II. Splanchnosquelette
DCGLXX. Chez les Oiseaux, le splanchnosquelette se développe essentiellement , d’une manière très-symétrique , en squelette postérieur de la tête et squelette antérieur du tronc. Le premier offre des formes remarquables.
DGCLXXI. La portion du splanchnosquelette de la tête qui appartient à la région crânienne offre toujours , par antagonisme avec l’absence de splanchnomembres à la région antérieure , un développement très-considérable , qui s’exprime 1° Par la forte jossification des arcs du squelette ;
2° Par la tendance à un agrandissement extraordinaire de certains arcs ;
3° Par la manifestation de toutes les paires essentielles dé
53$ squelètte des OÎSEAUX.
côtes de ce squelette , et même quelquefois par celle de certaines parties qui ne se rencontrent que dans cette classe.
DCCLXXII. Déjà, dans les Poissons, nous avons vu que, des six arcs protovertébraux du splanchnosquelette de la tête , le premier et le dernier se rapportaient a la digestion , le second, le troisième , le quatrième et le cinquième à la respiration. Déjà aussi . dans les Reptiles , les voies alimentaire et aérienne se séparaient l’une de l’autre à la région gutturale. Cette séparation, qu’on observe partout chez les Oiseaux , entraîne lé rapprochement des côtes qui appartiennent à la voie alimentaire.
Les mâchoires pharyngiennes ( cartilages de Santorini et de Wrisberg), ou la première paire de côtes, qui manquent ordinairement chez les Reptiles ( pl. xxxi , fig. 1 , 17 ) , se trouvent par conséquent reportées ici fort en avant, là où la voie aérienne se sépare de la voie alimentaire , c’est-à-dire des deux côtés de la glotte. L’analogie de celte partie avec les mâchoires pharyngiennes et son appartenance à la voie alimentaire ressortent non-seulement de ce quelle est fortement ossifiée dans beaucoup d’espèces (l’Oie, par exemple), mais encore de ce quelle est garnie de dents (1).
DGCLXXIII. La seconde et la troisième splanchnocôtes sont , de même que dans les Reptiles , développées sous la forme parfaite d’arcs protovertébraux , puisqu’elles constituent l’os ou le cartilage cricoïde , assez souvent divisé en arceau antérieur et arceau postérieur, qui cependant se développe ici d’une manière moins complète à sa partie supérieure, et n’est point parfaitement fermé en anneau ( pl. xxxi , fig. 1 , 117 , 1117) (2)-
(1) Ces pièces sont ordinairement interprétées d’nne manière fort singulière.' Tiedemann (Zoologie , t. II, p. 646) les appelle cartilages aryténoïdes, et ne parle pas du tout des cartilages aryténoïdes proprement dits. Cuvier ( slnat. comp ., IV, 490 ) n’en fait aucune mention, et en général il interprète le larynx, des Oiseaux à faux, lorsqu’il dit qu’on n’y trouve ni cartilage thyroïde , ni cartilages aryténoïdes. Spix enfin ( Loc. cit. , pl. vm, fig. xn, 3 2.) donne à ces os le nom de cartilage cricoïde. En examinant avee soin la pl. 111 de mes Tabul. illustr. , on ne tardera pas à se convaincre de l’exactitude de l’interprétation que j’en donne.
(2) Cuvier et Spix ont mal saisi la signification de ces cartilages, que Tiedemann indique fort bien.
DCCLXXIV. Les deux splanchnocôtes antérieures , qui se rapportent à la voie aérienne, sont beaucoup plus.développées, et Ton y distingue aussi fort bien des pièces tergales et des pièces sternales. Les pièces sternales des deux côtés et des deux côtes ( pl. xxxi , fig. , iv 7 , V7 ,0 ) forment une plaque triangulaire, que Tiedemann et Spix ont déjà appelée, avec rai son, cartilage thyroïde. Les pièces tergales se divisent en supérieures et inférieures. Les supérieures des deux côtés demeurent, comme les pièces sternales , un petit cartilage impair, presque cylindrique (iv 7, V7, 4“); les inférieures sont les cartilages aryténoïdes, que Spix seul a bien reconnus (IV 7, y 7, 00).
DCGLXXV. La sixième et dernière paire de splanchnocôtes (cornes de l’hyoïde) se rapporte de nouveau d’une manière essentielle à la voie alimentaire ; elle devient organe de locomotion, c’est-à-dire de déglutition ; aussi acquiert-elle plus de mobilité. L’arc, composé uniquement de pièces sternales, une inférieure osseuse et une supérieure cartilagineuse , n’est plus fermé par le haut ; mais, par le bas , il est réuni en une colonne tritoyertébrale (pl. xxxi , fig. 1, vi-y). Le corps tritovertébral parallèle qui appartient à cette côte (viZ) a de la tendance à s’allonger en un. membre terminal impair (1) (viZZ); aussi voit-on partout une vertèbre terminale simplement [conique (os lingual) , qui s’articule à son extrémité. Cette formation se répète en grande partie en arrière (v Z), où l’on aperçoit également une vertèbre terminale simplement conique (comme si la colonne tritovertébrale devait se prolonger au dessous du cartilage thyroïde ) , mais qui se soude d’une manière intime avec la vertèbre proprement dite (2).
(1) La langue est le membre terminal impair intérieur du splarichnosquelette, comme la verge est le membre terminal impair poslérienr. @
' (2) Cette dernière côte j avec sa vertèbre sternale, varie surtout beaucoup en égard à sa forme. Quant à ce qui concerne les arcs costaux, de ce qu’ils ne se ferment point en anneau par le haut, il semble résulter une tendance continuelle de leur- part à se rapprocher l’un de l’autre, qui fait qu’ils s’agrandissent parfois outre mesure. Cet agrandissement , qui rappelle l’hyoïdé des Serpens, peut aller au point que les bouts libres des côtes prolongées se contournent autour du crâne, le dépassent même en devant, et se terminent
534 squelette des oiseaux.
DCCLXXVI. Indépendamment de cet appareil splanchnosquelettique , on ne trouve en général qu’un épithélion plus ou moins ferme et corné , avec lequel se continuent quelquefois , sur les bords du bec , les plaques cornées dont les formations qui appartiennent au dermatosquelette recouvrent toujours les surfaces extérieures des mâchoires. Il apparaît même parfois des dents bien prononcées à l’endroit de la jonction ; c’est ce qu’on voit , par exemple, dans le Mergus serrator etYAnas clypeata. Du reste, cet épithélion s’étend sur toute la longueur du canal intestinal , en s’amincissant beaucoup ; seulement il lui arrive assez souvent de prendre , dans legésier, une texture cornée, qui rappelle les dents stomacales des animaux inférieurs.
DCCLXXVII. On rencontre , chez quelques Oiseaux, une formation qui, malgré sa petitesse , a tant d’importance qu’elle doit prendre place parmi les particularités les plus remarquables du squelette de ces animaux.
Si nous comparons l’un avec l’autre le spîanchnosquelette de la tête et celui du tronc, envisagés tous deux d’une manière générale, nous trouvons que les formes du premier surpassent partout celles du second, eu égard à la perfection du développe* ment, et qu’elles répètent en quelque sorte ces dernières aune plus haute puissance. lin’ est qu’un point par rapport auquel ces formations du tronc paraissent avoir la prédominance ; c’est qu’ici, comme déjàchez les Reptiles, la colonne proto vertébrale se partage en deux branches , l’une droite , l’autre gauche C bronches), dans chacune desquelles peuvent se manifester de pleins arcs protovertébraux. Et, comme si le squelette de la tête devait révéler la supériorité de son type en faisant voir que toute formation quelconque du tronc peut se reproduire en lui sur une échelle plus réduite , la tête nous offre «
aux cavités olfactives (narines) , après être partis de la cavité gustative (région gutturale). Tel estle cas des Pics. Ici également la vertèbre sternale est fort allongée , et la vertèbre terminale tournée en arrière manque. Cette vertèbre terminale porte aussi quelquefois des articles terminaux de membres rayonnans en dedans , c’est-à-dire des dents ; ces articles terminaux rayonrans ressemblent à de petits hameçons dans les Pics, et même à des soies garnissant le bout de la langue dans le Philedon eupogon.
aussi quelques formations qui correspondent aux anneaux bronchiaux.
DCCLXXVIII. Ici se rapportent les remarquables ossicules tubuleux que Nitzsch a décrits le premier. J’ai déjà dit plusieurs fois que la cavité auditive , en sa qualité de région respiratoire céphalique postérieure , exprimait sa signification dans cette classe- en fournissant de l’air aux os creux du crâne, absolument de même que la cavité thoracique et ses poumons en donnent aux os environnans du tronc. Le transport de l’air de la cavité auditive à des os plus éloignés suppose par conséquent des tuyaux aériens , et ceux de ces tuyaux qui gagnent la mâchoire (analogues de ceux qui vont de la poitrine à l’humérus ) s’entourent de chaque côté , chez plusieurs Oiseaux , notamment dans les Passereaux , d’anneaux protovertébrâux complets , qui apparaissent sous la forme de petits Cylindres très-réguliers (pl. xxxi ; fig. 1,9).
DCCLXX1X. S planchno squelette du tronc. II n’est essentiellement développé qu’à la région antérieure du tronc ; mais on l’y trouve très-complet. Le type général demeure le même que dans les Reptiles supérieurs ; cependant il annonce sa plus grande perfection par les particularités suivantes :
1° L’allongement considérable de la colonne protovertébrale des anneaux de la trachée-artère , qui rappelle celui de la colonne vertébrale cervicale du névrosquelette , mais dépasse néanmoins toujours ce dernier , surtout lorsque la trachée-artère , qu’on peut jusqu’à un certain point considérer comme intestin aérien, s’insinue en manière de hernie entre le sternum scapulaire et le sternum thoracique, ou même entre la peau et les muscles, ainsi que Tiedemann (1) en a rapporté de nombreux exemples.
2° La fermeture complète des anneaux et leur ossification avancée.
3° Le développement de certains anneaux protovertébraux en demi-sphères plus grandes , en vésicules osseuses, et jusqu’à un certain point en sphères squelettiques primaires.
Ce dernier phénomène est d’autant plus remarquable, qu’il
(1) Zoologie , tom. II, p. 653.
appartient exclusivement à la classe des Oiseaux. Aussi réclame-
t-il un examen spécial.
DCCLXXX. Les dilatations vésïculiformes des protovertèbres trachéales s’observent le plus ordinairement à l’endroit où prédomine la division de la voie aérienne. C’est ce qui a lieu, par exemple, dans le Mer gus mer ganser , le Canard mâle , etc. On les rencontre bien plus rarement au milieu même de la voie aérienne simple. C’est toujours dans le premier cas une seule protovertèbre , et dans le second une série de plusieurs anneaux augmentant et diminuant peu à peu, qui par son boursouflement indique le point central de ce splanchnosquelette. Mais les dilatations dont il s’agit ici sont très-propres à démontrer combien la formation du splanchnosquelette reste constamment au dessous de celle du névrosquelette , car
1° Elles n’offrent jamais aucune trace de symétrie ;
2° Leur ossification est incomplète ; on y aperçoit toujours de grands vides, qui ne sont ordinairement fermés que par la peau;
3° Elles n’ont rien de fixe ni de constant , puisqu’elles varient d’individu à individu , et que souvent elles n’appartiennent qu’au sexe masculin , qui partout éprouve , d’après sa' nature même , un plus grand besoin de respiration (1).
DCCLXXXI. La colonne protovertébrale divisée du squelette' des bronches se compose encore ordinairement d’un petit nombre de simples demi-anneaux , de sorte qu’il semblerait que les anneaux fermés de la trachée-artère y fussent partagés en deux moitiés latérales. On trouve aussi quelquefois des anneaux entiers , et alors ces deux colonnes protovertébrales , écartées l’une de l’autre comme les branches d’une fourche, sont seulement plus petites que la colonne simple.
DCCLXXXIL II me reste encore à parler d’une formation squelettique qui se reproduit ici à plusieurs reprises pendant la vie de l’animal. Les deux classes précédentes de Céphalo-
(i) Le sexe influe aussi sur la longueur de la trachée-artère; de là vient que certaines élongations énormes (par exemple dans le Phasianus garrulus) se voient chez les mâles seulement.
zoaires en offrent déjà des exemples ; mais c’est dans celle des Oiseaux seulement quelle commence à devenir permanente. On ne la conçoit bien qu’en se rappelant la tendance, partout inhérente à l’organisme, qu’il éprouve à manifester une forme virtuellement sollicitée.
DCCLXXXIII. J’ai déjà dit ( § CCCCXXXIX et GCCCLX) que la double région respiratoire du tronc établit, à proprement parler , une prédisposition à la formation d’un double splanchnosquelette , mais qu’il est rare de rencontrer des formations squelettiques permanentes à la région allantoïdienne, et qu’on ne les y observe pour ainsi dire qu’à titre exceptionnel. Chez les Oiseaux, et surtout dans les femelles , c’est-à-dire là, précisément où la respiration thoracique et le développement du splanchnosquelette de la cavité pectorale s’arrêtent au degré le plus inférieur, nous apercevons des dépôts réguliers et uniformes d’un squelette solide , calcaire, et en forme de sphère creuse, autour .de l’œuf tombé dans l’oviducte. De là résulte que, dans cette région , où l’organisme ne peut plus arriver à manifester un squelette spécial , il se produit , à des époques régulières, des sphères squelettiques primaires isolées , qui n’appartiennent plus à l’organisme générateur. Ces sphères sont analogues , sous tous les rapports , aux formes les plus simples et les plus élémentaires du dermatosquelette des animaux inférieurs ; car, de même que ces dernières, elles sont composées essentiellement de carbonate calcaire, et elles conservent la figure de simples sphères creuses , qui ne passe à l’ellipsoïde que par l’effet d’une tendance déjà inhérente à l’œuf à faire sortir la multiplicité de l’unité. Voilà ce qui m’a obligé de faire précéder l’histoire du squelette proprement dit par celle de la coquille de l’œuf , qui en est la forme élémentaire dans toute sa pureté,