‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 2)Chapitre 109 sur 129 · I. Nêvrosquelette · texte numérisé non relu

I. Nêvrosquelette

'Squelette du tronc. -

DCCXXXI. Ici , comme partout , c’est la ceutovertèbre parallèle du coté tergal , avec ses protovertèbres parallèles et rayonnantes , qui procure le plus de lumière sur les particularités de cette portion du squelette. Examinons donc la division , le nombre et la conformation des vertèbres rachidiennes.

S’il découlait de la signification du squelette des Chéloniens que leur colonne rachidienne entière consistât uniquement en vertèbres tergales , et parût correspondre à la région abdominale (§ DCCII) , il résulte de celle du squelette de l’Oiseau que cette colonne doit sembler correspondre seulement à la région respiratoire. On s’en convaincra par l’examen de tout squelette quelconque d’Oiseau : car on voit la colonne vertébrale se diviser toujours en deux grandes portions, qui ne sont destinées l’une qu’au cou (1) et à la poitrine ( c’est-à-dire à la région de

,(t) On conçoit que la région cervicale soit si extraordinairement développée ici , lorsqn’on réfléchit que le cou est la région de la trachée-artère , et que les Oiseaux répètent les Insectes , qui n’ont que des trachées , sans poumons-

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la respiration aérienne ) , l’autre qu’au sacrum et à la queue ( c’est-à-dire à la région de la respiration allantoïdienne). La seule division naturelle, que confirme d’ailleurs la légitimité de ses rapports numériques, est donc celle en vertèbres cervicales , thoraciques , sacrées et coccygiennnes , dont le rapport numérique idéal , diversement varié dans les différons genres , est de 12 *. 6 ! 12 : 6 ( pl. xxvm, fig. i ). La région digestive du tronc ( épigastrique et hypogastrique ) n’est donc point réellement représentée par des segmenSparticuliers de la colonne vertébrale , et elle paraît englobée d’un côté dans la région thoracique, de l’autre dans la région sacrée.

Du reste , un trait caractéristique , et qui annonce aussi un développement supérieur, consiste dans le petit nombre des vertèbres coccygiennes , qui se réunissent en un membre terminal impair , tandis que, chez les Poissons et les Reptiles , ce membre prenait encore en général une très-grande extension , par antagonisme avec l’ oblitération de la région cervicale (1).

DGCXXXII. Quant à la formation de ces vertèbres, la deutoverlèbre est partout développée en un fort anneau complètement fermé ; elle ne s’oblitère que vers la région delà queue, comme dans les classes précédentes , mais de telle manière néanmoins que, jusqu’à l’avant-dernière vertèbre caudale, elle continue toujours à consister en un anneau complet , qui seulement est très-petit. Je ne connais d’exception que chez la Rhea americana , où les premières vertèbres caudales sont extrêmement oblitérées aussi dans leurs deutovertèbres jusque derrière la soudure avec les ischions , après quoi elles redeviennent parfaites.

Ici , de même que partout , il y a antagonisme prononcé entre le développement proportionnellement plus considérable

(i) hps rapports numériques des vertèbres varient sans doute beaucoup dans Jes divers genres , de sorte que , d’après Meckel et Cuvier, on en trjpqve 9 à 24 au cou , 7 à 1 1 au thorax , 8 à 24 au sacrum , et 5 à 9 à la queue. Cependant le nombre total demeure toujours flottant entre 36 et 60, de sorte que le type supérieur de l’organisation s’exprime aussi par moins (je fluctuation dans les rapports numériques, qui , chez les Reptiles par exemple, variaient encore de ro à 3oo.

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de cette dernière, c’est-à-dire du corps vertébral, vers les vertèbres de la queue,, et son développement proportionnellement plus faible vers les vertèbres de la poitrine correspond donc au rapport précisément inverse qu’offrent les deulovertèbres, dont la plus antérieure , l’atlas , apparaît presque comme un simple anneau , sans corps vertébral.

On trouve toutes les espèces de tritovertèbres rayonnantes ou apophyses épineuses.

Les médianes supérieures sont plus souvent développées que toutes les autres. En général, les impaires supérieures et inférieures sont plus fortes que les latérales , ce qui est précisément le contraire de ce qu’on voit chez les Reptiles ( § DLXXIX ). Les médianes inférieures se développent aussi beaucoup aux vertèbres thoraciques , de même que parfois aux vertèbres sacrées ou cervicales. La dernière vertèbre caudale , dont la dsutovertèbre se trouve totalement oblitérée, se borne par là à produire des épines médianes, supérieures et inférieures , ce qui lui donne la forme d’un spc de charrue. Parmi les épines latérales , les inférieures ( apophyses transverses ) sont , par antagonisme , celles qu’on voit le plus souvent développées ; il est plus rare d’observer les supérieures. Ordinairement aussi ces tritovertèbres rayonnantes sont plus fortes , par opposition avec la deutovertèbre oblitérée ; de là , par exemple , la grandeur des apophyses transverses des vertèbres caudales (pl. xxviii, fig. i ) (1).

DCCXXXIII. L’union des vertèbres rachidiennes s’effectue essentiellement par le moyen des tritovertèbres parallèles inférieures. Cependant on ne trouve pas plus de fossettes diconiques ici que chez les Reptiles supérieurs ; mais on y voit des surfaces articulaires, qui ne conservent la forme arrondie qu’aux régions oblitérées du rachis C à la queue ) ; car , aux autres régions , elles sont plutôt carrées que rondes , et au cou elle produisent une sorte de charnière.

Ce qu’il y a de plus remarquable , c’est que les vertèbres sacrées sont totalement soudées ensemble , et que les thoraciques le sont aussi en partie , de la même manière qu’il ar-

(i) V. mes Tabul. illustr., cab. II , pl. vi, fig. ix.

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rive à celles du crâne. Cet état de choses doit d’autant mieux être : considéré comme une répétition de l’adhésion mutuelle constante des vertèbres crâniennes, que la moelle épinière commence à prendre dans ces- régions un développement cérébriforme , qui néanmoins ne s’achève point.

Au reste , ce qui démontre encore que ces vertèbres rachidiennes si développées appartiennent aux régions respiratoires , c’est que l’air pénètre réellement dans toutes , et qu’il n’y a que le commencement et la fin du rachis , la dernière vertèbre caudale et la première cervicale, qui fassent régulièrement exception à cet égard.

Enfin la direction de l’ensemble de la colonne rachidienne présente une particularité importante : car le rachis abandonne l’horizontalité simple qui régnait encore dans les classes précédentes ; on voit apparaître des flexions onduleuses, indiquées par la disposition des surfaces articulaires , et la région cervicale en particulier s’élève partout à une direction presque perpendiculaire.

DCGXXXIY. Les protovertèhres du tronc apparaissent ici sous la forme tantôt de côtes parfaites, tantôt de côtes incomplètes , dont il ne s’est point développé soit les pièces tergales, soit les pièces sternales , tantôt enfin d’arcs protovertébraux pour des rayonnemens de membres , c’est-à-dire pour des. os de bassin et d’épaule.

Les cotes proprement dites ne peuvent , d’après leur signification, se développer que là où la région respiratoire a pris le plus de développement, c’est-à-dire à la poitrine; cependant la prédominance de la région cervicale et le grand développement des protovertèbres du splanchnosquelette à la trachéeartère font qu’il y en a peu.

Le nombre normal des côtes thoraciques est de trois ou de six ( pl. xxxiii , fig. i ) , avec diverses- variations suivant les genres.

Quant à leur formation , ellès ressemblent beaucoup à celles des Reptiles supérieurs , particulièrement des Sauriens. On remarque surtout l’ossification constante de leurs pièces sternales inférieures, qui se détachent toujours des pièces sternales supérieures, et ne sont unies avec elles que par des

SQUELETTE DES OISEAUX. 5o g

membranes , ce qui rend possibles les forts mouvemens respiratoires du thorax. La pièce sternale supérieure et les deux pièces ter gales ne font qu’un, et l’écartement en forme de fourche des pièces tergales supérieure et inférieure ( tête et tubérosité de la côte ) correspond à celui des racines supépérieure et inférieure du nerf rachidien ; nous l’avons déjà remarqué chez les Sauriens ( pl. xxvii, fig. xvi).

Les côtes parfaites sont creuses et pleines d’air ( pl. xxvm,

Du reste, elles offrent une particularité remarquable. Entre la pièce sternale supérieure soudée, et la pièce tergale inférieure ( pl. xxvm , fig. il , 3, 2), c’ést-à-dire à l’endroit où peut se développer une deutovertèbre parallèle, on aperçoit constamment un appendice osseux plat , qui ne tient pas toujours à la côte , et qui s’étenden arrière jusqu’à la côte suivante ( pl. xxxiii , fig. 2, a , et fig. i j p ). Cet appendice ne peut être considéré autremént que comme le rudiment du corps vertébral d’une deutovertèbre parallèle latérale (pl. xxn , fig. xv, B ) , qui d’ailleurs ne se développe jamais chez les Céphalozoaires , et ce qui le prouve, c’est l’union qu’il établit entre deux côtes.

DCCXXXY. Les arcs protovertébrdux deviennent incomplets, d’abord par Y oblitération des pièces sternales. C’est ce qui arrive surtout à la région cervicale. Toutes les vertèbres cervicales , jusqu’à la première, portent des rudimens de côtes ( pl. xxvm , fig. il , 4, 3 ), qui se soudent avec les corps et les apophyses transverses , et forment ainsi les trous de ces dernières ( fig. h, $ ) par lesquels passent les artères vertébrales (2).

(i) V. la figure d’une de ces protovertèbres complètes dans mes Tabul. illtistr., cah. II, pl. iv, fig. iv.

(a) C’est seulement après avoir reconnu que ces trous sont, formés, de chaque coté, par des rudimens de protovertèbres, qu’on conçoit bien leur . , signification par rapport aux artères ou aux formations centrales de la vie plastique. De même que les ,arcs aortiques des vertèbres caudales sont de simples rudimens de protovertèbres qui entourent la principale artère postérieure simple , de même aussi ces doubles rudimens de protovertèbres embrassent les deux branches de. la principale artère7 antérieure. L’admission du système ganglionnaire dans ce canal est aussi une répétition de la marche qu’il suit dans la cavité du tronc.

SlO squelette DES OISEAUX.

Du côté de 1a poitrine , ces rudimens deviennent plus grands <pl. xxvni, fig. i, 77 ), et se détachent mieux des vertèbres; on a coutume alors de les décrire sous le nom de fausses cotes antérieures.

Les arcs protovertébraux imparfaits se comportent d’une manière précisément inverse derrière la poitrine. Là c’est ordinairement Y oblitération des pièces ter gales qui a lieu. De cetté disposition , qui rappelle les fausses côtes abdominales du Crocodile , résultent des os ordinairement plats , rudimens des pièces sternales , qui tantôt demeurent perdus dans les chairs ( pl. xxvm , fig. 1,7), tantôt se soudent avec l’extrémité delà colonne vertébrale sternale (pl. xxviii, fig. 1117'), comme les fausses côtes antérieures le font avec les vertèbres cervicales.

Les fausses côtes postérieures ne contiennent généralement point d’air , tandis que celles des vertèbres cervicales admettent ce fluide dans leur intérieur , circonstance qui n’ést pas non plus sans signification.

La forme la plus contractée des protovertèbres oblitérées que nous avons si souvent rencontrée , sous les vertèbres caudales des Poissons et des Reptiles, constituant des arcsaor tiques , se voit rarement ici , où la colonne vertébrale caudale ust oblitérée'( pl. xxvm, fig. 1 , 7" ). Cependant j’ai trouvé ces arcs assez développés dans quelques espèces , par exemple dans le Vautour gris. On aperçoit moins souvent des rudimens de cette espèce sur les côtes des vertèbres caudales ; la chose a lieu toutefois dans la Cresserelle , où ils figurent évidemment des rudimens de côtes.

DCCXXXVI. Arcs protovertébraux pour le rayonnement' de membres. Ici également on aperçoit un antagonisme bien prononcé entré les arcs de la région pulmonaire et ceux de la région allântoïdienne. Les premiers, pour correspondre à la prédominance de la respiration aérienne, acquièrent une force extraordinaire, et se ferment d’une manière complète , par le moyen de la vertèbre sternale inférieure. Les autres se développent moins , et ne se ferment jamais par une vertèbre sternale inférieure ; ils demeurent même généralement ouverts par le bas.

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La formation dès os de T épaule dans lés Sauriens et les Ghéloniens est le prototype le plus exact de celle de ces memes OS chez les Oiseaux ; seulement ici , les arcs protovertébrâux n offrent pas de pièces tergales •$ dont les rudimens sont soudés avec lès vertèbres cervicales. Aussi la ceinture scapulaire ne s’unit-elle plus avec le rachis; elle se compose d’une pièce sternale supérieure simple ( omoplate, pl. xxvïii, %. ni et i r), et de deux pièces sternales inférieures (A) , l’une antérieure , plus mince , et ordinairement non soudée avec le sternum ( vraie clavicule, fig. m et i s ) , l’autre postérieure, plus forte, et toujours unie de la manière la plus intime avec le sternum ( os coracoïde , fausse clavicule , fig. ni et 1 1) , que Cuvier , Tiedemann et autres regardent à tort comme l’analogue de la clavicule humaine. Une chose digne de remarqué, é’est qü’ici , comme chez plusieurs Sauriens , le Crocodile par ëxémplé , lés os de l’épaule s’oblitèrent ; on peut s’en convaincre ehéz les Oiseaux qui ne volent pas ( Casoar , Rhea , Autruche). Des deux pièces sternales inférieures , e’ést toujours l’antérieure ( Vraie clavicule ) qui s’oblitère ici la première , tandis que nous verrons l’inverse avoir lieu chez lés Mammifères. Du reste , en pareil cas , la pièce sternale supérieure et l’ inférieure se Soudent toujours aussi en une Seule pièce , comme il arrive à l’os de l’épaule des Tortues ou des Raies (2). '

(l) On doit se rappeler qn’il y a tendance déterminée à là scission de cette protovertèljre , puisqu’elle réunit , en idée , les pièces sternales de tonte la région cervicale, unité de laquelle tendent à ressortir de nouvelles divisions.

(a) Là capsule articulaire de l’épaule offre encore , dans plusieurs familles de cet ordre , tin os particulier (pl. mm, fig. m, o) , dont on doit la prethicre description à Nitzsch , et sttr le compte duquel Meckel proposé plusieurs interprétations diverses. Je suis convaincu qû’on ne peut le rapporter à aucune des parties primaires de la ceinture scapulaire, et qu’il est du nomire des os irttératticülàîrés dont j’ai dit précédemment qu’ils peuvent se développer à toute capsule articulaire , et qu’en effet ils se manifestent souvent sons la forme d’ôs sésàmoïde , d’olécrane ou de rotule. Du reste , s’il en apparaît un ici dans une articulation qui , nulle part ailleurs , n’offre rien de pareil , c’est parce que , dans aucune autre classe non plus, cette articulation ne présente un appareil musculaire aussi développé; câr l’os

5l^ SQUELETTE DES OISEAUX.

DGCXXXVII. La seconde protovertèbre pour le rayonnement de membres, ou la ceinture pelvienne, se divise en pièces sternales supérieure et inférieure, attendu que les pièces tergales sont également oblitérées ici , ou représentées par les larges apophyses transverses des vertèbres sacrées. La pièce sternale supérieure ( ilion ) reste simple; mais , comme elle correspond à la région sacrée , qui est très-longue , elle acquiert une longueur considérable , avec fort peu de largeur (pl. xxvm, fig. i , rr)., La pièce sternale inférieure se divise , comme à l’épaule , en deux portions, l'une postérieure , l’autre antérieure. La supérieure est toujours soudée avec elle (répétition des os scapulaires oblitérés de l’Autruche), et l’on n’aperçoit d’autre trace de leur séparation que la non-ossification du fond de la cavité articulaire. Les pièces sternales inférieures (ischion etpubis, pl. xxvm , fig. i , ss et tt ), qui sont en général moins complètement accessibles à l’air que les supérieures , s’étendent fortement d’avant en arrière , à partir de leur unionavecles supérieures; elles sont longues, costiformes, et presque parallèles à ces dernières; elles se soudent , tant entre elles qu’avec les supérieures , en s’oblitérant vers leurs extrémités, et demeurent d’ordinaire ouvertes par le bas, à l’instar de fausses côtes. Des soudures dont je viens de parler résultent un trou entre l’ilion et l’iscliion , et un autre entre l’ischion et le pubis. Cependant , chez l’Autruche , la portion antérieure ( les os pubis ) se soude à l’arcade pubienne en une protovertèbre, close , tandis que les portions postérieures ( ischions ) ne s’unissent ni entre elles ni avec les ilions. L’inverse a lieu dans la Rhea, americana , où les ischions sont fortement dirigés en arrière, et soudés, tant entre eux qu’avec les vertèbres caudales , en une large et longue surface osseuse , tandis que les pubis , unis aux ischions, demeurent tout-à-fait distincts l’un de l’autre (1).

manque souvent (par exemple dans les Struthioniens, les Palmipèdes et les Echassiers) , lorsque le vol et ses organes s’oblitèrent.

(i) Cette dernière disposition des arcs protovertébraux du bassin est surtout remarquable en ce qu’elle explique très-bien une des directions les plus insolites que puissent prendre des os costiformes , savoir, celle de s’annexer à la colonne deutovertébrale dans lé sens de leur longueur , et de

SQÜELETÎ'E DES OtSÊàTJX.

jDCCXXXVIII. Après avoir étudié les diverses formes de la protovertèbre du tronc , passons à la colonne vertébrale sternale , qui d'ordinaire ne se développe que sur les points où la protovertèbre ne se ferme pas complètement.

Chez les Oiseaux , comme partout , la nature ne s’élève pas, sur le côté terrestre ou inférieur de la protovertèbre du tronc, au-delà de la formation de tritovertèbres , et celles-ci même n’acquièrent un développement complet qu’à la région des membres thoraciques , ou elles deviennent en effet d’une force extraordinaire. Sous ce rapport même , aucune autre classe ne peut être comparée à celle -'des Oiseaux , quoiqu’on voie déjà quelque chose d’analogue dans les Sauriens. Ici la colonne sternale se distingue par la production de tritovertèbres rayonnantes, indépendamment des tritovertèbres parallèles ordinaires.

DCCXXXIX. La pièce qui se développe le plus est toujours le sternum scapulaire. Ce sternum prend la forme d’un grand os, simplement conique , qui se termine en pointe par derrière , précisément parce qu’il n’y a point là d’autre tritovertèbre à laquelle il puisse s’adosser ( pl. xxvm , fig. m , q ). Sa pointe postérieure est enclavée entre les deux clavicules. Il correspond à la partie supérieure de la poignée du sternum humain. Ordinairement, à cette tritovertèbre parallèle, il s’en développe une rayonnante inférieure, en forme d’apophyse épineuse inférieure ( fig. i , u) , qui ne disparaît que quand le rayonnement s’affaiblit à la région pectorale , comme dans l’Autruche et le Casoar.

Le sternum scapulaire est toujours creux et plein d’air. DCCXL. Le grand développement d’une partie entraînant partout l’oblitération d’une autre , celui du sternum scapulaire

s’unir ensemble , dans le même temps qu’ils s’adjoignent au rachis, d’où résulte que la symphyse se trouve derrière et au dessus de la cavité viscérale, qui partout ailleurs est complètement entourée par la protovertèhre. De pareilles directions , qu’on rencontre surtout aux côtes céphaliques, peuvent rendre la protovertèbre tout-à-fait méconnaissable; il faut donc les étudier de préférence là où leur signification se prononce encore d’une manière assez positive , afin de pouvoir les reconnaître dans des circonstances où les rapports deviennent plus compliqués,

5l4 SQUELETTE DES OISEAUX.

oblige le sternum, costal à demeurer dans des conditions rudimentaires. Ce sternum , qui a toujours de la tendance à se développer en une colonne tritovertébrale simple , qui répond à la partie inférieure du manche et au corps du sternum humain , et qui déjà se composait de larges plaques osseuses dans les Sauriens , n’est représenté ici que par une plaque osseuse, divisée en portion antérieure et portion postérieure, que le prolongement postérieur du sternum scapulaire oblige à s’écarter en deux moitiés latérales ( pl. xxvm , fig. ni , vv).

Çette conformation fort remarquable est une nouvelle preuve du développement extraordinaire de la poitrine dans l’Oiseau. Comme si le volume des vertèbres thoraciques ne permettait point aux arcs protovertébraux de se former , la cavité pectorale demeure fendue en devait , de même que chez les monstres humains dont le cœur* se trouve à nu; des rudimens de colonne tritovertébrale se développent à droite et à gauche au sternum costal , et la persistance de la fente fait que le sternum scapulaire s’allonge et s’étend en arrière. Ce même mode deformation permet qu’il arrive aussi au sternum des Oiseaux ce que les fœtus humains monstrueux offrent assez souvent aux tégumens du bas-ventre , et plus rarement à ceux de la poitrine , c’est-à-dire que les viscères demeurent hors de la cavité du tronc , dans les tégumens abdominaux distendus en manière de sac.

Ce n’est qu’en se plaçant sous ce point de vue qu’on parvient à concevoir la formation, autrement inexplicable , du sternum de la Grue , dans lequel on sait que des circonvolutions de la trachée-artère se trouvent renfermées (1) , absolument comme des circonvolutions d’intestin le sont dans une exomphale cougéniale ( pl. xxvni , fig. v , q , ® , u ).

J’ai déjà dit plus haut qu’ ordinairement on aperçoit, sur les deux moitiés latérales du sternum costal, en arrière, desrudi-

(i) Ces circonvolutions libres de la trachée , précisément parce qu’on doit les considérer comme une sorte de hernie, ne sont pas toujours renfermées dans des os. Lesson et Garnot ont décrit dans la Barita Keraudrenii une longue circonvolution qui descend , hors du sternum ; jusque sur les tégu* mens du ventre.

SQUELETTE DES OISEA.UX. 5l5

mens de pièces sternales inférieures de fausses côtes postérieures ( fig. iii ,7'). Ces rudimens sont presque toujours unis par la peau avec les apophyses médianes postérieures , et forment ainsi les grandes ouvertures qui se voient à la partie postérieure du sternum , chez la plupart des Oiseaux.

Le sternum costal est également plein d’air , tant à cause de son ouverture qu’en raison de son union avec le sternum scapulaire.

DCCXLI. Il n’existe point de sternum ventral ni de sternum pelvien chez les Oiseaux ; on en aperçoit seulement des vestiges dans quelques espèces , celles surtout qui se rapprochent déjà des Mammifères. Ainsi, dans l’ Autruche, un appendice cartilagineux postérieur du sternum indique le sternum ventral , et un cartilage dirigé en avant de la symphyse pelvienne annonce le sternum pelvien. Ces cartilages n’admettent jamais l’air dans leur intérieur.

DCCXLII. A l’égard des rayonnemens de membres , ils sont exclusivement bornés aux régions respiratoires antérieure et postérieure du tronc. On ne trouve que des colonnes vertébrales paires et rayonnant latéralement vers le bas. Tous les autres membres possibles , le médian supérieur , le médian inférieur et les latéraux supérieurs , manquent ; le membre terminal impair du rachis , la colonne vertébrale caudale , est lui-même peu développé. Mais l’antagonisme entre les membres antérieurs et postérieurs ne s’en trouve que plus purement exprimé , et ces membres n’en acquièrent aussi que plus de développement , à tel point que , dans nulle autre classe , ils ne sont plus volumineux en proportion du tronc. Comme la région respiratoire antérieure du tronc est destinée à la respiration de l’air, et la postérieure à celle de l’eau, de même aussi les membres antérieurs se développent en organes locomoteurs dans l’air ( ailes ) , et les postérieurs en organes locomoteurs sur la terre ou dans l’eau ( pattes ) . Dans les uns et les autres , mais surtout dans les premiers , l’os de l’article supérieur est accessible à l’air ; ceux de l’article inférieur et de l’article terminal le sont plus rarement ; cependant ils admettent l’air chez les Calao , suivant Nitzsch. Partout , dans les deux paires , se développent les trois articles d’une colonne

5l6 SQUËLEÏTE DÈS OISËVUX.

vertébrale complète de membre ; seulement les divisions de celle colonne dans le sens de sa largeur sont proportionnellement plus faibles , soit parce que l’extension qu’a prise le membre en général semble entraîner nécessairement à sa suite l' oblitération d’un certain côté de son développement, soit parce que la force des ravonnemens du dermatosquelette, surtout aux membres antérieurs , limite la segmentation du névrosquelette , en vertu de la loi de l’antagonisme.

DCCXLUI. Chaque membre antérieur se divise , suivant sa longueur , en articles supérieur , médian et inférieur ; dans le sens de sa largeur, sa division est très-simple , l’article supérieur étant unique , le médian double, et l’inférieur triple. Ne pouvant indiquer ici toutes les formes particulières de ces os, je me bornerai à énumérer ce qu’ils offrent de plus général dans leurs rapports.

La trito vertèbre de l’article supérieur (humérus) , qui manquait encore chez les Poissons , devient ici l’os le plus considérable et celui qui est le plus complètement accessible à l’air. Elle perd la forme de dicône , et prend celle d’un cylindre , même un peu contourné ( pl. xxvm , fig. i, a). Je ne puis dire si l’os que Meckel décrit au bras du Pufjinus arctic us n’est qu’un tendon ossifié , ou s’il offre l’exemple remarquable , et unique en son genre , d’une tritovertèbre rayonnante mobile au corps vertébral de ce membre ( d’après lé type pl. xxii , fig. xy , x ).

L’article supérieur s’unit sans interarlicle avec l’inférieur , dont les deux tritoverlèbres, peu différentes delà sienne ,mais cependant plus faibles ( radius et cubitus , immobiles l’un sur l’autre et réunis par des ligamens ) , représentent également des cylindres non courbés ( pl. xxvm , fig. i ,y,y').

L’article terminal est remarquable en ce qu’on y voit alterner la division et la réunion de ses tritovertèbres. En effet , il se partage en articles carpiens , métacarpiens et digitaux , qui se subdivisent de la manière suivante :

1° Le carpe , en rudimens interne et externe de vertèbres , qui demeurent séparés (ss, 1,2):

2° Le métacarpe , en pièces interne , médiane et externe , qui sont soudées ensemble ( z 1 , 2 , 3 ).

3° Les doigts , en interne , médian et externe , qui demeurent distincts ( te, 1, 2, 3 )., et dont il n’y a ordinairement que le médian qui se prolonge en une colonne composée de deux vertèbres ( tz , 2'); quelquefois cependant il s’ajoute encore au doigt interne simple un article onguéal conique (1).

DCGXLIY. Les membres postérieurs attestent leur développement moins avancé par la moins grande régularité qu’ils suivent dans leur division progressive.

L’article supérieur ( fémur ) est également gros , un peu contourné, cylindrique et accessible à l’air ( tr).

Il est rare qu’on rie trouve pas un interarticle ( rotule ) , qui même est double, dans l’Autruche, suivant Meckel. Outre cette ossification à l’extérieur de la capsule articulaire , on aperçoit encore des cartilages semilunaires dans l’intérieur de celle-ci.

L’article inférieur , dans lequel l’air ne s’introduit généralement pas , non plus que dans le terminal, se partage , comme à la poitrine, en deux os, tibia( y ) et péroné {<? ')■, mais qui sont soudés ensemble , et inégalement développés , l’externe ( péroné ) se trouvant tout-à-fait oblitéré.

L’article teririinal ne laisse plus apercevoir que la division en une vertèbre supérieure , simple ou double , et deux à quatre colonnes vertébrales inférieur es diversement segmentées. Il n’y a point encore d’article tarsien proprement dit. La vertèbre supérieure, qui a la signification du métatarse, et qui tient en même temps lieu de tarse , doit , à proprement parler , être conçue formée d’autant de vertèbres qu’elle émet de colonnes vertébrales digitales rayonnantes! ^ ) ; mais la seule de cestritovertèbres qui demeure distincte , est celle qui correspond à la colonne digitale interne (gros orteil); encore est-elle oblitérée (’]/') , et même elle manque lorsque cé doigt ne se développe point. Les autres inlervertèbres se soudent constamment en un seul os , sur lequel on voit seulement quelquefois ( par

(r) Heosinger a voulu démontrer cinq doigts dans l’article terminal de l’aile des Oiseaux; mais ce qu’il considère comme des radimens du troisième et du cinquième ne se présente nnlle part sous des fb: mes qui autorisent à les interpréter ainsi, et je ne puis admettre son opinion. Meckel ne reconnaît non plus que trois doigts à la main des Oiseaux.

5i8 squelette des oiseaux.

exemple dans VAptenodytes ) apparaître les têtes articulaires inférieures. Souvent , et d’une manière surtout évidente dans les Échassiers , cet os unique forme un troisième grand article de membre pelvien , que les anciens ornithologistes appelaient tibia , avec tout aussi peu de raison que les entomologistes donnent ce nom au premier segment de l’article terminal des pattes chez les Insectes.

DCCXLY. Les rapports numériques et les formes des colonnes de vertèbres digitales varient beaucoup , et cette circonstance prouve également que les membres pelviens sont moins parfaits. Le cas le plus ordinaire est celüi de quatre colonnes tritovertébrales dans la direction de trois rayons tournés en avant et d’un tourné en arrière (fig. i , a , b , c, d). Le nombre de leurs tritovertèbres croît de la manière suivante , qui rappelle l’accroissement progressif des doigts des Reptiles de dedans en dehors; 2 au premier orteil dirigé en arrière , 3 au second , 4 au troisième , et 5 au quatrième.

L’anomalie la plus remarquable , qui est en même temps la plus grande simplification connue , a lieu dans l’Autruche, où l’on trouve deux orteils , formés chacun de 4 tritovertèbres. Dans ce cas , la segmentation du membre entier marche trèssimplement d’après les nombres deux et quatre, savoir :

1 article supérieur , 2 interarticles séparés , 2 articles inférieurs étroitement unis , 1 article terminal médian ou métatarsien , et 2 colonnes phalangiennes libres , chacune de 4 vertèbres.

Nécessairement les derniers articles ont toujours la forme de simples cônes aux orteils , comme aux doigts et au bout de la queue , puisque tous ces os sont des tritovertèbres.

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