‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 2)Chapitre 90 sur 129 · Squelette de la tête · texte numérisé non relu

Squelette de la tête

CCCGLXXXVIII. Le squelette céphalique des Poissons montre clairement le passage des deutovertèbres du rachis aux deutoverlèbres de la tête , c’est-à-dire aux vertèbres crâniennes [ qui sont cependant encore sur le même plan que les premières, et ne les dépassent point beaucoup en volume ) , celui des tritovertèbres du rachis, ou corps vertébraux, aux tritovertèbres de la tête , ou portions basilaires des vertèbres crâniennes (dont la première offre même encore la forme diconique à un degré presqu’ aussi prononcé que dans un corps de vertèbre rachidienne ) , enfin celui des arcs proto vertébraux du tronc aux arcs protovertébraux de la tête (qui ressemblent aux premiers pour la grandeur et la conformation). Les membres même de la tête se rapprochent à beaucoup d’égards de ceux du tronc , car ils sont tantôt encore de véritables nageoires ( comme les nageoires céphaliques), et tantôt des nageoires peu modifiées (comme les opercules). Toutes ces cir-

(l) Dans Ja Carpe , dont les nageoires pectorales contiennent neuf rayons, c’est-à-dire la moitié de ceux qui existentanx nageoires ventrales, on trouve encore, au bord interne de ces nageoires,’ un 'petit os en forme de crochet, qui ressemble à un os tarsien ; mais comme il ne s’y attache point de rayons, je ne vois en lui qu’un rayon oblitéré. Çomp. les figures des nageoires dans mes Tabiilœ illustrantes, cab. II, pl, îv , fîg. ix.

37?- SQUELETTE t)ÉS TOISSONS.

constances , jointes à ce que les parties primaires des os céphaliques, qui se soudent ensemble dans les classes supérieures , demeurent distinctes ici , rendent le squelette de la tête des Poissons un sujet d’étude fort intéressant , et font que , quand une fois on a bien interprété la nature , il devient beaucoup moins difficile de juger chaque partie qu’on ne serait tenté de le croire au premier aperçu.

CGGCLXXXIX. Vertèbres crâniennes. Leur nombre et'celui de leurs parties primaires doivent, par suite de l’unité qui règne dans la formation de la tête , être le même , ici comme partout, de sorte qu’il ne reste qu’à examiner les modifications qu’on observe dans la forme des diverses parties. Pour faciliter l’intelligence des détails dans lesquels je vais entrer , je m’en tiendrai aux formes naturelles régulières et les plus simples , celles que nous présentent les Cyprins.

CGCCXC. Première vertèbre crânienne ( vertèbre occipitale). C?est presque entièrement encore une vertèbre rachidienne. Comme dans les vertèbres du rachis , la tritovertèbre parallèle inférieure est grande et manifestement diconique (pl. xxix, fig. ni, la); les arcs sont faibles , et consistent presque uniquement, de chaque côté , en anneaux à travers lesquels sort le nerf hypoglosse (pl. xxix , fig. iv, i b). En outre , les apophyses transverses sont grandes , comme dans quelques vertèbres thoraciques (pl. xxix , fig. n , iii , l d).

Les anneaux des arcs et les apophyses transverses sont souvent beaucoup moins développés dans d’autres Poissons , et les apophyses manquent déjà dans le Brochet. Les épines occipitales , qu’on rapporte ordinairement à la vertèbre occipitale, ne lui appartiennent point, mais bien à la première intervertèbre.

Seconde vertèbre crânienne ( vertèbre centricipitale ). Cette vertèbre , qui correspond à la masse médiane du cerveau , très-développée dans les Poissons , s’écarte aussi déjà davantage du type des vertèbres rachidiennes. Le corps vertébral , corpspostérieur du sphénoïde ( pl. xxix, fig. iii, u a ), est plus petit et simplement conique ; il s’étend ordinairement en une longue pointe ( rostrum sphénoïdale), qui se porte jusqu’à l’extrémité antérieure de la tête dans le Brochet. Les arcs

SQUELETTE DES POISSOJSS, 3^3

sont déjà beaucoup plus développés ici, et ils se partagent en lames tectrices et basilaires. Les lames basilaires [ailes postérieures du sphénoïde) sont presque toujours des os forts et disciformes (1) , à travers lesquels sortie nerf maxillaire inférieur (pl. xxix, fig. ni, ii b ). Les lames lectrices ( os pariétaux ) surpassent rarement les basilaires en grandeur; elles sont ordinairement assez carrées , et chez les Poissons réguliers on les distingue très-bien (pl. xxix, fîg. ni, n, c );- mais , dans d’autres , par exemple dans le Brochet , où leur corps vertébral se prolonge fort loin en avant, elles sont couvertes par les os frontaux , qui, en raison de l’antagonisme , s’étendent beaucoup en arrière.

Troisième vertèbre crânienne (vertèbre sincipitale). Les cordons longitudinaux cessant dans la troisième masse cérébrale, à laquelle elle correspond , le corps vertébral n’est plus développé ici ; la vertèbre ne consiste qu’en lames basilaires ( ailes antérieures du sphénoïde ) , qui , chez les Poissons réguliers , se réunissent à la base du crâne , au dessus de la sortie du nerf optique (pl. xxix , fîg. ni, n a ) , mais qui , dans d’autres, le Brochet, par exemple , restent distinctes, et en lames tectrices ( os frontaux ) , qui la plupart du temps s’étendent beaucoup, mais ne se voûtent cependant jamais, et continuent à rester essentiellement dans la même place que les lames tectrices des vertèbres rachidiennes (pl. xxix, fig. ni , ni , c).

Cette colonne protovertébrale crânienne primaire forme presque à elle seule l’enveloppement du cerveau , chez les Poissons apodes ; mais ici elle est déjà beaucoup plus compliquée et plus développée , attendu que toutes les vertèbres crâniennes sont fermées. Elle offre diverses modifications dans les différens genres , mais moins que les autres os de la tête , car l’unité et la légitimité doivent toujours prédominer en elle , surtout chez les animaux qui sont plus avancés en organisation.

Page 1