Mollusques
A l'inverse de ce qui a lieu dans la classe précédente , ce sont ici les ordres inférieurs qui manquent d'yeux ; ce n'est que chez les Gastéropodes , les Ptéropodes et les Céphalopodes, qu'on en trouve qui sont tantôt plus ou tantôt moins parfaits. Mais il n'y en a jamais ni plus ni moins de deux, un de chaque côté, dont les nerfs optiques ne se croisent jamais.
La position des yeux varie beaucoup. Chez les Céphalopodes , ils occupent la tête, sur les côtés de laquelle ils sont placés avec symétrie , un peu en arrière , et dans les enfoncements du cartilage céphalique. Dans les genres Pterotrachœa et Âphjsia , de même que chez les Rotifères , on les aperçoit à la nuque, de chaque côté. Ailleurs , et la plupart du temps , ils tiennent aux tentacules , dont ils occupent tantôt la base ( Physa, Cyprœa, Buccinum) , tantôt la partie latérale {Cerithium) , ou le sommet {Éelix, Limax , Turbo).
La structure des yeux , dans les Gastéropodes , est simple , comparativement à ce
(2) Zur Erkenntniss der Organisation in der Richtung des kkinsten Baumes . Berlin , 1332, pag. 12.
TRAITÉ D'ANATOMIE COMPAJRÉE.
qu'on observe chez les animaux supérieurs ; cependant les parties essentielles sont développées d'une manière assez sensible. Il est vrai que presque toujours on a confondu jusqu'ici le nerf optique avec le nerf du tentacule, mais dans V Hélix pomatia , il n'est qu'accollé à ce dernier , sous la forme d'un filet trèsdélié (1) , et il se plonge ensuite dans la base du bulbe oculaire , qui contient un cristallin, avec un épidémie enduit de pigment noir. Au devant du cristallin se trouve une portion transparente de la peau extérieure , que l'on peut considérer comme conjonctive (2).
Swammerdam avait cru distinguer aussi une humeur aqueuse et une humeur vitrée (3). J'ai déjà fait connaître , en traitant des organes du toucher ( § 387 ) , la manière dont cet œil , quand il occupe le sommet du tentacule , est embrassé par le tube musculeux de ce dernier, qui l'entraîne en se renversant sur lui-même.
Les yeux des Seiches , des Poulpes et des Calmars sont d'une grosseur énorme, proportionnellement à la tête , car , pris ensemble , ils font près des deux tiers de la masse de cette dernière. La sclérotique elle-même et deux petits muscles les fixent à l'endroit ùidiqué dans le paragraphe précédent. Le bulbe oculaire est un peu comprimé de dehors en dedans. On ne trouve pas de paupières chez la Seiche ordinaire , dont l'œil est couvert par unprolongement des téguments communs tenant lieu à la fois de conjonctive et de cornée transparente. Je n'en ai été que plus frappé de rencontrer, chez le Poulpe, certaines duplicatures de la peau extérieure , qui formaient évidemment des paupières, l'une postérieure , plus grande (et non pas supérieure) , l'autre antérieure, plus petite, dans lesquelles il était impossible de méconnaître, tant sous le rapport de la structure que sous celui de la situation , une ressemblance frappante avec la troisième paupière , également antérieure , des Oiseaux et des Mammifères , ou avec le repli sémilunaire de la conjonctive humaine . Des fibres musculaires existent même
(1) J. Mullerl'a démontré (Annal, des se. naturel' ie*, vol. XXII).
(2) Stiel)el, dans Meckel's Àrchiv, tora. V, cah. II, pag. 20a.
(3) Bibel der Natur , pag. 'ÎS5-48, pi. iv.
dans celui de ces plis demi-circulaires qui est situé en arrière , de sorte qu'il ne semble pas impossible que l'animal meuve cette sorte de paupière.
D'après mes observations , la sclérotique se partage en arrière , tant dans le Poulpe que dans la Seiche , en deux feuillets , qui renferment le gros renflement du nerf optique , et dont l'externe contient une petite plaque cartilagineuse chez la Seiche (pi. iv, fig. xv, e). En devant , la sclérotique devient plus molle; elle change de couleur vers son bord libre , devient d'un jaune rougeàtre dans la Seiche , acquiei't un brillant argentin , et , remplaçant en quelque sorte l'iris , produit ainsi la pupille, qui est réniforme dans la Seiche (pi. iv, fig. xn, a) et ronde chez le Poulpe. La choroïde est délicate , rougeàtre et nacrée. Elle se refléchit en avant ; prenant alors l'aspect d'une membrane plus épaisse , circulaire , enduite d'un pigment de couleur pourpre foncé , et munie de fibres concentriques (pi. XIV, c) , qui est l'analogue des procès cihaires de l'homme , elle se dirige vers le cristallin arrondi et assez volumineux (fig. xni) , sur la circonférence duquel règne un sillon qui la reçoit.
Le nerf optique , après avoir traversé le feuillet externe de la sclérotique , produit un renflement considérable (fig. xxi, a), plus volumineux que le ganglion cérébral , d'où partent d'innombrables filets , qui , dans la Seiche , forment une bande longue d'environ neuf lignes , sur deux de large (fig. xv , a). Ces filets percent le feuillet interne de la sclérotique et la choroïde, pour donner naissance à la rétine. Celle-ci a cela de particulier , qu'elle porte un pigment pourpre foncé et peu adhérent sur les fibres saillantes qu'elle off're à sa face interne , du côté du corps vitré.
Il est difficile de démontrer l'existence de l'humeur aqueuse. Mais toute la capacité in- » térieure de l'œil est occupée par une humeur 1 vitrée , liquide et visqueuse , que renferme une membrane très-délicate.
On peut donc dire , au total, que l'œil des Céphalopodes est déjà très-parfait.