i^oissons
Chez la plupart des Poissons , la peau a déjà une texture un peu plus compliquée que dans les classes précédentes. Nous trouvons d’abord une sorte de derme fixé immédiate-
(i) La coloration de cette série animale et des, snivantes offre cela , de partlctilier-qne.le côté dorsal a tqnjonrs des. cpnleflrs plus vives que le ventral, 'Cette -circonstance, . jointe à. la coloration pins intense des anijnanx : qui hafritent les pays chands, prouve que la Inmière ne se pas à rendre les couleurs visibles , mais encore qu’elle les prodait.
128 traité d’anatomie comparée.
ment aux muscles , auxquels il adhère d’une manière intime , et si mince qu’en général on ne peut le détacher que par lambeaux. Sur cette membrane naissent , entourées de réseau muqueux , les écailles , qui sont la plupart du temps imbriquées et rarement appliquées les unes contre les autres, comme par exemple dans le Bichir et surtout dans beaucoup d’espèces fossiles, suivant Agassitz. Ces écailles sont de petites lames cornées ou osseuses, que nous pouvons comparer aux coquilles des Bivalves ou des Gastéropodes, tant parce qu’elles se développent au même endroit , que parce qu’elles croissent, comme ces dernières , par l’addition de nouvelles couches et de nouveaux anneaux. Ici, du reste, à peu près comme choz les Oozoaires supérieurs , le réseau muqueux est souvent le siège de couleurs très-vives. Enfinla couche extérieure de la peau consiste en un mince épiderme, qui est le réseau muqueux lui-même solidifié à la superficie, et sur lequel on trouve constamment , comme chez les Mollusques , une couche de mucus albumineux (1).
La structure des écailles varie beaucoup dans cette classe (2).
Il n’en existe point chez les Cyclostomes. dont la peau , ferme et coriace , est fortement appliquée sur les muscles , et recouverte d’un épiderme grenu et très-mucilagineux.
Dans les Poissons qui se rapprochent des Vers , l’Anguille par exemple , les écailles sont extrêmement petites et à peine visibles. La peau se trouve presque réduite à la condition de simple membrane muqueuse, comme chez certainsVers
(i) Le Lleaissement de* Poissons, quand on les fait bouillir dans l'eau* ou qu’on verse dessus soit des acides , soit de l'alcool , tient à la coagulation de cette albumine.
(a) Un fait intéressant pour la physiologie , c'est que presque toutes les productions de la peau, poils, plumes, épines, etc., existent déjà chez les plantes. 11 suffira de rappeler, quant aux écailles, celles dont un si grand nombrç de racîneii sont garnies,
organe cutané.
et Mollusques. Les écailles sont des lames cornées semi-lunaires , de dimensions médiocres , rarement considérables , juxtaposées ou superposées. Dans ce dernier cas, il n’y a que leur portion découverte dont la couleur perce à travers l’enduit muqueux. A l’égard de cette couleur, elle est plus foncée au côté dorsal qu’au côté ventral , ce qui a même lieu chez les Pleuronectes pour la face latérale que la distorsion du corps a rendue supérieure.
Il n’est pas rare que les écailles soient réellement ossifiées et armées d’épines ou de pointes saillantes , comme dans l’Esturgeon , les Tétrodons , les Coffres , la Raie bouclée, etc. (4).
Enfin ces indurations du réseau muqueux disparaissent peu à peu tout-à-fait dans les Poissons cartilagineux , et avec elles cessent aussi les couleurs brillantes de la surface du corps. Dans la Torpille, la peau.tiént moins aux muscles , elle est plus molle et pénétrée d’un système particulier de tubes muqueux , qui se terminent par une série d’ouvertures situées de chaque côté du corps (pl. x, fig. iv, e); Dans d’autres Raies , de même que chez la plupart des Squales , la peau est ferme et fréquemment garnie de grains durs , c’està-dire de petites écailles osseuses , qui font qu’on s’en sert pour le polissage.
Le mucus qui enduit la surface du corps des Poissons est en partie sécrété par cette surface entière , en partie aussi versé par des conduits excréteurs particuliers , qui percent assez souvent les écailles, et qui aboutissent à des organes glanduleux rougeâtres, ordinairement situés le long de la ligne latérale. Ces conduits sont fort larges dans les Raies et les Squales. Chez les Lamproies aussi , leurs orifices forment des points très-distincts , surtout à la tête. Blainville a décrit en détail ceux du Congre (2).
(1) Toyez, pour plus de détails à ce sujet j HEüsiitaER, Sisiolo^e ^ pag. 226.
(2) Principes ^anaiomic comparée, tom, I, pag.i53. ir.
*3o TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
R. IttèptiieiS.
ta peau des Grenouilles et des Salamandres se rapproché j quant a la structure , de eellé dont sont pourvus plusieurs Poissons/ eartilagineûXi Elle consiste en un derme assez dense j quoique peu fort , qui est recouvert à l’extérieur d’ün réseau muqueux rarement doué de couleurs Vives , et dont là dernière couche forme un épiderme fort mince , produit par la Condensation d’un mucus. Mais elle a cela de remarquable ^ chez les Grenouilles^ quelle ne fait pour ainsi dire qu’entourer les muscles , auxquels elle tient seulement par des vaisseaux 3 des nerfs et quelques muscles cutanés. Ces derniers , en éffet , ne commencent à apparaître que quand la peau devient bien distincte de la chair , ce qui fait qu’on ne les rencontre point chez les animaux inférieurs , où , comme nous l’avons vu précédemment , les muscles euxmêmes ont l’aspect de membranes musculaires , c’est-à-dire jouent siraultanémenl le rôle de muscles peauciers.
Du reste 3 la viscosité de la peau fait quelle continue encore à offrir 3 comme chez les Poissons , le caractère d’üne méiubrane muqueuse , et de nombreuses glandes sont disséminées dans son tissu pour lui procurer cette qualité. SOus^ ce rapport ,011 distingue surtout la Salamandre terrestre, qui à deux séries de ces glandes le long du rachis , indépendamment, de deux grosses 3 percées d’un grand nombre de trous, à l’articulation de la mâchoire , etde quelques autres à l’anuS; L’humeur que ces organes sécrètent paraît être véhéneusej d’après plusieurs observations (d). Chez les Crapauds > les glandes sont plus disséminées sur toute la surface du corps.
Les belles observations et expériences dë Townson (2) sür
(i) Oken , Zoologie, tom. II , pag. i68. Miiie la regardait déjà comme un poison violent , opinion arec laquellie ne s’accordent cèpendant point les expériences de Laurenti ( Synopsis reptilium, page 169 ).
(a) 'f/adsand ol/servations innuturalhistory, LondreG I799i
ORGANE CüTAHÉ. î3l
la faculté absorbante de la peau dans les Salauiandrêis , les Crapauds et les Grenouilles , l’ont conduit à un résultat remarquable , qui , à tous égards j nous rappelle l’absorption par la surface extérieure du corps chez les Enthelminthes et les Oozoaires. En effet , Townson a constaté que ces animaux Ont la faculté d’absorber tous les liquides nécessaires à l’éntretiende leur vie , non par la bouche , mais par la peau i , notamment parla portion ventrale de cette dernière, qu’ils lés pompent ainsi en quantité considérable ^ égalant presque le poids total de leur corps, et qu’une grande partie de cês liquides , mise en réserve dans l’organe, auquel on donne le nom de vessie urinaire , paraît être e^dialée ensuite pén à peu par la peau , à moins que l’anitnal ne l’exprime subitement de sa vessie , non pas tant dans l’intention de sé défendre j que pour rendre sa fuite plus facile. ; : i ;;>
Dans le Crapaud 5 la peau est pourvue en outré de follicules muqueux, qui sécrètent une humeur jaunâtre et épaisse, douée de propriétés vénéneuses. Ces follicules abondent sur7 tout autour du cou et aux épaula , quoique d’ailleurs ils soient assez généralement aussi répandus sur toute la surface du corps. Lestégumens cutanés ont une solidité pârticdlière, prévenant d’une couche demi-transparente , située immédiatement au dessous du réseau muqueux , couche qu’on a de la peine à couper , et qui contient un excès de phosphate et de carbonate calcaires , avec du carbonate de magnésie. Davy , à qui j’emprunte ces données (4), ajoute que la sécrétion de la peau est essentiellement de nature combustible , et qu’en conséquence elle aide aux fonctions du poumon , opinion à l’appui de laquelle vient cette circonstance remarquable , qu’il a vu chaque artère pulmonaire se partager ên deux branches ^ dont l’une allait au poumon > tandis que l’autre , presque aussi volumineuse , se distribuait dans la peau de la têtè et des épaules j et se divisait surtout eh ramifications
(ï) Philos. Trans, 1826, P. ii , pàgi 127.
ïSl î-RitTÉ d’anatomie comparée.
tcés-deliee&''dSîis l’eidroi* où sônt placés les follicules chargés de secretci le mucus ’s eueneux , et où l’on aperçoit aussi un plexus vemeux considérable.
'Quant a la peau des Chéloniens , elle se comporte , génélalement parlant , comme celle des 'Reptiles de l’ordre préeedenf.- Je ferai seulement remarquer' , au sujet des boucliers qu’on doit les considérer comme analogues aux écaillés des- Poissons ou aux coquilles des Mollusques , puisqu'ils naissent du reseau muqueux, comme ces dernières pi oductions, qu iiS lui aoivent leurs couleurs, et qu’ils sont re- Tetusd’xmpro!Oï'0eiiient dè l’épiderme et des parties molles.' il .y a cepenaant cette diflerence qu’au côté dorsal et au côte ventral du coi ps , on îi oüve ici', sous les plaques cornées, des couches osseuses au dermatosquélette, qui s’unissent avec les paities du ncM osquelette , comme nous avons eu précédemment occasion de le dire; Au reste , la dureté des plaques cornees , leu Situation et leur forme varient beaucoup j mais leurs couley’s ne sont jamais vives. .
Si les Batraciens et les Ghéloniens se rapprochent , à plusieurs egai as , des Mollusques et des Poissons cartilagineux , quant a la sir actin e de leur peau , lés Ophidiens et les Sauriens ont plus d a^nite , sous ce rapport , avec les Poissons osseax,‘Én effet ■ la peau et les écailles de ces Reptiles ressemblent parfaitement a celles d’un grand nombre de Poissons osseux , fossiles surtout. Ainsi , dans lè Crocodile , elles s’ossifient peu à peu , presque comme chez l’Esturgeon. Il y a plus meme, les plaques ventrales des Serpens , qui correspondent loujouis à une vertèbre dorsale et à une paire de côtes , rappellent de là manière la plus positive la segmentation du coios des Yers, et je crois devoir faire remarquer que cette répétition d’une forme si inférieure n’a souvent lieu qu’à la face abdominale du corps seulement , l’autre face , qu’ornent des coqleurs plus vives ou plus variées ,
organe CUTÀÎÎÉ. : . l33
étant entièrement couverte d’écailles proprement dites. La peau de ces Reptiles diffère de celle des Poissons , tant parce, qu’elle adhère moins aux muscles , que parce que ses écailles sont rarement imbriquées les unes sur les autres , enfin parce que l’épiderme est moins muqueux , plus fermé même que dans les Batraciens et les Chéloniens , ce qui fait que vé{uand il s’en est produit une nouvelle couche , l’ancienne se détache d’un seul morceau , sans entraîner avec elle les écailles , dont cependant elle porte très-distinctement l’empreinte. Mais nous sommes déjà entrés dans quelques détails à ce sujet, en traitant du dermatosquelette des Reptiles. "
. Les couleurs du réseau muqueux acquièrent une grande vivacité chez ces animaux. L’organisation de cette couche cutanée est sans doute aussi la cause des changemens de couleur qu’elle subit chez le Caméléon , changemens dont on a souvent parlé avec beaucoup d’exagération, etqui paraissent dépendre de l’afflux d’une plus grande quantité de sang dans les vaisseaux cutanés, à peu près comme chez l’homme qui rougit. .
Enfin le tissu papillaire , siège proprement dit du sens cutané , dont il n’existait encore aucune trace dans les classes précédentes , apparaît dans celle-ci à la surface des pattes des Grenouilles , des Salamandres et des Sauriens , mais surtout , d’après Cuvier, chez le Caméléon , où les papilles cutanées ont la forme de mamelons.
Les glandes cutanées existent déjà chez les Ophidiens ; dont quelques uns leur doivent même l’odeur musquée qu’ils exhalent. Elles sont plus développées encore chez les Sauriens. On doit remarquer surtout l’abondante sécrétion' visqueuse qui a lieu sous les doigts lamelleux des Geckos , ia glande que le Crocodile porte à la mâchoire inférieure et qui répand une odeur de musc , enfin les couches gfîanduleuses qui se voient aux cuisses de certains Sauriens.
TaAITÉ d’anatomie comparée.
6, Oiseaux.
: Les, Oiseaux se distinguent parmi les Céphalozoaires , pomme les Insectes parmi les animaux privés de cerveau et de moelle épinière , par le grand développement qu’acquiert chez eux l’organe cutané.
La peau elle-même ne diffère presque pas de celle des Reptiles , quant à la structure. Elle se montre tantôt Cou- Alerte encore d’ écailles , comme aux pattes , tantôt entièremént nue , comme au col de certains Vautours , ou adhérente aux os , coînme , par exemple , à la surface du bec. On peut aussi, de même que chez les Reptiles, y distinguer trois couches ; et , commue chez certains Sauriens , le tissu papillaire s’aperçoit même quelquefois à la face inférieure des pattes, par exemple daii? les Grimpeurs et les Palmipèdes.
Le derme est encore mince , comme dans la classe précédente, Des muscles cutanés le mettent en mouvement, avec les plumes qui y prennent racine , et il est fixé aux chairs à l’aide d’un tissu cellulaire qui diffère de celui dçs classes précédentes par sa prédisposition à devenir le siège d’amas considérables de graisse.
Le réseau muqueux est incolore dans les parties couvertes de plumes , et il laisse percer la teinte du sang , ce qui fait que la peau de ces parties est blanche, rougeâtre, et semble parfois aussi tirer un peu sur le gris. Dans les parties privées de plumes, telles que les pattes, les crêtes, les cires, etc. , sa couleur varie du rouge au jaune , au bleu et au noir, ainsi qu’on peut le voir dans les traités d’ornithologie.
Les écailles des pattes , les ongles des orteils , et ceux des pouces des ailes , ne diherent point essentiellement des mêmes parties chez les Sauriens.
Mais le point le plus remarquable de l’organisation de la peau des Oiseaux est le développement des plumes , organes
ORGAME CÈTANé. t35
qui, en leur qualité de rayonnemens ëornés du dermatosquelette , ont déjà été examinés plus haut (§ 258) , avec les écailles et les ongles , mais exigent cependant que nous en trions encore ici dans quelques détails à leur égard.
Pour trouver la transition des plumes aux productions cornées dont il a été question jusqu’à ce moment, nous devons reporter notre pensée sur la forme rameuse des poils chez certains Insectes (1) , mais principalement sur leur agrégation en pinceaux chez d’autres Insectes et même déjà chez les Vers. En effet , on remarque , dans le jeune Oiseau , qu’il sort de pores cutanés disposés en quinconce des faisceaux de poils mous , remplaçant d’abord les barbes des plumes. Cependant , ces poils ne sont en quelque sorte que la couronne de la plume proprement dite, et ils tombent aussitôt que commence à se développer l’étendard de cette dernière , qui naît dans une gaine fermée , à peu près comme une feuille roulée sur elle-même dans les écailles du bourgeon (2). D’un autre côté , pour concevoir la formation des plumes , il faut se rappeler que les Oiseaux sont des animaux appelés à une vie aérienne , et chez lesquels la poitrine prédomine , ce qui rend nécessaire l’apparition de branchies aériennes. Or, le caractère de branchie aérienhè s’exprime formellement dans la plume par l’abondance des vaisseaux qui la pénètrent et qui fournissent à son développement ; seulement les branchies , comme celles des têtards dé &enouilles , ne fonctionnent que pendant quelque temps, après
(1) Les poils des Abeilles sont des plumes parfaites, à barbes seulement plus diffnses ; les écailles colorées des Papillons peuvent être considérées comme des plumes dont l’étendard a la forme d’une feuille et ne se ramifie point.
(2) iXons devonsMe belles rechercbes sur le développement des, plumes
à Albert Meckel ( REir.’s ^rchiv, tom. X,!! , pag. 87 Y, aux frères Wenzel ^ Ueber die Struktur der aiisgewachsenen Schwung-und Sçhiveiffedern , Tnbingue 1807 , in-4° ), à Dutrochet (^J^uri al de physique^ mai, 1819 ) et à F. Cuvier (OSmrvfltjons structure et le dêyelo^penienf des plumes t
Paris, 1826, in-4% fig.)
l36 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE,
quoi elles sont remplacées par d’autres , qui se renouvellent à leur tour. Du reste , les vaisseaux de la plume sont toujours visibles, même après que celle-ci a acquis une assez grande longueur; du moins, suis-je parvenu , sur une jeune Corneille , dont les pennes avaient déjà cinq ou six pouces de long, à très-bien injecter le tuyau tout entier en poussant du mercure par l’artère brachiale. Le tissu dans lequel ces vaisseaux se répandent consiste en des cellules infundibuliformes, placées les unes sur les autres (1), qui, après leur dessiccation , forment ce qu’on appelle l’amedela plume. Une fois que la plume est tout-à-fait morte , la nouvelle branchie aérienne qui se produit au dessous d’elle la chasse et la fait tomber , de même que la dent de lait est repoussée par celle de remplacement.
J’ai déjà dit précédemment (§ 258) comment la plume prend naissance , comment elle se coagule d’abord sous la forme d’une boule , puis s’allonge en cône , comment l’extrémité de la tige ( comparable à la couronne d’une dent) se pousse toujours en avant , tandis que la racine , c’est-à-dire l’enveloppe branchiale proprement dite , ou le tuyau , se développe, enfin comment la barbe résulte du déploiement d’un tissu muqueux noirâtre (2).
Je me contenterai donc d’ajouter ici que ces premiers trayaux de formation se passent à l’intérieur d’une gaine logée dans l’enfoncement cutané destiné à recevoir la plume. Cette
(1) Cette particalarité pourrait nous rappeler encore nne fois les poils des plantes , qui sont composés de séries de cellules isolées, simples ou com* posées ( Kieser , Anatomie der PJlanzen,'ç?i^. 160). Voyez la figure des vaisseaux des plumes dans mes Tahulce illustrantes ^ cah. II , pl. ii ,
fig. XV.
(2) Cette couleur foncée primitive qu’affectent fréquemment les barbes des plumes , et qui fait que des Oiseaux blancs , tels que l’Oie , le Cygne , etc. , sont d’abord gris, annonce que l’exhalation du carbone est plus abondante dans cette classe, et se rattache fort bien au grand développement de la respiration chez les animaux qu’elle renferme.
organe cutané. i3
gaînç , d’abord globuleuse elle^même , devient ensuite oblongue , puis conique , et finit par se fendre quand le germe de la plume grossit. Elle diffère du tuyau , parce que ses fibres sont transversales et non longitudinales , comme celles de ce dernier , et c’est elle qu’on est obligé de racler quand on veut tailler et fendre une plume pour écrire.
La direction des plumes de l’Oiseau est un fait physiologique remarquable. Elles décrivent toutes des lignes qui partent en rayonnant du cerveau , en sorte que leurs racines sont constamment tournées vers ce dernier organe.
Du reste , les diverses parties des plumes varient beaucoup. Il n’est pas rare qu’un seul tuyau porte deux tiges , et on le voit même assez souvent chez le Casoar. Les barbes offrent aussi de nombreuses différences; fréquemment, en effet, elles émettent des rayons secondaires, même tertiaires; elles sont tantôt très-serrées les unes contre les autres , et tantôt écartées , comme dans le duvet ; elles présentent souvent sur leur trajet de petits nœuds presque semblables à ceux qui garnissent la tige d’un grand nombre de plantes ; enfin , dans les plumes douées d’un brillant métallique ou de couleurs irisées , elles sont ordinairement pourvues de petits enfoncemens , perceptibles seulement au microscope (1),, qui agissent comme autant de miroirs, et reflètent la lumière avec plus de force.
Les autres diversités de forme , de couleur et de situation des plumes rentrent dans les attributions de l’ornithologie ; c’est pourquoi j’en dirai peu de chose.
Une circonstance remarquable d’abord, c’est le retour des plumes à la condition des poils ou des soies. Nous l’observons chez le Casoar , dont les plumes peuvent être considérées comme de simples tiges sans barbes , qui sont faibles partout , si ce n’est aux ailes , où elles ont un peu plus de
(i) HEiisiNG-Ea , Histologie, pag, 218.
l38 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
force. D’après les observations de Gloger , le même phéno^ mène a lieu artificiellement , lorsque les barbes des plumes tombent par l’influence d’un climat très-chaud; c’est ce qu’il a vu chez de jeunes Aigles d’Afrique , où les grandes plumes tectrices postérieures des ailes étaient dépouillées de leurs barbes dans une étendue de deux à trois pouces , et ressemblaient parfaitement à des piquans (1). Une autre transition de la plume au poil nous est oflerte par le pinceau de crins noirs que le Dindon porte à la poitrine , et qui représente un de ces faisceaux primitifs dont j’ai parié précédemment, dont les poils , au lieu d’être repoussés par une plumé , ont continué à se développer , et se sont même couverts d’un épiderme mince {%). Enfin on trouve aussi de véritables poils sur quelques parties du corps , par exemple dans le Fuliur les Corbeaux , etc.
La Structure même des véritables plumes varie beaucoup. Les plumes squamiformes du Pingouin (3) sont surtout remarquables en ce qu’elles se rapprochent des écailles qui garnissent les ailes des Insectes. On trouve aussi , à l’extré* mité des barbes de celles du Paon , des dentelures qui leur donnent l’apparence d’une scie (4). Enfin , chaque barbule des grandes plumes a une structure remarquable , son bord supérieur offrant des fibres très-ramifîées sur les côtés , qui s’engendrent dans les fibrilles simples dont est garni le bord inférieur de celle qui se trouve au dessus : je n’aperçois même , à l’extrémité des barbes qui avoisinent la tige , par exemple dans les plumes d’Oie , qu’une simple pellicule ligamenteuse des deux côtés de la côte de la barbe. Au moyen
(1) Gloger , Dai Abaendem der Vœgel durch Einfluss des KUma, Bres-
lan, 1.833 r 8*
(2) . L’épiderme doit naturellement se soulever en même temps que la plume, mais il paraît se dessécher hientôt sur la peau et tomber, ce qui explique la poussière farineuse qu’on trouve entre les plumes.
(3) “Voyez mes Tahulœ illustrantes , cah. II, pl. ii, fig. xvi.
(4) Voyez mes Tahulœ illustrantes , cah, II , pl. ii , fig. xnn.
OE.GA.KE COTAKÉ. l3g
cette disposition , les barbes tiennent si bien les unes aux autfes , que la plume ne forme plus pour ainsi dire , qu’une feuille ; aussi Vobserye-t-on plus particulièrement dans les pluines des ailes et de la queue, qui servent au vol.
Cependant c’est surtout à l’égard de leur coloration que les plumes varient.
b’influence puissante de la lumière pour produire les couleurs se manifeste également ici par la vivacité non seulement des teintes que les plumes offrent dans leur portion non couverte et au côté supérieur du corps , chez la plupart des Oiseaux , mais encore des couleurs dont brillent les Oiseaux diurues , surtout ceux des pays chauds. Suivant Gloger (1) , la chaleur du climat avive principalement les couleurs du bas- ventre et de la tête , tandis que le froid affaiblit surtout celles du haut du corps.
Au reste , il est remarquable que les couleurs des Oiseaux varient suivant l’âge et le sexe , et Blumenbach (2) à fait une observation fort importante sous ce rapport , c’est que plusieurs femelles prennent le plumage des mâles lorsque le temps éteint en elles les fonctions génitales (3).
Au total , les Oiseaux sont , parmi les animaux vertébrés , comme les Insectes parmi les invertébrés , ceux chez lesquels la couleur arrive au plus haut degré de développement. Audebert prétendait avoir remarqué que les plumes douées de l’éclat métallique ont une pesanteur spécifique supérieure à celle des plumes ordinaires.
(x) Loc, cit. pag. a 5.
(a) Sandbuch der 'vergleichenden Anatomie 2 3 a.
(3)- \^oyez, poar plas de détails à ce s.ujet, Bn Mémoire de J. Butter , d^as ilemoirs of ihe, Wernerian society, vol. III, pag. i83. Batter cite les Oiseaux suivans chez lesquels on a va de vieilles femelles prendre le plumage des mâles; Paon (Hanter ), Pintade ( Bechstein) , Faisan (Hanter) , Faisan doré (Blamenbach ); Poule ( Aristote) , Perdrix ( Montagu ) , Pigeon (Tiedemann ), Outarde (Tiedemann), Spatule (Catesby), Canard (Tiçdemann ).
l4o TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
Enfin les plumes ont encore cela de remarquable qu’elles sont enclines à admettre la' tension électrique (1) , et il n’est pas hors de ^vraisemblance que la faculté dont les Oiseaux jouissent de pressentir les variations de temps , dépend de ce que l’état électrique de leur plumage change en même temps que celui de l’atmosphère.
Pour terminer l’histoire dé la peau des Oiseaux , il me reste encore à parler des glandes qui sécrètent une humeur grasse, et qui jouent un rôle important à la conservation. des plumes. En effet, si déjà, par le fait seul de l’organe dans lequel celles-ci sont implantées , elles paraissent être imprégnées de la graisse provenant des couches adipeuses de la peau , la nécessité d’un enduit qui les garantisse de l’eau rend fort essentielles les glandes huileuses situées au croupion. Ces glandes ont surtout un volume [considérable chez les Écha^^ siers et les Palmipèdes^ et elles versent leur sécrétion par deux ouvertures en forme de fentes. Cependant Nitzsch assure (2) qu’on n’en trouve aucune trace chez plusieurs Oiseaux , tels que le Casoar, l’Outarde et un grand nombre de Perroquets.