‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 2)Chapitre 100 sur 129 · Splanchnosquelette · texte numérisé non relu

Splanchnosquelette

DCVII. Si l’on fait abstraction de l’épithélion des voies aériennes et alimentaires , les Reptiles branchiés sont dé-

pourvus de splanchnosquelette au tronc. Mais ils en offrent déjà au moins l’indication ; car ici , pour la première fois , la voie destinée aux substances élémentaires du dehors qui pénètrent dans le corps , se partage en deux , dont l’une ,- la voie aérienne , par cela même que sa destination la met en antagonisme parfait avec le dermatosquelette exposé à l’air extérieur , convient plus que l’autre au développement de protovertèbres annulaires. Cependant l’organisme ne s’élève point encore jusque-là dans aucun genre.

DGVIII. Le splanchnosquelette de la tête se divise , comme il le faisait déjà chez les Poissons, en portion postérieure et portion antérieure. La première , qui se rapporte à la respiration , non-seulement est plus développée , mais même l’est souvent seule, et fréquemment demeure fidèle à son type primaire , qui est de supporter les organes respiratoires essentiels de l’animal entier , c’est-à-dire d’affecter la forme d’arcs branchiaux.

DCIX. Comme cette dernière circonstance est extrêmement remarquable , et quelle répand surtout un grand jour sur la métamorphose des arcs branchiaux des Poissons en parties laryngiennes , je vais m’appesantir sur elle.

C’est dans les Protéides qu’elle se prononce davantage et que l’appareil branchial entier des Poissons se trouve répété de la manière la plus évidente. Nous avons vu que ce dernier appareil consiste en six arcs costaux, qui ont été appelés, l’un, hyoïde , quatre , arcs branchiaux , et un , mâchoires pharyngiennes. De ces pièces , la première paire d’arcs ( mâchoires pharyngiennes ) s’oblitère chez tous les Protéides et chez tous les têtards de Batraciens ; il en arrive quelquefois autant à la seconde ( paire postérieure d’arcs branchiaux). Ainsi la Sir en lacertina et le Proteus mexicanus n’ont (pl. XXIX, fig, VIII ) que quatre arcs branchiaux de chaque côté , et le Proteus anguinus , trois seulement. Ces arcs ne diffèrent de ceux des Poissons qu’en ce que leurs pièces tergales sont quelquefois ' séparées , tandis que les sternales se réunissent plusieurs ensemble pour n’en former qu’une seule. Du reste , ils portent les branchies en dehors , et souvent , comme chez les Poissons , ils sont fortement garnis de dents en dedans. En outre,

l’hyoïde des Protéïdes est partagé , de même que celui des Poissons, en portion tergale et portion sternale. Dans le Protée , la portion sternale seule est développée , tandis que la tergale l’est également dans la Sirène (pl. xxix , fig. viii , vi g). Les Protéides se rapprochent d’ailleurs des Poissons cartilagineux supérieurs en ce que leurs arcs branchiaux se trouvent reportés un peu pins derrière la tête.

DGX. Une chose très-remarquable encore , c’est la manière dont , chez les Salamandres et les Grenouilles , s’opère la métamorphose de l’appareil branchial de la larve en parties du larynx de l’animal parfait. Dans les larves ou têtards , l’hyoïde et les arcs branchiaux se comportent au fond comme chez les Protéides ; seulement on remarque parfois aussi en eux , de même que chez certains d’entre ces derniers, une tendance à l’oblitération dé la quatrième paire d’arcs branchiaux. Lorsque la respiration aqueuse fait place à la respiration aérienne , et que les filamens branchiaux se contractent en un corps glanduleux , premier indice de la glande thyroïde , l’appareil branchial subit la métamorphose suivante. Les arcs de l’hyoïde sont ceux qui changent le moins; dans la Salamandre, ils restent divisés en deux moitiés latérales ( pl. xxX , fig. xi , vi 7 ) ; dans la Grenouille , ils sont plus longs et réunis inférieurement ensemble par le moyen d’une large plaque cartilagineuse (pl. xxx, fig. x, f). Les deux arcs branchiaux antérieurs perdent presque entièrement, chez les Grenouilles, leurs arceaux latéraux, dont il ne reste plus que deux petits rudimens (pl. xxx, fig. x , v 7 , iv 7 ) ; ils se réunissent également dans la large plaque cartilagineuse ( l ) dont je viens de parler , et qu’on doit considérer comme produite par la réunion des trois corps vertébraux sternaux appartenant aux trois splanchnocôtes antérieures. A cette occasion*, je rappellerai que déjà ces corps vertébraux avaient la forme de plaque dans les Poissons cartilagineux supérieurs. Du reste , il est fort remarquable que , quoique la respiration proprement dite ne s’exécute plus en cet endroit , cependant la plaque cartilagineuse , avec ses arcs , détermine la déglutition de l’air par la glotte , en se-relevant et s’appliquant contre le palais.

Dans les Salamandres, ce sont plutôt les deux arceaux lai

téraux qui restent que la plaque cartilagineuse médiane , et leur séparation est encore indiquée, chez l’animal adulte, par une ouverture située entre les deux arcs inférieurs et le supérieur soudés ensemble (pl. xxx, fig. xi , iv 7 , v 7).

DCXI. Enfin , les deux arcs branchiaux suivans , dont il n’y a déjà ordinairement que l’antérieur qui soit développé dans le têtard , se convertissent en l’anneau du cartilage cricoïde , qui est le larynx proprement dit des Salamandres et des Gre' nouilles.

De là vient que , dans la Salamandre adulte , les arcs branchiaux libres (pl. xxx , fig. xi) ont disparu entièrement. Dans les Grenouilles , au contraire , il en reste encore deux arceaux, formant des cornes qui s’écartent en dehors (pl. xxx, fig. x,

DCXIL Quant à ce qui concerne la partie antérieure du splanchnosquelette céphalique, j’ai déjà dit précédemment que les articles terminaux de membres qui la constituent d’une manière essentielle , se développent en petite quantité et incomplètement. On n’en voit aucune trace dans les Crapauds et dans les Grenouilles , ainsi que dans les Salamandres ; ils ne sont indiqués que par de petites dents , presque en forme de soies , et dont le nombre est indéterminé.

La portion postérieure du splanchnosquelette est donc celle qui prédomine de toutes manières , même sous le rapport de la formation des membres , puisqu’elle produit au dehors des branchies , tantôt permanentes , tantôt temporaires, qui tiennent lieu de nageoires , et qu’en même temps elle est susceptible de développer des articles terminaux de membres dirigés en dedans , c’est-à-dire des dents. Du reste , il est extrêmement remarquable de voir que , chez les Salamandres et les Grenouilles , ces arcs protovertébraux du splanchnosquelette donnent naissance aux branchies, comme premier membre fourchu des larves , et qu’ après leur disparition , les arcs protovertébraux thoraciques et pelviens du névrosquelette produisent leurs membres pairs comme des espèces de branchies permanentes de ces régions et de ce squelette. Voilà précisément pourquoi nous trouvons les membres du névrosquelelte

squelette des REPTILES. 44 1

petits et incomplètement développés chez les Protéides , où les branchies sont permanentes (1).

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