J 6 NOTIONS PRÉLIMINAIRES
11. Mais si le fluide est l’élément proprement dit de la formation organique , il suit de là qu’envisagé d’une manière générale, il est le vivant primordial, tandis que le solide doit être considéré comme un produit ou un résidu de cette vie , dans lequel l’action vivante a péri , comme un produit qui doit se résoudre en fluide primitif pour pouvoir apparaître vivant de nouveau , et pour pouvoir devenir susceptible d’une nouvelle formation (1).
12. Entre le liquide et le solide se trouve le mou , dans lequel chaque atome solide est pénétré partout de liquide. Ce fait , comparé à ce que j’ai dit plus haut , permet de concevoir les manifestations de la vie dans les parties molles. En effet nous voyons bien déjà que la partie molle procure une certaine limite ferme à l’individu , et que sous ce rapport elle se rapproche de ce qui est complètement solidifié et décédé ; mais, d’un autre côté aussi , elle renferme le liquide , où le vivant primaire n’a point péri dans son produit, elle continue à effectuer la détermination du tout, elle change la forme par
persister aussi, pendant quelque temps, sans changement, quoique son intérieur change continuellement. Du reste, j’entends ici par élémens les forces dont la manifestation est la condition de ce qu’on nomme substance ou matière. Car, pour peu qu’on soit exercé aux discussions philosophiques, on ne peut méconnaître qu’il y a impossibilité absolue d’admettre une différence réelle entre une matière inerte par elle-même et une force purement active.
I (i) La même chose arrive lorsque la tendance à cristalliser, c’est-à-dire une action vitale qui tend à produire nne formation polarisée , se manifeste dans un liquide. Certainement nous devons alors donner le nom de vie à la cristallisation elle-même , au mouvement de la substance qui naît de principes internes; mais cette vie s’éteint au dernier terme de la solidification du cristal, qui est le résida , le caput mortuum de la vie ; nous ne pouvons donc plus dire que le cristal en lui-même soit vivant , nous devons le considérer comme mort ; au bout d’un laps de temps plus ou moins long, nous le verrons se détruire, sé résoudre en fluide, et devenir par là susceptible de servir d’élémens à des formations nouvelles. De même aussi les couches de la Terre nous apparaissent comme les résidus de la vie plastique primaire de notre planète; envisagées en elles-mêmes, elles sont mortes, et ce n’est qu’en se dilatant et se dissolvant peu à peu, qu’elles deviennent aptes à servir d’élément à dq nouvelles formations organiques individuelles.