IG
TRAITÉ DANATOMIE COMPARÉE.
ble assez à celle de l'homme ; seulement elle est , comme celle de la plupart des Mammifères , étendue davantage en longueur , et par conséquent elle continae à décrire un angle assez aigu. En même temps, le menton ne fait point encore saillie , comme chez l'homme (pi. xvni , fig. n).
La réunion des deux branches latérales de la mâchoire mérite également de fixer notre attention , sous ce point de vue que , dans un très-grand nombre de genres , par exemple , chez les Carnivores , les Ruminants , les Rongeurs , etc. , elle n'a jamais lieu d'une manière complète , qu'il est encore facile , même à une époque avancée de la vie , de séparer ces deux moitiés l'une de l'autre , comme chez beaucoup de Reptiles et de Poissons , et que par conséquent il persiste ici , pendant toute la vie , un état de choses qui cesse de très-bonne heure chez l'homme.
Si maintenant nous jetons un coup d'œil sur l'ensemble des différentes formes que la tête présente dans la classe des Mammifères ^ nous trouvons que le rapport général des os du crâne aux os de la face est une des premières choses qui méritent de fixer notre attention. Dans les classes précédentes , en effet , le crâne était toujours une partie subordonnée, quant au volume , les mâchoires faisaient une forte saillie, et une ligne tirée du point le plus saillant de l'os frontal à l'extrémité la plus antérieure de la mâchoire supérieure , aurait été trouvée presque parallèle à l'horizon , par exemple dans le Brochet , le Squale , la Grenouille, le Crocodile , le Casoar , etc. (1). Cette prédominance de la face sur le crâne n'est point rare non plus dans les Mammifères , et , pour s'en convaincre , il suffit de comparer la tête d'un Cochon , d'un Cheval , d'un Hippopotame , etc. , avec celle de
(1) Cette ligne est ce qu'on appelle la ligne faciale de Camper. Si l'on en tire simultanément une depuis l'orifice externe du conduit auditif jusqu'au bord inférieur de l'orifice antérieur des fosses nasales , la rencontre de ces deux lignes donne naissance à Vangle facial. Or cet angle est, d'après Cuvier, de 8i5 degrés dans l'Européen adulte , de 70 dans le Nègre , de 76 dans un jeune Orang-outang, de 41 dans le Chien de berger, et de 23 dans le Cheval. Mais on doit certainement préférer à celte méthode et à toutes les autres celle que Cuvier a proposée , et qui consiste à comparer les uns avec les autres les diamètres verticaux du crâne.
l'homme ; mais en même temps on acquiert la persuasion qu'elle n'est qu'un résultat du développement général de l'organisme, et que plus un animal est jeime, plus aussi les mâchoires offrent chez lui le caractère de subordination , que nous ne commençons à rencontrer comme état fixe ou constant qu'en nous élevant jusqu'à l'homme. Cette remarque , qui , au premier aperçu , semble contredire la loi d'évolution établie par Harvey , en est bien au contraire une nouvelle confirmation, puisqu'elle prouve que, comme la colonne vertéljrale en général est la première partie du squelette qui se forme , de même aussi la colonne vertébrale crânienne doit nécessairement se développer , dans la tête , avant ses appendices ou arcs vertébraux antérieurs , les mâchoires.
Meckel (2) a appelé l'attention des anatomistes sur une particularité remarquable du squelette de la tête des Mammifères , qui consiste en ce qu'il règne un défaut de symétrie dans toute la partie antérieure de la tête des Cétacés. Ce défaut est surtout saillant à la région nasale du Cachalot , où la narine gauche est quatre fois plus grande que la droite , de sorte qu'on n'en aperçoit non plus qu'une seule dans les parties molles extérieures , l'os nasal du côté droit étant beaucoup plus grand que celui du côté gauche , etc. (3). L'absence de symétrie est très-prononcée aussi dans le Narwal , où les os maxillaire et intermaxillaire gauches sont beaucoup plus volumineux que ceux du côté droit , et logent ordinaireiTient la seule défense , ou du moins la plus grosse. Enfin , elle s'observe également dans la sur-, face concave du front et de la mâchoire supérieure des Dauphins , dont la moitié droite est bien plus large que la gauche , et la narine du côté droit plus petite que celle du côté opposé. Des écarts si considérables de la symétrie , que le névrosquelette offre en général dans cette classe , sont un souvenir de ce qui a lieu dans celle des Poissons , où le squelette de la tête s'éloigne tant de la symétrie chez les Pleuronectes.
(2) Ânatomisch-physiologische Beobachtungen , Halle 1822 , in-8o, pag. 239. — System der vergleichenden Anatomie , tom. II, P. n, pag. S86.
(3) Brandt et Ratzebubg , Arzneiliche Thiere , tom. I , pi. xiii , fig. II , d'après les Recherches sur les ossements fossiles de G. Cuvier.
SQUELETTE
Quant à la forme totale du crâne des MammifèreS;, sa cavité est ordinairement plus oblongue que sphérique. Quelques Cétacés , par exemple le Dauphin (pi. xvni , fig. vn , vni) , sont les seuls chez lesquels elle ait une forme à peu près sphérique , presque comme dans les Oiseaux. La cavité destinée à loger le cervelet est souvent séparée par des parois osseuses de la grande excavation antérieure , dans laquelle il arrive d'ailleurs fort souvent qu'on aperçoit à peine une distinction entre la fosse moyenne et la fosse antérieure. De même que dans les Oiseaux aussi , la surface interne du crâne de la plupart des Mammifères présente des empreintes très-sensibles des circonvolutions cérébrales , et même dans le Dauphin, ainsi que dans l'Ornithorhynque, les deux hémisphères du cerveau sont encore séparés l'un de l'autre par une faux osseuse , comme dans le Coq de bruyère. Le trou occipital se trouvant ordinairement à la face postérieure , et non à la face inférieure du crâne , la face basilaire interne de ce dernier est aussi presque entièrement horizontale (fig. xn), la selle turcique fait peu de saillie , et les Singes sont les seuls Mammifères chez lesquels on trouve , presque comme chez l'homme, une surface qui du trou occipital s'élève peu à peu jusqu'à cette selle.
Si nous nous attachons à la forme extérieure du crâne, l'attention du lecteur a déjà été portée sur le rapport des diverses sutures les unes à l'égard des autres , et il ne nous reste plus ici qu'à dire que toutes elles s'effacent de très-bonne heure chez l'Eléphant, dont le crâne semble , par conséquent , être formé d'une seule pièce , à l'exception du rocher, qui, suivant Cuvier , demeure toujours un os distinct. Sous ce rapport , nous trouvons encore un rapprochement remarquable avec les Poissons , en ce que toutes les sutures qui persistent chez les Cétacés sont squameuses.
Le crâne des Mammifères , surtout quand on le compare à celui des Oiseaux , présente encore une particularité , c'est que fréquemment sa surface extérieure porte , soit à la suture occipitale , soit aux sutures sagittale et coronale , ou sur leurs côtés , des crêtes considérables , dont les supérieures dépendent de
l'insertion du muscle temporal , tandis que les postérieures sont dues aussi en partie à celle des muscles de la nuque , et qui , par leur saillie, annoncent le degré de force inhérente à ces muscles. Aussi ces crêtes ont-elles surtout une grande étendue dans les Carnivores. En effet, chez les Chiens, les Loups, les Lions , etc. , où les fosses temporales s'étendent jusqu'à la suture sagittale , celle-ci est bordée d'une crête assez élevée dans toute sa longueur (1). Les fosses temporales des Piongeurs et des Paiminants ayant moins de profondeur , et ne se touchant point , les crêtes sont moins élevées aussi chez ces animaux. Enfin les fosses temporales ne se touchent pas non plus dans les Pachydermes , mais elles sont plus profondes , de sorte que les crêtes constituent des arêtes plus aiguës. Il leur arrive souvent aussi d'avoir une force considérable dans les Pinnipèdes (pi. xvni, fig. vu, vni ) , tandis qu'on n'en voit aucune trace chez les Edentés. Du reste , elles ne se développent que par une longue action des muscles , et jamais on ne les rencontre chez les très-jeunes animaux.
La forme générale de la face nous oblige à entrer encore dans quelques détails sur les différences que présentent les cavités orbitaires et nasales .
Nous avons déjà fait remarquer , à l'égard des orbites , qu'elles ne sont point encore séparées des fosses temporales chez les genres inférieurs , dans les Rongeurs , les Edentés , les Carnivores, etc. Elles manquent également de plancher osseux , comme dans les classes précédentes, et l'apparence même d'une cavité orbitaire distincte a presque entièrement disparu dans la Taupe. De plus , chez la plupart des Mammifères , les orjjites sont encore rejetées sur les côtés du crâne , comme dans les Poissons et les Reptiles , et leurs axes coïncident même à peu près ensemble dans les Cétacés. Chez les Mammifères ongulés (pi. xvni, fig. IX ) et les Carnivores , la cavité crânienne s'étend encore entre les fosses orbitaires , au lieu de s'arrêter au-dessus , comme chez l'homme , de sorte qu'ici également les axes de ces cavités doivent se rencontrer sous un
(1) Elles sont considérables aussi dans quelques Singes , tandis que, chez d'autres, on les aperçoit peu ou point.
angle assez ouvert. Dans plusieurs Rongeurs (le Lièvre par exeniple) , où les orbites ont des dimensions considérables, et rappellent la forme de la tête des Oiseaux , ces cavités ne sont souvent séparées non plus que par une cloison mince , comme chez ces derniers animaux , et les deux trous optiques se confondent en un seul ; mais Taxe lui-même de chaque orbite continue toujours à être fortement dirigé en dehors. C'est dans les Makis et les Singes seulement que les orbites se rapprochent et se ferment davantage; l'angle de leurs axes devient même plus aigu que chez l'homme. Relativement à la cavité nasale , nous l'avons trouvée double dans les Poissons, et nous avons vu aussi qu'elle avait deux entrées chez plusieurs Reptiles. D'autres Reptiles , au contraire , par exemple les Tortues et le Crocodile , ne nous ont offert qu'une seule ouverture extérieure. Enfin, nous avons remarqué, dans les Oiseaux , que cet orifice lui-même était partagé en deux par les apophyses nasales médianes de l'os inter maxillaire. L'Ornithorhynque paraît être le seul Mammifère où l'on aperçoive encore deux ouvertures nasales extérieures , situées à peu près à l'extrémité de l'os maxillaire , qui est plat. Chez les autres, l'orifice nasal osseux est toujours simple , comme chez l'homme , et il n'est divisé que par un cartilage ; mais du reste , sa forme varie à l'infini. On doit surtout remarquer l'orifice nasal des Dauphins et des Baleines , qui est dirigé tout à fait vers le haut , et qui dégénère en un court canal descendant presque perpendiculairement jusqu'à la cavité gutturale , canal au moyen duquel , par un mécanisme dont nous donnerons plus tard la description, l'eau peut être rejetée de la gorge au dehors, C'est à peu près de même que se comporte la large ouverture nasale de l'Eléphant, que les racines des puissantes défenses refoulent également beaucoup vers le haut. Dans les autres genres , surtout chez les Ruminants et les Solipèdes , l'ouverture nasale a une largeur considérable , et il lui arrive souvent d'être couverte par une pointe que forment les 08 propres du nez. Chez les Carnivores et les Rongeurs , elle se trouve reportée davantage vers le bout du museau , et comme , tronquée net, surtout dans les Rongeurs. Chez quelques Chauve-souris , elle n'est point sé-
parée de la cavité orale par un plancher osseux (1). Dans les Singes, elle est conformée presque comme chez l'homme; mais ordinairement elle descend bien plus bas vers le bord des dents incisives , elle est plus large en haut qu'en bas, et enfin elle est dépourvue |i d'épine nasale antérieure à son bord inférieur. t
Il ne sera point déplacé maintenant d'énumérer en peu de mots les différents trous etles diverses fissures du crâne qui livrent passage à des nerfs et à des vaisseaux :
1". Letroucondyloïdien antérieur j, h Voccipital ( premier trou vertébral du crâne ) (2 ), pour la sortie du nez hypoglosse , existe généralement , et , si l'on excepte quelques Cétacés , il est la plupart du temps simple. Petit dans les Carnivores il est plus grand que partout ailleurs dans l'Ornithorhynque et les Fourmiliers.
2°. Le trou condyloïdien postérieur^ destiné à étabUr une communication entre les veines internes et externes de la tète , est fort inconstant sous le rapport de sa forme, de sa situation et de ses dimensions. C'est chez les Singes , les Ruminants et les Carnivores qu'on le trouve de la manière la plus prononcée .
3°. Le trou déchiré postérieur forme , de chaque côté , conjointement avec l'antérieur, le premier trou intervertébral de la colonne vertébrale céphalique , lequel est partagé en deux par l'intervertèbre , et principalement destiné à la première paire de nerfs intervertébraux. Il hvre passage à la paire vague et à la veine jugulaire interne. Il est grand surtout dans les Cétacés ^ irréguUer et reporté fort en avant. Chez les autres Mammifères , il constitue la plupart du temps une ouverture oblongue , divisée en plusieurs trous par un pont osseux. Il est fort petit dans les Ruminants.
4°. Le trou déchiré antérieur manque chez le Cochon d'Inde et la Marmotte ; mais d'autres Rongeurs , tels que le Lièvre et le Castor , en sont pourvus.
(1) D'après Geoffroy Saint-Hilaire ( Mémoires du Muséum cThist. nat, , 1813 ) , elle ne l'est pas non plus dans les Musaraignes , parce que l'os maxillaire reste aussi ouvert dans le milieu chez ces animaux.
(2) La colonne vertébrale crânienne , qui diffère à tant d'égards du rachis , s'en distingue encore parce que les nerfs n'y sortent pas seulement entre les vertèbres , mais encore à travers ces os.
les
5°. Le canal carotidien perce le rocher daiis les Singes, comme chez l'homme. La même chose a heu chez plusieurs Carnivores. Dans la plupart des autres Mammifères , il se confond entièrement avec le trou déchiré antérieur.
6°, Le trou ovale et le trou rond ( les deux trous vertébraux pour des branches du nerf trijumeau de la seconde vertèbre crânienne ) se confondent aussi quelquefois avec les ouvertures voisines ; le premier avec le trou déchiré antérieur, par exemple dans plusieurs Rongeurs , les Pachydermes , les Solipèdes et les Fourmiliers ; le second avec la fente sphénoidale , dans les Phoques , les Morses , les Ongulés et quelques Rongeurs , par exemple le Castor et le Porc-épic.
7". La fente sphénoïdale est le second grand trou intervertébral de la colonne vertébrale crânienne , pour la branche ophlhalmique du nerf trijumeau , et à proprement parler , pour les nerfs oculaires en général , avec cette seule différence qu'ici il ne se forme point d'intervertèbre aussi distincte que l'est , dans le premier trou intervertébral , la vertèbre auditive qui reçoit le nerf auditif. Dans rOrnithorhynque , et en partie dans le Kanguroo , elle se confond avec le trou optique. Chez la plupart des Mammifères aussi , elle a moins la forme d'une fente que celle d'un trou rond , ce qui mérite d'être remarqué comme rapprochement avec la forme des trous intervertébraux ordinaires.
8°. Les trous optiques ^ trous vertébraux de la troisième vertèbre crânienne , varient surtout quant à leur écartement ou à leur rapprochement, deux circonstances qui dépendent du plus ou moins de largeur du corps de la troisième vertèbre crânienne. Ainsi, chez le Lièvre , où ce corps est fort étroit , les trous optiques se confondent en un seul ; il en est presque de même dans le Kanguroo , quelques Rongeurs , les Solipèdes et les Cochons ; mais , dans le Phoque , le Porc-épic , le Lynx , etc. , ils sont très-écartés l'un de l'autre.
Si , pour terminer ces considérations relatives au névrosquelette des Mammifères, nous jetons encore un coup d'œil comparatif sur les particularités distinctives du squelette
humain , nous trouvons que les points suivants doivent être spécialement signalés (1).
1°. A l'égard de la forme des os en général , ils sont limités par des lignes et des surfaces d'un ordre plus relevé chez l'homme que chez les Mammifères. Les os humains l'emportent incontestablement sur les autres par la beauté des lignes bicourbes, c'est-à-dire courbées dans le sens de deux dimensions à la fois.
2°. Relativement à la colonne vertébrale, le rachis est plus décidément subordonné à la colonne vertébrale crânienne ; le rachis, en général, et les vertèbres caudales, en particulier , sont plus resserrés ; les vertèbres crâniennes ont acquis plus de développement ; et la flexion remarquable que le port naturel de l'homme imprime à l'ensemble de la colonne vertébrale , place le crâne au point culminant de cette dernière , tandis que les vertèbres faciales du nez , réduites à de simples arcs vertébraux, par opposition avec celles de la queue , qui le sont à des corps vertébraux , s'abaissent dans la même direction que celle suivant laquelle le rachis s'élève , conformation qui est une condition essentielle de la beauté du visage , et qui produit l'angle facial de quatre-vingt-dix degrés dans la tête humaine idéale. Si l'on compare avec cet état de choses celui qu'on observe chez les Singes qui ressemblent le plus à l'homme , on trouve que la ligne faciale et la ligne dorsale se coupent toujours à angle presque droit ; que le front , couvercle de la vertèbre sincipitale , fuit toujours en arrière ; que la région maxillaire, si noblement subordonnée chez l'homme aux appareils de la sensibilité pure, fait saillie en avant ; que le trou occipital est placé plus en arrière , et qu'à la partie postérieure du crâne il n'y a point de voûte correspondante aux lobes postérieurs du cerveau. Or , la tête de l'homme n'offre jamais de formes qui se rapprochent de celles-là que par suite d'un vice de conformation , ou dans les races inférieures de l'espèce.
Si le caractère du squelette humain s'exprime incontestablement de la manière la plus précise dans la forme qu'affecte la plus noble
(1) Voyez, pour plus de détails à ce sujet, mes Re- 1 cherches sur les parties primaires.
IGG
de ses portions , le squelette de la tête , les autres régions ne sont pas dépourvues non plus de particularités remarquables. En effet :
3°. Le tronc nous offre les conditions qui rendent possible la station droite du squelette entier. Telles sont entre autres la largeur du thorax au dos et à la poitrine. Mais l'habitude de se tenir debout influe bien davantage encore sur la forme du bassin ; le sacrum est large et bombé , le coccyx court et caché dans les chairs; les ilions sont larges et concaves dessus, pour servir d'appui auxviscères du bas-ventre; en un mot, la forme de tous ces os est calculée de manière que le haut du corps trouve en eux une base sohde et siire.
4". Enfin, on ne peut pas non plus méconnaître , dans les membres eux-mêmes , le cachet d'une conformation plus noble. Chez aucun animal, les membres postérieurs ne procurent un appui aussi solide à tout le corps, parla réunion des os robustes du tarse et du métatarse en une voûte résistante , et chez aucun non plus, la main n'est construite de manière àpouvoir non-seulement se mouvoir en toute liberté, mais encore devenir un organe sensoriel délicat. Ainsi, par cela seul qu'il est Bipède , c'est-à-dire que les membres dont il se sert pour marcher sont complètement séparés de ceux qu'il emploie pour palper et saisir les corps, l'homme se distingue déjà suffisamment des Quadrupèdes^ car les prétendues mains des Singes doivent, rigoureusement parlant, être considérées plutôt comme des pieds que comme de véritables mains , tant à cause de leur étroitesse, que parce qu'elles sont encore pi'incipalement destinées à la marche.
Ces considérations générales suffisent donc pour nous faire abandonner à de moroses hypochondriaques l'hypothèse que l'homme et les Singes appartiennent au même genre , ou seulement à la même classe. Elles nous obligent à reconnaître que la subordination des parties , en raison de leur importance , et leur réunion en un tout harmonique , en un mot que le jeu d'une organisation supérieure existe déjà dans le squelette humain à un degré de perfection que nous n'avions trouvé jusquelà dans aucun autre genre.
SplanchnosqueJelte. — Chez les Mammifères , le splanchnosquelette du tronc se pro-
nonce , sur plusieurs points -, comme dans les classes précédentes.
1". A la région respiratoire essentielle, c'està-dire au cou et à la poitrine , il se manifeste comme dans les deux classes précédentes, sous la forme de squelette laryngien , de squelette trachéal et de squelette bronchial.^e pouvant nous dispenser de revenir sur ces parties, lorsqu'il sera question des organes de la respira- J tion , nous nous contenterons d'en faire con- 1 naître icilesparticularitéslesplus importantes.
a. Les anneaux , ou protovertèbres , qui entourent ce canal aérien, conservent plus généralement ici le caractère de cartilage , qui appartient en propre au splanchnosquelette.
b. Ils subissent quelquefois , à la trachéeartère elle-même , des divisions qui font ressortir davantage leur analogie avec des côtes. Ainsi, dans le Lion, d'après Piudolphi, six anneaux se partagent en arcs latéraux qu'une longue pièce sternale moyenne unit en devant , de la même manière que le sternum réunit ensemble les côtes pectorales (1).
c. Aux anneaux du larynx se joint encore le rudiment d'un autre anneau qui n'existe point dans les classes précédentes, savoir l'épiglotte.
d. Les anneaux cartilagineux ne prenant point un développement considérable à la bifurcation de la trachée - artère , ceux du larynx se perfectionnent davantage et acquièrent plus de mobilité. De là vient que, ce dont on ne rencontre d'ailleurs qu'un seul exemple , les arcs du cartilage thyroïde se prolongent en arrière, au point d'embrasser le commencement de l'œsophage, à la partie postérieure duquel ils se rencontrent et se touchent, disposition qu'on observe dans rOrnithorhynque , d'après Meckel. De là vient aussi que le cartilage thyroïde se divise fréquemment en deux arceaux (pi. xx , fig. n, a), et que souvent l'appareil entier acquiert un volume énorme , comme on le voit, par exemple, dans le cartilage cricoïde (pi. xvni, fig. n, 2) , le cartilage thyroïde {ibid. 1 ) et l'épiglotte (î6«d. 4) des Singes hurleurs. Enfin les cartilages aryténoïdes se distinguentpar leur mobilité, et les forts cartilages dentelés que les Oiseaux présentaient sur
(1) Voyez mes Tahulce illustrantes , cah. 11 , pi. ni.
SQUELETTE
les côtés de la glotte sont convertis ici en petits cartilages de Santorini , appartenant aux ligaments de cette glotte.
2". Le splanchnosquelette du tronc se manifeste encore à l'urètre , c'est-à-dire dans la région opposée à la voie de la respiration aérienne , comme voie de respiration fœtale (prolongement du canal allanloïdien) . Il y produit l'os de la verge, os de forme allongée et conique , qui se termine par une épiphyse cartilagineuse (pi. xx , fig. xn) , et qui offre une gouttière longitudinale destinée à recevoir l'urètre. lia de grandes dimensions dans les Baleines et les Carnivores (par exemple les Chiens et les Plantigrades). Les Mammifères ongulés et l'Hyène en sont dépourvus , d'après Cuvier , et il est peu volumineux dans les Chats , les Singes , les Rongeurs. L'analogue de la verge , ou le clitoris , contient aussi un petit os chez les femelles du Chat, de quelques Rongeurs, de la Loutre et de l'Ours.
3". Enfin on rencontre encore çà et là des ossifications remarquables dans quelques autres organes appartenant à la sphère végétative , par exemple dans le cœur du Cerf et le diaphragme du Chameau ; nous y reviendrons en traitant de ces organes.
Le splanchnosquelette de la tête se divise , à peu près comme chez les Reptiles , en appareil costiforme , hyoïde , et en rayonnements onguiformes, qui sont des vestiges de membres, dents. Les uns et les autres devront nous occuper encore lorsqu'il s'agira des organes de la nutrition , c'est pourquoi nous n'indiquerons ici que ce qu'ils offrent de plus particulier et de plus essentiel.
Quant à Vhyoïde , on reconnaît encore bien positivement dans ses arcs le type des classes précédentes. Chacun d'eux se compose originairement de quatre arceaux (par exemple dans le Putois , pi. xx, fig. n), dont les deux plus inférieurs se soudent avec le corps ( en quelque sorte corps de vertèbres sternal). Les deux portions supérieures , quand elles sont soudées ensemble , reçoivent ordinairement le nom d'os styloïdien , lequel a surtout un grand volume dans les Ongulés (pi. XX, fig. I, B, e). Cependant ces arceaux s'effacent d'autant plus , en s'unissant ensem-
ble , que la forme générale se rapproche davantage de celle de l'homme. Ils ont disparu en grande partie chez les Singes; on n'en trouve plus aucune trace dans les Singes hurleurs (pi. xvni, fig. ni), et chez l'homme , il n'y en a que de simples rudiments , appelés petites cornes de l'hyoïde. Mais au corps de ce dernier tiennent encore une paire d'arceaux (grandes cornes de l'hyoïde , chez l'homme ) , qui s'étendent directement d'avant en arrière dans les Singes hurleurs (pi. xvni fig. n, 6), et n'offrent pas non plus de bien grandes différences chez les autres Mammifères. Ils paraissent être les rudiments persistants du premier des trois arcs branchiaux qui existent chez l'embryon , mais s'oblitèrent d'ailleurs de trèsbonne heure.
A l'égard du corps de l'hyoïde des Mammifères, il offre d'abord (surtout chez les Ongulés et les Rongeurs) l'apophyse, dirigée en avant (pi. xx, fig. i, a) , qui , chez les Oiseaux, portait fréquemment l'os lingual ; mais ce dernier n'existe plus , et tout au plus est-il indiqué par un fibrocartilage contenu dans la suÎ3stance de la langue , sur lequel nous reviendrons plus loin. En second lieu , il est remarquable en ce que , dans les Singes hurleurs , seul genre chez lequel on observe un pareil état de choses, il représente un os creux et rempli d'air , sorte de répétition du squelette des Oiseaux. Chez ces animaux effectivement, il se renfle en une vaste poche osseuse (pi. xvui , fig. n, 5) qui reçoit l'air du larynx , et qui imprime un retentissement énorme à la voix.
Quant aux rayonnements du splanchnosquelette , qui procèdent de l'épithélion , au pourtour de la cavité orale, il est digne de remarque qu'ils conservent le type du tissu corné chez les Mammifères inférieurs , tels que les Cétacés et l'Ornithorhynque , et qu'ils n'existent même point encore dans les Fourmiliers.
En nous bornant à signaler ici ce que ces formations offrent de plus remarquable , nous devons d'abord }»arler des parties cornées qui , chez les Baleines , garnissent les côtés de la voûte palatine. Dans la Baleine franche, on trouve de chaque côté, à la mâchoire supérieure , plus de trois cents
lames cornées ( fanons ) , presque perpendiculaires de dehors en dedans , dont les moyennes ont dix à quinze pieds de long , sur dix à onze pouces de large , mais qui sont toutes frangées par le bas , et entre lesquelles il en existe d'autres encore plus petites (1).
On peut en rapprocher non- seulement les singulières plaques dentaires cornées de la Vache marine {Rytina Stelleri) , qui sont grandes, oblongues , composées de fibres perpendiculaires, et fixées de chaque côté aux mâchoires supérieure et inférieure (2) , mais encore les dents cornées plus petites et construites sur le même modèle , de 1 Ornithorhynque.
A ces divers tissus se rattachent aussi, mais d'après un type que nous avons déjà trouvé dans les Poissons, les Reptiles et les Oiseaux, les dents cornées , de forme conique , qui garnissent la langue d'un si grand nombre de Mammifères , notamment parmi les Chéiroptères et les Carnivores (3) .
Viennent maintenant les dents coniques simples, déjà formées de substance osseuse et d'émail , dont Geoffroy Saint-Hilaire assure qu'on rencontre , même dans la mâchoire inférieure de la Baleine , des germes promptement effacés, mais qui existent, comme forme constante , et en très-grande quantité , chez les Dauphins et les Cachalots (pi. xvni ,
fig. VI ).
Chez les Mammifères supérieurs , les dents acquièrent plus de fixité sous le rapport de leur nombre , et prennent d'autres formes. On peut ici les partager, comme celles de l'homme, en canines, qui sont les répétitions des premières dents coniques dont nous venons de parler, en incisives et en molaires. Mais toutes se forment dans la membrane muqueuse , par le moyen de germes libres , et n'adhèrent que plus tard au névrosquelette. Elle se montrent d'abord sous l'aspect de gaines endurcies, d'enveloppes onguiformes sécrétées autour de papilles molles et vasculaires (pulpe dentaire ) , qui n'envoient d'ailleurs ni nerfs ni vaisseaux dans
(1) Voyez BuANDT et Ratzebcrg , Arzneiliche Thiere, tom.l, pag. 112.
(2) Voyez Brandi , sur la structure des dents de la Vache marine.
(3) Voyez mes Tabulai illustrantes , cah. II, pi. ni et IV, cah. IV, pi. tii.
la substance dentaire. Aussi les couronnes se forment-elles les premières ; les racines ne viennent qu'après, et à mesure qu'elles <;rolssent , elles chassent les couronnes en avant. Il y a même des animaux chez lesquels l'accroissement des racines continue toujours , de sorte que la dent ne cesse point de croître, comme un ongle de doigt ; c'est ce qui a lieu dans les défenses des Eléphants et dans les incisives des Rongeurs , quoique ces dernières s'usent à mesure qu'elles poussent (4).
Les Cétacés , par exemple les Dauphins , présentent cependant une exception remarquable à ce mode ordinaire de formation des clents des Mammifères. Chez ces animaux , en effet , de même que chez la plupart des Poissons , les dents se forment, d'après Hunier (5) , sur les mâchoires, qui ne les enveloppent que peu à peu, àmesure qu'elles-mêmes s'accroissent. Du reste , il est possible que ce mode particulier de formation soit la cause pour laquelle les animaux chez lesquels on l'observe n'ont point deux dentitions successives et perdent si fréquemment leurs dents avec Fàge.
Les dents canines manquent souvent , par exemple, chez les Ruminants à cornes creuses, les Rongeurs, les Eléphants, les Rhinocéros et les femelles des Solipèdes. On n'en voit quelquefois qu'à la mâchoire supérieure, comme dans le Morse. Fréquemment aussi elles acquièrent des dimensions considérables , comme dans le Morse , dans l'Hippopotame , dans le Babiroussa, où celles du haut percent la mâchoire sur le côté, enfin dans plusieurs Carnivores et Singes.
Il est rare que les dents incisives manquent tout à fait , comme dans l'Ornithorynque , les Tatous et les Paresseux. Plus souvent elles n'existent point, soit à la mâchoire supérieure (Ruminants armés de cornes et de bois), soit à l'inférieure ( Éléphant , Morse , Narwal , Dugong ) . Du reste , elles ressemblent souvent à celles de l'homme pour la forme. Cepen-
(4) Voyez plusieurs remarques à ce sujet dans F. La- VAGNA, Esperienze e riflessioni sopra la carie de' denti. Gènes, 1812 , et dans J.-E. Oudet , Expériences sur l'accroissement continuel et la reproduction des dents chez les Lapins. (Magendie , Journ. de physiol. eœpérim., janvier 1823 }•
(5) Voyez Tiedemann's Zoologie , tom. I , pag. S6S,
SQUELETTE
dant elles se font remarquer , chez certains Mammifères ( principalement l'Eléphant , le Narwal (1) et le Dugong) par leurs dimensions , et chez d'autres ( les Rongeurs surtout) par leur courbure et leur tranchant taillé en biseau.
Les dents molaires sont celles qu'on rencontre le plus généralement. Le Narwal est le seul Mammifère qui , avec ses défenses , n'en ait point d'autres. Leur forme diffère d'une manière remarquable chez les Carnivores et chez les Herbivores. Dans les premiers (par exemple le Chat, la Martre , le Chien), elles sont aplaties d'un côté à l'autre , et se terminent supérieurement par une ou plusieurs pointes aiguës ( à peu près comme les dents des Squales ) ; aussi l'animal les emploie-t-il moins pour broyer ses aliments que pour les couper , ce qui fait aussi que leur couronne ne s'aplatit point par l'usure. Dans les Herbivores proprement dits , au contraire , dans l'Eléphant , chez lequel d'ailleurs chaque moitié de mâchoire ne contient qu'une seule mâchelière , ou tout au plus deux , au moment de la seconde dentition , dans les Ruminants, les Solipèdes et les Rongeurs , les dents molaires ont de larges surfaces triturantes , souvent marquées de sillons transversaux , dont les saillies correspondent aux creux des dents opposées j de sorte que l'animal peut broyer parfaitement les feuilles à l'aide du mouvement latéral que l'aplatissement du condyle de la mâchoire inférieure lui permet d'imprimer à cette dernière. Les dents des Omnivores, par exemple desXochons , des Singes et de rhomme lui-même , font le passage entre ces deux formes opposées (2) .
Si l'on considère les dents sous le point de vue de leur structure , on peut les rapporter, avec Home (3) , à trois classes :
1°. — Celles dont la couronne et le corps
(1) Quoiqu'on ne trouve ordinairement chez cet animal qu'une seule défense longue , et en quelque sorte tordue sur elle-même , il en a cependant deux , mais qui ne croissent pas également, de sorte que l'une d'elles ( la droite ) tombe de bonne heure , tandis que l'autre (la gauche) pousse plus tard.
(2) Voyez , sur les diverses formes des dents des Mammifères, F. Cuvier, De* dents des Mammifères, Paris 182S, in-8o, fîg. — E. Rousseau , Ânatomîe comparée du système dentaire chez l'homme et les principaux animaux, Paris 1827, in-8", fig.
(3) Lectures on comparative anatomy, pag. 176.
sont revêtus d'émail , mélange de phosphate calcaire et de gélatine , que la membrane de la cellule dentaire sécrète sous forme cristalline. Ici se rangent les dents de l'homme ;, des Carnivores et des Omnivores , ainsi que les grandes défenses de l'Eléphant, etc. , où cependant la couche d'émail est fort mince.
2°. — Celles que l'émail n'entoure pas de toutes parts , et où la surface supérieure est en partie formée de substance dentaire proprement dite , ou d'ivoire , masse osseuse qui, d'après Brandes , doit sa plus grande dureté à une addition de carbonate calcaire. Cette classe comprend , par exemple , les dents incisives des Rongeurs, où l'émail qui couvre la face antérieure de la dent s'use moins vite que l'ivoire placé en arrière , ce qui détermine la forme de biseau que prend le sommet de la dent. Ce phénomène est surtout facile à constater sur les dents du Castor ;
3°. — Celles qui , indépendamment de l'émail et de l'ivoire , contiennent encore une troisième substance plus rapprochée que les deux autres de la véritable substance osseuse, d'après les recherches de Brandes (dents composées et demi-composées de Cuvier). On peut citer surtout pour exemple les molaires de l'Eléphant ; mais cette classe embrasse aussi les dents de plusieurs Ruminants , Rongeurs et autres. Ce qui mérite spécialement d'être remarqué à leur égard , c'est que la membrane dont la fonction consiste à sécréter l'émail , se plisse diversement (4)^ et produit par là les différentes figures que la substance émailleuse elle-même offre sur la siu'face triturante. Ainsi l'émail forme des bandes onduleuses profondes dans les Ruminants , une série de plaques rhomboïdales perpendiculaires à la surface triturante dans l'Éléphant d'Afrique , des lignes ondulées parallèles dans l'Eléphant d'Asie. Du reste , comme le nombre des plaques augmente avec l'âge , et que l'émail est évidemment sécrété par une membrane particulière , on pourrait regarder ces plaques comme autant de dents distinctes.
Quant à la troisième substance des dents de la dernière classe , qui constitue une sorte de
(4) Ce plissement rappelle la forme des crochets à venin des Serpents, et, comme chez ces derniers, il se rapporte à une sécrétion, puisque les dents plissées sont situées vis-à-vis du conduit excréteur de la salive.
cément , Home l'attribue , comme d'autres os plats , à l'ossification des membranes sécrétoires de l'émail ; mais Cuvier la considère comme le produit d'une nouvelle sécrétion de ces mêmes membranes devenues plus épaisses et spongieuses , opinion assez peu probable , car on conçoit difficilement qu'une seule et même surface puisse fournir deux sécrétions différentes l'une après l'autre.
Les Mammifères ont deux dentitions successives , qui , autant qu'on a pu s'en assurer jusqu'ici , s'effectuent à peu près comme chez l'homme , c'est-à-dire que les dents qui tombent pour faire place à d'autres, sont toujours de préférence celles qui avaient paru d'abord, et qui , à l'époque où les mâchoires étaient moins longues , s'étaient formées presqu'en même temps que celles qui les remplacent , phénomène explicable par l'allongement des mâchoires elles-mêmes, dont l'effet est de ranimer une seconde fois la force productive dans leur bord dentaire. Ainsi Home(l) a trouvé , dans les deux mâchoires du Sanglier, seize molaires de lait, derrière lesquelles, avant qu'elles tombent, il se forme, par suite de l'allongement de la mâchoire , d'abord une , puis une seconde molaire grosse et en quelque sorte double ; par conséquent , à l'âge de sept ans, avec les seize dents renouvelées, on compte vingt-quatre molaires , et cependant il se forme encore alors une nouvelle cellule contenant un germe dentaire , parce que la branche de la mâchoire continue toujours às'allonger. Sur les vingt-quatremolaires des Ruminants , il y en a , selon Cuvier , douze qui changent. Les deux dentitions servent , dans le Cheval , jusqu'à lage de dix ans, pour déterminer l'âge de l'animal. Le poulain a , dans chaque branche de la mâchoire , après trois mois , les six incisives de lait , et , à six mois, les trois molaires de lait ; les deux incisives du milieu (pinces) tombent à trois ans , les deux suivantes (mzto^mnes) , une année après , et les deux plus^extérieures (coins), six mois plus tard ; les incisives de remplacement présentent sur leur table une cavité (germe de fève) , que l'usure de la dent fait disparaître peu à peu; les pinces rasenl à sept ans , les mitoyennes à huit , et les coins à
(1) Lectwres on comparative anatomy, pag. 1C4.
neuf ; les canines ( crochets ) ne paraissent qu'à quatre ans ; à sept, elles sont mi peu émoussées ; à huit , elles sont tout -à-fait usées et allongées par l'affaissement de la gencive ; les molaires de lait tombent vers la troisième année , et sont remplacées par d'autres plus nombreuses. Le changement des dents présente surtout des particularités remarquables dans l'Eléphant. Chez cet animal, les défenses de lait paraissent à sept ou huit mois , s'allongent d'environ deux pouces , ne sont point creuses , et tombent au bout d'un an ; celles qui les remplacent sont d'abord noires et rudes au toucher , mais elles se pohssent avec le temps ; en deux mois , elles ont déjà un pouce de long , et leur poids s'élève par la suite jusqu'à cent cinquante livres et plus. Huit molaires se forment dans chaque branche de la mâchoire , non pas l'une à côté de l'autre, mais l'une derrière l'autre , ou plutôt l'une au dessus de l'autre , et de telle manière que l'animal en emploie toujours deux à la fois , parce qu'une nouvelle pousse à côté de celle qui s'use. Cependant les dents qui paraissent en dernier ont toujours un plus grand nombre de lames perpendiculaires ; ainsi on en compte quatre dans la première molaire , qui se forme peu après la naissance , huit à neuf dans la seconde , qui entre en exercice pendant la seconde année , douze à treize dans la troisième , quinze dans la quatrième , et vingt-deux à vingt-trois dans la septième et la huitième.
Dermatosquelette. — Les particularités de toutes les classes précédentes de Céphalozoaires devant se répéter dans celle des Mammifères envisagée d'une manière générale, les formations qui se rapportent au squelette cutané y offrent un nombre infini de variétés ; depuis les anneaux semblables à des protovertèbresqui cuirassent les corps de certains Poissons et Reptiles , jusqu'aux plaques isolées , hexagones ou pentagones , et aux tiges des plumes , converties en épines , nous voyons tout s'y reproduire. On peut cependant ériger en loi que plus le type d'organisation d'un genre est élevé , plus aussi ces parties dures extérieures disparaissent , de sorte qu'il ne reste plus chez l'homme que les cristallisations squamiformes les plus déliées de l'épiderme , les ongles j, et les productions cutanées qui appar-
SQUELETTE
tiennent en propre à la classe , les poils. Les parties même les pliig grossières du dermatosqiielette demeurent concentrées dans le cercle des formations cornées chez tous les Mammifères aujourd'hui vivants , et l'on ne connaît que la cuirasse écailleuse du Magatherium (1) qui contienne du carbonate calcaire. A cette division peuvent être rapportées les cuirasses réellement semblables à celles des Sauriens ou des Chéloniens , qui se voient chez les Tatous , les Pangolins et le Chlamyphorus (2) , les plaques cornées en forme d'écaillés dont est garnie la queue de plusieurs Rongeurs , le Castor par exemple , et les plaques cornées plus fortes , hexagones ou pentagones , que porte la peau de divers Pachydermes, le Rhinocéros entre autres.
On peut considérer aussi comme des restes d'anneaux ou de cônes cornés semblables à l'extrémité des membres , les ongles , les griffes et les sabots , dont les formes diverses ont si souvent été employées pour fournir des caractères propres à l'établissement des classifications. Ici se rangent encore l'épine placée au bout de la queue du Lion (3) , les soupapes cornées qui terminent la queue d'un Chéiroptère (DicUdurus albus) (4) , de même que la portion cornée des cornes de Ruminants , et les cornes du Rhinocéros , qui représentent en quelque sorte des apophyses épineuses du dermatosquelette au-dessus des vertèbres faciales. Au reste , toutes ces for-
mations cornées sont remarquables par leur structure. Eu les examinant avec soin, on reconnaît que le poil en fait essentiellement la base , c'est-à-dire qu'elles résultent d'un amas de cylindres cornés , déliés comme des cheveux , et ordinairement parallèles les uns aux autres. Il n'y a d'exception à cet égard que pour les bois , dont nous avons donné la description plus haut ; car la substance osseuse et la substance cornée s'y unissent et s'y combinent ensemble d'une manière remarquable.
Quant à ce qui concerne la formation du poil isolé , de la soie ou du piquant ( par exemple dans le Hérisson et le (Porc-Épic ) , on peut très-bien la comparer à celle de la plume. Comme cette dernière, un poil est produit par une mucosité chargée de charbon animal, qui se développe dans l'intérieur d'une cavité du tissu cutané , se dépose par couches successives de bas en haut , et s'allonge ainsi en un cylindre corné rempli de tissu cellulaire. Les soies torses qui entourent la bouche des Amphibies ont surtout acquis un grand développement. J'ai trouvé aussi les soies des Morses , qui ont une à deux lignes d'épaisseur, presque ossifiées, ou contenues dans des gaines osseuses à leur racine(5).
J'aurai encore occasion de revenir sur ces diverses parties du dermatosquelette des Mammifères lorsque je traiterai de l'organe cutané.
SECTION m.