CHAPITRE X
Développement progressif du système osseux dans un même organisme.
DGCCCXI. Les considérations dans lesquelles je me suis engagé, sur les parties élémentaires du squelette, m’ont fourni, relativement à la manifestation des formations dérivées de là sphère , et connues sous le nom de vertèbres , des résultats qui , en tant que l’histoire du développement de tout organisme parfait doit de toute nécessité répéter la succession des formations antécédentes , conduisent à la connaissance des lois suivantes :
d° Comme, dans le règne animal , les protovertèbres précèdent les deutovertèbres , lorsque les parties primaires du squelette se développent dans un individu , celles qui sont nécessaires les premières doivent aussi apparaître les premières.
2° Comme , dans le règne animal , les parties molles précédent les parties dures , et qu en ce qui concerne le squelette , les cartilages marchent avant les os , quand les parties primaires du squelette se développent , la formation cartilagineuse doit précéder la formation osseuse , en sorte que tout véritable os doit se développer d’un cartilage.
3° Comme , dans le règne animal , manifestation de certaines formes animales fondamentales , qui doivent naissance a des combinaisons et modifications infiniment diversifiées , les formations primaires et inférieures se distinguent par la simplicité des proportions et de la forme (d'où les formes purement géométriques des animaux inférieurs) , lorsque les parties primaires du squelette se développent , la forme et les proportions doivent Offrir la plus grande simplicité pendant les premières périodes , tandis que les périodes subséquentes se signalent par sine diversité beaucoup plus grande des formations.
DÉVELOPPEMENT PROGRESSIF BD SQUELETTE. 6l I
DCCCCXII. Pour appuyer ces trois propositions de faits puisés dans la nature , je suis obligé de passer en revue le développement , surtout dans le squelette humain , d’un côte parce qu’il n’v a point d’animal chez lequel le développement ait été étudié avec autant de soin , d’un autre côté , parce que c’est la réalisation complète de ces lois qui amène l’organisation animale au plus haut degré de perfection. Cependant, je ne dois pas omettre de dire qu’à juger d’après ce que nous savons de l’évolution du squelette dans les Poissons , les Reptiles , les Oiseaux et les Mammifères , elle ne diffère pas essentiellement de ce qui a lieu dans les divers individus de chacune de ces classes.
I. Succession de V ossification des parties primaires du nèvro squelette.
DCCCCXIIÏ. La protovertèbre étant la première de toutes les formations squelettiques , il s’ensuit qu’elle doit précéder aussi toutes les autres dans le développement de l’individu. Cependant , comme , parmi les formations du névrosquelette , le squelette cartilagineux marche avant le squelette osseux, dans le règne animal , il résulte de là , en second lieu , que les parties de la protovertèbre qui apparaissent les premières doivent commencer par être cartilagineuses , avânt de devenir osseuses. '
DCCCCXIV. La question, maintenant , est de savoir quelle est la région de la protovertèbre qui se développe la première à l’état cartilagineux.
Si l’on se rappelle la discussion précédente , au sujet de la sollicitation plus ou moins vive de certaines parties du squelette ( § CXCU , CXCIII ) , il s’ensuit que les portions de l’arc prolovertébral qui doivent apparaître les premières, sont celles où les corps de vertèbres se développent , attendu que sur ce. point coïncident, non-seulement les divisions de là proto vertèbre par l’hexagone et le carré , mais encore les causes sollicitantes des protovertèbres , des deutovertèbres et des tritovertèbres. Mais l’observation nous apprend que, chez tous les embryons des animaux supérieurs , tels qu’ils se développent^
619 développement progressif du SQUELETTE, collés sur la sphère vitelline , comme le méridien sur un globe terrestre , la portion de la périphérie de cette sphère qui correspond au futur corps de vertèbre , est celle qui s’annonce la première par un noyau cartilagineux 5 de sorte qu’une série de noyaux cartilagineux située le long du côté tergal est aussi, dans l’embryon, la première formation évidemment squelettique qui , chez les Poissons dépourvus de membres , persiste pendant toute la vie sous la forme d’une colonne de corps vertébraux simplement cartilagineux.
DCCCCXV. Les gradations par lesquelles passe ensuite le cartilage , pour devenir véritable os , sont un phénomène non moins remarquable , et tout aussi légitime , dans ses progrès, que la première apparition des formations cartilagineuses elles-mêmes.
DCCCCXVI. Ce qu’il y a surtout de très-significatif, c’est la manière dont chaque formation osseuse apparaît, dans ce cartilage , sous une forme non moins sphérique que l’est la forme primitive de toute substance organique. Chaque point cl' ossification est une petite sphère. Mais l’accroissement de cette sphère s’effectue par des adjonctions rayonnantes de cristaux calcaires ( pl. xxii , fig, xxv , E ) , et en cela se répète encore la condition du squelette entier , dont le pourtour s’agrandit par des colonnes vertébrales rayonnantes.
DCCCCXVII. Mais le dépôt de substance osseuse dans la masse cartilagineuse homogène établissant une différence, et toute différence , dans l’organisme , procédant par voie d’antagonisme , il faut aussi que le principe de la division prédomine dans l’acte de l’ossification , pour ne faire place à celui de la réunion que quand cette dernière est parvenue à une puissance supérieure (1).
(1) Pour rendre ceci plus sensible, supposons qne , dans la pl. xxil, fig. xxv, ABC représentent ce qui a lieu dans l’ossification d’une colonne de corps vertébraux rachidiens. A représente , en a a, la bandelette cartilagineuse simple; B , en Ibbb , les points d’ossification formés; C, les sphères osseuses ou les petits rudimens de vertèbres accrus par des couches superposées, d’où résulte nécessairent la forme du dicône D , jusqu’à ce que ces rudimens se joignent et peut-être finissent par se confondre ensemble (comme en E).
DÉVELOPPEMENT PROGRESSIF DU SQUELETTE. 6l3
DCCGCXVIII. Les points d’ossification sont donc, en réalité, les véritables os primaires , tels que les divisions du squelette , trouvées par construction géométrique , nous représentent les parties primaires idéales. Cette circonstance en rend d’autant plus remarquable une autre mise hors de doute par l’étude approfondie de l’histoire du squelette , savoir, que c’ést uniquement dans ces points d’ossification qu’on aperçoit distinctement les parties primaires du squelette ; car ce que l’on considère vulgairement comme os distincts , n’est presque jamais , dans les organismes supérieurs , qu’une réunion de plusieurs points d’ossification soudés ensemble. C’est de cette manière que , chez tous les animaux supérieurs , et même chez l’homme , chaque vertèbre rachidienne apparaît d’abord sous la forme d’un anneau cartilagineux homogène , mais qu’ensuite il se développe généralement , dans cet anneau, quatre points d’ossification, savoir, deux pour les deux moitiés latérales de la seconde vertèbre proprement dite , un pour la tritovertèbre parallèle inférieure , et un pour la tritovertèbre rayonnante impaire supérieure , d’où résulte la division de la vertèbre en plusieurs pièces, qui finissent par se souder en un seul anneau vertébral. Ainsi, dans tous les os qui ont plusieurs points d’ossification , chacun de ces points' doit être considéré comme un os particulier , né en vertu de lois déterminées , quoique chacun des os appelés à l’existence par ces lois se soude intérieurement en pièces osseuses plus grandes, circonstance qui rend l’étude des points d’ossification un sujet de la plus haute importance pour l’histoire des parties primaires du squelette osseux.
DCCCCXIX. Mais l’ ossification étant le résultat de différences survenues par antagonisme dans un tout primordialement homogène , la même chose doit être désignée aussi par l’antagonisme des régions où l’ossification commence et continue , soit dans la proto vertèbre , soit dans la deutovertèbre.
DCCCCXX. Or, dans l’organisme des animaux supérieurs, nous avons surtout :
1° L’antagonisme de haut et de bas, ou d’avant et d’arrière ;
2° L’antagonisme d’un côté et d’autre , ou de droite et de gauche ;