Intestin des SSansmifères
On a tenté d’expliquer les variétés infimes que la structure du canal intestinal présente chez les divers Mammifères, soit en les faisant dépendre du genre de vie , soit en les rattachant à une loi plus précise, déduite du rapport entre la largeur et la longueur du canal. Mais , des deux côtés , on rencontre trop d’exceptions pour qu’il soit permis d’adopter l’une ou l’autre hypothèse. Ainsi , par exemple , pose-t-on en principe que le canal intestinal est long chez les Manantifères herbivores et court chez les Carniv^es , nons trouvons que les Paresseux , qui se nourrissent uniquement de végétaux , plusieurs Makis , Souris et Musaraignes , qui vivent en grande partie de fruits , ont un intestin fort court, trois ou quatre fois seulement aussi long que le corps, tandis que, chez beaucoup d’autres dont la nQurriture est exclusivenient animale , comme les Phoques et lés Dauphins , il a une longueur extraordinaire , depuis onze jusqu’à vingt-huit fois supérieure à celle du corps. De même aussi, dans le Xfion , par exemple , le canal intestinal , dont la longueur n’ est qu’un peu plus que triple de celle du çQrps , a peu d’ampleur , tandis que , d’après sa brièveté , on deyrait s’attendre à le trouver très-large. En général donc, lacpnfprination.de ce canal me paraît dépendre plutôt de la place que l’anintal auquel il appartient occupe dana la série géaLéraie. il est certain surtout que le genre de nourriture dépend de son prganisâtipn ? ainsi que de celle du corps entier , et que ce ne sont pas les alimens qui déterminent le mode d’organisation. Ainsi 5 la brièveté du canal intestinal semble exiger une assimilation rapide , par .çpnséquent une nourriture fort subslan-
Io4 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE ^
tielle , c’est-à-dire animale , besoin qui devient plus impérieux encore lorsque l’animal est doué d’une grande énergie musculaire. Au contraire , une grande longueur et une structure plus compliquée du canal intestinal , en un mot un développement plus considérable des organes appartenant à la sphère de la reproduction , paraissent mettre l’animal dans la nécessité de faire surtout usage d’alimens tirés du règne végétal.
Mais si l’organisation de l’intestin , même du canal alimentaire eotier des Mammifères , est déterminée principalement par la place qu’ils occupent dans la série animale , ceux de ces animaux qui ont le plus d’affinité avec les classes précédentes devront s’en rapprocher aussi sous ce rapport.
Prenons pour type l’intestin de l’homme , tant sa longueur, qui est à celle du corps =5 4/2 ; 1 chez l’adulte et =7 à 8 : 1 chez l’enfant , que sa situation et sa division en deux portions, l’intestin grêle et le gros intestin. Voici quelles sont les principales variétés que les Mammifères nous offrent à ces divers égards.
Nous trouvons d’abord une grande affinité entre les Poissons, chez lesquels les organes de la vie végétative prédominent à un si haut degré, et dont le corps n’est presque autre chose qu’une cavité abdominale , et les Cétacés , dans lesquels les organes consacrés à l’assimilation ont acquis un grand développement , quoique toujours d’une autre manière que chez les Poissons ; car la suprématie s’exprime là par l’ampleur du canal alimentaire et la capacité de la cavité abdominale , ici par la longueur de l’intestin. De même que nous avons déjà trouvé l’estomac extrêmement compliqué chez ces Mammifères, de même aussi leur intestin a une longueur considérable ; elle surpasse onze fois celle du corps dans le Dauphin , selon Cuvier, quinze fois dans une petite espèce de Baleine , suivant Home , et vingt-huit fois dans le Veau marin, d’après Cuvier. Immédiatement derrière l’estomac, on aperçoit une dilatation du duodénum , dans le Dau-
ORGANES de EA DIGESTION.
io5
pMn , comme dans le Squalus maximus ( § 535 ) , et le reste de l’intestin conserve partout le même diamètre. Le gros intestin et le cæcum sont également peu développés dans le Morse , de même que chez beaucoup de Poissons. Ils le sont un peu plus dans le Phoque.
Les Ongulés , parmi lesquels les Pachydermes font évidemment, par leur structure massive , leur obésité , etc., le passage des Pinnipèdes aux Mammifères supérieurs, ont en général encore un intestin d’une longueur considérable. Ainsi , chez l’Éléphant , suivant Home , l’intestin grêle a trente-huit pieds , le colon et le rectum vingt et demi , et le cæcum dix-huit pouces. En même temps , l’intestin est très-large , surtout dans sa portion cæcale et colique. Chez le Cochon , l’intestin est à peu près treize fois aussi long que le corps ; le colon, à la surface duquel deux faisceaux de fibres longitudinales produisent des boursouflures , comme chez l’homme, a une longueur considérable , et décrit plusieurs circonvolutions au côté gauche de la cavité abdominale. Mais ce sont surtout les Ruminans qui se distinguent par la longueur extraordinaire de leur canal intestinal , de même que la structure de leur estomac annonce déjà combien les organes assimilateurs sont développés chez eux. Dans le Chameau , l’intestin grêle a soixante-onzè pieds de long, le colon et le rectum cinquante-six , et le cæcum trois ; ce dernier est très-large , ainsique le commencement du gros intestin, qui ensuite devient plus étroit et se contourne en spirale. Dans le Belier , l’intestin est vingt-huit fois aussi long que le corps , suivant Cuvier , et par conséquent semblable à celui du Phoque , sous ce rapport. Chez un Chamois , dont le tronc avait vingt pouces depuis l’extrémité antérieure du sternum jusqu’au bord inférieur de la symphyse pubienne , j’ai trouvé l’intestin grêle long de quarante-un pieds , le cæcum de huit pouces , et le colon de onze pieds (1). Enfin , dans les Solipèdes , le canal
(i) J.-J. CzERMACK ( Medicinische lahrbueeher des cesterreichischen
ïo6 traité b anAtomie comparée.
intestinal est un peu moins long , puisque rintestin grêle jiu Cheval a cinquante-six pieds , suivant Home , le colon et le rectum vingt-un , le cæcum deux et demi , ce qui donne à peu près 10 : 1 pour le rapport de l’intestin au corps , tandis que , dans le Zèbre , l’intestin grêle a trente-six pieds et demi , le colon et le rectum dix-neuf et demi , et le cæcum deux et demi ; mais, en revanche , le gros intestin a une ampleur extraordinaire.
Dans cette série de Mammifères , l’anus est toujours dis? tittct, et situé derrière les organes génitaux et urinaires, L’appendice vermiforme du cæcum paraît manquer partout, si ce n’est , d’après Daubenton (1) , dans le fætus du Lamantin , ou il a même été trouvé double , à moins que l’un des deux ne fût réellement le cæcum.
Une autre série de Mammifères se rapproche davantage du type des Reptiles et des Oiseaux. Déjà plusieurs fois nous avons considéré les Monotrèmes , les Fourmiliers , les Tatous, les Paresseux , les Chéiroptères , les Rongeurs , les Musaraignes , les Marsupiaux, etc., comme faisant le passage de ces animaux aux Mammifères supérieurs. Ils n’ont pas moia§ d’afiSnité avec eux par la structure de leur canal intestinal , que par la simplicité d’organisation de leur estomac. En eL fet , leur intestin est généralement assez court , sa longueur n’égalant qu’à peu près trois à six fois celle du corps. Cepem dant plusieurs Rongeurs (par exemple les Écureuils, les Lièvres , le Castor ) et les Eanguroos font exception à cet égard ; car la proportion est de huit , douze et seize à un entre la longueur de leur intestin et celle de leur corps de
Scaatès, tom. XI , cah, I , pag. i o4 ) a trouvé que , dans la Girafp , la longueur du corps était à celle de l’intestin, comme 1:14. L’intestin grêle avait trente-cinq aunes et un quart de Vienne , et le gros intestin dixhuit.
^i)-Bot]?oîi , Hist. mt., tom. XIII. pl. nvjtijfig. 3 j4.— -Voyez anssii««^ Ukstrantgs, cah. IV , pl. ix.
ORGÀ.NES de LA DIGESTION. lO'Jf
sorte que , par leur affinité avec les Ruminans (1) , ils éta^ blissent la liaison entre la série de Mammifères dont nous parlons et la précédente. Du reste , les diverses portions de l’intestin offrent ici plusieurs variétés dé conformation.
On doit remarquer d’abord , dans l’Ornithorhynque et l’Échidné , l’existence d’un appendice vermiforme (2) , qui diffère du cæcum ordinaire , en ce qu’il n’admet point de matières fécales dans son intérieur , mais semble constituer plutôt un organe sécrétoire. En outre , l’intestin est court; dans un Ornithorhynque de dix-sept pouces et demi , les intestins grêles avaient quatre pieds et quatre pouces de long , le colon et le rectum , un pied et quatre pouces. Enfin le rectum , les organes urinaires et ceux de la génération ont une terminaison commune , comme chez les Oiseaux et les Reptiles , c’est-à-dire qu’il y a un cloaque.
Ee Fourmilier didactyle a , comme beaucoup d’ Oiseaux , deux petits appendices vermiformes ( pi. xix , fig. xxi , m, n). Le Daman ^Hyrax capensis) , qu’avec raison on a rapproché dernièrement des Earesseux (3), en oflre même deux longs, au dessus desquels se trouve encore un large cæcum en forme d’estomac (4).
Le Wombat et le Coala n’ont , d’après Home , qu’un seul appendice vermiforme , comme rOrnithorhynque.
Otto a aussi donné la description et la figure d’un trèsgrand appendice vermiforme , accompagnant un très-long eæcum plissé, dans les Lagomys pmillus et ogotonna (5). Le
(ï) La ramination est meme possible cbez le KangnToo( § §71 ).
.fS)CerlaînsOiseaiis;ri’enontqn’annonplns(§437}-
(3) Okeh’s EToofogïe , tom II, pag. 1087.
(4) Ceci prouve surtout que les ' appendices vermiformes ne peuvent pas être le point de jonction de l’intestin avec la vésicule ombilicale; mais ces appendices étant placés ici fort an dessous du çoecnm , de rextrémî té du colon , on doit conclure aussi de là qu’ils ne constituent pas de simples prolongemens du gros intestin au-delà de l’intestin grêle , et qu’ils sont la répétition des diverticules des Oiseaux.
0) Voyez mes Tabuïœ ülusirantes , cab. -IV, pl; ïx, tig. xxhi et xx-iv.
lo8 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
premier de ces animaux porte aussi un diverticule à rintes-> tin grêle. -
Beaucoup de Mammifères , par exemple les Tatous , les Pangolins, les Paresseux, les. Chéiroptères (pl. xix, fig. XXIV ) , les Musaraignes , le Hérisson , le Blaireau , l’Ours , la Martre , la Belette et quelques Rongeurs , tels que le Muscardin et le Loir , reproduisent le type de la plupart des Reptiles ( § 544) , sous ce rapport que l’intestin grêle et le gros intestin ne sont presque pas distincts l’un de l’autre , ou du moins ne sont point séparés par un cæcum , dont il n’existe aucune trace , mais seulement par une valvule annulaire. En général , aussi , ils sont courts; par exemple , leur longueur est triple de celle du corps dans la Chauve-souris commune , le Soreæ fodiens et la Belette , sextuple dans le Hérisson, septuple dans la Taupe. La proportion ne commence à augmenter que dans les espèces qui se rapprochent des Mammifères de la première série , par exemple chez les Rongeurs qui sont dans ce cas , les Chéiroptères herbivores ( Pteropus) et les animaux d’une grande taille , comme l’Ours ; elle est de neuf et demi à un dans le Vampire , et de dix à un dans l’Ours blanc. Dans le Raton , où l’intestin grêle et le gros intestin ne sont pas non plus distincts l’un de l’autre , j’ai trouvé le canal intestinal entier long de onze pieds et un pouce ; l’estomac , de forme globuleuse , avait trois pouces et demi.
Il est digne de remarque qu’on trouve précisément dans cette série les Mammifères sujets à l’engourdissement hibernal , et ce fait acquiert plus d’importance lorsqu’on se rappelle que l’hibernation est un caractère particulier des Reptiles.
A ces formes se rattachent de diverses manières tant les Carnivores que les autres Rongeurs.
Chez les Carnivores , l’intestin est ordinairement court , sa longueur étant à celle du corps comme trois ou quatre à un ,
organes de la digestion. log
rintestiu; grêle et le gros intestin se ressémblent davantage , et le cæcum est souvent d’une petitesse extrême (pl. xix , fig. XX , b ) , quoiqu’il soit assez long et replié sur lui-même dans les Chiens , de même que dans les Marsupiaux.
Au contraire , chez la plupart des Rongeurs , par exemple les Lièvres, les Castors , les Rats, les Kanguroos, les Écureuils, les Hamsters, les Marmottes, le canal intestinal est plus long , ainsi- que je l’ai déjà fait remarquer {§ 58o), mais en même temps l’intestin grêle : et le gros intestin sont considérablement développés , à peu près comme dans les Ruminans , et souvent parsemés d’un grand nombre de glandes à l’intérieur. On est surtout frappé des dimensions du cæcum dans le Castôr , ôù il a près de deux pieds. Il égale aussi l’estomac en grandeur dans le Rat (pL XX , fig, v , c ) et le Hamster (pl. xix , fig. Xxi ). Il n est pas rare (par exemple dans le Castor et le Lièvre ) que son extrémité soit garnie d’une multitude de glandes , et que les matières fécales n’y pénètrent point , ce qui rappelle les appendices glanduleux de l’estomac , qüi ne .sont pas rares non plus ici. Le petit cæcum situé près de la valvule du colon dans lé Lièvre , et qui avait déjà été aperçu par Wépfer, me paraît correspondre parfaitement à l’appèndice vermiforme, à cause de sa structure ceUulo-glandulàire à l’intérièur , et malgré la différence qu’il présente sous le rapport de la forme.
Enfin le canal intestinal des Singes , comme celui de l’homme , tient à peu près le milieu entre ceux des Ruminans et des Carnivores. Dans une. femelle de Cefcopithecus fuUginosiis, dont le tronc, sans la queue, avait quinze poucès , j’ai trouvé l’intestin grêle long de neuf pieds et demi , le cæcum de deux pouces et demi , et le colon de trois pieds et demi ; l’estomac avait trois pouces neuf lignes , et le cardia était à deux pouces du pylore. Dans un Babouin , dont le tronc avait vingt et un. pouces depuis l’atlas jusqu’à l’os ischion , j’ai trouvé l’intestin grêle long de, huit pieds , et le
IlO
TKAITÉ d’aNÀTOMÏE COMpAKi;E.
colon de qiïatre ; le coecnm était court et sans appendice vermiforme ; l’estomac avait huit pouces de long.
Je dois signaler la longueur considérable du cæcum dans les Makis , et l’apparition de l’appendice vermiforme dans l’Orang-Oulang.
A regard de la face interne du canal intestinal, les plis longitudinaux étroits et les celiulosités qu’on rencontre si fréquemment dans les classes précédentes , ne se retrou- ’V’mt plus qu’ assez Tarement ici , tandis qu’ils sont si prononcés dans certaines parties de l’estomac de plusieurs espèces., où ils semblent ., en quelque .sorte , s’être réfugiés , poür ne pas manquer non plus dans la classe des Mammifères.
ün fait très-significatif, c’est que le plissement enfong n’obseà’ve principalement chez les Mammifères de transition , comme les Cétacés et rOrnithorhynque , et que , dans ce dernier , il affecte lout-à-fait , d’ apres Meckel (1), le type propre àfa classe des-Reptiles.
On rencontre plus fréquemment les plis transversaux , qui sont surtoüt Têmarquables dans l’intestin grêle du Rhinocéros , où ils représentent des villosités triangulaires , longues d’iun pouce , sur dixdiuit lignes de large , et dans le colon des • Élëphans , où iis forment des lamelles , souvent longues déplus de deux pouces , sur un pouce de large , onduleusement pliées sur elles-mêmes, et creusées de cryptes muqueuses réticulées (2),
Du reste , le 'plus ordinaire est de trouver les viii^ités semblables à celles du canal intestinal de l’homme , particulièrement sur la surface interne de l’intestip grêle. Elles ont quelquefois la forme de boutons dans le Fespertilio aurîMs; elles sont longnes et pointues dans le' Chat , ot souvent un
■ -(^t) OrnithorhyncM deicripti anatôm, ,
(a) Otto en a donné la description et la: figure dans mes TabUlce ülüi* pftKfes , cah, IV, fig, is , :pl, xTxxr. . .
ORGANES DE Là DIGESTION. III
peu ramifiées dans le Coêhen. Suivant Meckel , elles ont une grande longueur dans le Pangolin.
Les amas glandulaires (glandes de Peyer ) deviennent aussi plus nombreux dans le canal intestinal. On les distingue parfaitement bien ^ par exemple chez le Lièvre.
Cuvier a dressé , sur la largeur du canal intestinal compàr rée à sa longueur , des tables fort détaillées (d) ^ auxquelles j’emprunterai quelques exemples. Dans le Gibbon j le rapport de la longueur de l’intestin grêle à son circuit est de 31 : 1, celui du cæcum, de 1:4, celui du ;colon et du rec^ tum , de 3 : 1. Il est de 28 : 1 pour le canal entier , dans le F'espertilio noctula , de 37 : 1 dans l’Ours brun , ; et de 66 : 1 dans la Loutre. Chez l’Éléphant , il est de 18 : d. pour l’itttestin gTêlë ,1:3 pour le cæcum ,4:1 pour le colon et le rectum.
Je fèrai remarquer encore ^ à l’occasion de l’anus , qu’il est placé derrière les parties génitales , chez tous les Mâmi mifères , tandis que , dans lés Poissons , il se trouve encore au devant.
Là présence d’un cloaque dans les Monotrèmes â déjà été signalée précédemment. Mais le Castor nous offre aussi un exemple d’abouchement en commun de l’intestin-, des voies urinaires et des organes gènitauX: Les dilatations sacciformes qu’on trouve à l’extrémité du rectum , chez plusieurs Carnivores , par exemple , d’après Daubenton , dans l’Hyène { pl. xïx , fig. XXVI j a) et dans la Genette (2) , paraissent éga^ lement être une répétition du cloaque , quoique ni les voies urinaires ni les voies génitales ne s’y ouvrent plus.
Du reste, ces dernières dilatations et l’anus lui-mêmé
(1) Leçons d’anat. comp. tom. 3 , pag. 460.
(2) Il est remarquable que , chez cet animal , une sécrétion élaborée près de l’anus dévient ûn moyen de défense, par sa fétidité, dé même que le Sont j mais d’une antre manière, l’encre dés Céphalbpddès , lé Venin dù Seorpion et celui de l’Abeille,
112 traité d’anatomie COMPAHÉE.
sont , chez un très-grand nombre de Mammifères , entourés de sacs glanduleux et d’organes sécrétoires analogues à ceux que nous avons rencontrés dans les classes précédentes. Les glandes anales sont surtout très développées chez l’Hyène , autour de la poche dont j’ai parlé tout à l’heure ( pl. xix , fîg. XXVI , e , g). On en trouve aussi , ayant la forme d’assez grands sacs globuleux , qui sécrètent une masse huileuse odorante , des deux côtés de l’anus , dans le Lion , dans le Chat et chez plusieurs Rongeurs. Dans le Blaireau , plusieurs petites glandes semblables s’ouvrent à la face interne d’un sac particulier situé au dessus de l’anus. Dans la Civette et la Mouffette , au contraire , ce sac est placé entre l’anus et l’ouverture des organes génitaux. On doit encore ranger ici les sacs glanduleux du Castor , qui fournissent le Castoreum , et s’ouvrent dans le cloaque. Plus tard, nous retrouverons , au voisinage des organes générateurs , d’autres sécrétions parfaitement analogues, qui sont des répétitions de celles-là.
Chez les Mammifères , comme dans les classes précédentes, les circonvolutions intestinales sont soutenues par des duplicatures du péritoine , c’est-à-dire par des mésentères. Mais il est digne de remarque qu’ici, comme chez l’homme, indépendamment des mésentères, on rencontre encore des prolongemens qui en naissent, des épiploons, dans lesquels la graisse s’amasse souvent en grande quantité, de la même manière que dans le corps adipeux des Insectes. Ce phénomène a lieu surtout dans le grand épiploon des Maminifères hibernans , qui se charge de graisse avant le sommeil d’hiver , ainsi que le corps adipeux de la chenille le fait avant la métamorphose , avant le sommeil de la chrysalide. Cuvier dit même qu’outre le grand épiploon ordinaire, certains Mammifères hibernans , tels que la Marmotte , le Loir et la Gerboise , en ont encore deux autres latéraux , qui partent de la région lombaire , et remplissent le même office.
Avant de quitter tout-à-fait l’histoire des organes destinés à recevoir les matières alimentaires , il nous reste à examiner la question de savoir jusqu’à quel point l’organisation de l’homme l’emporte à cet égard sur celle des animaux.
Les détails dans lesquels nous sommes entrés prouvent que la prééminence de l’homme ne tient ni à l’armure et à la puissance musculaire des mâchoires , ni à la structure compliquée de l’estomac , ni enfin à la longueur et à la capacité de l’intestin. Il serait même incompatible avec lâ haute destinée de l’homme qu’elle reposât sur de pareilles bases. Si donc nous ne trouvons rien de particulier dans la force d’assimilation, non plus que dans l’énergie musculaire, c’est encore dans le développement plus considérable de l’activité nerveuse , qui caractérise notre espèce en général, que nous devons aller chercher ce qui la distingue ici. Or , celte activité nerveuse se déploie surtout à l’extrémité céphalique du canal intestinal , où elle apparaît sous la forme d’un sens particulier , celui du goût ; et il serait facile de démontrer que , dans aucun animal , l’organe chargé de présider à ce sens n’est construit avec assez de délicatesse pour lui permettre d’arriver au degré de développement qu’il a chez l’homme. Ce qu’on pourrait être tenté encore de considérer comme un trait caractéristique de notre espèce, sous ce rapport , une organisation qui permette de s’accoutumer aux alimens les plus variés , lui appartient déjà bien moins en propre. Mais il y a en elle deux autres particularités qui méritent d’être signalées. La première consiste dans la conformation dès dents, qui assigne à l’homme une position intermédiaire entre les Herbivores et les Carnivores, et dans leur disposition en une série non interrompue j mode d’arrangement dont les Mammifères n’offrent qu’un seul exemple, chez le genre perdu des Anoploterium. La seconde tient aux proportions relatives de l’oesophage, de l’estomac et du canal intestinal , qu’on peut considérer comme une sorte de
1t4 traité d’an A.TOM1E COMPÂTIÉE.
terme moyen entre celles qui se rencontrent dans la classe des Mammifères, la simplicité plus grande de l’estomac étant compensée par le développement plus considérable du gros intestin et du cœciim pourvu d’un appendice vermb forme.
MaMtre II.
Of^c^ies de la retiration et des secrétions.
Si l’animal est attaché à la terre par le besoin de se nour^ rir , il tient à l’ atmosphère par le besoin de respirer. Respiration et alimentation sont deux conditions également importftntes de la vie ,, puisque toutes deux entretiennent , quoique é’ime manière, ^différente , le renouvellement continuel de la masse matérielle du corps. Il y a bien, dans la digestion, comme dans la respiration , admission au dedans de substances extérieures et rejet au dehors de substances intérieures, mais le rapport est précisément inverse dans l’une et dans l’autre , c’est-àtdire que , pendant la respiration (conflit entre l’individualité et la totalité), l’exhalation et la volatilisation prédominent autant que le. font l’inhalation et l’assimilation pendant la digestion ( conflit entre l’individuel et !e partiel ). Quelque simple donc qu’on suppose l’animal , il n’en devra pas moins de toute nécessité y avoir en lui renouvellement continuel de la masse organique , ou du moins opposition entre inhalation et exhalation. Mais la respiration devant être considérée comme le premier de tous les modes , puisqu’elle reconnaît pour cause les relations de IJanimal avec son entourage, et quelle s’accomplitpar l’af- %x préalable d’une substance atmosphérique ( l’oxîgène ) , les autres exhalations qui ont lieu dans le corps nous apparaissent comme autant de répétitions de Cette opération primaire , et les organes sécrétoire»: comme autant de métamorphoses des organes respiratoires, ce dont nous avon§
ORGAKE CUTAKÉ., , 115
déjà trouvé 513), et nous rencon^’eroas eacpre^der nom^ breux exéniples bien palpables, onjetanpun coup d’œil comparatif sur les diverses organisations animales. . - -
.Voici quel est l’ordre suivant lequel nous pa§sei?on&î en reviie les organes à j’ histoire desquels ce chapitre est eonsacré. Nous examinerons (l’abord la surface cutanée, exhaiantè, jprimairenient opposée à la surface intestiftalè inhalante; nous : décrirons les diverses; métamorphoses qif elle ; subit dans la série animale , puis , nous parlerons deè pcolongemens qu’elle envoie , soit à l’intérieur, soit à l’extérieur; pouN produire ou des cavités pulmonaires , au des feuillets braiichiaux (1) , qui çontinuent sa fonction avec un redoufaleâneht d’énergie , et doivent être considécés comme organes réi^tratoires proprement dits,; ensuite , nous ferons cohnaître les répétitions de ces derniers organes .dans les autres systèmes, QU les organes sécrétoires ,ujeM-à-Tdire , d’abord la répétition des organes respiratoires dans lé système -intestinal , qui embrassera les organes sé(5rét0ifes;- liési au canal intèstinâl ët jouant un rôle impogtant pour la digestion ellé-nrnmé , Comme les glandes salivaires,, le foie , etc; ; en second lieu , la répétition des organes , respiratoifjeg; dans le système géhitàll2)> qui devra comprendre les organes urinaires.
ï. Formés divèVsêsae P organe cutané,
; 'X‘ ©oioaires.. : * -i;:;
Nous avons vu pféèédeihmenî qüe , chez les derriîéfs de ces animaux , le canal intestinal n’est point encoré séparé du
(i) Ces feuillets rappellent les feuilles, principal organe respiratoire des plantes, ,
‘ (2) La fonction génitale elle-même n’est à proprement parier, et- essentiellement qu’une exhalation . ce qui explique surtout les connejzions entre la génération , la nutrition des petits et la respiration , dont nous avons plus dPune fois trouvé des exemples.
I l6 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
reste de la substance animale par des membranes spéciales , et qu’il semble n’être qu’en quelque sorte creusé dans la masse commune du corps. De même aussi, dans les derniers ordres de cette classe , par exemple dans les Hydres , le corps n’est pas enveloppé à l’extérieur d’une peau proprement dite , mais seulement couvert d’un enduit muqueux. Chez les Acaièphes , au contraire , dans des espèces même où la substance interne est encore complètement homogène , on parvient aisément à détacher des lambeaux d’un épiderme qui est parsemé de petites granulations (1). Cet épiderme est surtout remarquable en ce que le liquide albumineux qu’il exhale , et qu’on doit sans doute considérer comme la masse elle-même du corps à l’état de dissolution, constitue probablement , d’après les observations de Spallanzani (2) , la matière (3) .dans laquelle réside la propriété de produire la lueur phosphorique , plus intense surtout à la région des ovaires , que tant de naturalistes ont vue s’exhaler de ces êtres gélatineux (Medwsa, Beroe, Fyrosoma) , et qui souvent illumine la surface entière de la mer.
Au reste , le développement d’une peau particulière , distincte du reste de la masse du corps , souvent un peu cornée et articulée, est déjà si prononcé dans beaucoup d’infusoires supérieurs , qu Ehrenberg a fondé sur ce caractère l’établissement de deux ordres , parmi ces animaux, suivant qu’ils ont ou non le corps cuirassé.
J’ai été frappé aussi d’un fait qu’il m’a communiqué, c’est que ceux des Infusoires phosphorescens qu’il a observés dans les eaux de la mer , avaient toujours une couleur jaunâtre.
(i)D’après Gaedb» Beitrcege zur Anatomie und Physiologie der Medusen, pag.ia.
(a) En mêlant ce macns exhalé avec de l’ean , du lait et d’antres liquides, il a vu ceux-ci devenir très-lnminenx. Voyez Macartsev , dans Philos, Trâ/îj. tSio , pag. 287.
(3) Je dis la matière de la phosphorescence , parce qne l’excitation de la lumière elle-même dépend et ds causes extérieures et de la faculté sensitive de la masse animale primaire.
ORGAKB CUTAWÉ. Yï']
Quoique la surface du corps d’un grand nombre d’Oozoaires inférieurs ne se montre à nous que sous l’aspect d’im enduit mucilagineux ou d’une pellicule muqueuse, entre laquelle et l’épiderme des plantes il y a de l’analogie à certains égards (1) , cependant la classe des Oozoaires renferme aussi des animaux, tels que les Madrépores, les Tubulaires , etc. , de la surface du corps desquels s’exhalent déjà d’autres substances qui produisent les enveloppes, tantôt cornées et tantôt calcaires, dont nous avons parlé précédemment en traitant du squelette. Mais c’est chez les Echinodermes que ce dermatosquelette se prononce de la manière la plus formelle. Nous avons eu soin aussi, en le décrivant, de faire remarquer qu’il est constamment recouvert, ainsi que toutes ses productions , d’un épiderme délicat , en sorte qu’ordinairement il se dépose , comme une incrustation ou comme un réseau muqueux ossifié , entre la peau qui enveloppe les viscères ( sorte de péritoine) et l’épiderme extérieur.
Si l’on examine au microscope cette couche cutanée extrêmement mince, on reconnaît quelle est formée de petits grains, indépendamment desquels j’ai aperçu, dans VEchinus sascatilis , une légère couche de fibres , qui sont celles d’oùdépendent les mouvemens des épines , tandis qu’un morceau de la peau du dos d’une Asterias aurantiàca m’a montré des cristaux calcaires aciculés formant de petites îles par leur agglomération. Mais c’est surtout dans la peau de VHolothuria tuhulosa que j’ai bien vu de petits corpuscules cristallins. Je suis parvenu quelquefois à les dégager tout-à-fait par la pression entre deux plaques de verre , et alors ils figuraient des écailles d’un centième de ligne environ , qui mériteront d’être un jour décrites avec plus de soin^ à cause de leurs formes élégantes.
La structure de la surface du corps n’est pas la seule chose
(ï)Kieseii, Gmndzuege dpr Anatomie derPflanzen, i8i5 »
;ïi8 trAité d’anatomie comparée.
qui iutérésse la physiologie ; sa couleur a aussi de l’importaï«3e ^ et jé noterai , sous ce rapport , que , quoique les dei*' niers Oozoàires' ('Infusoires, cértains Polÿpês , etc.) , en leur qualité d’efhbfÿohs^du règne animal, soient éricore tout-à-fait iiïcolorês et paraissent transparens ou blancs , cependant il y en a d’autres dont, soit le corps, soit la coquille , offre déjà dés couleurs Mën prononcées et souvent fort belles. Ainsi «iridïs est V’érfè , et YHydra wZg'arîs jaune ;
\ê& Æypidrea , les Beroe , les Physsophofa , les Actinia vésplendissent souvent des plus brillantes teintes bleues, rouges, ifertes. (^uant aux polypiers ou aux tests, je rappellerai sextlement la couleur roiige du Corail , et les couleurs variées des Oursins et des Astéries.
' : : ’A l’égard des prOlongemens ou ray onnemëns extérieurs de lA peau de ces animaux, outre les épines et aiguillons d’un 'grand nombre d’EcliinOdermés , dont il à déjà été question à -l’occasion dû dermâtosquelette , je dois encore signaler lés - cils remarquables , mais presque toujours visibles au micro- 'Scope seulement , qui garnissent la peau d’une multitude 4’Oo'zoâireà , sürtont pàrmi les Infusoires ët lés Acalèphes. Ces cils sont les premiers rudimens dès poils ; par leurs Os- -cillâtions rapides ils, déterminent la locomotion de l’animal, iet fréquemment aussi ils tiennent lieu dés organes respira^ toires , dont on n’aperçoit pas lé moindre vestige. La pl. i, .fig. i, les représente tdis qu’ils s’offrent à nous déjà dans un être apparténant ala série des ProtO-orgàni'smes , le Volvoæ -gl&liatdr; U.p\. I, %. Vil et IX, tels qu’on les voit dans les -gemes Leu'cophrys et Eosphôrit.