‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 2)Chapitre 125 sur 129 · DÉVELOPPEMENT PROGRESSIF DU SQUELETTE · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT PROGRESSIF DU SQUELETTE

la formation. En effet , si le dépôt de substance osseuse persistait après s’être une fois effectué , et que l’accroissement eût lieu par juxtaposition , la manifestation de différences dans la sphère primitive ferait ( d’après la pl. n, fîg. xxv, D ) que le dicône apparaîtrait aussi pur qu’on le voit être, par exemple, dans les tritovertèbres parallèles inférieures des Poissons osseux. Mais le rapport mutuel du cône , du dicône et du cylindre étant celui de thèse } antithèse et synthèse , toute organisation supérieure tendant à reproduire la synthèse , et la contruction géométrique des formes primaires nous apprenant qu’il doit y avoir une tendance à convertir le dicône en cylindre , nous trouvons qu’il est parfaitement légitime que , chez l’homme , on observe de très bonne heure un cylindre qui ne fait plus , pour ainsi dire , que rappeler encore le dicône.

La manière dont les formes particulières et à contours flatteurs pour l’œil des os de membres arrivés à leur entier développement procèdent de ces cylindres simples , courts et droits , pourrait aussi fournir matière à une série de considérations fort intéressantes , mais auxquelles il m’est interdit de me livrer ici.

Une circonstance mérite cependant d’être signalée, c’est que les extrémités des os de membres proviennent ordinairement de germes osseux particuliers ( épiphyses) , qui s’unissent plus tard avec le dicône proprement dit du corps. Ces épiphyses ont en grande partie la signification de corps d’intervertèbres , et, de même qu’au rachis les corps d’interverlèbres se soudent ordinairement de chaque côté avec un corps de vertèbre , de même aussi , aux membres , les épiphyses se soudent de chaque côté avec un os. Cependant les épiphyses latérales peuvent aussi avoir la signification de vertèbres tertiaires rayonnantes de membres.

DCCCCXXXVI. Quant à ce qui concerne les protovertèbres et les deutovertèbres , elles ne s’ossifient jamais tout d’une pièce ; mais , ainsi que j’en ai déjà fait la remarque plushaut, leur ossification commence toujours dans les moitiés latérales ou les arcs. Mais comme chaque partie d’un tel arc a nécessairement un rapport intime avec le tout, qui déter-

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mine un rayonnement de la première sphère osseuse vers les deux côtés situés dans la direction de la périphérie de l’anneau , de là doit résulter une forme diconique , très-aplatie néanmoins , et qui tend d’autant plus à dégénérer en une surface circulaire rayonnante de tous côtés , que les portions d’arcs vertébraux sont plus larges , que par conséquent aussi elles ont une tendance plus prononcée à se réunir avec les arcs vertébraux voisins.

DCCCCXXXVII. A l’égard des rapports de grandeur des diverses portions élémentaires du squelette , on aperçoit également une simplicité fort digne de remarque dans le type des différentes régions , et , sous ce point de vue , rien ne frappe davantage que la proportion entre la tête et le tronc. Les considérations précédentes ont déjà démontré que ces deux moitiés du corps, consacrées l’une à la vie animale, l’autre à la vie végétative , sont originellement égales , et que l’une doit toujours être considérée comme une répétition de l’autre. On trouve même , chez les animaux , des exemples d’égalité parfaite de volume entre elles. Or l’on est autorisé à conclure de là que cette égalité doit avoir lieu aussi chez les animaux supérieurs, lorsqu’ils sont encore réduits à leurs formes primitives et les plus simples. C’est ce que l’observation confirme pleinement ; car , dans les premiers temps de la vie embryonnaire^ chez l’homme, précisément, nous voyons le tronc et la tête constituer, sous le rapport de, la masse, deux moitiés égales du corps entier.

DCCCCXXXYIII. On pourrait donc exprimer de la manière suivante le rapport de la tête et du tronc dans l’embryon , où même , par suite de cet équilibre , les dernières vertèbres caudales ne sont point encore développées :

Tête....... . = . . Tronc

VI. V. I IV. 3. 1 III. 2. I II. I. i I. x.ll . 1 1 ..... I I . I

D’où il résulte encore une fois très-clairement que chaque vertèbre céphalique représente primordialement et en puissance trois vertèbres rachidiennes; de sorte que nous obtiendrions 30 vertèbres du tronc , et 3 x 10 == 30 vertèbres de la tête , par conséquent en tout 60 vertèbres.

6î2 développement progressif du squelette.

DCCCCXXXIX. Cette trialité qui réside primordialement dans chaque vertèbre céphalique, explique certains développemens importans de parties primaires , par exemple la division en trois du segment postérieur de la première intervertèbre , qui s’annonce par les trois canaux demi-circulaires de l’organe auditif. Cependant on peut aller plus loin encore, et soutenir que chaque vertèbre céphalique , précisément parce qu’elle fait partie d’une formation supérieure , doit avoir en elle l’aptitude à se diviser en trois ; de sorte que nous devrions avoir en puissance 6X10 = 60 vertèbres céphaliques. Or plusieurs faits démontrent que ce nombre six influe réellement quelquefois sur des formations naturelles ; telles sont, par exemple , la présence de six arcs vertébraux internes ou splanchnovertébraux sous la première intervertèbre , et les six dents de chaque arc costal de la seconde vertèbre faciale ( mâchoire supérieure).

DCCCCXL. Mais la simplicité des [rapports dans les premières formes du squelette osseux se manifeste encore par cette circonstance que les formations plus particulièrement essentielles à chaque segment du corps doivent être le résultat d’un développement qui a lieu de très-bonne heure et avec une grande énergie. Ainsi ce motif fait que , dans l’origine , à la tête , les deutovertèbres les plus développées , c’est-à-dire les arcs vertébraux crâniens, ont un volume égal à celui que présentent , au tronc , les arcs protovertébraux le plus développés , c’est-à-dire lès côtes.

DCCCCXLI. Enfin la simplicité des formations squelettiques à' leur début s’exprime aussi par l’isolement de parties essentiellement différentes, par le développement uniforme dé parties essentiellement semblables.

Quant au premier point , l’isolement de parties matériellement différentes , j’ai déjà dit que c’était précisément la fusion de parties squelettiques distinctes dans l’origine qui rendait si difficile de bien saisir la construction de l’ensemble du squelette. Mais , dans l’embryon , toutes les vertèbres , tant primaires que secondaires , sont manifestement séparées les unes des autres , tandis que, plus tard , par exemple les corps des trois vertèbres crâniennes se soudent ensemble , ainsi qu’avec

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l’arc de la première vertèbre crânienne , d’où résulte la masse si difficile à concevoir à laquelle on donne le nom d’os basilaire , et qui se compose de l’occipital et du sphénoïde. De même, en ce qui concerne les arcs protovertébraux primaires, la mâchoire supérieure et T inter mâchoire (les côtes de la seconde et delà troisième vertèbre faciale) sont soudées ensemble chez l’homme adulte. La même chose arrive aux pièces de l’arc protovertébral pour T extrémité postérieure, les os du bassin , etc. , tandis que toutes ces pièces sont séparées , par conséquent aussi plus simples et plus faciles à comprendre , dans les premiers momens de leur formation.

DCCCCXLII. Quant au second point , le développement d’abord uniforme de parties essentiellement semblables , il faut ranger ici jusqu’à l’égalité primitive du volume de la tête et du tronc. On y doit rapporter encore le développement d’abord uniforme des vertèbres et des membres. A l’égard de la colonne vertébrale rachidienne v sa division primitivement uniforme en 33 vertèbres ( ou plutôt en 30 , attendu que les trois dernières caudales doivent être considérées comme n’existant point encore dans le principe ) , est à proprement parler l’échelle qui sert à déterminer l’étendue des diverses parties de l’organisme (1). Il faut également ranger ici la ressemblancé des deux paires de membres du tronc, quant au temps del’ap-

(i) A différentes époques on a cherché à trouver dans le corps lui-même une échelle propre à déterminer la grandeur légitime de chaque partie , et l’on a considéré comme telle tantôt la longueur du pied, tantôt celle de la tête, tantôt aussi les parties de la face. Je suis persuadé , pour mon propre compte , qu’on ne peut emprunter cette échelle qu’à la colonne vertébrale. Mais la manière dont on doit s’y prendre pour y arriver, est un point qui réclame encore de nouvelles recherches ; car l’égalité primaire des vertèbres disparaît par les progrès du développement , de sorte qu’on pourrait ici comparer le nature à un architecte qui , après avoir terminé sa construction , détruirait la mesure dont il s’est servi. Peut-être ce qu’il y aurait de mieux, serait-il de prendre la longueur totale du rachis, composé de 33 vertèbres, et de partager cette longueur en 33 parties égales; car c’est une loi que la nature n’accroît jamais une partie qu’au détriment d’autres, qu’elle oblitère. Or, en procédant de cette manière , on obtiendrait la grandeur moyenne do chaque vertèbre.

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