le Rhinocéros ), de manière que le second se voie en avant , et que le premier , muni d'un grand et plat olécrane , soit situé en arrière , cependant ils sont encore assez massifs en eux mêmes et tout-à-fait privés aussi du mouvement de rotation. Chez les Pmminants et les Solipèdes, le
(1) Cependant je ne la trouve pas dans VHistrix insidiosa.
(2) Voyez, pour plus de détails à ce sujet, Meckel's Archiv, tom. IV, pag. S44 ; tom. V,pag. 18 et3l2.
(3) Comparez , par exemple , les os des nageoires du Lophius piscatorius. Voyez mes Tabulai illustrantes, cah. II , pi. IX , fig. I.
radius est devenu le seul os de l'avant-bras ; le cubitus ne peut être considéré que comme un petit appendice postérieur , il n'en reste presque plus que l'olécrane , qui est également assez volumineux ici, et une suture ou une fente le sépare encore du radius ( pi. xvii , fig. xvui).
Chezles Rongeurs et les Carnivores , le radius et le cubitus sont bien la plupart du temps séparés l'un de l'autre , mais la rotation ne peut point avoir lieu. Le cubitus et jusqu'à l'olécrane ont même disparu de nouveau dans les Galéopithèques et les Chauve-souris ( pi. XVIII , fig. 1 ) , de sorte qu'il y a impossibilité absolue à ce que le radius (4) dont l'allongement est considérable , surtout chez les Chéiroptères , exécute un mouvement de rotation , qui dans ces derniers animaux , mettrait obstacle au vol , circonstance à cause de laquelle les Oiseaux en sont également privés. Dans l'Aï et l'Unau , la séparation des os de l'avant-bras est bien marquée , et le second même exécute très-librement la rotation , suivant Cuvier (5). Quant à l'Ornithorhynque , cet animal a deux os de l'avant-bras distincts, mais incapables de rotation , et dont le cubitus , situé en dehors ^ se fait remarquer par une longue apophyse olécrane ( pi. xvii , fig. vu, n).
Une particularité remarquable chez les Phoques , c'est que les os des extrémités en général , mais surtout ceux du bras et de l'avant-bras , offrent une courbure en S et un renflement de leurs extrémités, ce qui leur donne une ressemblance frappante avec les os des membres d'un homme atteint de rachitisme.
Enfin nous devons dire que, chez le Vespertilio vampyrus , au lieu d'une apophyse olécrane , il y a une petite rotule cubitale.
Sous le rapport des os du carpe , les Mammifères ressemblent plus aux Reptiles qu'aux Oiseaux , dont la main singulièrement tournée en dehors ne nous en avait offert que deux. Ici , en effet , ils sont ordinairement disposés en deux séries , comme chez l'homme ; mais leur nombre n'est point toujours le même. D'après Cuvier, on en compte 5 dans le Dau-
(i) C'est comme un radius et non comme un cubitus que cet os unique doit être considère'.
(3) Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. V, pag. 207.
SQUELETTE
phin , 8 dans l'Éléphant , 6 à 7 dans les Ruminants, 7 dans les Solipèdes, 5 dans le Paresseux tridactyle , 7 dans les Carnivores et plusieurs Rongeurs , 9 dans le Lièvre , les Singes et la Taupe. Cette dernière offre , en outre, au côté radial de la main dirigée en arrière pour fouir , un grand os falciforme , à la faveur duquel cette main , dont on n'aperçoit extérieurement que les ongles , acquiert beaucoup de largeur
(pl.XVII,fig. IV,0-
Cet os falciforme et le long os semblable à une arête de Poisson , qui s'adapte à l'os pisiforme , sur le côté cul3ital de la main du Pteropus, doivent être considérés , à proprement parler, comme les rudiments d'un sixième doigt, dont la main devrait être munie pour que le membre entier suivît , dans sa segmentation , une progression régulière de segment supérieur 1 , segment inférieur 2, et segment terminal 2x3.
Il est digne de remarque que l'os pisiforme fait une saillie considérable dans plusieurs genres , principalement chez les Singes , les Carnivores et divers Ongulés , etc. , en sorte que , comme les muscles fléchisseurs de la main s'y insèrent, il devient alors pour la main ce que le talon est pour le pied (pl.xvn, fig. I, vni,b).
La forme de la main et de ses os varie extrêmement chez les Mammifères, qui, sous ce rapport, otrrent plus d'une analogie avec ce qu'on observe dans les diverses classes précédentes.
Les mains surtout des Mammifères pinnipèdes rappellent les nageoires des Poissons ; car, chez les Cétacés, les os plats du métacarpe sont soudés ensemble, et, réunis aux nombreuses phalanges (il y en a jusqu'à onze), qui sont aplaties comme eux, ils constituent une véritable nageoire (fig. v ). Chez les Phoques , au contraire, la formation des nageoires est au moins imitée parle décroissement graduel que la longueur des doigts subit à partir du plus gros ou du pouce, et par les membranes natatoires qui sont tendues entre ces appendices.
Nous pouvons considérer comme une imitation de la main plate et arrondie des Tortues , celle en forme de pelle des Taupes , qui se compose de cinq doigts , ayantchacun un os métacarpien courtettroisphalanges (pi. xvn, fig. iv^ E). Telle est aussi la main plate de rOrnithorhynque , résultant de quatre doigts
à trois phalanges et d'un cinquième qui en a deux (fig. vn).
La main des Grenouilles et des Lézards est également le prototype des extrémités antérieures de la plupart des Rongeurs.
Cependant c'est l'aile des Oiseaux qu'on trouve répétée de la manière la plus précise par la main des Chauve-souris. Chez les uns comme chez les autres , la main est fixée dans un état intermédiaire entre la pronation et la supination, et elle s'approche ou s'éloigne du corps, par adduction ou abduction du radius , mais jamais elle ne s'étend ni ne se ploie. Le pouce, en outre , est court , non engagé dans la membrane alaire, et armé d'un fort ongle , tandis que les quatre autres doigts , au lieu d'être réduits à des conditions rudimentaires, comme chez les Oiseaux , ont quatre os métacarpiens fort longs , et des phalanges non moins longues et grêles , dont le nombre est de deux pour l'indicateur et de trois pour chacun des trois autres (pi. xvni, fig. 1 ).
La main offre des conformations plus singulières encore dans les Ongulés et les Rongeurs. Suivant , en effet , qu'elle sert plus à la préhension ou à la progression , tantôt les cinq doigts se développent de plus en plus , à tel point qu'on voit paraître jusqu'à un pouce libre et opposable aux quatre autres réunis ensemble , comme dans les Singes , chez lesquels cependant , d'après la remarque de Traill , le pouce est le plus faible des doigts , tandis que le gros orteil se prononce comme un fort pouce ; tantôt ils sont tous les cinq parallèles et de longueur à peu près égale (par exemple dans l'Ours et le Rlaireau) ; tantôt enfin un ou plusieurs d'entre eux se développent moins que les autres , ou même ne se développent pas du tout. Ainsi , le pouce est déjà considérablement raccourci dans les Carnivores (1) et les Rongeurs. Chez les Edentés,
(1) Le mécanisme à l'aide duquel s'opèrent la rétraction et l'extension des griffes du genre Chat mérite une mention particulière. La phalange onguéale de ces animaux est courbée presque en S, et porte une coulisse dans laquelle l'ongle se loge. Un ligament élastique va de l'articulation de la première et de la seconde phalange jusqu'au bord supérieur de cette phalange onguéale, et la tient tellement renversée en arrière , qu'elle est presque couchée le long de la seconde ; l'ongle dirigé en haut est par conséquent caché , ce qui l'empêche de s'émousser par la
TRAITÉ DANATOMIE COMPARÉE.
plusieurs doigts disparaissent entièrement ; on ne trouve plus , par exemple , que d'imperceptibles rudiments du pouce , de l'indicateur et du petit doigt dans le Fourmilier didactyle, tandis que le doigt médius est extrêmement fort, et formé d'un os métacarpien court et épais , qui porte deux phalanges , dont l'onguéale acquiert une longueur considérable; le quatrième doigt consiste en un os métacarpien mince et en trois phalanges , dont la dernière est assez grande , mais plus petite qu'au doigt précédent. La conformation de la main de rUnau se rapproche assez de celle-là; les deux doigts du milieu sont également les seuls qui aient trois phalanges , et deux rudiments d'os métacarpiens (pi. xvn, fig. n) se voient sur leurs parties latérales. Chez l'Aï , au contraire , il s'est développé trois doigts ; mais les 08 métacarpiens assez courts sont soudés par leurs tètes inférieures , et l'on découvre , tant au bord externe qu'au bord interne , les rudiments des os métacarpiens des deux doigts qui manquent. Les deux ou trois doigts de ces Paresseux consistent en trois phalanges , dont l'inférieure , qui est la plus courte , ne tarde point à se souder avec l'os métacarpien , pendant que la supérieure ou onguéale est armée d'ongles aigus , d'une longueur extraordinaire , ce qui fait que l'animal ne peut mettre sa main à plat , qu'il est obligé de la tenir dans un état intermédiaire entre la pronation et la supination , qu'il n'en peut appuyer que le bord cubital par terre (1) , et qu'il préfère de grimper sur les arbres. 27 5.
Cependant la forme de la main a subi des modifications plus considérables encore dans les Mammifères ongulés. Il existe bien cinq doigts chez l'Eléphant ^ mais tous sont réunis en une seule masse par la peau commune du pied. Dans le Tapir et le Cochon , le pouce a presque entièrement disparu , et quoiqu'il existe quatre doigts parfaitement développés , l'animal ne marche cependant que sur les
marche. A l'extrémité inférieure de la phalange onguéale, s'insère le tendon d'un muscle fléchisseur, dont l'action procure par conséquent le redressement de l'ongle.
(1) Les pattes de derrière étant disposées de la même manière , comme nous le verrons plus loin , cet animal marche ahsolument comme un homme à pieds-hots , vice de conformation qui serait , d'après cela , un retour à une conformation inférieure.
deux du milieu , qui sont les plus longs. Dans les Ruminants , il n'y a plus que deux doigts ; leurs os métacarpiens sont soudés en une seule pièce , appelée canon , qui porte une double poulie (2) pour recevoir les deux doigts , composés chacun de trois phalanges (pi. xvn , fig. VIII , c , d , e , f ). Enfin les Solipèdes n'ont qu'un seul doigt ; il consiste en un os métacarpien assez long (canon) , derrière lequel on voit encore deux pièces osseuses minces , qui sont les rudiments d'autres doigts, et en un doigt dont les trois phalanges portent les noms de paturon , couronne et os du sabot (fig. xi). La ceinture osseuse à laquelle tiennent les membres inférieurs , ou celle des os du bassin, offre aussi diverses répétitions des formations que nous avons rencontrées précédemment. Comme, chez les Poissons (pi. vin, fig. I ) , les os des nageoires postérieures sont séparés du reste du squelette et retenus en place par des muscles seulement , de même les Cétacés , parmi les Mammifères , n'ont que de petits rudiments plats d'os pelviens (3). Comme aussi le bassin des Oiseaux ne se ferme point en arcade pubienne , de même la symphyse pubienne manque chez le Paresseux tridactyle , les Fourmiliers , la Taupe et la Musaraigne ; en même temps , chez ces deux derniers , le bassin est tellement étroit , que les parties génitales , la vessie urinaire et même le rectum se trouvent hors de sa cavité (4) , tandis qu'il a une ampleur extraordinaire chez les premiers. L'ischion des Fourmihers, des Tatous, des Pangolins et des Paresseux (5) est également soudé avec le sacrum , comme dans les Oiseaux , de sorte qu'au lieu d'échancrure sciatique , c'est un trou sciatique qu'on aperçoit (pi. xvn , fig. XIII ). Enfin la forme étroite et allongée
(2) Dans quelques espèces , par exemple le Taureau et l'Élan , on trouve encore deux petits os revêtus d'ongles (éperons), qui représentent les rudiments des doigts manquants.
(3) Voyez mes Tabulœ illustrantes , cah. II , pi. v, fig. X.
(4) Ce cas rappelle l'exstrophie de la vessie dang les monstruosités humaines par absence de l'arcade pubienne.
(s) Dans le Megatherium, qui se rapproche tant des Paresseux , les os ischion et pubis paraissent ne point exister du tout ; la cavité cotyloïde se trouve à l'extrémité la plus profonde de l'ilion, qui est large et concave en avant, comme chez l'Éléphant.
SQUELETTE
qu'ont les ilions chez la plupart des Mammifères , doit être considérée comme une répétition de celle qu'ils offrent chez les Oiseaux ou certains Reptiles , par exemple les Grenouilles. En général , cependant , c'est dans le bassin fermé des Tortues et des Sauriens que nous trouvons l'image la phis fidèle de celui des Mammifères ; les appendices mobiles minces que l'os pubis envoie vers le sternum (rudiments des portions sternales de côtes ventrales) , chez le Crocodile , se retrouvent même dans les os marsupiaux des animaux à bourse , os qui représentent des branches mobiles de l'arcade pubienne dirigées vers le sternum , et qui soutiennent la bourse mammaire de ces animaux , mais dont l'existence n'est cependant point relative uniquement à cet organe , puisqu'on rencontre aussi des os analogues dans l'Ornithorhynqueetl'Echidné. Dans rOrnithorhynque (pi. xvn , fig. vn , o, e , f ) , ces 08 ressemblent parfaitement à des extrémités retournées de fausses côtes , s'appliquant à l'arcade pubienne à peu près comme la première des fausses côtes ordinaires s'applique à la dernière vraie côte.
Quelquefois , indépendamment de ces prolongements abdominaux mobiles de l'arcade pubienne , on rencontre encore , au même endroit , des tubérosités osseuses , immobiles, qui se dirigent de bas en haut. C'est ce qui a lieu dans les Chauve-souris (pi. xvHi,fig. i , g), le PterojMs et les Kanguroos.
Maintenant , comme le bassin de la plupart des Mammifères , envisagé d'une manière générale , se rapproche beaucoup de celui de l'homme , à l'égard tant de ses connexions que de sa composition , il me paraît suffisant d'énumérer ici quelques unes des principales différences qui existent entre sa forme et celle de ce dernier (1). J'ai déjà parlé , dans le paragraphe précédent , de l'allongement des os iliaques , qui constitue le principal caractère du bassin des Mammifères. En effet, l'ilion et l'ischion forment ordinairement (par exemple dans les Carnivores , les Rongeurs , etc.) un os de force égale partout , assez long , et presque parallèle à la colonne vertébrale , à la
(1) Ces différences ont été étudiées avec soin par Autcnrieth et Fischer dans la Dtssertatio nonnullas observationes de pelvi mammalium sistens. Tubingue, 1798.
région extérieure duquel , un peu au-dessous de son milieu , se trouve la cavité cotyloïde pour la tête du fémur , et dont Tétroitesse devient également la cause du peu de largeur des hanches des Mammifères. Ici donc la plus grande partie de l'os iliaque se trouve dans la même direction que l'omoplate chez l'oiseau , et aux deux régions , cette situation a pour résultat de fournir des lignes d'insertion plus longues aux muscles. Cependant cette forme des os iliaques , jointe au peu de largeur du sacrum , nous fournit en outre la cause essentielle de la marche à quatre pattes et de la difficulté que présente la station sur les pattes de derrière , parce qu'elle a pour effet de rétrécir la base du tronc. Quant à la réunion des pubis , elle est plutôt en face des vertèbres caudales supérieures que vis-à-vis du sternum , d'où il suit , par conséquent , que l'état de choses auquel les accoucheurs ont coutume de donner le nom d'inclinaison du bassin , existe au plus haut degré chez les Mammifères.
La crête iliaque devient un peu plus large dans les Ongulés , principalement chez l'Eléphant , le Rhinocéros , le Taureau et le Cheval ; mais, en même temps, la face interne de l'ilion acquiert un peu plus de concavité ( ce qui a lieu surtout dans l'Eléphant et le Rhinocéros ) , de sorte que la forme totale se rapproche de celle du bassin de l'homme , entre lequel et celui des Carnivores le bassin des Singes établit une autre transition encore.
Du reste, je ne puis m'empêcher de rappeler ici que déjà , dans les Mammifères , comme chez l'homme , la différence d'un sexe à l'autre s'exprime d'une manière positive par l'ampleur plus grande et la rotondité plus marquée du bassin. La symphyse pubienne manque même aux femelles de quelques Chauve-souris , d'après les observations de Pallas et de Schreger (2) : cependant Meckel assure qu'il est aussi d'autres espèces ( Vespertilio spectrum et Pteropus JEdwardsii) chez lesquelles les deux sexes en sont également privés. Mais une observation remarquable surtout, dont nous sommes redevables à Legallois (3) , c'est qu'aux approches de la
(2) AuTENRlETH, loc. cit. pag. 227.
(3) Dans l'appendice à ses Expériences sur le principe de la vie. Paris , 1812 , in-8", fig.
Ib'O
parturition, le bassin du Cochon d'Inde femelle s'agrandit à un point considérable par l'écartement de cette symphyse , et qu'après le travail de la mise-bas, il revient à ses dimensions primitives.
L'union des os pubis et ischion offre encore certaines dispositions peu ordinaires. Ainsi, dans le Pteropus vulgaris , leVerspertilio vampyrus et autres , les tubérosités sciatiques se joignent ensemble et produisent ainsi une symphyse sciatique , de même que , dans l'Ornithorhynque , les os ischions et les os pubis se soudent ensemble en devant , comme on le voit chez les Reptiles (pi. xvn, fig. vn, p, q). La même chose arrive dans le Kanguroo et les Didelphes, ainsi que dans plusieurs Ongulés et Rongeurs. Enfin, chez les Phoques , les pubis et les ischions se font remarquer par leur forme allongée et aplatie , tandis cjue les ihons sont épais et courts, d'où résulte une conformation insolite du bassin , qui est tiré en long , étroit , et on pourrait presque dire frappé de rachitisme.
Les périodes d'ossification sont fort différentes aussi. Grève , par exemple , a déjà fait remarquer que la symphyse pubienne s'ossifie de très-bonne heure dans le Cheval. D'un autre côté , Emmert nous apprend que les os iliaques restent mobiles dans le Cochon d'Inde et dans la Chauve-souris , et Rudolphi indique un état de choses semblable dans le Hérisson et l'Ours.
Comme il n'est pas rare que les nageoires ventrales manquent tout à fait chez les Poissons , de même les membres postérieurs n'existent pas non plus chez les Cétacés , ou plutôt les rudiments de ces extrémités se trouvent réunis dans la nageoire caudale, qui n'est plus soutenue par des os , et qui , par cela même , au lieu d'être perpendiculaire , ainsi que celle des Poissons , est parfaitement horizontale. Les Amphibies font évidemment le passage à cette forme, puisque chez eux (par exemple dans le Phoque) les os particuliers des pattes de derrière , même les phalanges onguéales, quoique fort bien développés, sont cependant déjà réunis en une sorte de nageoire caudale par des membranes natatoires.
Quant à ce qui concerne les os en particulier des membres pelviens, le fémur des
Mammifères est, ainsi que dans les classes précédentes , construit d'après un type assez uniforme, qui se rapproche de celui de l'homme. La plupart du temps tout à fait droit , il est très-court et renflé aux extrémités dans les Amphibies , et si peu long également dans les Ruminants et lesSolipèdes (1) , qu'il se cache sous la peau du tronc. L'Éléphant , suivant la remarque de Blumenbach, n'a point de ligament rond , et la tête du fémur n'offre par conséquent point l'enfoncement destiné à le recevoir. L'Hippopotame et le Rhinocéros sont dans le même cas , d'après Meckel. Le plus gros de tous les fémurs est celui du Megatherium , puisque son épaisseur dépasse la moitié de sa longueur. Enfin , celui de tous les fémurs qui diffère le plus des autres, quant à sa situation , est celui des Chauve-souris , dont la face ordinairement tournée en avant se trouve regarder tout à fait en dehors, et dont la tête est placée dans la même direction que le corps de l'os; les deux trochanters se trouvent alors, d'une manière parfaitement symétrique , l'un en dehors , et l'autre en dedans (pi. xvm, fig, I, f).
Des os de la jambe des Mammifères , le tibia et le péroné , se comportent fréquemment de même que ceux de l'avant-bras. En effet, comme il ne reste qu'un faible rudiment du cubitus dans les Ruminants etlesSohpèdes, de même aussi ces animaux n'offrent non plus qu'un léger vestige du péroné (l'analogue du cubitus ) , qui tantôt se fixe au côté externe de la tête supérieure du tibia, sous la forme d'un os styloïde (état de choses à peu près semblable à celui que nous avons observé dans les Oiseaux), et tantôt forme la cheville externe à l'extrémité inférieure de ce même os. Le second cas a lieu surtout chez les Ruminants , et le premier chez les Solipèdes. Dans les Pachydermes et chez tous les Rongeurs , le tibia et le péroné sont presque toujours immobiles l'un à côté de l'autre ( comme le radius et le cubitus ) , quoique en général le péroné se trouve ordinairement un peu plus en arrière que le tibia. Il leur arrive même fréquemment de se souder ensemble à leur extrémité inférieure ( comme dans le Hérisson , le Rat , l'É-
(1) Celle brièveté tient à la longueur des os métatarsiens, comme celle des humérus à rallongement des os métacarpiens.
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isi
cureiiil, etc.). Cependant la manière de se comporter des os de la jambe n'est pas absolument semblable à celle des os de l'avantbras ; car , par exemple , dans l'Eléphant , le cubitus ne se montre cpie comme un appendice adhérent du radius , tandis que le péroné demeure parfaitement libre. Dans les Chauvesouris , le péroné est très-mince et fixé seulement à son extrémité inférieure ( pi. xvni , %. I, h).
La rotule existe ordinairement chez les Mammifères, comme dans l'homme. C'est chez rOrnithorhynque qu'elle acquiert les plus grandes propoitions. Elle ne manque que dans les Chauve-souris et les Kanguroos, de même que dans le Wombat et le Koala (1). Du reste , une articulation extrêmement remarquable a lieu , suivant Home , entre le péroné et le tibia, chez ces deux derniers animaux. Le péroné , en effet , s'articule à la fois avec le tarse et avec Is tibia , à son extrémité inférieure , et il est susceptible d'un mouvement de torsion , qui dirige les doigts tantôt en dehors , tantôt en dedans , de sorte que l'animal possède une aptitude particulière à fouiller et creuser. La mobilité du péroné est plus grande aussi chez les Singes que chez l'homme.
Les os du tarse des Mammifères se rapprochent déjà beaucoup de ceux de l'homme , sous le rapport de la forme , du nombre et de la situation. Leur nombre varie entre quatre, comme dans la Girafe, et neuf, comme dans le Porc-épic. Les formes les plus remarquables qu'ils présentent sont : le long prolongement en forme d'éperon du calcanéum des Chauve-souris ( pi. xvni , fig. 1 , i ) qui bien qu'engagé dans la membrane alaire , imite avec précision le pouce dirigé en arrière d'un grand nombre d'Oiseaux ; l'os falciforme , qui dans la Taupe se trouve au côté interne du tarse ( c'est-à-dire du même côté qu'à son carpe ) ; enfin l'os aplati en forme de pelle , qui du tarse se porte obliquement en arrière chez le Fourradier didactyle. Mais ce qu'd y a de moins ordinaire , c'est le mode d'articulation et de configiu'ation du tarse dans les Paresseux, qui ne peuvent exécuter ni la flexion ni l'extension du pied , seuls mouvements qu'un ginglyme
(1) Home, Lectures on comparative anatomy, p. 134.
profond entre l'astragale et le tibia permette à la plupart des Mammifères de lui imprimer ; chez les Paresseux , en effet , le péroné s'articule avec l'astragale par le moyen d'un prolongement analogue à l'apophyse styloïde du cubitus , dételle manière que le pied se trouve réduit par là à une torsion autour de son axe longitudinal , et qu'en conséquence l'animal ne pose à terre que le bord externe du pied ( 2) , de même qu'il n'y peut appuyer non plus que le bord externe des mains ( g 273 ). Cette disposition rend la marche très-pénible pour lui, tandis qu'elle lui permet de grimper aisément sur les arbres ( pi. xvn , fig. n ).
Les os du métatarse et des orteils ressemblent 5 en général , beaucoup à ceux du métacarpe et des doigts. Ils sont surtout remarquables par le rapport qui existe entre leur type et celui de la patte des Oiseaux. Comme, dans ces derniers , les os métatarsiens et tarsiens étaient soudés en un seul os , sur lequel s'implantaient les orteils , de même ici , quoique les os du tarse restent libres , ceux du métatarse se soudent ensemble dans les Solipèdes , les Ruminants et les Gerboises. Chez les Solipèdes et les Ruminants , le métatarse et les orteils se comportent comme les os correspondants du membre antérieur (§275) , dont cette analogie explique également la structure ; seulement les rudiments des deux doigts oblitérés sont un peu plus apparents chez les Ruminants , en particulier chez le Musc et le Renne, où des rudiments d'os métatarsiens , libres à leur extrémité supérieure, portent les deux faux orteils. Dans la grande Gerboise ( Dipiis jaculus ) , les trois orteils médians , des cinq que possède l'animal , reposent , d'après Cuvier , sur un seul os métatarsien, et cette particularité , jointe à la longueur extraordinaire de la région métatarsienne , établit une différence considérable entre la patte de derrière et celle de devant (3). Quelque chose d'analogue a lieu dans le Kanguroo (Halmatiirus giganteus ) , où les deux orteils accessoires internes reposent sur un
(2) Cuvier , Annales du Muséum , tom V, pag. 194.
(3) Voyez dans mes Tabulœ illustrantes , cah. II, pi. IX, fig. XV, la patte de derrière du Dipus sagitta, où les trois orteils tiennent également à un seul os métatarsien , et où l'orteil externe est implanté sur un petit os métatarsien accessoire.
rudiment particulier et mince d'os métartasien , tandis que l'externe conserve son os propre du métatarse (1). Dans l'Aï, les os des orteils ressemblent à ceux des doigts ( S 274), Le Fourmilier didactyle a aux pattes de derrière cinq orteils , dont le plus interne est réduit à de très-faibles proportions. Chez les Carnivores et les Rongeurs, il existe ordinairement cinq orteils parallèles ; cependant Iç gros orteil est souvent un peu raccourci ( comme le pouce l'est aussi ) , et il manque même entièrement dans le Chien , le Chat et le Lièvre. La conformation des orteils est surtout remarquable dans les Quadrumanes et les Didelphes, où l'os métatarsien du gros orteil se détache des autres , et se place à l'égard du pied dans le même rapport que le pouce à l'égard de la main (pi. xvn , fig. ix).
Le pied est conformé parfaitement en manière de nageoire dans les Amphibies , quoique l'appareil osseux s'écarte moins de la règle générale qu'on ne serait tenté de le croire d'après le changement considérable qu'a subi la forme extérieure. Ainsi , par exemple , je trouve que, dans le Morse , la disposition des os du tarse ne s'éloigne essentiellement du type humain qu'en ce que le premier cunéiforme , qui est très-grand , porte les deux os métatarsiens internes , et s'appuie en arrière sur le calcanéum , tandis que le cuboïde n'atteint point jusqu'à ce dernier, mais est reçu par le scaphoïde , et porte encore en dehors un gros os pisiforme. Le premier et le second os métatarsiens sont les plus longs ; l'orteil interne , qui a trois phalanges , est plus long que tous les autres, dont le phis extérieur n'offre que deux phalanges. Dans le Phoca vitulina , au contraire , les deux orteils externes sont les plus longs , et les trois médians sont lesplus courts : l'orteil interne a deux phalanges , et tous les autres en ont trois.
Je dois encore faire remarquer, avant de terminer l'histoire des membres du tronc , que les Mammifères offrent aussi des rudiments de membres impairs au tronc. Telles sont les nageoires dorsale et anale des Cétacés. Mais j'ai déjà dit précédemment que les nageoires dorsales ont seules , çà et là des rayons osseux ,
(1) Voyez mes Tabulœ illustrantes ^ cah. II , pi. xi, fig. XIII et XIV.
qui sont les analogues parfaits des rayons de la nageoire dorsale des Poissons.
Squelette de la tête. Le type de ce squelette s'élevant aussi de plus en plus à la hauteur de celui qu'on observe chez l'homme , il doit se distinguer par des particularités importantes du squelette de la tête des animaux compris dans les classes précédentes , quoique ses parties élémentaires demeurent toujours les mêmes, et l'on y parvient même plus aisément, en général , à concevoir la colonne des vertèbresproprement dites (deutovertèbres) , c'està-dire du crâne, séparée des arcs costaux ( ou protovertébraux ) et des membres de la tête , et à reconnaître en elle une simple continuation de la colonne vertébrale rachidienne. Ici même , cependant , il devait s'écouler un laps de temps considérable avant qu'on pût saisir un aperçu si heureux , et l'histoire de cette découverte présente un grand intérêt (2) . Dès 1791, Gœthe avait reconnu , sur un crâne de Brebis , non-seulement les trois vertèbres crâniennes proprement dites , mais encore les trois prot overtèbres de la région faciale. Oken vit , en 1805 , les trois vertèbres crâniennes dans un crâne de Chevreuil , et publia , en 1 807 , ses idées à ce sujet.
On peut assigner les particularités suivantes au squelette de la tête des Mammifères : 1° le développement de la colonne vertébrale crânienne a acquis une prépondérance plus décidée sur celui des vertèbres rachidiennes , des vertèbres faciales et des os de la tête qui sont les analogues tant des côtes que des membres ; 2°. la cavité du crâne est mieux fermée , plus arrondie , et en correspondance avec le volume plus considérable du cerveau ; 3° les os analogues aux côtes sont plus intimement soudés à leur colonne vertéi3rale , de sorte que la portion du squelette céphalique destinée aux organes supérieurs de la sensibilité , perd de plus en plus la faculté de se mouvoir.
La meilleure marche à suivre , en décrivant les formes si diversifiées du squelette de la tête des Mammifères , consiste à exposer d'abord ce qu'il importe le plus de connaître par rapport à chacune des vertèbres de la co-
(2) Voyez , à ce sujet , l'Introduction historique de mes Recherches sur les parties primaires.
SQUELETTE
lonne crânienne et faciale , puis à passer en revue les différences que présente la forme totale de la tête osseuse et de sa cavité crâ-
nienne.
A l'égard de h première vertèbre crânienne , ou de la. postérieure^ elle est également formée par l'os occipital ; mais les quatre portions de cette vertèbre , la basilaire ( corps vertébral) (1), les condyloïdiennes et l'occipitale ( arc vertébral ) , restent beaucoup plus longtemps séparées que chez l'homme (pi. XVIII , fig. III , I a , b , c). La situation de l'os occipital , par rapport au rachis , continue aussi , chez la plupart des Mammifères , à être la même que dans les classes précédentes, le trou occipital se trouvant ordinairement ( excepté chez les Singes ) à la face postérieure de l'os , et non à sa face inférieure , comme chez l'homme, ce qui fait que la cavité crânienne semble être encore la continuation directe du canal vertébral , et que , par conséquent , l'occipital représente toujours , comme chez les Poissons , la face postérieure et coupée à pic du crâne (pi. xvui , fig. m , V, VIII , IX *). C'est sans contredit dans les Cétacés que cette vertèbre a le plus d'étendue , puisqu'à elle seule elle y circonscrit près des deux tiers de la cavité crânienne (pi. XVIII , fig. VIII et VI , I a , I b , i c , dans le Dauphin). On n'est pas moins frappé de l'élargissement considérable de son corps dans les Phoques , où il paraît percé à cause de son excessif amincissement. Quelquefois aussi les condyles, au lieu d'être, comme à l'ordinaire, sur les côtés du trou occipital , se soudent presque en un seul , inférieurement , ainsi qu'on le voit chez les Oiseaux; c'est ce qui a lieu dans le Chameau. Parfois encore (de môme que chez certains Poissons) , on aperçoit , des deux côtés du trou occipital , des perforations dans les arcs condyloïdiens ; le Sorex moschatus en offre un exemple (fig. XIII ). Des perforations analogues, mais situées davantage sur la base , se voient dans l'Ornithorhynque (pi. xvii, fig. vu**). La grandeur du trou occipital est un point fort important aussi de l'histoire du crâne; car, lorsque ce trou a des dimensions très-consi-
(1) Dans le Castor, la surface extérieure de la portion basilaire forme une excavation arrondie et trèsprofonde.
dérables proportionnellement à la capacité du crâne (comme par exemple dans l'Ornithorhynque ) , c'est une preuve que la moelle épinière est très-forte , avec un cerveau peu volumineux , ce qui annonce un degré inférieur de développement. Du reste, on trouve ordinairement , de chaque côté , près des surfaces articulaires du trou occipital , une apophyse transverse dirigée de haut en bas , et presque semblable à celle qu'offrent certaines vertèbres rachidiennes ; cette apophyse a été faussement regardée comme l'analogue de l'apophyse mastoïde ; elle est forte surtout dans les Ruminants et les Sohpèdes (pi. xviii, fig. m et XI, id), mais on n'en voit aucime trace dans les Fourmiliers et les Paresseux.
La première intervertèbre est formée par l'os temporal et le premier os wormien.
L'os temporal se compose manifestement de quatre pièces dans beaucoup de Mammifères.
1". Ldiportionpétrée (pi. xviii, fig. m, 1 b) constitue l'enveloppe immédiate de l'organe auditif^ et participe surtout à la formation de la cavité crânienne. Elle reste toujours unie avec la portion squameuse par une suture seulement , et , chez les Cétacés , elle se détache complètement des os crâniens, pour se souder avec l'os du tympan en une pièce roulée en cornet, quipend sous la surface du crâne. Dans les Chauve-souris aussi l'union esttoujour fort peu intime entre les autres os du crâne et cet os qu'entoure extérieurement l'os vésiculeux du tympan , et qui se fait remarquer ici surtout par la forme de coquille univalve que lui imprime le Limaçon.
2°. La portion ttjmpanique n'existait point encore comme telle dans les classes précédentes. Elle se développe aux dépens du segment postérieur de la première intercôte. Elle se prolonge extérieurement en un conduit auditif osseux , dans les Rmuinants^ les Chevaux , les Lièvres , les Cochons ; mais , chez d'autres Mammifères , tels que le Chien, le Chat et le Rat , elle tient lieu de ce conduit. C'est à elle que , chez tous les Mammifères auriculés , s'attache la lame cartilagineuse roulée en cornet de l'oreille externe , sur laquelle nous reviendrons encore en traitant de l'organe auditif , et dont nous ne parlons ici que pour faire remarquer qu'elle est
l'analogue de l'opercitle des Poissons (1). Du reste , en sa qualité de côte , la portion tympanique ne concourt naturellement point à la formation de la cavité crânienne , et elle apparaît d'abord sous la forme d'un os annulaire , absolument comme l'os annulaire du fœtus humain. Cette portion tympanique tantôt renferme une grande cavité unique, qui contribue à agrandir la caisse du tympan {buUaossea), tantôt est remplie d'une multitude de cellules qui correspondent alors aux cellules de l'apophyse mastoïde de l'homme. Le premier cas a lieu dans les Rats , les Chauve-souris , les Chats (pi. xvni, fig. ix, 1 g), les Chiens, etc. ; et le second dans les Ongulés surtout (fig. m, ig).
3°. V apophyse %ygomatique , avec la cavité articulaire située au-dessous d'elle , représente la première intercôte antérieure. Elle est par conséquent l'analogue de l'os carré. Son développement suit en général celui de la seconde intercôte (os zygomatique) , ordinairement unie avec elle ( si ce n'est , par exemple , dans le Paresseux) , de sorte qu'elle est très-faible , dans les Fourmiliers entre autres , tandis que , chez les Carnivores , elle est forte et munie d'une fosse articulaire profonde ( quelquefois fort étroite , comme dans les Rats , les Martres , les Loutres ) , et que , chez les Ruminants, elle est courte et pourvue d'une cavité articulaire fort peu profonde. Mais toujours cette portion, dans laquelle se révèle si l3ien le type des côtes , est soudée de la manière la plus intime avec la portion squameuse.
4". La portion squameuse , ou portion supérieure de l'arc de cette vertèbre fragmentaire , concourt généralement moins à la formation de la cavité crânienne chez les Mammifères que chez l'homme. Elle s'applique extérieurement aux grandes ailes du sphénoïde et au pariétal , de manière que , dans le crâne d'une Jeune Brebis , par exemple , on peut l'enlever en entier sans pour cela pratiquer la moindre ouverture à la cavité crânienne. Chez les Rongeurs , au contraire , elle s'insinue si avant entre ces os , qu'elle les sépare entièrement l'un de l'autre , et qu'elle semble alors devenir partie intégrante de la seconde vertèbre crânienne.
(1) Son enroulement s'explique par la structure de la côte roulée sur elle-même de l'aimeau tympanique.
Quant à ce qui concerne l'os Mcmmien, ou la lame tectrice de la vertèbre auditive , cet os est le même que celui qu'on rencontre assez souvent comme anomalie chez l'homme. Situé entre la portion squameuse de l'os occipital et les os pariétaux , c'est surtout dans la Soilris qu'il a le caractère de lame tectrice d'une vertèbre , puisqu'il est situé en travers et sépare assez bien le pariétal tout entier de l'occipital (pi. xvm, fig. xxni, 1 e). Du reste , on le rencontre dans un très-grand nombre de genres , chez la plupart des Rongeurs, les Ruminants, les Chevaux , etc. Il est le plus ordinairement triangulaire (par exemple dans le Chat). Quelquefois aussi il est divisé en deux pièces. Quand on ne l'aperçoit pas , il est soudé avec la portion squameuse de l'occipital.
La seconde vertèbre crânienne ^ ou vertèbre centricipitale , est très-manifestement composée du sphénoïde postérieur , des grandes ailes sphénoïdales et des os pariétaux , dont l'ensemble représente l'arc vertébral (pi. xviii, fig. ni, n a , nb, n c).
Ces diverses pièces , qui , même chez l'homme ;, ne sont point toutes soudées ensemble, demeurent sensiblement et longtemps distinctes chez la plupart des Mammifères. Ainsi , par exemple , dans le crâne d'un Bélier adulte , d'un Chien et d'un Lièvre , j'aperçois le corps postérieur du sphénoïde parfaitement séparé de l'antérieur , tandis que , dans les deux premiers , ils est soudé avec la portion basilaire de l'os occipital. Les pièces du sphénoïde restent long temps séparées dans les Céa tacés surtout (pi. xvni, fig. viii) , de même que chez les Phoques , où elles sont aussi larges et aussi minces que le corps vertébral de l'occipital ; le sphénoïde antérieur est même percé comme ce dernier , mais d'une seule ouverture.
On trouve ordinairement les os pariétaux soudés en une seule pièce dans les Rongeurs , les Ruminants et les Solipèdes , tandis que , dans les Cétacés , ils n'arrivent point même à se rencontrer, mais restent séparés par la portion squameuse de l'os occipital et de l'intervcrtèbre (fig. viii , ii c). On doit en outre considérer comme une particularité remarquable des os pariétaux , que , chez plusieurs Mammifères (par exemple dans les Chats , les
SQUELETTE
Phoques, les Lamantins, les Martres, les Ours , rOryctérope , et même , suivant Bluuienbach, dans le Cercopithccus paniscus) , ils envoient dans Tintérieur du crâne une lame osseuse naissant de leur bord postérieur, qui forme une tente du cervelet pai'faitement ossifiée , et qui par conséquent établit une séparation bien prononcée entre la cavité de la première vertèbre crânienne et celle de la seconde. On trouve aussi , dans les Chiens et les Chevaux, une tente cérébelleuse analogue, mais qui ne consiste néanmoins qu'en une lame osseuse supérieure et deux latérales. Du reste , ici également , ces trois lames ne naissent point de la seconde vertèbre seule (les latérales appartiennent aux grandes ailes sphénoïdales , d'où part une lame saillante qui s'insère le long du rocher ) , mais elles procèdent encore , en ce qui concerne la lame moyenne , de l'intervertèbre , c'est-à-dire de l'os wormien (2).
Les os pariétaux ne se soudent jamais complètement avec les grandes ailes sphénoïdales , que d'ailleurs je trouve fort petites chez les Mammifères dont les pariétaux se soudent en une seule pièce.
La seconde intervertèbre ^ dont l'homme offre quelquefois un vestige dans un os wormien occupant la grande fontanelle , n'a ordinairement qu'une existence virtuelle {poienlià). Cependant, d'après la découverte de Ruppel (J) , la Girafe offre un exemple de développement , dans la suture coronale , d'une paire de lames tectrices ou d'os wormiens, qui portent les cornes postérieures (en quelque sorte comme des apophyses épineuses libres). Un Paresseux tridactyle de Surinam me présente également un os wormien unique dans la grande fontanelle.
La troisième vertèbre crânienne , ou la sincipitale , est formée par le corps antérieur du sphénoïde , les ailes sphénoïdales antérieures , ou petites ailes , et les os frontaux (pi. xvni , fig. m, m a, ni b, m c).
Relativement au corps antérieur du sphé-
(1) Cependant les lames latérales de la tenle osseuse me paraissent , dans le Cheval, appartenir davantage aux rochers, attendu qu'elles sont séparées des ailes sphénoïdales par un vide.
(2) Atlas sur Reise in noerdlichen Afrika, Zoologie, cah. lU.pas. 24.
noïde^ie ferai remarquer , comme une chose non ordinaire , que sa largeur diminue beaucoup dans le Lièvre et le Cochon d'Inde (moins dans les autres Rongeurs) , ce qui fait que les trous optiques , dans l'intérieur du crâne , apparaissent sous la forme d'une ouverture unique , et que l'os lui-même se rapproche manifestement de la pointe sphénoïdale des Oiseaux et même des Poissons.
A l'égard des ailes sphénoïdales antérieures, elles ont fréquemment des dimensions égales à celles des postérieures (par exemple dans le Lièvre ) , mais ailleurs aussi elles les dépassent du double (par exemple dans la Brebis ) , et chez d'autres Mammifères , enfin , elles sont , comme chez l'homme , beaucoup plus petites ( par exemple dans le Chat et le Chien).
Les os frontaux ont une grande importance pour la forme générale du crâne. Dans la plupart des Mammifères ( Rongeurs , Ruminants , Solipèdes , Carnivores et plusieurs Pinnipèdes ) , ils sont , pendant très-longtemps ^ ou même toujours , séparés par une suture ( pi. xvui , fig. v , ni c ) , tandis que , dans le Rhinocéros , l'Eléphant, les Chauvesouris et les Singes , ils se soudent de trèsbonne hernie ensemble. Plus l'os frontal entier devient large , arrondi et voûté , plus sa situation est perpendiculaire par rapport aux os de la face, et plus aussi la forme du crâne s'ennoblit , plus elle se rapproche de celle de l'homme. Plus , au contraire, il fuit en arrière, et couvre le crâne d'une calotte plate , comme dans les Rongeurs , les Martres , les Chiens, les Cochons , plus il descend bas entre les orbites et les écarte l'une de l'autre , en les rejetant de côté , plus aussi la forme du crâne se rapproche de celle des classes précédentes , ce qui a lieu également lorsque l'os frontal descend jusqu'au dessous de l'os occipital, par l'os wormien duquel il est tenu écarté , comme dans les Baleines et les Dauphins (pi. xvm , fig. vni , m c).
On doit remarquer, en outre , l'ampleur considérable des sinus frontaux dans les Chiens , les Loups , les Porc-épics (3) , les Paresseux , les Brebis (4) (pi. xviii , fig. xiv . b) , le Tau-
(3) Je les trouve surtout d'une ampleur extraordinaire dans VHystrix insidiosa.
(4) Ces sinus ne se développent, comme les os longs, que quand le corps entier a pris un accroissement corn-
reaii , le Cheval , etc. , mais plus que partout ailleurs clans rÉIéphant. Ces sinus manquent, au contraire, suivant Cuvier , clans les Chauvesouris (1), le Blaireau, les Rats, les Ecureuils , les Fourmiliers , l'Hippopotame , le Rhinocéros , etc.
Enfin l'os frontal offre encore , chez beaucoup de Mammifères , une particularité consistant en des excroissances singulières dont il est pourvu , parmi lesquelles se rangent , tant les cornes revêtues de matière cornée des Brebis , des Chèvres et des Bœufs , que la postérieure des deux cornes entièrement formées de substance cornée du Rhinocéros bicorne , et enfin le bois des Cerfs.
Parmi ces diverses excroissances , les dernières , ou les bois , n'ont pour base qu'une courte et solide apophyse osseuse de l'os frontal , qu'on appelle couronne , et sur laquelle le bois se développe , comme l'on sait , chaque année , par l'effet d'un travail extrêmement remarcpiabîe. La substance du bois diiîère beaucoup de celle des os , à cause de la matière cornée qui s'y trouve mêlée , et cpii annonce que ces productions appartiennent en partie au dermatoscpielette. Voici quelle est à peu près l'histoire de leur formation (2) .
Dès que les testicules commencent à enfler, au mois de mai , les branches de l'artère carotide externe cpii vont à la région de la couronne , se dilatent ; un surcroît d'activité vasculaire , une sorte d'inflammation , se minifeste à la surface de cette couronne , et fait tomber les vieux bois , comme quand une ])artie gangrenée se détache des chairs vives. Bientôt apparaît au même endroit une tumeur molle et abondamment pourvue de sang , d'où
plet. Aussi sont-ils encore très-petits dans le crâne des jeunes Brebis , où ils ne s'aperçoivent qu'à la partie la plus inférieure de l'os frontal , et où je reconnais en même temps que la table interne du crâne s'est développée avant l'externe, à tel point même que cette dernière offre encore une ouverture considérable à la région de la racine du nez. On sait que des larves d'Oesfrws ovis se rencontrent fréquemment dans les sinus frontaux des Moutons. Quelques personnes pensent qu'elles s'y sont introduites par cette ouverture , après avoir percé la peau du jeune animal.
(1) Cependant j'ai aperçu dans le crâne d'une grande Chauve-souris (jirobablement le Vespertiiio noclula) des sinus frontaux bien manifestes , quoique peu amples.
(2) Voyez surtout, à ce sujet. Home, Lectures on comparative analomy, pag. G7.
pousse peu à peu le bois. Celui-ci est d'abord mou, couvert d'ime peau vasculeuse et velue, qui se détache par la suite ; mais chaque nouveau bois est toujours plus grand f|ue les précédents , et il s'endurcit peu à peu par des dépôts de matière terreuse , de sorte que son entier développement coïncide presque avec celui des testicules (3).
Cette sympathie remar cfuable entre les tes- ^ ticules et les bois va si loin , cpie , quand on enlève les premiers avant que ceux-ci commencent à se former , ils ne croissent pins , et que quand la castration a lieu pendant le développement , ils tombent , mais repoussent plus petits , et persistent ensuite , durant toute la vie , sans jamais durcir complètement.
La chute périodique des bois et leur sympathie avec les testicules les rapprochent évidemment d'autres parties du dermatosquelette , par exemple des poils , parmi lesquels ceux de la barbe et du pubis jouissent à peu près de ces deux propriétés, même chez l'homme.
Quant à ce qui concerne les cornes proprement dites , elles se comportent autrement que les bois. Elles consistent en une grande broche osseuse, qui s'élève de l'os frontal ^ dans l'intérieur de laquelle se prolongent même ordinairement les sinus frontaux (4) , et qui n'est revêtue qu'à l'extérieur d'une gaîne cornée. Elles ne sont point sujettes à tomber. Les petites cornes de la Girafe font évidemment , par l'épiderme velu qui les recouvre toujours , le passage des cornes proprement dites aux bois.
Il n'y a non plus que peu de parties d'une troisième interverîèbre qui se soient développées. Cependant les fragments de cette vertèbre commencent à se bien prononcer partout sous la fornie des deux moitiés de la lame cribleuse , et (parce cpi'à partir de cette classe le canal vertébral se divise) sous celle d'apophyse cristagalH, ou de larae de séparation. L'os de la corne médiane de la Girafe mâle nous
(3) La rapidité de ce développement est surtout remar<juable, suivant Blumenbach [Handbuch der verf/leichenden Ânatomie, Gœttingue, 1024, in-S", p. 34), car un bois pesant vingt-huit livres peut se développer dans l'espace de dix semaines.
(4) Les cornes des Antilopes ne sont pas creuses, à ce qu'on assure ; cependant Blumenbach les a trouvées telles dans V Antilope hubalis. (Loc. cit.)
offre même une pièce squameuse , représentée par une lame tectrice , constituant un os wormien à l'extrémité de la suture frontale. Dans les Cétacés , une plaque qui demeure longtemps cartilagineuse et qui indique cette intervertèbre , ferme complètement ici la cavité crânienne ( pi. xvni , fig-. vni, 3 a b ). Du reste , chez la plupart des Mammifères , la lame cribleuse estproportionnellementplus grande que chez l'homme. Si donc les classes précédentes nous ont ordinairement offert la cavité crânienne ouverte en avant, pour livrer passage aux nerfs olfactifs , en sorte que l'os olfactif s'y montrait seulement comme lame perpendiculaire ^ ou comme anneau , ici cet os commence à devenir un véritable os eihmoïde ; il bouche par sa lame cribleuse ( 1 ) l'ouverture antérieure du crâne , opposée au trou occipital , termine simultanément en devant la cavité de la vertèbre crânienne antérieure, et ne permet plus la sortie que des filets isolés les uns des antres du nerf olfactif.
Les autres portions de l'os ethm oïde , avec le vomer et les os propres du nez , forment la quatrième vertèbre céphalique ^séparée en deux par la lame médiane de l'ethmoïde.
Les lames latérales ( laminœ papyraceœ ) ne sont ordinairement pas développées du tout dans les Mammifères , à l'exception des Singes.
Les cellules ethmoïdales se font remarquer d'un côté par leur ampleur proportionnellement très-considérable ( surtout dans les Carnivores et lesRuminants, pi. xvni , fig. ni, iv b) et leur forme tubuleuse particulière , de l'autre par leur peu de développement ( comme dans les Singes , par exemple ^ où cet efîet lient au rapprochement des orbites , qui se touchent ). Elles manquent tout à fait dans les Cétacés, le Dauphin, par exemple.
Les lames tectrices de la vertèbre , ou les 05 propres du nez , sont plus petites que partout ailleurs chez les plus gros animaux de cette classe , les Cétacés. Dans le Dauphin , elles concourent encore d'une manière fort remarquable à la formation de la cavité crânienne (pi. xvni fig. vm, IV c). Dans les Baleines , elles sont oblongues et petites ; mais leur situation s'écarte moins de celle qu'elles
(1) Cependant cette lame s'ossifie plus tard que d'autres os , précisément parce que c'est 'une pièce qui apparaît tard dans la série du régne animal.
affectent ordinairement (2). Ceux des autres Mammifères chez lesquels elles offrent ensuite les plus petites dimensions sont les Singes (fig. u, IV c), où elles sont fréquemment soudées en un os simple , ayant la forme d'un triangle allongé. On les trouve à peu près de même dans les Chauve-souris. Elles restent fort petites dans l'Eléphant , où le grand développement de la région maxillaire les retient dans des proportions exiguës (fig. xvi , iv c). Mais elles deviennent grandes , au contaire , lorsqu'une distance considérable sépare les deux orbites l'une de l'autre , comme chez les Ongulés ( fig. m , iv c) , les autres Pachydermes et les Rongeurs (fig. v , iv c ).
Quant au corps de la vertèbre , ou au vomer, sou développement paraît suivre surtout celui des corps du sphénoïde , car , étant la continuation et la terminaison osseuse de cette colonne vertébrale , il se développe davantage là où les corps du sphénoïde sont encore volumineux , et moins là où eux-mêmes s'amincissent déjà en un os terminal. C'est pourquoi je ne le trouve pas plus développé chez le Cochon d'Inde , dont le sphénoïde antérieur kn-même devient un osselet long et mince , que dans le crâne d'un jeiinQ Jiydrochœrus capybara; il l'est, au contraire, beaucoup chez le Lièvre , où ses lames latérales horizontales supérieures figurent manifestement des portions d'arcs costiformes , qui pourraient représenter en quelque sorte les lames supérieures des côtes palatines.
Le vomer est surtout très-développé dans les Cétacés, où sa partie antérieure s'étend jusqu'à la surface palatine , entre les pièces de l'intermàchoire (pi. xvnî, fig. ui, iv , a). Chez les Carnivores et les Singes , il ressemble davantage à ce qu'il est chez l'homme. Je le trouve remarquable dans l'Aï, en ce qu'il forme une continuation tout à fait horizontale de la colonne vertébrale crâîiienne , et parce qu'il s'y attache en devant des arcs costiformes , qui semblent indiquer le commencement de la cinquième vertèbre céphalique»
La cinquième et la sixième vertèbre céphalique ne sont en grande partie développées qu'à l'état cartilagineux , et on les trouve in-
(2) Voyez les figures des crânes de trois espèces dans Brandi et Ratzebckg , Besckreibung arzneilicher Thiere , Berlin , 1G23-1B3!, in-4". tom. I , pi. xvi.
diquées par les cartilages qui enveloppent l'extrémité des conduits nasaux.
Les seules pièces osseuses qui appartiennent à la cinquième vertèbre sont les arcs latéraux roulés sur eux-mêmes , ou les cornets du nez, qui sont très-grands, en forme de cornets et percés de petits trous dans les Ongulés ( pi. xvni , fig. ni , V , b ) , ont une structure plus compliquée dans les Carnivores et les Rongeurs , et manquent tout à fait dans les Cétacés. Il est rare qu'on rencontre en outre des rudiments de lames tectrices , constituant des os nasaux antérieurs , comme dans l'Aï.
En fait de pièces osseuses appartenant à la sixième vertèbre , on peut citer les os du boutoir, qu'on ne rencontre que quand cette portion cartilagineuse du canal vertébral se prolonge en une trompe ( sorte de queue renversée). Ces os se voient dans le Cochon , où ils représentent deux lames tectrices soudées d'une vertèbre , qui se développent dans la direction de la ligne ponctuée au-dessus de VI c , fig. III , sous la forme de pièces osseuses raides et roulées de haut en bas.
Autant les vertèbres proprement dites ( deutovertèbres ) sont peu développées dans cette région de la face , autant les arcs costaux ou protovertèbres le sont beaucoup.
Nous allons les examiner d'avant en arrière.
De même que dans les classes précédentes, les deux paires de côtes les plus antérieures sont représentées ici par les os intermaxillaires et les os maxillaires supérieurs.
Les Mammifères chez lesquels la forme de ces deux os se rapproche le plus de celle qu'ils affectaient dans les animaux précédents, sont , d'une part , les Cétacés , tels que les Dauphins , où ils s'étendent en un long bec pointu , garni de petites dents ( pi. xviii , fig. VI ), de l'autre, l'Ornithorliynque , où ils se convertissent en un large bec (pi. xvii , fig. vu) , les Fourmiliers , etc. Dans les autres Mammifères , ils se rapprochent déjà davantage du type humain, mais de telle sorte néanmoins qu'ordinairement l'apophyse nasale de l'os maxillaire supérieur a une largeur considérable , et que , par conséquent , cette apophyse devient , avec l'intermâchoire , la cause principale de la saillie plus considérable des os de la face en avant du crâne. Chez le Lièvre , toute cette large apophyse de l'os
maxillaire supérieur est percée à jour comme un réseau (1).
V intermâchoire ( pi. xviii , fig. m , vi g ) consiste toujours en deux moitiés latérales , j et ses prolongements nasaux médians , qui i séparaient les narines chez l'oiseau , ont disparu , tandis que les apophyses palatines , tournées en dedans , entre les trous incisifs , ont fréquemment (surtout chez les Ongulés), une longueur considérable. Du reste , cet os contient ordinairement les dents incisives supérieures (2) ; et , lorsque celles-ci viennent à manquer , comme , par exemple , dans la Brebis, le Bœuf, le Paresseux, etc. , il est extrêmement faible , tandis que , quand elles ont de grandes dimensions , comme dans les Rongeurs , l'Éléphant ( pi. xviii , fig. xvi , VI g ) et le Dugong , il a également une force remarquable. Je trouve les deux moitiés latérales de l'intermâchoire toujours séparées dans les Vespertilio murinus (pi. xviii, fig. i ), où les cavités orale et nasale ne sont point séparées par des os (3) . Fischer n'a point aperçu l'intermâchoire , non plus que les dents incisives supérieures , dans le Vesj)ertilio ferrum equinum (4) , et suivant Geoffroy Saint -Hilaire , elle est mobile chez d'autres Chéiroptères (iVî/c^ens) (5). On indique l'intermâchoire de l'Ornithorhynque comme se partageant , de chaque côté , en deux fragments , l'un interne et l'autre externe ( fig. vu , vi g' , VI g ) ; mais il me paraît plus probable que le petit os médian en forme de lyre doit être considéré comme rudiment de la sixième vertèbre faciale. L'intermâchoire ne constitue
(1) Nous parlerons de l'apophyse zygomatique de l'os maxillaire supérieur et de celle du temporal en traitant de l'os zygomatique.
(2) Ces dents varient cependant beaucoup pour la forme et la situation. Ainsi , par exemple , dans le Hérisson, chaque moitié de l'intermâchoire contient trois dents , placées l'une derrière l'autre , et dont l'antérieure a l'apparence d'une canine. Du reste, cette dent, de même que les deux autres, est située sur la même ligne que les molaires , et même la forme des deux postérieures ressemblent beaucoup à celle des dents l:)icuspidées.
(3) De là résulte une conformation de la mâchoire supérieure parfaitement seuiblable au bec de lièvre dans les monstruosités humaines.
(4) Ueber die verschiedenen Formen des Intermaxillarknochens in verschiedenen Thiere. Léipzick, I«00, in-O".
(5) Annales du Muséum d'histoire naturelle , vol. XX.pag. 12.
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non plus , dans les Fourmiliers , que deux petits os annexés aux maxillaires supérieurs , qui sont longs et tubuleux (pi. xvni , fig. xv, VI s). Elle est également fort petite dans les Paresseux. Du reste , dans aucun Mammifère, le Morse excepté , suivant Meckel, l'intermâchoire ne forme d'épine nasale , qu'on trouve déjcà très-prononcée , au contraire , dans le fœtus humain (1).
A la rencontre des os intermaxillaires et maxillaires supérieurs , il existe , chez la plupart des Mammifères , des trous incisifs ou palatins considérables (2) , qui sont surtout très-grands dans les Rongeurs et les Ruminants.
Les arcs costaux de la quatrième vertèbre céliïmlique, ou\e9>ospalatins^ occupent bien ordinairement lamêmeplacechezles Mammifères que chez l'homme ; mais l'augmentation générale du volume de l'os maxillaire supérieur fait cependant que leur portion palatine se trouve étendue davantage dans le sens de la longueur (pi. xvni , fig. ni, iv g ). C'est ce qu'on observe, par exemple , chez la Rrebis , le Chevreuil , le Castor , le Cochon et le Chien. Mais il leur arrive aussi , chez d'autres Mammifères , tels que les Gerboises et les Lièvres , d'être d'une étroitesse extraordinaire dans leur branche palatine , par le moyen de laquelle ils se ferment des deux côtés.
On trouve ensuite les analogues des os palatins moyens et postérieurs des Reptiles et des Oiseaux, ou la troisième et la. seconde paire de côtes céphalicjiies , qui sont ordinairement soudées avec les corps du sphénoïde, et portent alors les noms d'apophyses ptérygoides. Cependant, chez la plupart des Mammifères , la troisième côte , ou l'aile ptérygoïdienne
(1) Ce fut un des travaux anatomiquf;s favoris de Goethe que de démontrer l'existence de l 'intermâchoire chez l'homme lui-même ; et , parvenu déjà à un âge avancé , il a encore reproduit les recherches de sa jeunesse dans un mémoire inséré parmi les ISova act. nat. cur. tora. XV.
(2) Ces trous paraissent être une répétition des conduits nasaux qui , chez les Reptiles , s'ouvrent souvent dans la cavité de la bouche, immédiatement derrière le hord antérieur de la mâchoire supérieure (§184, 191). Suivant Jacohson , on pourrait admettre ici un organe particulier pour l'instinct qui dirige l'animal dans le choix de sa nourriture. Voyez un rapport à ce sujet dans le XVIII«^ volume des Annales du Muséum d'histoire naturelle. Voyez aussi plus loin le chapitre des Sens.
interne , forme très-distinctement encore un os à part , comme dans le fœtus humain (pi. xvni, fig. m, m g). Ces os sont même mobiles dans l'Ornithorhynqne (pi. xvii, fig. vu, m g). Ils se voient surtout très-bien dans le Chien et le Chevreuil, oii l'aile ptérygoïdienne externe n'existe pas ; mais on les aperçoit moins dans plusieurs Singes , où cette dernière a pris de grandes dimensions. Le crochet ptérygoïdien a une forme remarquable dans le Castor ^ où son extrémité se soude avec l'os du tympan , d'où résulte une ouverture ovalaire ( trou ptérygoïdien ) . De tous les Mammifères , les Myrmecophaga jubata et tetrcidactyla sont ceux chez lesquels les côtes dont nous parlons se comportent de la manière la plus anomale , car elles se réunissent inférieurement ; comme de véritables côtes ^ en un arc fermé ( fig. xv , m g ) , et représentent ainsi parfaitement une seconde paire d'os palatins ordinaires (3). Dans le Mtjrmecophaga didactyla , elles forment , sans se fermer , le commencement d'une gouttière qui marche sous le crâne , entourée en arrière par la crête étroite des ailes ptérygoïdiennes externes ( ou seconde paire de côtes ).
A l'égard des os analogues aux palatins postérieurs des Oiseaux, ou aux os omoïdes (seconde paire de côtes céphaliques) , ce sont les moins développés de tous , et ils paraissent ne former presque partout que des prolongements tantôt plus et tantôt moins sensibles du sphénoïde postérieur ( pi. xvni , fig. ni , n g).
Quant à ce qui regarde enfin les intercôtes du squelette de la tête , l'os carré, \os zygomaticiue et l'os lacnjmal , nous avons déjà parlé de la métamorphose du premier en portions de l'os temporal ( § 286 ) , c'est pourquoi il ne nous reste plus qu'à traiter des deux autres.
Nous devons d'abord faire remarquer la grande influence qu'exerce sur la préhension des aliments , et principalement sur le mode de mastication , Varc zygomatique , qui est formé en partie par l'os zygomatique , en partie par les apophyses zygomatiques de l'os maxillaire supérieur et de l'os temporal , mais quij dans les Fourmiliers , les Paresseux , les
(3) La même chose a lieu aussi dans le Physetermacrocephalus, d'après une figure de Cuvier {Recherches sur les ossements fossiles).
Tanrecs , les Musaraignes , demeure non fermé , ou n'est complété tout au plus que par un cartilage. L'os zygoraatique manque entièrement dans le genre Manis. Chez les Paresseux , il est séparé du temporal , et se fait remarquer par une forte apophyse descendante. Ddin?,\e3ïegatherium, cette apophyse est plus longue encore , et l'arc zygomatique fermé. L'arc zygomatique filiforme de la Taupe , de la Chauve-souris et de la plupart des Rongeurs , rappelle la forme que l'os zygomatique affecte chez les Oiseaux , où il est mince, long et assez droit. Dans plusieurs genres de^ Rongeurs , par exemple chez les Rats , les Ecureuils , et principalement les Cochons d'Inde , l'os zygomatique proprement dit ne fait que la plus petite partie de l'arc zygomatique , lequel est presque entièrement produit par l'apophyse malaire de l'os maxillaire supérieur , et cette apophyse résulte du concours de deux branches laissant entre elles ime ouverture considérable, dans laquelle s'insère un muscle. Cette ouverture manque chez le Castor (pi. xviii , fig. v. 2 g), mais l'os zygomatique est plus large et plus grand. L'arc zygomatique devient beaucoup plus fort , au contraire , dans les Carnivores ( Chien , Chat , Lion ) , et ici l'apophyse zygomatique de l'os maxillaire supérieur disparaît presque entièrement , parce que l'os zygomatique se prolonge beaucoup en avant. Cependant l'orbite n'est encore jamais séparée par rien de la fosse temporale (1). L'arc zygomatique se comporte d'une manière analogue chez plusieurs Amphibies , par exemple chez le Morse.
L'arc zygomatique est , en général , plus court chez les Mammifères ongulés. Il a plus de largeur , à la vérité , dans le Cochon , le Tapir et le Rhinocéros , mais il ne s'unit cependant point encore avec l'os frontal. Cette réunion a lieu chez les Ruminants et les Solipèdes ; mais la cavité orbitaire n'en est pour cela séparée de la fosse temporale qu'à l'extérieur, et la communication entre elles deux continue toujours à exister intérieurement (pi. xvni, fig. XI , 2 g) , parce que l'os zygomatique ne se joint point en même temps
(1) Si ce n'est, d'après Meckel , dans l'Icbneumon, où l'apophyse zygomatique de l'os frontal et l'apopliyse frontale de l'os zygomatique se réunissent comme dans les Ruminants'
avec le sphénoïde. Ce dernier cas n'arrive que chez les Singes (pi. xvni , fig. ii , 2 g), où les deux cavités sont par conséquent séparées l'une de l'autre , comme chez l'homme.
Quant à la courbure de l'arc zygomatique en dehors , elle est proportionnée à la force du muscle temporal. Ainsi , par exemple , elle est extrêmement considérable dans le Rat , le Castor , le Chien , le Chat , et moins prononcée dans les Mammifères ongulés.
L'arc zygomatique est même tout à fait droit dans la Taupe, ainsi que, d'après Cuvier, dans rOryctérope et chez les Cétacés.
Enfin la courbure de l'arc zygomatique vers le haut ou vers le bas a de l'importance aussi pour l'action des muscles masticateurs. En effet , les arcs zygomatiques droits , dont il vient d'être parlé , fournissent un point d'appui moins solide à ces derniers , que ceux qui décrivent une grande courbure de bas en haut , comme chez les Carnivores. La courbure de haut en bas , qu'on voit chez les Rongeurs , les Pachydermes et le Dugong , serait plus défavorable encore à l'action des muscles masticateurs , si elle ne se trouvait compensée , chez plusieurs de ces animaux , par une force plus considérable de l'arc luimême.
A l'égard de la troisième intercôie ou de l'os lacrymal , elle se fait remarquer , chez les Dauphins , par sa soudure avec l'os zygomatique (2). Elle a la même forme , mais sans être soudée avec l'os de la pommette , chez les Baleines , d'après Meckel. Au contraire , elle manque chez les Phoques. Dans les Mammifères à sabots ( par exemple la Brebis et le Cochon ) , elle s'étend fort loin vers la région maxillaire , et quelquefois , comme dans les Ruminants , il s'y développe des fosses profondes ( larmiers ) , destinées à loger des glandes sébacées. L'Eléphant n'est pas non plus privé d'os lacrymal ( pi. xvni , fig. xvi ,
Il ne nous reste plus maintenant à parler que des membres céphaliques des Mammifères. Jamais il n'y en a qu'une seule paire qui soit ossifiée , la mâchoire inférieure , et
(2) Voyez mes Tabulœ illustrantes , cah. II, pi. vui, fig. II, 3 s.
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celle-là est toujours soudée en arc. Quant à l'autre paire , qui est cartilagineuse , et qui forme le pavillon de l'oreille , analogue de l'opercule des Poissons , il en a déjà été question précédemment (S 286).
De même que les autres os de la face , la mâchoire inférieure est soumise à des modifications extrêmement nombreuses. Cependant il est digne de remarque que , chez les Mammifères , elle s'articule aussi généralement au moyen d'un condyle , qu'elle le faisait précédemment à l'aide d'une cavité glénoïde recevant un condyle de l'os temporal. L'absence de la branche ascendante , chez les Mammifères édentés , tant chez les Cétacés ( pi. xvn , fig. Yi, I h) , que chez les Fourmiliers, les Pangolins et l'Ornithorhynque , rapproche sa forme de celle qu'elle offre entre autres dans les Reptiles. Chez les premiers , par exemple dans la Baleine , elle ressemble à deux énormes côtes réunies par les bouts , et sur lesquelles on n'aperçoit encore aucune trace , ni d'apophyse coronoïde , ni de branche ascendante , de même que chez les animaux des classes inférieures. Le condyle se porte , aussi bien que dans le Dauphin , presque directement en arrière , et , au dire de Home , il tient au crâne par des moyens fort peu ordinaires , par un simple tissu cellulaire , abondant et spongieux , qui est rempli d'huile. Un fait remarquable , c'est que les deux branches de la mâchoire du Delphinus gangeticus et du Cachalot se juxtaposent immédiatement ou s'accolent à leur partie antérieure , de sorte que , sur une étendue souvent assez considérable (1) , les deux rangées de dents ont l'air d'être implantées à côté Tune de l'autre , dans un même os. Cependant, la branche ascendante et l'apophyse coronoïde commencent déjà à se développer dans les Amphibies, le Dugong, par exemple, et on les retrouve ensuite partout, mais très-diversifiées. Ainsi, chez quelques Rongeurs ( Lièvre , Cochon d'Inde), l'apophyse coronoïde est très-petite (2) , et dans d'autres (Rat, Écureuil) , elle a des dimensions considérables. Chez tous ces animaux , de même que dans quel-
(1) G. Cuvieh, Recherches sur les ossements fossiles, pi. XXIV. — Brandt et Ratzebcrg , Arzneiliche Thiere , 1. 1 , pi. xin , fig. S.
(2) Dans le Coclion d'Inde , elle figure une petite crête osseuse située en dehors, près des dents molaires.
ques Musaraignes ( pî. xviii , fig. xii ^ i h') , on observe , derrière le condyle , une seconde apophyse , semblable à celle qu'on trouve dans les Oiseaux et plusieurs Reptiles : nous l'appellerons apophyse coronoïde postérieure; les muscles abaisseurs de la mâchoire y prennent leur insertion. La mâchoire inférieure pouvant être comparée, dès qu'elle a une branche ascendante , à un membre thoracique composé d'un bras et d'un avant-bras, on voit sans peine que cette seconde apophyse coronoïde doit être mise en parallèle avec l'olécrane. Au reste , le condyle lui-même est aplati et dirigé d'arrière en avant. La branche ascendante a souvent une hauteur considérable , comme , par exemple , dans le Lièvre.
Chez les Carnivores , le condyle de la mâchoire est placé en travers , et l'apophyse coronoïde antérieure ordinairement plus développée que la postérieure (3) , à cause de la force plus considérable des muscles masticateurs. L'articulation est ordinairement plus forte aussi , attendu que le condyle , de forme cylindrique, s'engrène tellement dans une fossette de l'os temporal , que , même après la destruction des ligaments , la mâchoire inférieure demeure adhérente au crâne. C'est ce qui arrive dans la Martre , et surtout , d'après Home, dans la Loutre du Kamtschatka.
Chez les Cochons , le Tapir et le Rhinocéros , la branche ascendante de la mâchoire inférieure est plus haute que chez les Carnivores , mais il n'y a pas non plus le moindre vestige d'apophyse coronoïde postérieure , et le condyle est également transversal , mais plus sphérique cependant. Le même état de choses , à peu près , a lieu dans le Cheval (pi. xvni , fig. IX ). Chez les Ruminants , au contraire , le condyle est extrêmement plat ; et comme la mâchoire inférieure est en même temps beaucoup plus étroite que la supérieure , ces deux dispositions contribuent par leur réunion à établir la possibilité du mouvement latéral qui est nécessaire pour la mastication du fourrage chez les Ruminants.
La mâchoire inférieure des Singes ressem-
(3) Cependant les deux apophyses sont également développées dans le Hérisson.