V. Organes digestifs des Reptiles
1. Organes de mastication , de gustation et de dégintition déi B.eptiles.
Nous n’avons point à nous étendre sur la situation et la forme extérieure de l’ouverture buccale , puisqu’elles ressortent d’autantmieux des détails dans lesquels nous sommes entrés à l’égard des mâchoires , que ces os ne sont point revêtus ici de parties molles épaisses , et que souvent même on ne trouve à leqr surface qu’une peau dense , la plupart du temps écailleuse. Gépendant nous devons dire, comme un fait physiologique remarquable, que ni dans la classé des lieptiles , ni dans celle des Oiseaux , on ne trouve aucun exemple de succion avec la bouche , premier mode, et plus simple , de faire arriver les substances du dehors dans léi éanal intestinal.
Là mâchoire inférieure est élevée principalement par un muscle masséter et un muscle temporal (pl. xii , fig. viii, 36); mais elle est abaissée d’une manière particulière ^ c’est-à-dire par un muscle correspondant au mylo-hyoïdien , et de plus par un autre muscle analogue au digastrique , qui , descendant de la nuque , s’attache à l’apophyse située derrière Far-' ticulation , ét qui est surtout fort apparent chez le Crocodile Cpl. XI , fig. X , r, V). En efiet, toutes les fois cpje cette apophyse s’élève , l’autre extrémité de la mâchoire inférieure < qui se meut sur l’apophyse articulaire de l’os temporal (1), doit nécessairement s’abaisser (pl. Xil, fig. vïîi ,48).
(l).Il n’est pas improbahle , d’après Geoffroy Sàint-Hilaire {^Annales du Muséum , vol. II) , que la mâchoire supérieure (et le crâne avec elle) se ment plus que l’inférieure, comme l’a déjà dit Hérodule. Ce mouvement , que l’homme Ini-méme peut exécuter , est une suite Uafareile de la longueur et du volume considérahles de la mâchoire inférieurs ( pl. xi , fig. s ).
56 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
Enfin on doit encore remarquer un appareil composé de plusieurs petits muscles, qui, chez divers Ophidiens, sert à écarter ou rapprocher non-seulement les os maxillaires supérieurs, mais encore les deux moitiés latérales delà mâchoire inférieure , pour augmenter l’ampleur de la cavité buccale.^e mouvement est une répétition bien manifeste du mouvement latéral que les mâchoires exécutent chez les animaux articulés.
Les dents des Reptiles , dont nous avons déjà parlé à l’occasion du splanchnosquelette ( § 204, 213 , 224) , et qui , de même que chez les Poissons , consistent le plus souvent en de simples pointes ou' crochets , servent plus aussi à mordre et à retenir la proie qu’à la mâcher. Leur forme ressemble également à celle quelles affectent dans la classe précédente, car ce sont des cônes creux et pointus , attachés en partie aux arcs des mâchoires et en partie aux os palatins. Les phénomènes de la dentition ont été surtout observés chez le Crocodile , où l’on a remarqué que de nouveaux germes se forment dans l’intérieur des anciennes dents , qui , d’ailleurs, selon Cuvier , existent déjà en nombre complet chez le jeune animal (1).
La position des dents n’est point la même chez tous les Reptiles. Il n’y en a point du tout dans les Chéloniens , où cependant elles sont en quelque sorte suppléées par l’épais enduit corné qui revêt les deux mâchoires. Les Grenouilles ont de très-petites dents à la mâchoire supérieure et aux os palatins (pl. XI, fig. III), et . if s’ en trouve aussi à la mâchoire inférieure dans la Salamandre. Suivant Meckel , la Sirène porte huit à douze rangées de petites dents simples et crochues au palais , et la même chose a lieu aussi à la mâchoire inférieure-
Les Sérpens ont également deux rangées de dents palatines , parallèles au bord de la mâchoire ; mais leur mâchoire inférieure est armée en outré de deux crochets à venin chez
(i) Voyez uies Tujbulœ illustrantes , calr. Il , pl. tii , %. vi;.
ORGAJSES DE LA DiGESTIOK.
ceux qui sont venimeux , et de deux longues rangées de dents chez ceux qui ne le sont pas. La mâchoire inférieure porte toujours un grand nombre de dents pointues et recourbées en arrière (pl. xi, fig. xvii). Les plus remarquables d’entre les dents des Serpens sont leurs crochets à venin, qui rappellent les crochets mandibulaires des Araignées , et dont le renouvellement s’opère de la même manière que celui des dents de Squales ( § 527 ). Quant à leur structure , ils sont pourvus d’un canal produit par le plissement de la dent sur elle-même, de dehors en dedans (1). Ce canal s’ouvre par une fente ; il reçoit , pour l’insinuer dans la plaie , le venin préparé par une glande particulière ( pl. xn , fig. ix , d), et qu’exprime l’action d’un muscle ( fig. ix , c ) sur cëtte dernière. Lorsqu’un crochet tombe , l’un des germes denfaires que renferme une bourse membraneuse logée derrière lui dans la gencive , se redresse et vient s’appliquer à l’Os.
Quant aux Sauriens, si l’on en excepte quelques uns, tels que les Iguanes , chez lesquels on observe aussi des dents palatines , on ne trouve de dents chez eux qu’aux deux mâchoires , comme chez les Raies et les Squales , et ces dents varient beaucoup pour la forme. Il leur arrive souvent , par exemple dans les Iguanes et les Agames , d'être lancéolées et dentelées sur les bords. Leur nombre est également très-sujet à varier ; le Caïman en a de chaque côté dix-neuf en haut et autant en bas , le Crocodile , dix-neuf en haut et quinze en bas , lé Gavial , vingt-sept en haut et vingt-cinq en bas , le Tupinambis, seize en haut et treize en bas.
A l’occasion de la langue des Reptiles , nôus devons commencer par jeter de nouveau un coup d’œil sur les différentes formes de l’hyoïde, qui joue un si grand rôle dans l’acte de la déglutition.
(i) V. mes Tabulæ illustrantes , cah. ni, fig. Vr. — V. aassîDtr*
Mt.VJSiOTt ^ Fragment d’ Anatomie sur l’organisation des Serpens ; dans Annales des sciences naturelles , i833t
58 trAité d’anatomie comparée.
chez le Prêtée , l’hyoïde est encore uni avec les arcs branchiaut , et tbut-à-fait semblable à celui des Poissons. Les têtards dé Grenouilles ressemblent aux Reptiles branchies sous ce rapport , comme à tant d’autres égards. Mais , dans la Grenouille parfaite , l’hyoïde est une plaqué cartilagineuse quadrilatère, avec quatre cornes (pl. xiii , fîg. vï, A). Les grandes ôornés naissent des deux angles antérieurs de cette paquè, sOüS la forme de filamens cartilagineux grêles , et, se têcOUfbant d’avant en arrière , vers larticuîation dè la mâchoire , vont enfin se fixer au crâne. Les petites cornes sont osseuses , courtes ët situées des deux côtés du larynx. Dans le Pipa (1) , le corps de Ihyoïde ne porte en devant que deux petites cornes , tandis que les postérieures , plus longues , commencent par un mince pédicule , puis s’élargissent en plaques cartilagineuses longues d’un pouce , qui ont plus de largeur dans la femelle et plus de longueur dans le mâle. Chez la Salamandre , au Contraire , los hyoïde est mince , pointu èn avant ; les grandes cornes sont des plaques latérales mobiles , tout-à-fâit séparées du corps (pl. xiii , fig. i , a).
L’hyôïde des Chéloniens est ordinairement formé aussi d’une large plaque et de plusieurs cornes. Celui de la Matainàta, en particulier, constitue une plaque cartilagineuse large, dans laquelle la partie supérieure de la trachée-artère se trouve renfermée par un cariai spécial.
Dans les Ophidiens , tant que la langue n’est point longue ët rënfermée dans un fourreau, l’hyoïde est fort petit, et il a parfaitement la forme d’un a ( pur exemple dans lAmphisbène). Mais, dès que la langue est protractile , les cornes de f os se prolongent aussi très-loin en arrière, comme on le voit chez les Serpens proprement dits.
Nous retrouvons ces différentes formes chez les Sauriens , et tantôt Ihyoïde ressemble à un a? comme dans le Gecko , tantôt il offre une pointe antérieure, qui pénètre dans la sub-
(i) Bretér. ùbservaüones ânütomicàe circà fahrlcàm rancepipee.'Bei-
lin, i8ii, pag. 14.
organes de la digestion. 5g
stance de la langue , et qui a plusieurs cornes latérales ^ comme dans le Lézard gris , tantôi enfin il est muni d’uii corps aplati , Clypéiforme, et de deux grandes branches latérales, comme dans le Crocodile.
Du reste, les muscles de l’hyoïde se portent, presque comme chez l’homme, les uns à la mâchoire inférieure , les autres à la langue , ou au sternum , quand il existe. Voyez , pôüf exemple , ceux de là Grenouille , pl. xii , fig. vii , 1,2, 3, 4.
La langue est en général bien plus développée chez lëS Reptiles que dans la classe précédente. Cependant elle ùê constitue encore qu’un organe fort imparfait dè gustation ^ outre que souvent elle renferme un cartilage , comme on à pu en juger d’après la description dé l’hyoïde.
Chez les Grenouilles , elle forme une sorte de soupape , car sa base est fixée au bord antérieur de^ la mâchoire inférieure , et sa pointe bifide (1) dirigée versla glotte , de sorte qu’elle semble en quelque sorte tenir lieu ici d’épiglotte ( pl. Xii , fig. vil ) , ce qui n’est point sans importance comme fait établissant que l’épiglotte est en réalité une répétition de là langué. Dans le Pipa , la langue est petite , et , de même que dans la Salamandre , fixée âu fond de la bouche. Chez lés Salamandres , ainsi que chez les Tortues ^ qui n’ont pas non plus la faculté de l’étendre en avant, elle est parsemée de 60 urtes villosités qui lui donnent une apparence veloutée^ Chez les Grenouilles , au contraire , elle èst molle , lisse et gluante.
Les Amphisbènes ont une langue semblable à celle des Grenouilles , selon Cuvier. Mais, Chéz les autres Ophidiens , éet organe se fait remarquer par sa longueur et sa mobilité. Ainsi ; dans une Couleuvre à collier longue de trente-trois
(i) Notas trouvotas fréquemment cette bifafcation dé la langné, et nous ne pouvons méconnaître en elle une analogie àvéc' lés organes' génitaàx, car, par exemple , la verge des Reptiles est fort souvent double anssL
6o TTlAlïÉ d’akAtomie compahée.
pouces , la langue , y compris son muscle rétracteur , avait quatre pouces de long , sur seulement deux lignes de large et presque autant d’épaisseur. Cette longue langue mobile rappelle la trompe des Insectes et celle de certains Mollusques. Elle estordinairement presque cylindrique ( vermiforme ) ; son extrémité, revêtue d’une pellicule cornée de couleur brune, se partage également en deux parties. Voici quel est le mécanisme qui la met en mouvement -, la peau de la bouche se replie , au devant de la glotte , en un cylindre qui entoure la partie la plus profonde de la langue comme une sorte de fourreau ; au fond de celui-ci s’attachent deux muscles proyenant des longues branches parallèles de l’hyoïde , et qui , par conséquent , ramènent la langue en dedans ; deux autres muscles partent du fond de cette même gaine , vont se fixer àjla mâchoire inférieure, et attirent la langue hors de la bouche.
La langue est ordinairement longue et bifide aussi dans les Sauriens, Elle est même presque vermiforme dans le Caméléon , où la turgescence particulière dont elle jouit la rend remarquable. C’est principalement à J. Houston (1) que nous devons de bien connaître cet appareil , et j’ai constaté l’exactitude de la description qu’il en a donnée. L’hyoïde , sur lequel on peut apercevoir quatre cornes longues de près d’un pouce , n’a point ici de connexions immédiates avec la trachée-artère, et un riche appareil musculeux l’unit tant aux côtes et au sternum qu’à la mâchoire inférieure. La langue, née de cet os, consiste en une masse conique, excavée par devant, dépourvue de glandes mucipares, qui ressemble à une ventouse propre à prendre les Insectes, et que supporte un long pédicule renfermant un tube , au milieu duquel le corps de l’hyoïde se trouve logé dans l’état de repos. Elle est entourée d’un tissu vasculaire qui rappelle les corps caverneux de la verge. L’afflux du sang dans les vaisseaux
(i) Eâinb. new philos. Journal, 1825, n° i3. Il n’y a que les moscles de l’hyoïde qaî n’ont pas été décrits d’nne manière parfaitement satisfaisante par Honstop.
OrÆiKÊS DE LA DTGESTIOÎÎ.
de ce tissu le fait entrer en érection (1) , de sorte que le pédicule , qui n’avait que neuf lignes de long , acquiert tout à coup une longueur de cinq à six pouces. D’après ce mécU' nisme , il n’est pas possible à l’animal de répéter , à des distances très-rapprochées , la projection de sa langue sur les Insectes qui lui servent de nourriture. Pour que cet organe rentre dans la bouche , il faut que les vaisseaux se dégorgent , après quoi le muscle hyo-glosse achève la rétraction.
Dans le Crocodile , la langue est très-grande , puisqu’elle remplit presque tout l’espace compris entre les branches de la mâchoire inférieure ; mais elle est attachée au plancher de la cavité buccale , de manière à ne pouvoir exécuter aucun mouvement. Une peau dure, divisée en compartimens rhomboïdaux par des sillons , et peu propre à percevoir les saveurs , la recouvre , et elle se termine en arrière par un petit rebord transversal qui couvre en partie la glotte.
Chez les Reptiles , de même que chez la plupart des Poissons , la bouche et l’arrière-bouche se confondent en une seule cavité, ce qui a surtout lieu lorsque , comme che2 les Batraciens , les Ophidiens et les Chéloniens , les narines postérieures sont peu distinctes du bord antérieur des mâchoirés (pl, XII , fig. vu y. En pareil cas , la glotte est reportée aussi très en avant, et l’on n’aperçoit aucune trace de voile du palais. La même chose a lieu également chez plusieurs Sauriens , par exemple chéz le Gecko. Mais , dans le Crocodile, où, comme je l'ai dit précédemment, les narines postérieures s’ouvrent si loin en arrière , j’aperçois sur plusieurs individus une sorte de voile du palais , privé toutefois de luette , de sorte que ce repli et le bord postérieur libre de la langue établissent réellement une séparation entre la bouche et l’arrière-bouche.
(i)Noavelle analogie très •remarquable entre la langue et les organes gé* itüU X ,
6a TRAITÉ d’anatomie comparée.
Du reste , il est à remarquer encore que , chez plusieurs Batraciens et Sauriens , la cavité gutturale acquiert un accroissement considérable par la présence de sacs cutanés au devant du larynx. Il y en a deux latéraux chez les Grenouilles mâles , et un impair inférieur dans l’Iguane , le Dragon , etc. Ces poches , appelées goitres , sont plutôt des réservoirs à air, que des sacs pour mettre les alimens en réserve; car , bien qu elles ne communiquent pas avec le larynx (d ) , elles se gonflent néanmoins extrêmement dans la colère, etc.
Au lieu des ouvertures branchiales , qu’on trouve , chez les Poissons, sur les côtés de la cavité buccale et gutturale , l’œsophage est croisé , comme chez l’homme , par le courant d’air qui va de la cavité nasale à la glotte , et à l’endroit où se voyaient les trous branchiaux des Plagiostomes , jious apercevons , chez la plupart des Reptiles , les orifices iiïternes des trompes d’Eustache.