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Animaux articulés

On n'aperçoit pas la moindre trace d'yeux dans les Enthelminthes. Les Cercaires , qui ,

ORGANES DES SENS

d'ailleurs , peuvent , en partie , vivre librement, sont les seuls chez lesquels Baer (1) ait vu les indices de deux yeux.

Mais il est déjà fréquent de rencontrer ces organes dans la classe des Annéiides. Ainsi on les trouve chez les Nats , les Néréides , les Aphrodites, les Sangsues. Ils sont même souvent en nombre considérable , car la Sangsue ordinaire en a dix , disposés en fer à cheval au-dessus de l'orifice de la bouche, et qui s'aperçoivent surtout très-bien chez les jeunes sujets , parce qu'ils font saillie à la surface du corps , comme autant de verrues d'ime couleur foncée.

Tous les Neustîcopodes, si l'on excepte quelques Lernées , ont un , deux ou trois yeux. Mais, d'après la découverte de Nordmann (2);, les Lernées offrent un nouvel exemple de la disposition que nous avons signalée en parlant des Rotifères ; car la Lernœocera cyprinacea, tant qu'elle est à l'état de larve , possède un bel œil rouge , dont toute trace a disparu chez l'animal parfait.

Du reste , c'est dans cette série du règne animal qu'on commence à rencontrer pour la première fois les yeux composés , ou à facettes , que nous décrirons à l'occasion de l'ordre suivant. Mes observations m'ont appris qu'il existe , chez VApus cancriformis , deux gros yeux dont la cornée se partage en un grand nombre de facettes hexagones , et un autre œil médian , arrondi , plus gros , dont la cornée paraît finement grenue quand on l'examine au microscope. Le Limulus poîyphemus porte également , des deux côtés de son bouclier céphalo-thoracique , de gros yeux à facettes , qui sont réniformes.

Tous les Décapodes ont deux yeux composés, reposant sur des pédoncules particuliers , mobiles et quelquefois assez longs, ce qui est, jusqu'à un certain point, une répétition des yeux du Limaçon portés par les grandes cornes de l'animal. C'est aux travaux surtout de J. Muller (3) que nous devons de bien connaître la structure des yeux à facettes , et

(!) Nova act. nat. cur. tom. XIII , P. ii , pag. GS7.

(2) Micrographische Beitrœge zur Naturgeschichte der Wirbellosenthiere. Berlin, 1032, in-4o, fig. col., cah.II , pag. 127.

(3) Zur vergleichenden Physiologie des Gesichtssinnes, pag. 337.

voici quelles sont les particularités les plus importantes qu'ils présentent.

Le nerf optique des Crustacés pénètre dans l'œil par le pédoncule cylindrique calcaire (pi. VI, fig. XIII, a), et s'y renfle, comme chez les Seiches, en un ganglion considérable. De la face externe et convexe de ce renflement partent en rayonnant une multitude de fibres nerveuses déliées, qui vont gagner la surface de l'œil , et dont les interstices sont remplis d'un pigment vasculaire de couleur foncée. Ce pigment est d'un bleu violet dans l'Ecrevisse , et l'on y distingue trois couches concentriques (fig. xiii, d, b, c). Les fibres du nerf optique cessent au voisinage de la surface de l'œil , terminaison qui doit être considérée comme tenant lieu de la rétine, et à l'extrémité de chacune d'elles se trouve un corps pyramidal transparent, dont le sommet est tourné vers le nerf et la base vers la cornée. Ces pyramides remplacent le corps vitré, et sont également entourées de pigment. Vient enfin la cornée elle-même, qui tient Ueu de cristallin , de cornée transparente et de conjonctive, et qui ofl're des facettes (carrées dans l'Ecrevisse ) , dont chacune correspond à une pyramide du corps vitré et à une fibre du nerf optique. Dans le Homard , on peut compter jusqu'à 2,500 facettes sur un seul œil.

La conformation des yeux varie beaucoup chez les Isopodes. Le Jule n'en a que deux , composés de cinquante à soixante facettes. La Scolopendre en a un gros placé en travers , et vingt-trois petits qui sont simples (4).

Les yeux paraissent quelquefois manquer tout à fait chez les Acarides. Certains de ces animaux (Bdella) , en ont quatre petits et simples, d'autres (Smaris) deux également simples.

Les yeux sont pédoncules dans quelques Trombidies.

Les Arachnides n'ont que des yeux simples (yeux lisses, ocelles, stemmates), mais parfois très-développés à l'intérieur.

Voici quelle est la structure des deux gros d'entre ceux du Scorpion d'Afrique^ d'après J. Muller (5). Au-dessous de la cornée se

(4) Trevibanus, Vermischte Schriften , lom. II,

(5) Loc. cit. , pag. 316.

trouve un cristallin globuleux , qui conserve sa transparence même dans ralcool. Vient ensuite un gros corps vitré , de forme à peu près hémisphérique , dont un pigment de couleur foncée recouvre la face piano-concave antérieure , si ce n'est à la partie moyenne , et qu'entoure en arrière la rétine , expansion en forme de godet du nerf optique, autour de laquelle se trouve également un dépôt de pigment.

Indépendamment de ces deux gros yeux , les Scorpions en ont six à dix autres , plus petits et simples.

Le nombre et la situation des yeux varient aussi tellement dans les Araignées , que l'on en tire des caractères pour la distinction des genres entre eux. Ceux des grandes espèces , par exemple de l'Araignée aviculaire , que leur volume rend accessibles aux recherches, sont essentiellement construits comme les gros yeux des Scorpions (pi. vn, fig. 5).

Dans les Hexapodes aptères, on ne retrouve plus généralement que deux yeux composés. Treviranus pense que les yeux de la Forbicine {Lepisma) sont simples (1); mais J. Huiler ("2) les déclare à facettes , ce qui s'accorde avec mes propres observations, et il en a trouvé de plus trois autres qui sont simples.

Quand aux Hexapodes ailés, ou aux Insectes proprement dits , les plus parfaits d'entre eux , les Coléoptères , n'ont que deux yeux composés. Indépendamment de ceux-là, qu'on retrouve dans les autres ordres, chez tous les Insectes pourvus du sens de la vue , il y a encore des yeux simples , la plupart du temps au nombre de trois.

Du reste, les larves des Insectes répètent fort souvent les formes inférieures, même en ce qui concerne les yeux ; car celles, par exemple, de la plupart des Coléoptères et Hyménoptères , n'ont pas d'yeux du tout, tandis que celles de presque tous les genres contenus dans les autres ordres n'en ont que de simples. Ainsi on trouve six à huit stemmates dans les Chenilles. Il n'y a que fort peu de larves qui aient de très-gros yeux, même des yeux à facettes ; telles sont celles des Orthoptères, qui subissent une métamorphose incomplète , celles des Microptères , dans l'or-

(1) Loc. cîf.,pag 12.

(2) Loc. cit., pag. 326.

dre des Coléoptères, et celle? de quelques Diptères , par exemple des Cousins {Culex pipiens).

Enfin, il est fort remarquable qu'on trouve aussi des espèces privées d'yeux parmi les Insectes parfaits. Tels sont les Claviger, une Braula, qui vit en parasite sur les Abeilles , et les neutres de quelques Fourmis (3).

La première chose à signaler dans les yeux composés des Insectes, c'est leur volume considérable. Marcel de Serres nous a donné à ce sujet des tables détaillées , d'après lesquelles on voit que chez quelques uns de ces animaux {Anthrax maura, Musca vomitoria) , le volume du corps est à celui des yeux dans la proportion d'un à quatre , mais que la proportion ordinaire est de six , -huit , dix ou seize à un , et que jamais le volume des yeux ne descend au-dessous d'un à soixanteet-uu {Phasma rossia).

Les facettes sont toujours hexagones. Le nombre en est souvent énorme. Il y en a 25,088 dans la Mordella , 11,300 dans la Phalœna cossus ^ mais on n'en compte que 1,300 dans le Sphinx convolvulij, et 50 seulement dans les Fourmis.

Du reste , la structure des yeux ne diffère pas de celle qui a été décrite plus haut (S 456). J'ai représenté (pi. vu , fig xliv) un lambeau de cornée transparente^ en a^ et en 6, l'idéal de la coupe transversale d'un œil composé ; a est le renflement nerveux , b les fibres nerveuses entourées de pigment , et v les corps vitrés placés derrière la cornée. Le pigment est parsemé ici d'une innombrable quantité de petitestrachées, dont le tissu forme là une sorte de charoïde. Les couleurs de ce pigment sont aussi extrêmement variées, plus vives en dehors , plus foncées en dedans; il est d'un rouge clair dans les Mantides , doré dans les Chrysops, pourpré dans la Mouche domestique , violet dans la Blatte orientale , bleu noirâtre dans les Abeilles, les Papillons, etc. (4).

Enfin , je dois signaler aussi , comme un fait très-intéressant , l'existence d'un rudiment de pupille , qu'on aperçoit sur les yeux composés dont le pigment extérieur est de couleur claire , comme, pai' exemple, dans

(3) Rddolphi , Grundriss der Physiologie, tora. IL pag. loG.

(4) Miller , Loc. cit. pag.3S4.

ORGANES DES SENS

les Locustes , les Libellules et beaucoup de Lépidoptères. Mais, depuis que Muller uous a fait mieux connaître les cônes transparents du corps vitré, nous savons qu'il faut attribuer ce phénomène à ce que, quand notre axe visuel tombe sur l'œil composé conique, nos regards plongent à travers les cônes du corps vitré jusque dans la partie interne de l'œil entourée de pigment d'une teinte foncée , tandis qu'autour de ce point il tombe sur les couches de pigment plus claires qui entourent les cônes.

A l'égard des yeux lisses des Insectes, Muller (1) leur assigne également la même conformation essentielle qu a ceux des Scorpions et des Araignées. Ils sont composés d'une cornée , d'un cristallin , tantôt globuleux, tantôt oblong, qui conserve sa transparence même dans l'alcool, d'une choroïde externe , avec un pigment qui a ordinairement la couleur du pigment extérieur des yeux composés , d'un corps vitré et d'un filet nerveux; ce dernier naît du ganglion cérébral, au même point que celui des autres yeux simples , ou bien il se réunit avec eux pour former un nerf unique. Ce dernier cas a lieu, d'après Marcel de Serres , dans les yeux lisses des Chenilles , à la place desquels se développent plus tard des yeux composés.

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