HISTOIRE DES ORGANES QUI ACCOMPLISSENT LE MOUVEMENT CHEZ LES ANIMAUX
Pour se faire une idée exacte de la manière dont les organes qui accomphssent le mouvement se développent dans la série animale , il est indispensable d'entrer d'abord dans quelques considérations générales sur l'essence du mouvement animal en général
(1) Voyez la figure de ce dermatosquelette remarquable dans Weiss , Ueber die suedliche Ende der Gebirgszugs von Brasilien ( Schrift. der Akadder Wissensch. zu Berlin; phys. Klasse , tom. I.); un lambeau de ce squelette est représenté pi. xx, fig. vi.
(2) Voyez mes Tabulœ illustrantes , cah. II, pi. ii.
(3) Voyez JjEger, Beitrœge zur Anatomie des Loeven, dans Meckel's Ârchiv., tom. VI , cah. I, pag. 35.
(4)/5ïS,18I9,pag. 1630.
et sur le mode de formation de la fibre musculaire.
La première chose qu'il importe de rappeler à cet égard , c'est que la forme fondamentale de tout mouvement peut être exprimée par l'antagonisme entre attraction et répulsion. Si nous supposons ces deux forces agissant dans un être individuel , l'attraction condensera la masse du corps vers un point donné de l'intérieur de son corps , et se ma-
(S) On trouve beaucoup de remarques instructives sur la formation des poils et sur les diverses productions cornées du dermatosquelette de cette classe et des classes précédentes, dans Heusixger, System der Histologie, P. I. Eisenach, 1022 , in-4o.
nifestera par le phénomène de la contraction ; la répulsion , au contraire , chassera la masse du corps d'un point donné, l'éclaircira, la dissipera , et se manifestera par le phénomène de l'extension. La contraction et l'extension doivent , d'après cela , être les formes fondamentales de tout mouvement d'un individu organique , de même que l'attraction et la répulsion sont celles du mouvement en général. Mais l'attraction et la répulsion , la contraction et l'extension, étant des conflits entre deux points donnés 'j elles ne peuvent s'exprimer dans l'espace que sous la forme de lignes. Telle est la véritable cause qui fait que l'organe essentiel de tout mouvement animal s'offre constamment sous la forme linéaire , c'est-à-dire comme fibre musculaire. Mais il y a deux formes fondamentales de la ligne , la ligne droite et la ligne circulaire. La première résulte de la progression d'un point suivant une direction qui ne change jamais , de sorte qu'elle est susceptible de se prolonger à l'infini , et qu'elle correspond par conséquent à l'idée de l'extension. L'autre résulte d'un changement continuel , mais uniforme, de direction , de manière qu'elle doit nécessairement revenir sur elle-même, que son étendue est toujours limitée, et que , par cela même, elle correspond à l'idée de contraction.
Ces deux genres de hgnes sont les types de toutes les fibres musculaires. Donc lorsqu'au milieu de la masse animale primaire , qui , cependant, est déjà, comme telle, susceptible de contraction et d'extension , il se développe des organes particuliers pour le mouvement , les fibres musculaires primitives doivent prendre la forme circulaire et la forme longitudinale. Cependant la première doit être considérée comme ayant précédé la seconde, parce que la forme sphérique est celle qu'affecte primitivement le corps animal , et que l'on conçoit bien qu'il ne peut pas se rencontrer de lignes droites dans les couches concentriques d'une sphère.
11 est remarquable , au reste , que chacune de ces deux formes primordiales de la fibre musculaire , qui est déjà par elle-même susceptible d'extension et de contraction , répète le caractère de toutes deux, et qu'aussitôt qu'on trouve les fibres , soit longitudinales , soit circulaires , animées de la vie et
agissantes, elles s'offrent à nous dans un état alternatif d'expansion et de contraction , dont , par l'effet de causes d'un ordre supérieur , les alternances ont toujours lieu primairement d'une manière rhythmique.
Lorsqu'on examine la fibre musculaire à un grossissement de six cents diamètres, elle se montre sous l'apparence d'un faisceau de longs cordons très-déliés , formés de substance albumineuse ponctiforrae. En outre, elle offre toujours des plis onduleux transversaux et extrêmement fins , ce qui pourrait conduire l'observateur peu attentif à penser que chaque cordon résulte de globules placés les uns à la suite des autres. Quand la formation de la substance musculaire est moins avancée, les fibres et leurs cordons sont moins développés , et la matière ponctiforme est plus aqueuse , moins cohérente , moins condensée. Au reste, le plus ou moins de développement de ces fibres est , en général , proportionné à celui de la fonction respiratoire , de manière que , plus les organes respiratoires , et en particulier ceux de la respiration aérienne , sont développés, plus aussi la fibre musculaire est parfaite. Aussi est-ce chez les Insectes, parmi les Corpozoaires , et chez les Oiseaux , parmi les Céphalozoaires , que nous trouverons le système musculaire porté au plus haut degré de perfection.
Ce n'est que quand les muscles sont parvenus à un haut degré de développement, qu'on voit se manifester en eux la différence entre une partie moyenne plus vivante et des extrémités devenues plus solides , c'est-à-dire des fibres tendineuses, dont la structure est à celle des fibres musculaires comme celle du bois à celle de l'aubier. Les tendons se condensent souvent à tel point , qu'ils se transforment en substance osseuse , ce qu'il est commun d'observer chez les Oiseaux.
Quant à ce qui concerne la forme des muscles , celle qu'ils affectent primitivement est celle de couches de fibres musculaires , et l'on doit distinguer trois sortes de couches , comme étant les primitives ; 1° couche sous la surface cutanée , déterminant la réaction contre les objets extérieurs ; V couche sous la surface intestinale , produisant la réaction contre les substances introduites du dehors dans le corps ; 3" couche dans les conduits
SYSTÈME MUSCULAIRE
vasciilaîres , déterminant la réaction contre le liquide élémentaire interne de l'organisme. La première de ces couches est la seule que nous soumettrons ici à un examen approfondi, attendu que la seconde et la troisième ne peuvent point être séparées de l'histoire du système digestif et du système vasculaire. Au reste, cette première couche ne demeure pas, à beaucoup près, aussi simple dans la série animale tout entière : le développement du dermatosquelette lui imprime déjà un grand caractère de variété, qui devient bien plus prononcé encore quand le névrosqueîette apparaît , parce qu'alors la couche musculeuse extérieure générale se partage en une iniinité de muscles très-diversifiés , jusqu'à ce qu'enfin , dans les classes supérieures , elle se répète sous la forme d'un muscle peaucier général.
La couleur des fibres musculaires est ordinairement blanche , comme celle du sang, chez les animaux inférieurs. Dans les classes à sang rouge, la fibre rougit d'autant plus que sa propre substance se perfectionne davantage ; elle est noirâtre dans quelques Poissons , par exemple dans le Peiromyzon marinus.