Mammifères
Les Mammifères se rapprochent aussi des classes précédentes, sous le rapport de l’organe cutané; car la peau nue, muqueuse et huileuse des Cétacés rappelle celle des Raies et des Squales , la peau écailleuse et cuirassée des Pangolins, des Tatous et des Chlamyphores , dont j’ai parlé en traitant du dermatosquelette (§ 316), celle des Reptiles, enfin la peau armée de piquans semblables à la tige dMne plume des Porc-épics et des Hérissons, celle garnie de plumes des Oiseaux.
(1) Tiedemawk , Zoologie ^ tom. II, pag. i55.
(2) Note à la page 274 du 6“ voîame de VHistoire naturelle déi Oiseaux d’ Allemagne f pax 'Naumatiii,
. organe CUTAkÉ. '
. A l’égard des couches qui la constituent (1) j Je ferai remarquer d’abord que le derme proprement dit a partout beaucoup plus d’épaisseur que chez les animaux dés classes précédentes:, soit sur le dos seulement , soit par tout le corps , comme dans les Élépbans, les Rhinocéros et le Buffle.
. . Il a déjà été parlé ailleurs (§ 339) dés muscles peauciers, qui permettent le hérissement des poils et des crinières, ainsi que le froncement de certaines parties de la peau.
Le réseau muqueux, généralement peu coloré j et l’épiderme ne diffèrent point dé ce qu’ils sont dans les classes précédentes. Seulement le renouvellement de l’épiderme est moins sensible , ce qui avait déjà lieu chez les Oiseaux; dans ces deux classes, il porte plutôt sur les ^productions rayonnantes de la peau , ici les poils, et là les plumes.
Le tissu papillaire est principalement; développé aux organes du toucher, comme chez l’hommé. il manque tout-àfait chez les Cétacés , de même que chez les Poissons.
, L’exemple le plus frappant de coloration du réseau muqueux , qu’on trouve dans cette classe , nous est fourni par les caroncules faciales et fessières rouges et bleues de certains Babouins. ;
L’adhérence de la peau aux muscles sous-jacens a lieu surtout . au moyen d’un tissu cellulaire dans les mailles duquel s’amasse une quantité extraordinaire de graisse chez les Pinnipèdes , chez les Cochons et , en automne , chez les Mammifères hibernans. Ce tissu cellulaire admet l’air dans quelques Chéiroptères, (§ 567). Cuvier rapporte, d’après Sparmann , que la peau du Daman tient peu aux muscles.
- L’appareil glandulaire de la peau paraît ne point exister chez les Cétacés (2) , où cependant il est remplacé par une
(1) Voyez Dellè CaiAjE, Osservazioni suUa struttara délia epidermide umana. Naples, 1827, in-4 ; G. Bkeschet et Roussei. de Vahzeme, R&cherches anatomiques et physiologiques sur la structure de la peau, Paris, i835,in-8, fig.
(2) Les Pangolins' et les Tâtons sont sans doute dans le même ças.
14® tuAité d’anatomie compakée.’
exsudation. de mucus mêlé avec des particules graisseuses. Bans les autres ordres, son organisation est essentiellementla même que chez l’homme, où l’oii sait que les glandes sébacées fournissent des sécrétions différentes suivant les diverses régions quelles occupent. Cependant, nous trouvons quelquefois ces organes très-développés , et alors ils offrent ordinairement des répétitions de formations antérieures. Nous l’avons dit à l’égard des glandes sus-maxillaires des Brebis , des Cerfs j des Chauve-souris, etc., et des glandes anales; nous aurons occasion aussi de citer des glandes analogues en traitant des organes génitaux. P. Savi a décrit une glande coüglomérée qui mérite une mention particulière; elle est nituée à l’occiput du Chameau , et chacun de ses lobes a Uh conduit excréteur particulier. Enfin , nous trouvons encore de ces glandes sur la ligne latérale du corps , comme chez les Poissons ( § 599 ) , sur le sacrum , où elles rappellent les glandes huileuses des Oiseaux (§ 607) , ou entre les sabOtS, et celles-ci rappellent l’abondante sécrétion qui â lieu aux phalanges de certains Reptiles (§ 602 ). Les premières sOpt très-prononcées surtout chez les Musaraignes , suivant Geoffroy Saint-Hilaire (1) ; on les aperçoit aussi , mais moins , date la Taupe et quelques Rongeurs. Chez les Musaraignes , on découvre , sur les côtés du corps , à des distances régulières , lés ouvertures de glandes sous-cutanées aplaties , dont là sécrétion , qui se répand sur les poils , a une forte ùdëùr , comme la plupart dé celles du même genre. Lès glàùdes sàèrées sé voient surtout dans le Pécari , où eïlès atteignent , suivant Baùbenton (2) , un volume égal à cèliii d’un Ceüf d’oié. Quant à celles des doigts , on les rencontre particulièrement aux pattes de derrière , chez quelques Bi-
Q) Mêmoirës dü Muséum, vol. I, pag. 3ôî. Geoffroy Saint-Hilàirè a vbtità anssijthâts à tort, considérer comme un appareil glandulaire dé ce gétitè , la glahdë mainmaire d'éconverle par Meïkel dans f’Ornitlioriynqae.
(s) Bdpfom , Hùt. nat., vol. X.
OUGANÊ cutané. 143
sulces, tels que la Brebis , le Ghevrotaxii et lé Benne 5 leur conduit excréteur s’ouvre entre les sabots.
Il est évident qu’on doit rapporter aussi à cette classe d’or^ ganes la glande à venin de l’Ornithorhynque j qui , placée beaucoup plus haut , derrière les trochanters , n’ appartient qu’aux individus mâles. Au moyen d’un long canal excréteur , elle transmet sa sécrétion venimeuse à l’éperon perforé qui se voit sur le bord interne de la patte de derrière (1).
Ôn sait que la vestiture de la peau consiste presque aussi généralement en poils dans cette classe qu’en plumes dans la précédente. Quand elle manque toüt-à-fait ^ comme chez les Cétacés j la peau se rapproche de celle des Poissons et des Reptiles , pour la conformation.
La structure et la couleur des poils offrent un nombre prodigieux de variétés, dont la description appartient en grande partie à la zoologie.
Ceux qui Se rattachent le mieux aux plumes sont lés piquans du Porc-épic , que nous pourrions considérer cominé des tuyaux et des tiges de plumes privées de barbes et couvertes d’un épais enduit corné , s’ils n’en différaient parce qu’ils ne renferment pas primitivement de germes vasculaires dans leur intérieur , et qu’im tissu corné très-lâche remplit leur cavité entière , à l’exception de la racine , qui n’en contient pas. Les petits piquans du Hérisson et de TÉchidné font le passage de ceux du Porc-épic aux soies raides ^ju’on rencontre surtout chez les Pachydermes (2),
Les soies du Cochon consistent également en un cylindre
(r) Voyez Meckel , Ornkhor, descr. anat., pl. vi.Dans une Notice lue à la société Linnéenrie , J. Jameson rapporte qu’un homme qui avait été hlessépar l’éperon d’un Ornithorhynque , fut atteint de trismus , et qu’il fut long-temps sans pouvoir sé servir dfe son Lras (^Lond. med. Repository , vol. VU , pag. 5 ).
(2) On peut voir dans Ebt.e , loc. cit., tom. I , pl. x , l’anatomie très^ détaillée des piquans du Hérisson , et p!. viit , celle des soies du Cochon.
l44 TRAITÉ d’anatomie comparée.
corné, dont le milieu est occupé par un tissu cellulaire corné lâche. Étant fendus en plusieurs parties à leur sommet , ils rappellent en quelque sorte par là les faisceaux de poils d’un grand nombre d’animaux des classes inférieures, qui se trouveraient ici soudés à la base en un seul cylindre.
Les écailles des Poissons et les plumes squamiformes des Pingouins nous sont également rappelées par les poils aplatis, parmi les plus remarquables desquels nous citerons : 1“ les écailles des Pangolins , qui ne sont autre chose que de larges poils ou piquans cornés , susceptibles de se redresser ; 2® les poils larges , plats et terminés par une pointe dure dés Rats épineux ( Loncheres ) ; 3° les longs poils plats du grand Tamandua , les poils plats entremêlés avec les piquans des Porc-épics et des Hérissons , ceux qu’on voit à la queue de l’Hippopotame et sur les doigts de l’Ornithorhynque , etc.
Les poils ordinaires des Mammifères ressemblent à ceux de l’homme , quant au fond ; mais leurs poils soyeux se rapprochent souvent du duvet , car ils sont parsemés de nœuds , comme ce dernier ( § 605 ) , et l’on doit même leur attribuer la teinte grisâtre du pelage de certains animaux, par exemple des Souris , attendu qu’au microscope les nœuds paraissaient noirs et leurs interstices blancs (1).
Les poils laineux ont une transparence vitrée , et sont intérieurement divisés en cellules, assez régulières même. C’est ce que je vois , par exemple , dans ceux des Chèvres du Thibet. La laine , celle surtout des Brebis, a cela de remarquable aussi que ses brins sont fléchis en zig-zag dans le sens de leur longueur , avec quelques petits renfîemens de distance en distance. Le diamètre d’une des plus fines soies de Brebis est de 13/20,000 d’un pouce anglais.
La torsion en spirale de certains poils mérite d’autant plus d’être prise en considération , qu’elle paraît appartenir
(i) Voyez Ebc-e,./oc, cit, , pi. viti, fig. 77, représentant nn poil de Taupe.
ORGANE cutané. i45
aussi exclusivement aux Mammifères que celle des dents , par exemple dans le Narwal (y. § 312, note), et qu’il résulte de là une particularité fort remarquable tant dans le dermatosquelette que dans le splanchnosquelette de ces animaux. C’est surtout à la barbe et aux moustaches qu’on observe ces poils tordus en spirale , par exemple dans les Phoques, ainsi que dansées Chéiroptères et la Chrysochlore, où , suivant Eble (1), la torsion des poils leur donne le même aspect que si leur tige droite était entourée d’un mince fil tourné en spirale..
L’accroissement des poils se fait comme celui des plumes, c’est-à-dire par la racine , et de même que la membrane vasculaire se développe en branchie dans l’intérieur de la tige de la plume , de même aussi une membrane vasculaire, trèsfacile à apercevoir dans les gros poils , entoure la racine de ces derniers , qui s’en élèvent ensuite d’une manière parfaiment analogue à celle dont croît la tige des plumes (2).
. Une fois que le poil est parfaitement formé , il cessé de se nourrir, comme la plume tout-à-fait sèche , et tombe pour fairejDlace à un nouveau.
La coloration des poils , chez les Mammifères , est déjà beaucoup moins forte que celle du plumage des Oiseaux. En effet, une plume est un poil arrivé au plus haut degré de développement. Cependant nous pouvons remarquer ici , comme dans la classe précédente, que la surface dorsale a constamment des teintées plus foncées, tandis que le ventre paraît presque toujours blanc. D’ailleurs le climat exerce sur la couleur du pelage des Mammifères la même influence que sur celle du plumage des Oiseaux.
J’ai déjà parlé plus haut de la forte tension électrique dont
(i) Ebtæ , loc. clt. , pî. vni, fig. 79, 8o. . , : ,
, (2) Ebls, loc. cit., pl. XI , {3g. 1 2 1, 122, Eès fjgùfes rc-préseptCiit les pçllâ des moustaclies da Chat. - ' ' ' ‘ '
l46 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
sont susceptibles les poils de plusieurs Mammifères, des
Chats par exemple.
La sltuationdes poils varie même parfois suivant les genres. Ainsi , beaucoup de Mammifères ont les pieds nus ou couverts seulement de poils courts , de même que , chez les Oiseaux , en général , les plumes ne s’étendent point jusqu’aux pieds. Il est des parties aussi où les poils acquièrent un plus grand développement ; tels sont le museau , où iis servent comme de barbUlons ou de palpes , les yeux , le cou , où ils constituent la crinière qui , dans le Lion par exemple , distingue les mâles des femelles, et la queue, dont les poils diffèrent tant de ceux du reste du corps chez le Cheval. Enfin , il y a des individus chez lesquels on rencontre à la fois plnsieurs sortes de poils. Ainsi, le Lama et la Chèvre du: Thibet ont une laine fine au milieu de forts poils qu’on appelle yarre, De même, les piquans du Hérisson et du Porcépic sont entremêlés de poils mous. Sarrasin prétend même, que le.Pore-ëpic du Canada a sept sortes de poils ; et, si l’on voulait avoir égard à de légères différences , il ne serait pas difficile d’en compter autant chez les MamBiifères que nous connaissons mieux.
Quant aux productions cornées enveloppantes et squelettiformes de la classe des Mammifères, nous en avons déjà parlé en décrivant le dermatosquelette de ces animaux. Le test des Tatous peut assez bien être comparé à celui des Chéloniens , car on ne doit voir en lui que des ossifications du réseau muqueux . accolées les unes aux autres et recouvertes par l’épiderme. Les éçailles caudales des Mammifères ont déjà été comparées avec raison par Cuvier à celles des pattes des Oiseaux ; cependant, chez les animaux d’une petite taille , elles sont très délicates, et font ainsi le passage à l’épiderme régulièrement sillonné qui tapisse les pieds de tant de Mammifères et même la main de l’homme.
À l’égard des ongles, ils ressemblent parfaitement aux
ORGAKE CUTANÉ. ,
poils , SOUS le rapport de leur composition ciiimique] 'et de leur mode d’accroissement. Chez les Carnivores , les Rougeurs et les Chéiroptères (1) , iis ont la même disposition que dans les Oiseaux ou les Sauriens , c’est-à-dire qu’ils forment des gaines cornées , pointues et tranchantes , qui revêtent l’extrémité de la phalange onguéale. Les ongles larges et émoussés qui enveloppent entièrement cette phalangie , portent le nom de sabots. On remarque que les ongles et les sabots sont d’autant plus grands qu’il y a moins de doigts; je citerai pour exemple les Solipèdes et le Fourmilier didactyle,vdont les ongles des pattes de devant sont proportionnellement énormes. Du reste , c’est dans les sabots qu’on reconnaît le plus distinctement la structure pileuse.
Il nous reste encore à dire quelque chose de la structure des cornes , dont on trouvé trois sortes chez les Mammifères.
Aux tissas dont il vient d’être question se rattachent trèsbien les cornes des Rhinocéros, dans lesquelles on peut d’autant moins méconnaître quelles sont dues à la coalescence d’une multitude de poils raides , que quelques uns de ces poils , plus courts que les autres à la vérité , se voient encore libres à la racine de l’excroissance , et que d’ailleurs, une coupe transversale de celle-ci ne laisse aucun doute à cet égard (2).
Des cornes d’un autre genre sont formées par des broches osseuses qui croissent sur le frontal après la naissance (§ 315), et soulèvent la peau ; celle-ci devient calleuse et finit par constituer une gaîne cornée , dans le tissu de laquellepn distingue encore fort bien les poils dont la soudure lui a donnq naissance. Telles sont les cornes des Brebis , des Chèvres et des Bœufs.
(t) ici . comme chez les OIseaax , les membres aliformes ne portent â’oti» gles qn’anx.poaces.
(a) Voyez-en la figure , d’apîès Datibenton , dans Bürpoîî , Hish natài':, Volv XI , pl. vïtl. '
f48 TP^AITÉ d’aHAtOMIE COMPARÉE.
Le troisième genre de cornes comprend les bois .; j’ai déjà parlé du mélange intimé de la substance cornée avec la substance osseuse dans leur intérieur, et de la sympathie remarquable qui les unit avec les organes génitaux mâles (§289).
Enfin , les petites cornes de la Girafe pourraient être considérées comme constituant encore un quatrième genre; car la peau velue qui les revêt en tout temps par dessus une substance semblable au bois des Cerfs , forme une transition bien marquée entre ces productions et le pelage général,
Si maintenant nous embrassons d’un seul coup d’œil l’histoire entière du développement de la peau, afin d’apercevoir en quoi cet organe diffère , chez les animaux , de ce qu’il est chez l’homme , nous trouvons que , dans les dernières classes du règne animal, la peau extérieure ressemble à la peau intestinale ; que les qualités de membrane muqueuse dont elle jouit la rendent peu propre à être le siège d’un toucher délicat; que souvent même elle est en outre enveloppée soit par des coquilles calcaires , soit par des écailles et des cuirasses. Plus tard, au contraire , lorsque la respiration se prononce avec plus d’énergie dans le corps entier , les productions cutanées deviennent prédominantes, et les poils, les soies , les plumes , se développent en telle quantité que cette circonstance , jointe à l’épaisseur des tégumens et à celle des dépôts graisseux sous-cutanés , ne permet pas non plus âu sens du toucher d’acquérir une grande perfection. Chez l’homme, l’organe cutané tient le milieu entre la mollesse excessive de la surface muqueuse des Mollusques et l’induration de la peau chez les Insectes ; il est plus mince et reçoit plus de nerfs que chez les Mammifères, et il n’est couvert que d’une petite quantité de poils mous , qui ne mettent point obstacle à l’exercice du toucher. Si le sommet de la^ tête de l’homme porte davantage de poils , on peut ’expllquer par la remarque , si souvent faite dans les para-
ORGAKE CTJTÀNÉ.
graphes précédens, que les productions cutanées se développent plus que partout ailleurs sur le côté du corps qui est tourné vers la lumière; or le haut de la tête étant ce côté chez l’homme , en raison de la station droite sur lés membres pelviens , les poils ou les cheveux doivent y acquérir plus de développement qu’en aucune autre région. Là barbe humaine pourrait être considérée comme une répétition des moustaches qui garnissent le museau d’un grand nombre de Mammifères, et sa présence chez le sexe masculin, comme un résultat de l’intensité plus considérable de la respiration et du développement plus grand des membres, qui, chez les animaux aussi , coïncident avec un déploiement plus marqué des poils et des plumes. Quant aux poils du pubis et des aisselles , ils paraissent dépendre de l’abondance des sécrétions glandulaires qui ont lieu^sur ces points , et qui déjà , dans les animaux , s’accompagne fréquemment d’un plus grand développement du système pileux.
Les ongles, seuls prolongemens cornés de la peau qui restent chez l’homme , sont plutôt comparables à des écailles qu’à des griffes ou à des sabots , et , au lieu d’émousser le sens du toucher , ils contribuent , au contraire , à le rendre plus délicat. .
La peau cesse également, chez l’homme, d’être aussi mobile que dans les Mammifères , où sa mobilité rappelait encore celle que détermine le sac musculaire des Mollusques et des Vers. Or , cette circonstance paraît tourner également au profit de la sensibilité de l’organe.
Sous le point de vue de la coloration, nous avons vu qu’elle arrive au maximum dans les deux classes qui se distinguent surtout à l’égard de la respiration et du mouvement , tandis que , dans les autres classes , elle n’avait point atteint jusqu’à ce degré , ou bien elle l’avait abandonné. Ce dernier cas a lieu aussi chez l’homme , où la peau, dans la race la plus noble de toutes , est presque incolore et
l5o TRA-ITÉ d’anatomie COMPARÉE.
nuancée seulement de la teinte du sang qui perce à travers son tissu , phénomène dont Goethe (1) a parfaitement indiqué la cause lorsqu’il dit , en parlant des couleurs qu’offrent les Mammifères : « Si certaines parties nues du corps des Singes » paraissent ornées de couleurs élémentaires, c’est une H preuve que l’animal lui-même est loin encore de la perfeetion ; car on peut dire que plus une créature est noble, jjç; plus tout ce quelle renferme de matériel a été élaboré ,
» plus sa superficie tient à son intérieur par des liens in- » times , et moins elle peut offrir de couleui's élémentaires.
» En effet j là où l’ensemble doit former un tout complet,
» il est impossibie que rien de spécifique se détache , soit 4 sur un point , soit sur un autre. »
E’ organe cutané de l’homme, se distingue donc par la sensibilité plus exquise dont il jouit et , en devenant le miroir des affections morales. , par les variations que son coloris est susceptible d’éprouver , il se rapproche du plus noble des organes sensoriels , l’œil.
H,. Formes diverses des organes de la respiration et de la voix..
La respiration des animaux étant un conflit entre l’individu et l’élément qui l’entoure (§ 696), il y a nécessité, pour qu’elle s’exécute , que l’afflux de celui-ci vers l’organe respiratoire se renouvelle sans cesse. Or , cet élément ambiant , pour l’animal comme pour la Terre ,, est l’air. Il faut donc , pour entretenir la respiration de l’animal, que celui-ci hume l’air , soit immédiatement, soit par l’intermêdKiire; de l’eau qui s’en est pénétrée , qui l’a en quelque sorte respiré elle-même. Mais, afin que l’air ou l’eau, ou, pour être plus exact, l’air seul parvienne à l’organe respiratoire, il est indispensable que ce dernier occupe primitivement la super-
(c) Goethe., Zur Parhenlehre , I. pag.
organes respiratoires et VOCAEX. iSi
ficie du corps ; la surface cutanée constitue même , en premier lieu, le seul et unique organe respiratoire , et ce n’est que quand le corps animal a pris plus de développement , qu’on commence à voir paraître des appareils spéciaux pouf la respiration , des cellules à air ou à eau , des poumons , des trachées , des branchies , appareils qui tous cependant peuvent être considérés comme des prolongemens de la peau ^ ramifiés tantôt en dedans' et tantôt en dehors- Du reste, si nous voyons en général un vaste mécanisme locomoteur accompagner la fonction de la respiration , si même il ne serait pas impossible à la zoonomie de démontrer que le mouvement animal primitif et originaire n’est qu’un mouAement respiratoire, nous devons l’attribuer prinGipalement à ce que la respiration jouo dans la splîère reproductive un rôle égal à celui du mouvement dans la sphère animale (§r 2fi), de sorte^que, moins encore les deux vies sont distinctes l’ une de l’autre , plus aussi la respiration et la motilité d’une part , l’assimilation et la sensibilité de l’autre , marclïent d’un pas égal dans leur développement , puisque , même dans les organisations supérieures , il doit y avoir affinité en^ei sous le point de vue du degré d’évolution auquel elles: pmf-^ viennent. Nous en avons trouvé la preuve dans leâ'Moblusques, qui ont les organes de la digestion et delà sen^bilité très-développés, dans les Insectes , chez lesquels les’ orgàpes de la respiration et du mouvement sont arrivés au maximum de perfection. Enfin , nous découvrons aussi dans les organes de la respiration un mouvement particulier , qui n’estv si l’on peut s’exprimer ’^ainsi , que le mouvement oscillatoire primitif porté à une plus haute puissance , qui ne sert qu’à la respiration elle-même , et dont la destination est d’imprimer au milieu respirable, à l’air, et à l’air seul en nature , des ébranlemens susceptibles de prendre la forme ou les caractères du son. Les appareils de ce genre sont connus sous le nom d’organes vocaux , et nous ne les voyons se développer que chez les animaux supérieurs.
tSa traité d’anatomie comparée.
1, Respiration des Oozpaires,
Il est impossible de démontrer des organes respiratoires spéciaux dans les Proto-organismes, tels que les Volvoces et les Bacillaires. Ici , la respiration ne s’accomplit que par les oscillations de la superficie , c’est-à-dire par le mouvement vital primordial, qui met à chaque instant de nouvelles ondes d’eau en contact avec la périphérie du corps.
De pareils organes n’existent pas non plus chez les Lithozoaires et les Phytozoaires. Le tournoiement de l’eau, excite par les oscillations de leurs surfaces ou au moins de leurs bras, et, comme Grant l’a observé chez les Éponges, la transgression de ce liquide dans des canaux intérieurs , déterminée également par un mouvement oscillatoire , paraissent être les moyens à l’aide desquels ces animaux respirent.
La plupart des Infusoires semblent être dans le même cas,' et n’avoir d’autre mouvement respiratoire qu’une oscillation de leurs cils qui fait tournoyer l’eau. Les seuls Rotifères , dont les organes rotatoires jouent d’ailleurs en partie le rôle de branchies extérieures, paraissent, d’après Ehrenberg, posséder des espèces de branchies internes. Cet observatein m’a fait voir , dans XHydatina senta , des organes particuliers, adhérens aux vaisseaux latéraux ( pl. i , fig. iv , e, g) , qu’on aperçoit aussi dans V Eosphora , organes dans l’intérieur desquels on -distingue trois lamelles agitées d’un vif mouvement d’oscillation , qu’on peut assurément considérer comme des organes respiratoires.
Ces organes existent d’une manière plus précise , et en partie déjà sous la forme de cavités pulmonaires , dans les Méduses. Ici, d’après Eschscholtz(l), non-seulement les crêtes natatoires des Acaîèphes cténophorès , tels que les Béroes, ressemblent à de véritables branchies, par la manière dont
(t) System der Akalephen ^ pag. i6.
orgAhes respiratoires et vocAtjx. i53
les vaisseaux s’y répandent , mais encore la face inférieure des Discophores offre ordinairement autour de la bouche , quand elle existé , quatre ouvertures conduisant à des cavités particulières , qui né communiquent point avec l’estOmac , et qui ne peuvent avoir d’autre usage que de servir à la respiration et peut-être aussi à la génération ; c’est cé qu’on voit, entre autres , dans les Méduses et les Rhizostomes ( pl, i , fig. XIII , a, a , et fig. xiv ). Enfin , les Siplionophores , comme PhysalieSjRhizophysesetVelelles, ont des cellules ou vessies aériennes, dont le contenu influe sans doute également sur l’oxidation des humeurs du corps , et , qu’au dire d’Eschscholtz (1), l’aniihal peut quelquefois vider à volonté, au moyen d’ouvertures particulières semblables à celles qu’offre , par éxemple , la crête située au dessus de la vessie natatoire dans les Physalies.
Àu reste, il mériterait la peine d’examiner si c’est uniquement de l’air atmosphérique qui se trouve contenu dans ces cavités. En effet , dans toute respiration , on observe deux phénomènes, entrée de l’oxigène dans les humeurs du corps , et exhalation par celles-ci de matériaux volatilisés (carbone , azote, hydrogène ). Nous trouvons ordinairement les deux opérations réunies dans un même organe , par exemple le poumon, chez l’homme et beaucoup d’animaux ; mais , assez soüvént aussi , elles sont séparées l’une de l’autre , et il n’est surtout pas rare , ce dont la vessie natatoire des Poissons entre autres nous offrira un exemple , que nous observions une exhalation de substances gazéiformes dans des parties tout-a-fait différentes des organes respiratoires. Or il peut arriver que ce soient des exhalations de ce genre qui produisent les cellules aériennes des Acalèphes , car l’existence d’une véritable respiration aérienne n’est point vraisemblable chez les animaux placés si bas dans l’échelle.
(l) Ibid. pog. i5g.
l54 traité d’asAtomie comparée.
Des organes respiratoires internes paraissent indispensablescbez ies Échinodermes , dont la surface du corps est soht vent rendue peu propre à en remplir les fonctions par les tests coriaces ou calcaires qui la recouvrent. En effet , or trouve , notamment chez les Holothuries , une sorte de cloaque à parois minces , auquel aboutissent, avec le rectum, des tubes partagés, dans XHolothuria tuhwïosw et autres, en deux longues branches rameuses elles-mêmes , et à parois peu épaisses (pl. i , fig. xvi , i , k ) , qui, étant propres à admettre l’eau , entretiennent la respiration (1). Quand l’aninaal vomit son canal intestinal , ce qui lui arrive dès qu’on le touche , comme je l’ai dit en traitant de l’appareih digestif, ces organes respiratoires se déchirent ordinairement aussi, mais à demi seulement , parce que la branche droite est tr(^ adhérente à l’enveloppe musculeuse.
Suivant Tiedemann , la respiration , c’est-à-dire l’aspira:tion de l’eau , se répète environ trois fois par minute chez l’Holothurie tubuleuse , et le liquide reste jusqu’à vingt secondes dans le corps. Nous trouvions donc chez ces animaux, ainsi que chez plusieurs autres , tous cependant placés à un degré fort peu élevé d’organisation , que la respiration et la fonction de l’intestin sont peu séparées encore l’une de l’autre , puisque l’organe respiratoire semble même n’être qu’une portion du canal intestinal. Cependant un fait fort remarquable, et qui s’accorde parfaitement bien d’ailleurs avec ce que BOUS avons dit de l’opposition entre la digestion et la respiration, c’est que la cavité digestive proprement dite , l’estomac, ne devientjamais cavité respiratoire , et que , des deux autres portions du canal alimentaire , l’œsophage et rintestin la seconde remplit, la fonction de la respiration bien plus souvent que l’autre , et d’autant mieux qu’elle est
(i)L’eaa expirée est chassée avec force par ranas,.et c’est ainsi que ranimai avance dans la mer. Voyez Oken , Zoologie, tom. II ,pag. 35o.
ougahes respiratoires et vocAtjx.' t55
déjà, de sa nature , surface sécrétoii’e et exhalante (1), Cependant la fonction revient quelquefois aussi à la portion du canal alimentaire qui précède l’ estomac , et si , chez les animaux supérieurs, nous trouvons généralement les organes respiratoires en connexion avec l’ouverture orale , nous ne devons pas perdre de vue que l’oesophage est la première pièce de l’intestin, qu’il est souvent la seule , et qu’en conséquence il est primordialementtout aussi bien organe d’exhalation qu’organe d’inhalation. Enfin il importe de remarquer que l’organisation au moyen de laquelle la respiration intestinale a lieu , est fréquemment encore indiquée ou répétée chez les animaux supérieurs , ce dont on peut citer comme exemple les diverses dilatations précédemment décrites qui s’observent sur le trajet de l’intestin , tantôt au pharynx et à l’ oesophage ( sacs laryngiens, gOîtres , etc, ) , tantôt à Fintes tin lui-même ( gros intestin , cloaque , etc. >.
Dans les Oursins , l’espace compris entre le test et les viscères se remplit d’eau, qui est absorbée et rejetée par cinq paires de tubes ( trachées ) entourant l’ouverture inférieure de cette enveloppe où se trouve la bouche. Je serais tenté de regarder comme des branchies proprement dites les productions cellulo-membraneuses qui revêtent les ambulacres en dedans (pl. i , fig. xviii , e, d) , tant parce qu’îly a là ungros vaisseau longitudinal , que parce que le microscope y fait apercevoir des oscillations, qui constituent , comme nous Fâf vons vu , le mouvement respiratoire primordial (2).
L’appareil respiratoire des Astéries ressemble à celui des Oursins , c’est-à-dire qu’il se compose de petites trachées qui
(i) En décrivant le canal intestinal, j’ai pins d’une fais parlé, de Pétroite connexion qui existe fréquemment entre l’extrémité <te cet organe, ( gros intestin ), et les organes respiratoires.
(a) Voyez mes Analehten zur Naturtvissenchaft , pag. iSa.. — D,ei,i.e Chiaje , dans Memarie suüa storia et notomia, etc, voî. II , pagi 34*-
l56 TR A. TTÉ d’anatomie COMP A R3ÉE.
pénètrent l’enveloppe extérieure et mènent dans la cavité du corps (1). ^
Chez les Actinies, des cloisons offrant l’aspect d’une tête de pavot coupée en travers , divisent le cylindre du corps , jusqu’à l’estomac , en cellules qui se remplissent d’eau par le moyen de tentacules ouverts au sommet et parfaitement semblables, aux trachées des Échinides , et qui , bien qu’ elles contiennent aussi les ovaires , doivent être considérées essentiellement comme des organes respiratoires.