Squelette de la tête
DCXXII. La colonne deutovertebrale de là tête ressemble beaucoup à celle des Reptiles branchiés , par sa continuation en ligne horizontale avec celle du rachis , par le peu de largeur et l’immobilité des vertèbres crâniennes et de la première vertèbre faciale , enfin par l’oblitération des deux vertèbres faciales antérieures.
Son type général étant indiqué par la pl. xxx, fig. xn , je me contenterai de signaler ce qu’elle présente de plus remarquable .
Une circonstance caractéristique d’abord est la grande étendue de la vertèbEé&rânienne médiane et surtout de sés pièces tectrices (os pariétaux) , qui , chez les Poissons cartilagineux , indiquait la prédominance de la masse optique ( pl. xxx, fig. xii, ni e ) (1). Ordinairement aussi les pariétaux sont soudés ensemble.
La première et la troisième vertèbre crânienne sont moins développées, quoique leurs parties essentielles continuent à être osseuses. On n’apercevait point encore , dans les Poissons cartilagineux , le corps de la troisième , qui est fortement développé ici , comme épine antérieure du sphénoïde.
En général , les intervertèbres ne représentent que des arceaux , et l’on ne distingue , comme os à part, que celui de la première , sous la forme d’un os temporal , qui sépare les organes auditifs de la cavité crânienne ( pl. xxx, fig. xii, 1 b, 1 b*) (2). Les arceaux de la seconde et dè la troisième ( 2 b , 3 b ) sont, dans la nature , soudés avec les arcs de la seconde et de la troisième vertèbre crânienne (3).
(1) V. Srrx, Cephalog pl. i , fig vii,n a. — Okeit, /sis, i823, cah. VIII, pl. xn, fig. S.
{2) Srix , lac. cil., pl. 1 , fig. vir , il a.— Oken, loc, cil, pl. sur, fig. x , p e.
(3) La ressemblance da crâne des Serpens en général avec nn segment du rachis s’exprime surtout dans la vertèbre occipitale , qui non seulement porte ici une tritovertcbre parallèle inférieure, comme tête articulaire ou condyle, mais encore offre, dans plusieurs Serpens venimeux ( par exemple le Trigo -
ijr.
45o SQUELETTE DES REPTILES.
DCXXIII. Les vertèbres faciales sont encore fort courtes (pl. xxx , fig. x , iv , v , vi). L’antérieure n’est point du tout ossifiée. La moyenne , dont le rudiment existait déjà chez les Poissons , offre au moins ses arceaux , déjà sensiblement développés en cornets osseux du nez (fig. xii, v b) (1). Les parties les plus développées de la postérieure sont les lames tectrices, ou os propres du nez ( iv c ) (2). Cependant on découvre aussi un rudiment cartilagineux il est vrai , de sa lame cloisonnaire, représentant la lame perpendiculaire de l’ethmoïde (ïvd).
DCXXIY. Les arcs prôtovertébraux de la tête des Serpens ressemblent en général à ceux des Poissons osseux , par leur , forme élancée et leur mobilité. Ce qu’on distingue le moins ici , comme dans ces Poissons , ce sont les côtes des vertèbres proprement dites de la tête. Il n’y en a aucune trace à l’occiput. Les arcs costaux du centriciput et du sinciput se développent bien , mais ils se détachent tçljpment de la colonne vertébrale crânienne , qu’on pourrait aisément les méconnaître et les prendre pour des parties de la première intercôte , si j l’on n’examinait pas avec soin la tête du Serpent dans ses passages à celle du Lézard , de la Tortue et même de l’Oiseau. Mais, en suivant cette marche , je me suis convaincu qu’on doit considérer comme seconde côte crânienne ( palatin postérieur, os omoïde , apophyse ptérygoïde) la pièce de la voûte palatine qui se dirige vers l’articulation de la mâchoire inférieure (pl. xxx , fig. xii, ng). Oken l’a assez bien interprétée , car il l’appelle ptérygoïde interne (3) ; cependant c’ est à proprement parler l’apophyse ptérygoïde externe de l’homme qu’elle représente. Spix la rapporte également à l’apophyse ptérygoïde interne (4). J’ ai acquis aussi la conviction que la troisième côte crânienne (os palatin moyen, crochet ptérygoïdien) est représentée par une pièce qui va de la précédente à la mâchoire supérieure
nocephalus nexus) , une apophyse épineuse inférieure ( pl. xxx, fig. xi, ç), semblable à celle qu’on voit sur nn grand nombre de vertèbres rachidiennes.
(1) Spix , loc. cit., pl. i. h , fig. vii , 2 1 ; pl. ix , fig. xxn , xii , 21. — Oken , loc. cit., pl. xm, fig. 8, 9 , c.
(2) Spix, loc. cit., pl. 1 , fig. vu ,22. — Oken , loc. cit., nn.
(3) Isis, 1823, cah. Vlll, pl. xnr, fig. v.
(4) Loc. cit.;: pl. Il, fig, vil. 19*
(nig) ; Oken la nomme ptèrygoïde externe , et Spix l’englobe dans la mâchoire supérieure.
DCXXV. Les côtes qui appartiennent aux intervertèbres sont toutes développées , mais guère plus toutefois que dans les Squales , par exemple.
La première , dans laquelle on peut distinguer une portion antérieure et une portion postérieure , consiste en deux pièces mobiles , dont la supérieure ,. appliquée à l’intervertèbre ,. et analogue à la racine de l’apophyse zygomatique , ainsi qu’à l’anneau du tympan , est une pièce tergale simple (pl. xxx , fig. XI , Ig ). Oken la nomme osverruciforme , et Spix os faciei iliacum s. pars ossis temporalis squamosa. L’autre pièce , à laquelle la mâchoire supérieure s’applique absolument de même que l’humérus à l’omoplate d’un Mammifère non clavieulé , et qui, chose fort remarquable , prend complètement aussi la forme d’une omoplate , est une pièce sternale supérieure (ig")-; Elle correspond donc à l’apophyse zygomatique du temporal de l’homme. Oken la nomme os carré , et Spix os faciei ischiale s. pars ossis temporalis annularis.
DCXXVI. La seule portion bien développée de la seconde paire d’intercôtes est la pièce tergale supérieure , constituant un appendice engrené entre les os pariétaux et frontaux (2g). Lé reste dé la côte ou de l’os jugal est indiqué par une grande écaille qui entoure l’œil. Dans les Poissons osseux aussi les portions squameuses de l’os jugal ne sont souvent presque que de simples écailles cutanées.
DCXXVÏI. La troisième intercôte n’est essentiellement développée non plus que dans sa portion tergale , et elle n’est pas distinctement séparée de l’arc de la troisième intervertèbre ( mg). Dans la nature, cette intercôte (os lacrymal) apparaît la plupart du temps sous la forme d’un large os , qui ferme l’orbite en devant , et qui même se réunit avec celui du Côté opposé pour produire toute une moitié supérieure d’un arc protovertébral qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Spix l’appelle os thyréoïdéo- facial OU os lacrymal (1) , et Oken os ol ■
(ï) Cephalog pl, i, fig. vii, a3»
/t52 sQUÈLEfTE DES EEPTILEè.
f 'actif. Dans quelques espèces , cette côte porte encore un appendice (3g'), qu’Oken appelle écaille surcilière (1).
DCXXVIII. À l’égard des côtes faciales , c’est chez les Serpens surtout qu’on les reconnaît évidemment pour de véritables côtes. Elles se rapprochent jusqu’à un certain point dans leur formation de celle des Poissons osseux à museau prolongé, le Brochet par exemple.
La postérieure (os palatin) s’unit avec la troisième côte crânienne , et elle est toujours armée de splanchnodents (pî. xxx, fig. xii , ivg) (2).
La médiane (maxillaire supérieure) se partage en portion interne et portion externe. La portion interne , plus petite, et en quelque sorte la tête de la côte , se soude avec l’arc de la seconde vertèbre faciale (vgft) (3). L’externe, ou la côte propre ment dite, est le bord alvéolaire de la mâchoire supérieure, qui , chez les Serpens non venimeux , s’allonge beaucoup et reçoit un grand nombre de splanchnodents ( vg f ) (4). Chez les Serpens venimeux , au contraire , elle est très-petite , et ne s’arme essentiellement que d’une seule splanchnodent redressée, derrière laquelle s’en trouvent cependant plusieurs autres, qui sont couchées (5).
DCXXIX. La plus petite de toutes les côtes faciales est l’antérieure (intermâchoire). Cependant on peut également y distinguer une portion interne , ou tête de la côte , et une externe, ou côte proprement dite. La portion interne (vigtt) forme une apophyse dirigée en dedans sur la ligne médiane de la tête. L’externe (vigf-f) se soude souvent avec celle du côté opposé ; elle est petite, et porte peu ou même point de splanchnodents;
Du reste, toutes les côtes faciales manquent des portions sternales inférieures , de sorte qu’ elles ne se réunissent point au côté ventral de la tête. Il n’y a donc point encore ici , non
(1) Okek, fig. 8, io, o.
(2) Srix, pl. 11 , fig. vu, 20. — Oken , pi. xni, fig. xi, p l.
(3) Qüen , loc. cit. , fig. 11.
(4) Srix, pl.i, fig. vii, 11, 12. — Ouest, fig. 11, M.
(5) Srix, pl.vm, fig. x, 12. — OnEH,fig, iv, îyj. — Yoy. mes Tabules illustrantes , cak. II, pl. vit, fi<*. vi.
plus que chez les Poissons cartilagineux , de voûte palatine osseuse séparant la cavité nasale de l’oreille , et les arrièrenarines se trouvent immédiatement derrière les intermâchoires. On n’aperçoit en quelque sorte ici , comme chez les Reptiles branchiés , que des trous naso-palatins , derrière lesquels la voûte palatine est ouverte.
DCXXX. Membres céphaliques. Comme tous les membres s’oblitèrent au tronc des Serpens proprement dits , de même , à la tête , il ne se développe , en fait de membres impairs et pairs , que la seule paire des membres crâniens essentiels , c’est-à-dire les moitiés de la mâchoire inférieure , qui consistent toujours uniquement en un article inférieur et un article terminal (pl. xxx,fig. xiî). Mais elles sont remarquables en ce qu’elles ne s’unissent ensemble que par des ligamens et des muscles , de sorte qu’étant par là susceptibles de mouvemens latéraux assez libres , elles correspondent mieux à l’idée de membres céphaliques libres , quelles ne le font dans aucune autre classe de Céphalozoaires.
Il n’y a aucune trace de membres crâniens supérieurs postérieurs ( opercule ou conque de l’oreille ).
Les membres faciaux manquent également; on ne voit même nul vestige d’un prolongement en forme de trompe ou d’épée des vertèbres faciales , constituant une sorte de membre céphalique impair antérieur.
DCXXXI. Avant de quitter le névrosquelette de la tête des Serpens, nous devons encore parler des ossifications intérieures des organes sensoriels , dont l’existence et la signification ont été déjà signalées chez les Poissons et les Reptiles branchiés.
Ces ossifications se voient également ici , surtout dans l’oreille ', pour y favoriser le mouvement intérieur , et elles s’y comportent à peu près de même que chez les Reptiles branchiés. Ici comme là , en effet , tantôt on trouve de petites coagulations molles dans le sac du vestibule ; tantôt il se forme, à l’endroit où sera placée plus tard la caisse du tympan , c’est-àdire au devant de l’oreille interne , de véritables ossifications, qui , de chaque côté, s’appliquent à l’ouverture du vestibule ( fenêtre ovale ) , sous la forme de ce qu’on nomme une coluihelle, mais cependant sont encore entièrement cachées ici dans
454 squelette des kettiles.
les chairs , comme les premiers points d’ossification du même
genre l’étaient chez la Salamandre.
DCXXXII. Il ne nous reste plus qu’une seule observation à faire , c’est que dans les Serpens qui , par la présence d’indices de membres antérieurs et internes au tronc , font le passage à d’autres ordres , comme XAnguis et l’ Ophisaurus, ou qui , par l’oblitération de leur formation , se rapprochent des Reptiles branchiés , comme les Cécilies , le type dont on vient de lire la description subit diverses modifications , qui , bien que le plan de ces Recherches ne me permette pas de les suivre dans leurs détails , méritent cependant d’être signalées d’une manière générale , parce qu’ elles tendent à diminuer la mobilité tant des côtes que des membres céphaliques, et en partie aussi à augmenter la largeur des vertèbres crâniennes (1).
33» Splancbnosqueeette.
DCXXXIII. C’est chez les Ophidiens qu’on peut pour la première fois établir une distinction entre le splanchnosquelette de la tête et celui du tronc. Cependant ici comme partout ce dernier est plus incomplet que l’autre. Il ne nous apparaît à proprement parler que comme une continuation et un prolongement du splanchnosquelette céphalique , de sorte que nous sommes obligés de débuter par celui-ci.
DCXXXIY. Le splanchnosquelette de la tête des Serpens se divise en deux portions , l’une antérieure , l’autre postérieure ': la formation des arcs protovertébraux prédomine également dans celle-ci , comme celle des membres terminaux dans celle-là.
Quant aux arcs protovertébraux de la portion postérieure , ils n’ont plus de rapport avec la respiration proprement dite qu’en ce qu’ils enveloppent le commencement du conduit aérien; car la respiration branchiale a cessé tout-à-fait, et une séparation complète s’est établie entre la voie de l’air et celle des alimens.
Les quatre arcs protovertébraux médians , qui constituaient
(1) Vüy. la têle de la Cécilie dans Okkn , pl. x3, fig. 6 et y. — et celle de l’OpIüsaùre dans S pis , pl. ns , fig. ix. '
des arcs branchiaux chez les Poissons , sont ici des anneaux laryngiens. Les pièces sternales réunies des deux antérieurs forment un petit os triangulaire (pl. xxx, fig. xii, oo ), le cartilage thyroïde , tandis que leurs pièces tergales, également réunies , représentent les cartilages aryténoïdes (fig. xii, o). Toutes les pièces des deux arcs branchiaux postérieurs se réunissent en un anneau plus large et fermé , le cartilage cricoïde (fig. xii, m 7 , il 7).
DCXXXV. A l’égard des arcs protovertébraux antérieur et postérieur de cette portion du splanchnosquelette de la tête , savoir , l’hyoïde et la mâchoire pharyngienne , ils se rapportent tout aussi essentiellement à la fonction végétative fondamentale, à l’inhalation des choses du dehors , à l’assimilation, ét par conséquent à l’intestin , que les quatre médians à l’autre fonction végétative fondamentale , à l’ exhalation de la substance' intrinsèque, à la respiration, et par conséquent à la branchie. ou au poumon. Voilà pourquoi , quand les arcs branchiaux deviennent le commencement d’un canal aérien distinct du pharynx, le sixième arc protovertébral (mâchoires pharyngiennes ) ne peut plus se trouver en arrière de ces quatre arcs branchiaux métamorphosés, qui ne font plus qu’un tout continu avec le canal aérien, et se trouve obligé de se reporter au dessus d’eux, là où le larynx et le pharynx entrent en contact l’un avec l’autre. Chez les Serpens , ces mâchoires pharyngiennes paraissent être tout-à-fait oblitérées , de même qu’elles le sont déjà beaucoup dans certains Poissons osseux (1).
DCXXXYI. L’arc protovertébral antérieur (hyoïde) n’acquiert non plus qu’un très-faible développement. Ses arceaux se réunissent par le bas et sur le devant en une petite pointe cartilagineuse , ayant la forme d’un V , dont les deux jambes dégénèrent postérieurement , chez les Serpens proprement dits, en minces et longs filets cartilagineux, qui accompagnent la trachée-artère dans tout son trajet ( pl. xxx, fig. xii,
(1) Je n’ai point en occasion d’examiner des larynx de grands Serpens. C’est pourquoi je laisse de côté la question de. savoir si l’on n’y pourrait pas retrouver aussi des vestiges de. mâchoires pharyngiennes , c’est-à-dire des cartilages de Wrisberg et de Santorini.
456 squelette des reptiles.
vi g). Ces longs cartilages manquent chez ceux des Ophidiens
qui font le passage aux Sauriens (1).
DCXXXVII. La portion antérieure du splànchnosquelelte de la tête n’est également représentée ici que par l’épithélion et par de simples articles onguéaux coniques. Ces dernières productions se rapportent, comme chez la plupart des Poissons cartilagineux, aux parties du névrosquelette qui entourent la cavité orale , et essentiellement (pl. xxx, fig. xii) aux os palatins , à la mâchoire supérieure , à la mâchoire inférieure et à l’intermâchoire , moins toutefois à cette dernière. Là où les dents se développent le plus , dans cet ordre , on , reconnaît sans peine les connexions qui les unissent à la fonction végétative , et l’on peut même dire que les Serpens sont, de tous les animaux , ceux chez lesquels on aperçoit le mieux quel a été réellement le but de la nature en instituant les dents comme membres du splanchnosquelette. Ceci s’applique surtout aux dents maxillaires supérieures des Serpens venimeux. Non-seulement ces dents se développent d’une manière parfaitement libre dans les chairs , et se redressent ensuite peu à peu , mais encore elles acquièrent , dans le sens de leur longueur et à leur côté interne , un plissement qu’on doit considérer comme la prolongation d’un conduit excréteur , de celui de la glande salivaire qui sécrète le venin. Ainsi donc, au lieu d’être , comme dans les animaux supérieurs, uniquement pénétrées et animées par des nerfs , elles enveloppent ici la formation purement végétative d’un canal excréteur (2).
(1) La longueur extraordinaire et la mobilité de la langue chez les Serpens proprement dits , qui tiennent à l’allongement de l’hyoïde , doivent être considérées comme un phénomène d’antagonisme, résultant de l’oblitération des membres du névrosquelette , à laquelle nous avons vu plus haut que se rattachaient également la longueur et la mobilité du rachis. Voilà pourquoi cette longueur et cette mobilité de la langue diminuent, aussi bien que celles du rachis, dans ceux d’entre les Serpens qui font le passage aux Sauriens.
(2) Le plissement en dedans de ces splanchnodents est extrêmement remarquable en ce qu’il nous fournit le prototype des splanchnodents que nous trouverons, chez les animaux supérieurs , sous la forme de molaires plissées. Cette structure plissée se rattache toujours à d’abondantes excrétions dans le voisinage. Ainsi les molaires des Ruminans sont voisines des conduits excréteurs des parotides. V. mes 2'abul. illuslr., cah.U, pl. xxr, fig vr,
DCXXXVIII. Le spîanchnosquelette du tronc , que nOUS trouvons ici pour la première fois développé , offre les particularités suivantes :
Dans les classes inférieures , le canal intestinal était la seule voie par laquelle les substances élémentaires du dehors pussent pénétrer dans le corps , et si là il se développait un splanchnosquelette du tronc , c’était toujours uniquement au dessous de l’épitliélion intestinal. Les Insectes seuls faisaient exception par leurs trachées aériennes , auxquelles s’adjoignait par conséquent aussi une formation squelettique annulaire et fort délicate. Chez les animaux supérieurs , il y a toujours antagonisme entre la surface cutanée et la voie respiratoire et alimentaire, le poumon ou l’allantoïde et l’intestin, pris ensemble. Cependant les organes respiratoires , et surtout les poumons , sont plus spécialement homologues à la peau , puisque la perspiration et la respiration appartiennent essentiellement à l’une et aux autres. C’est ce qui explique pourquoi les voies aériennes ont une tendance spéciale à répéter les formations de la peau , pourquoi aussi nous ne trouvons plus de spîanchnosquelette à l’intestin, et pourquoi, quand un squelette se développe sous l’épithélion des voies aériennes , il répète toujours de la manière la plus formelle le type primaire du squelette développé sous l’épiderme. L’antagonisme entre le squelette trachéal et le squelette cutané ne se manifeste donc qu’à l’égard de la substance et dans la direction des anneaux fermés. Le dermatosqueletle a pour caractères essentiels une substance cornée et un développement plus prononcé des arcs protovertébraux vers le côté lumineux; ceux du spîanchnosquelette sont une substance cartilagineuse et le développement plus complet des arcs protovertébraux vers le coté terrestre.
DCXXXIX. Ainsi donc les Serpens sont les premiers animaux chez lesquels les protovertëbres du spîanchnosquelette du tronc se disposent en série à la trachée-artère , comme celles du spîanchnosquelette céphalique le font au larynx. Et elles le font en nombre différent , mais toujours Jheaucoup plus considérable (pl. xxx, fig. xn, B*) , jusqu’à ce qu’ enfin elles
se perdent dans la dilatation de la trachée-artère en un poumon qui est encore entièrement vésiculiforme (I).
C» BeBMATOSQTJELETTE.
' DCXL. Sous le rapport de leur dermatosquelette , lesjüerpens se rattachent de la manière la plus positive à la formation d’un grand nombre de Poissons osseux. Il en est peu parmi eux qui se trouvent réduits au seul épiderme, et qui, à cet égard , ressemblent aux Reptiles branchiés. C’est cependant le cas des Cécilies , et après elles de Y Acrochordus jamnicus , quoique ce dernier ait déjà le corps parsemé de petites verrues dures et squamiformes , et que sa tête offre de véritables séries d’ écailles. Au reste , ce développement plus prononcé du dermatosquelette à la tête est fort remarquable en lui-même , et nous aurons encore plusieurs fois occasion de le signaler par la suite.
DCXLI. Lorsque le dermatosquelette est formellement développé en plaques cornées sous l’épiderme, qui se renouvelle d’une manière périodique, on reconnaît d’abord , sur toute la longueur du tronc , une formation égale d’anneaux complets ( protovertèbres ) , absolument de même que chez les Lorieaires , parmi les Poissons; seulement les anneaux eux-mêmés sont divisés , à leur périphérie , en plaques carrées distinctes, dont le nombre varie, et leur largeur ne correspond plus, aussi bien qu’elle le faisait chez les Poissons , à la longueur d’une deutovertèbre de rachis , mais à une deutovertèbre et protovertèbre du névrosquelette répondent plusieurs , ordinairement deux, protovertèbres du dermatosquelette.
Le genre Amphisbène surtout est remarquable à cet égard. Je trouve la progression dans la division des protovertèbres du
(i) On trouve Lien déjà, chez les Serpens, l’antagonisme entre une respiration antérieure et une respiration postérieure du tronc; mais la seconde , celle de l’allantoïde , n’a lieu essentiellement que pour la vie dans l’œuf, et son oblitération chez l’animal adulte, où il n’en reste fnême pas un vestige sous la forme de vessie urinaire , est cause aussi qu’il ne se développe point de squelette au membre terminal postérieur du splanchnôsquelelte du tronc, à la verge.
dermatosquelette , à T extrémité sphérique de la queue d’une Amphisbœna, fuliginosa, si intéressante, que je croîs devoir en donner la figure (pl. xxvii, fig. xvn ). On aperçoit d’abord la division primaire de la surface sphérique en quatre pièces ; mais les anneaux qui viennent immédiatement après se partagent en plusieurs plaques carrées , quoique toujours d’après des nombres divisibles par quatre. Du reste, le dos et le ventre , le côté droit et le côté gauche sont encore parfaitement semblables , ce qui annonce partout un type inférieur , et deux protovertèbres du dermatosquelette correspondent à une deutovertèbre du névrosqueielte.
DCXLII. Cet état d’indifférence , ou cette similitude , cesse dans d’autres genres ( Coluber , Boa , Pipera , etc. ) , où l’on voit le côté tergal et le côté ventral se distinguer l’un de l’autre , les simples demi-protovertèbres continuant ordinairement à persister au ventre , tandis qu’au dos , ces arcs protovertébraux se résolvent en écailles distinctes , de même que nous avons vu , chez plusieurs Poissons , des arcs protovertébraux co exister avec des séries d’éeailles. Mais la plus grande diversité naît alors des modifications que les écailles subissent dans leur forme et leur coloration. En général , cependant, elles ont de la tendance à prendre des formes organiques arrondies, et nulle part on ne retrouve plus la division régulièrement géométrique en hexagones qui avait lieu dans les Ostracions , etc.
DCXLIII. Mais , outre la division du dermatosquelette du tronc en plaques et en écailles , le genre Crotale offre encore une formation extrêmement, remarquable. Là , en effet , les trois dernières vertèbres rachidiennes oblitérées (note au, § DCXYII ) ne sont plus entourées de substance musculaire , mais seulement d’un simple dépôt albumineux et graisseux, qu’enveloppent des anneaux cornés constituant autant de protovertèbres simples , complètes et fermées de toutes parts , d’un dermatosquelette. Périodiquement ( et sans doute chaque année , à l’époque de la mue ) , ces protovertèbres sont remplacées intérieurement par de nouvelles ; les anciens anneaux deviennent libres; mais , après s’être desséchés , ils demeurent suspendus , à cause de l’inflexion panduriforme qu’ils of-
46o SQUELETTE DES REPTILES.
frent sur leur contour (pl. xxvn, fig.xvm) (1) , et produisent comme un bruit de clochette quand l’animal remue sa queue , ou qu’on l’agite après sa mort. Il peut ainsi se développer sur le névrosquelelte , à son extrémité , une colonne protovertébraïe dermatosquelettique , composée de trente à quarante anneaux. Cette formation est d’autant plus remarquable qu’on peut la comparera ce qui arrive déjà dans les Grenouilles et ensuite dans les Mammifères , où le rachis du névrosquelette se prolonge constamment au-delà de la moelle épinière ellemême.
DCXLIV. La portion céphalique du dermatosquelette des Serpens est ordinairement fort distincte de celle qui appartient au tronc. Tantôt , en effet , elle offre des rangées d’écailles , lorsque le reste du corps est nu , comme dans 1 ' Acrochordus, dont j’ai déjà parlé : tantôt, chez les Serpens écailleux, il se développe à la tête des plaques dans lesquelles la division du névrosquelette , et par conséquent du cerveau , se reflète d’une manière remarquable , ce dont on trouve des exemples frappans en examinant plusieurs têtes d’Ophidiens (2).
DCXLV. Quant aux rayonnemens du dermatosquelette , on n’en voit aucune trace chez les Serpens , dont le squelette eu : tané répète manifestement le névrosquelette sous ce rapport.
On ne peut y rapporter que les formations suivantes :
1° Les ongles coniques aux vestiges de pieds , dans le Boa: ils sont au même degré de développement que les ongles qui garnissent les moignons de pieds des Squales.
2° Les épines analogues à des ongles dont l’extrémité de la colonne vertébrale est quelquefois armée , par exemple dans YHydrus. Elles sont fort remarquables comme exemple unique, parmi les Céphalozoaires , d’un membre terminal impair qui se termine par un ongle, mode de terminaison qu’on n’observe partout ailleurs qu’aux membres pairs. On peut en quelque
(1) Voyez mes Tabulas illustrantes , cah. II, pl. n , fig. xii.
(2) Le reflet de parties profondément sitnées, et surtout des nerfs, par des modifications dans la forme ou même seulement dans la couleur du dermatosquelette, se représente avec des nuances divex’ses aux yeux de l’observateur attentif. Il pourrait fournir matière à toute une série de recherches intéressantes , sur lesquelles je dois me borner ici à appeler l’attentioi}.
SQtîÉLETTE DES REPTILES. 4^*
sorte les comparer à l’aiguillon qui garnit la queue des Scorpions.
II., Reptiles ahr anches chez lesquels la formation des membres pairs se rapporte tant au tronc quà la tête. .
A» A VERTÈB|iES F.AC.HIDIENNES MOBILES (SAUEIENs).