Animaux articulés
On ne connaît point d'organes spéciaux pour l'odorat chez les Enlhelminthes et les Annélides^ mais divers phénomènes prouvent que ces animaux peuvent avoir déjà la sensation des odeurs. Nous pourrions citer ici l'influence que plusieurs substances odorantes , comme la valériane , la tanaisie , l'ail , etc., exercent sur certains vers intestinaux , dont elles déterminent la sortie du corps. La répugnance que les Sangsues témoignent à piquer chez l'homme les régions de la peau qui ont été mises en contact avec des emplâtres ou des onguents odorants , ne s'explique guère non plus qu'en admettant l'existence du sens de l'odorat chez ces animaux. Mais la sensation semble toujours être perçue uniquement par la peau muqueuse générale du corps, ou parles vésicules respiratoires.
Parmi les ordres suivants de la classe des animaux articulés , celui des Décapodes est le premier àl'égard duquel nous puissions émettre des opinions un peu plus vraisemblables sur le siège dusenscle l'odorat. Mais comme ce sens suppose toujours , d'un côté , que son organe ait la forme d'une branchie ou d'un poumon , c'est-à-dire une disposition qui lui permette de saisir les modifications apportées par les émanations odorantes des corps au milieu dans lequel s'exécute la respiration , et d'un autre côté que ses nerfs particuliers proviennent de la principale masse nerveuse centrale , nous devons admettre que , chez les Décapodes , qui sont des animaux aquatiques , le sens de Todorat a pour siège un organe branchiforme situé au voisinage du ganglion cérébral. Cette supposition a été convertie en pleine certitude par la découverte de Rosenthal (2) , qui a trouvé , â la
(1) Memoir on the pearly nautilus. Londres, 1032 , in-40, avec 8 plane, pag. 41 ; traduit par L. C. Kiener {Annales des sciences naturelles, 1033, tom. 28, pag. 87).
(2) Reil's Archiv fuer die Physiologie, tom. X, cah. III.
partie inférieure des petites antennes de rÉcrevisse , une cavité s'ouvrant au-dehors par un petit orifice (pi. vi, fig. x, B, b) , et dont l'intérieur renferme un organe pectiniforme ou branchiforme délicat (fig. x, A), auquel aboutit un nerf provenant du bord antérieur du ganglion cérébral. A la vérité Treviranus croit que l'animal ne peut sentir que des gaz odorants à l'aide de cet organe , et pense qu'il doit en avoir , pour l'olfaction dans l'eau ou le flair, d'autres encore , tels par exemple que les organes pédicules qu'on aperçoit à l'entrée des cavités branchiales, et à la racine desquels tiennent des lames recevant un grand nombre de vaisseaux (3). Mais je ne puis partager son opinion , parce qu'à coup sûr la cavité dont il s'agit contient primitivement de l'eau , et qu'en dernière analyse c'est toujours sur l'air mêlé avec l'eau que s'exerce le sens de l'olfaction.
Une chose fort remarquable c'est que le siège de l'organe olfactif n'a pu être jusqu'ici assigné avec quelque certitude dans les autres ordres de la classe des animaux articulés, même chez les Insectes, auxquels on peut cependant contester la faculté de sentir vivement les odeurs. Quelques auteurs (Reimarus, Baster, Duméril, Cuvier) ont considéré comme olfactifs les orifices des organes respiratoires , d'autres (Lyonnet , Bonsdorf et Knoch ) les palpes , d'autres encore (Réaumur et Rœsel ) les antennes. Rosenthal , se fondant même sur des expériences , croyait pouvoir assigner pour siège de l'odorat, dans la Mouche à viande , une pellicule finement plissée en-dedans, qui existe à la partie antérieure de la tète , et les petits tubercules palpiformes qui pendent à cette pellicule. A cette organisation se rattache aussi celle des Sauterelles {Locusta verrucivora) , dont la partie antérieure de la tête offre une petite lamelle rhomboïdale , parfaitement transparente , derrière laquelle se trouvent des trachées et deux saillies du ganglion cérébral. Enfin Treviranus pense que l'organe olfactif des Lépidoptères , des Diptères et des Hyménoptères pourrait bien être la vessie aspirante située à l'orifice supérieur de l'estomac , et au moyen de laquelle parviennent dans l'œso-
(3) Erschainnnr/en und Gesetze des organischen Lebens , tom. I , P, i, pag. 143.
ORGANES DES SENS
phage tant l'air atmosphérique que les liquides servant à la nourriture de Tanimal (1). Il va plus loin encore , et croit que l'œsophage dilaté lui-même pourrait être l'organe olfactif des Coléoptères , des Libellules , etc. J'avoue que l'opinion de Rosenlhal , combinée avec celle de Réaumur sur les antennes , me paraît être celle qui a le plus de chances en sa faveur, tant parce que les antennes ont souvent d'une manière bien prononcée la forme de lames ou de branchies , qu'à cause du voisinage du ganglion cérébral (S 410 ).