‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 3)Chapitre 31 sur 71 · C. K.etjsticopodes et Décapodes.', ' r · texte numérisé non relu

C. K.etjsticopodes et Décapodes.', ' r

Nous ne retrouvons plus ici les organes respiratoires que sous la forme de branchies , mais offrant les mêmes différences à peu près que chez plusieurs Gastéropodes , c’est-à-dire tantôt fixées à l’extérieur , tantôt retirées dans l’intérieur dii corps. Le premier cas a lieu dans les Squilles , les, A‘pus ét les Branchiopus , qui, souS ce rapport comme à plusieurs autres égards , se rapprochent des Vers, particulièrement dés Branchiodèles. Le nombre des feuillets branchiaux est en général très-considérable. Ainsi que je l’ai déjà dît plus haut (§ 169) , il y en a une cinquantaine de paires dans l’^^Mscairécriformis. Chez tous les animaux qui font partie de l’ordre des Neusticopodes , elles sont dans un continuel mouvemènt oscillatoire. Comme membres pairs extérieurs , comme nageoires , les branchies sont placées, ou le long du corps entier, bu seulement à‘ la partie postérieure , qui est encore segmentée absolument dè la mêmè rnanière qüé lé COrpS dés Vers, c’est-à-dire à la queue. Dans les Squilles, elles ont la forme de filamens isolés les uns des autres et renfermés entre

(i)Zoc. «V,, lom. VI,pag. 16, •

OTIGAIÎES EESPIEATOIUES ET VOCAUX. 1^3

deux grands feuillets ; on trouve cinq paires de ces sortes de nageoires dans la Squilla mantis.

Ce sont , au contraire , des branchies internes qu on trouve chez les Décapodes. Dans .l’Écrevisse , elles forment des pinceaux épais de fibres dressées , un peu recourbées en arrière , et attachées à une lame branchiale , qui sont fixées à la base des mâchoires (pl. vi , fig. xiv, 5 , 6) et des pattes , à peu près comme nous avons déjà vu que les branchies le sont, dans les Lepas^ à la base des grands tentacules articulés ( § 628 ). Ces faisceaux sont séparés de la cavité abdominale par une paroi cornée , flexible , blanche , translucide, qui se compose de plusieurs feuillets semblables à des côtes. Les arcs de ces côtes partent de la surface ventrale , où se trouve , comme nous l’avons vu précédemment , une colonne vertébrale sternale, dans laquelle la partie antérieure de la chaîne ganglionnaire passe , de même qu’une moelle épinière dans le rachis ; mais ils se terminent supérieurement par une extrémité libre , au dessous du bouclier pectoral , dont la paroi latérale, comparable à une valve de coquille bivalve, forme le couvercle extérieur des branchies. Les pinceaux branchiaux reposent donc entre le thorax et l’opercule (bouclier dorsal), sur les plaques cornées en forme d’omoplates par lesquelles les pattes seterminentintérieurement; ils reçoivent en même temps d’elles leur mouvement , et ils font ressortir, au bord antérieur du bouclier dorsal , des. deux côtés de la bouche j le fluide , eau ou air , qui a pénétré sous l’opercule.

Des nageoires qu’on aperçoit à la face inférieure de l’abdomen ou de la queue des Squifles, il ne reste plus, chez les Écrevisses , .que de petites lames pinniformes , qui , dans ces Crustacés , ont moins de connexion avec les organes de la respiration qu’avec ceux de la génération.

Î74- iPRAlTé D^iNATOMÎÏ COMpAuéfii

3>. IsopoDEs, Acarides et Arachnides.

Ici èfiCore les derniers genres nous laissent dans le doute de savoir s’ils -possèdent des organes respiratoires spéciaux.

A-irisi , dans les Pyçnogonum , on ne trouve ni vésicules pttlinonaires , ni branchies , à moins qu’on ne veuille considérer comme telles les segmens terminaux cylindriques de la troisième ét de la quatrième paire de pattes. u

Quant aux Cloportes , les belles recherches de G.-R. Tretiranus nous ont fait connaître en eux des organes respiratoires qui se rapprochent manifestement des branchies desrSquillés. Dans le Cloporte ordinaire {Oniscus asellus),^ la partie postérieure de la surface ventrale , au devant de Tanus et derrière deux paires de valvules qui couvrentles parties génitales , on trouve trois paires de valvules au de^ sous desquelles sont les branchies. Ces six branchies sont des lamés membraneuses quadrilatères, qui s’élèvent et s’abaissent 30 à 60 fois par minute , et ne peuvent servir qu’à la respiration de l’air. Dans V Oniscus aquaficus , il y a également trois paires de branchies mimies d’opercules ; mais au lieu d’être situées l’une derrière l’autre et imbriquées, comme dans le Cloporte ordinaire , elles sont l’une au dessous de l’autre , de sorte que l’opercule supérieur couvre en même temps les trois inférieures. Ces^ branchies sont également dans un mouvement continuel, mais elles respirentl’eau.

De véritables trachées aériennes existent chez les autres Isopodes , par exemple dans da Scolopendra forfcata , où Treviranus (2) a trouvé également sept paires de stigmates, desquels partent des faisceaux de trachées qui se répandent dans l’intérieur du corps (pl. vi , fig. xxvi).

La respiration- a- lieu de même parades trachées dahs les

(i) VermUchte Sclirifcen , tom. I. Gœttingue , 1 8 1 6.

(a) IjOq, cit„ tom, II , pag. 3o,

ORGAItES RESPIrATOERÈS ËT VÔCAUX. 1^5

Âcàrides. Treviranus (lU’a constaté sur V Acarusauericanus, qui respire par deux stigmates abdominaux.

La respiration tracbéenne proprement dite disparaît de nouveau dans les Arachnides , et quoique l’on trouve au^î des stigmates chez çés animaux, ils; ne mènent plus à de$ trachées , mais à des cavités contenant des braîichies. Les- Faucheurs seuls {Phatdngium) font le passage aux Âcàrides ^ en ce que des trachées aboutissent à leurs stigmates.

Treviranus (2) a trouvé de' chaque côté du corps , dans Id Scorpion d’Europe, quatre stigmates naenant à une cavité branciîiale , et il a vu les branchies elles-mênaes formées p?r un grand nombre de lamelles déliées , demi-cir.euiaires , blanches, et attachées à l’anneau corné du stigmate. En outre on aperçoit , à l’extérieur, une paire d’organes parfat tement branchiformes, qui portent le nom de peignes ^ etsont situés des deux côtés des organes génitaux. Ordinaire^nient on les rattache à ces derniers ; mais c’ést une çircen^^ stance très-significative que leur emplacement soit précisé^ ment celui qu’occupent les branchies dans les Araignées.

Enfin , les Araignées , par exemple YÂrfmea , diadema offrent quatre paires de stigmates , tantôt sur les côtés de la ppitrine, au dessus de la base des pattes, tantôt sur le côté dorsal de l’abdomen. Ce ne sont toutefois que des culs-de-^saq; (pl. VII , fig. VI) , sans trachées ni branchies, et peut-êtrei ne doit-on voir en eux , par cette raison , que de simples rw' dimens de stigmates. De faibles indices d’aptres stigmqîes analogues se voient au côté ventral. Enfin on aperçoit à là

Zeitschrift fuer Physiologie lova.. IN, igi,

(2) JJeber den Bander Àrachniden , pag. ’].■ — J. Muller (dans MEckid»-

Archiv , 1828, pag. 4l ) a combattu l’opinion de Treviranus; il regarde ces lames internes comme des ponmons susceptibles d’être gonflés par l’air ■ qui pénètre à travers le stigmate ; mais les motifs allégués par MeckeL {JSjstem dervergleichend-en , toin. VI, pag. 46) suffisent pour leur."

assurer le rôle de branchies^ .

(3) D’après ’f reviuatsus , loc, cil,, pag. 23-25.

1^6 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE,

surface ventrale , au dessus d’un petit pli transversal , et des deux côtés des parties génitales , une ouverture qui , presque comme chez les Scorpions , mène à une cavité branchiale, dont la branchie est blanche, muqueuse et composée de plusieurs lamelles ( fig. vu). Dans la Mygale aviculària, Gaede (1) décrit deux paires de ces cavités branchiales, qui communiquent avec le cœur par de gros vaisseaux sanguins.

E. Hexapodes.

Les organes respiratoires sont tout autrement conformés dans les Insectes. Ici nous trouvons le corps parfaitement approprié à la respiration de l’air , qu’accomplissent des tubes qui le parcourent en entier, comme pourraient le faire des vaisseaux ramifiés à l’infini, et qui conduisent à tous les organes l’air admis dans leur intérieur. Cependant cet air n’est pas toujours puisé immédiatement dans l’atmosphère , et l’Insecte, surtout à l’état de larve , le tire quelquefois aussi de l’eau , par le moyen de branchies. Mais tous les Insectes parfaits , même lorsqu’ils vivent dans l’eau , ne respirent que l’air, qui alors adhère ordinairement à la circonférence de leur corps , comme par exemple dans les Hydrophiles, et s’y trouve retenu par des poils disposés en brosses , dont l’onctuosité écarte l’eau. La même chose a lieu déjà dans les Hydrachnelles. Ces Insectes nagent donc au milieu d’une bulle d’air (2) , qui naturellement les rend plus légers , et ici , comme dans tant d’autres circonstances , le mouvement vient au secours de la respiration , de même qu’à son tour la respiration contribue à faciliter le mouvement.

(l) Nov» act. acad. teop. tom. XI , P. il, pag. 355.

(a) Il est digne de remarque qne , suivant Nitzscb , dans On Mémoire snr la respiration des Hydrophiles (Reili’s Archivj tom. X, pag. 44o)> ces Insectes renouvellent l’air "de la balle qui les entoure par' dès monvè» mens alternatifs d’élévtttion et d’abaissement de leurs antehries.

organes respiratoires et vocaux. *77

Des Insectes qui vivent dans l’eau , sans bulle d’air, comme par exemple les Nèpes, possèdent à l’anus des tubes respiratoires en forme de longues soies , au moyen desquels ils hument l’air à la surface de l’eau. Du reste ^ chez tous ces Insectes , l’air pénètre dans le corps par des ouvertures particulières , les stigmates , et s’y distribue à la faveur de canaux appelés trachées.

Ces diverses assertions ne s’appliquent néanmoins qu’aux Insectes parfaits , car il arrive très-souvent, chez les larves , que les organes respiratoires sont construits d’après un type moins élevé, et constituent des branchies à l’aide desquelles l’animal respire beau , mais dont les surfaces sont cependant toujours parsemées de trachées, qui, à la vérité , n’offrent pas d’ouverture extérieure.

Nous devons maintenant examiner de plus près la structure ordinaire des stigmates et des trachées.

Quant aux stigmates, on les trouve communément des ; deux côtés du corps, comme déjà chez les Vers, lesisopodes et les Arachnides. Quoique leur nombre soit très-sujet à varier, ils sont en général plus développés au thorax qu’à l’abdomen. Toujours d’ailleurs ils sont disposés par paires , c’està-dire qu’un anneau du corps en porte un de chaque côté. La meilleure image qu’on puisse se faire de leur forme , est celle des fentes (1) par lesquelles respirent les plantes et surtout . les feuilles. En effet , ils ressemblent communément aussi à des fentes, de manière qu’on y distingue deux lèvres , l’une antérieure et l’autre postérieure. C’est ce qui se voit surtout très-bien à l’abdomen de la Sauterelle , chez les Libellules , les Chrysalides , les Chenilles ou sles Papillons à l’état parfait. Ces ouvertures étant entourées , comme l’iris , de fibres musculaires déliées , dont probablement les unes sont rayonnantes et les autres circulaires , elles ont la fa-

(i) KiESEa , Anatomie der Pflanzen, pag.

1^8 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

cuîté de s’af»randir ou de se fermer pl. vu , fig. xtv, le stigmate de la Chenille du Sphinx du peuplier , vu en dehors). Suivant Sprengel (1) , cette structure se complique davantage chez quelques Hydrophiles , où l’on trouve en outre une valvule parsemée de petites plumes , ce qui rappelle l’organisation des branchies.

On connaît aussi des stigmates circulaires , par exemple dans la Chenille du saule et à la poitrine des Libellules. Chez celles-ci on aperçoit encore, au dedans de l’ouverture ronde, une membrane fine , blanche et tout-à-fait semblable à une paupière^ qui s’ouvre et qui se ferme comme une valvule pendant les mouvemens respiratoires très-forts qu’exécute l’animal.

Quelquefois les bords des stigmates sont protégés par des soies crochues, comme dans le Taupe-grillon, selon Sprengel, ou renflés en forme de mamelons , comme chez plusieurs larves aquatiques.

Enfin ils sont parfois fermés en grande partie par une membrane percée cependant à jour comme un crible. C’est le cas , par exemple , de la larve du Hanneton. C’est sur la présence de cette membrane que s’est fondé Moldenhawer pour prétendre que l’air ne pénètre point dans les trachées (2).

Les trachées naissent presque toujours de stigmates , rarement de branchies. Elles constituent souvent deux troncs principaux , étendus le long des côtés du corps, ou naissant par faisceaux de chaque stigmate. On peut voir un de ces faisceaux , pris sur la Chenille du Sphinx du peuplier, pl. vu, fig. XV. Mais constamment elles se prolongent en branches de plus en plus déliées, le long du trajet desquelles on observe néanmoins assez souvent des dilatations sacciformes , sem-

( i) Comment, de partîbus qutbus insecta spiritus ducunt. Léipzick , i8r5,

pag. 7*

(a) Yojrez la réfalation de estte opinion dans Sp.^bmoei:., loe,, où. pag. 9'

ORGASES RETIRA TOIRES ET VOCAEX. 1^0

bîables à celles que j’ài représentées pî. vu , %. xvi, d’après le Hanneton. Leurs dernières branches , qui sont d’une excessive ténuité , finissent par se perdre dans tous les organes dü corps, à peu près comme le font les artères chez l’homme.

Les trachées elles-mêmes sont formées de dèux meuibrahes , entre lesquelles se trouvent quelques fibres contournées en spirale , qui adhèrent plus spécialement à la membrane interne (1), et donnent une belle teinte argentine aux trachées"(pl. VII, fig. XVII. ).

Il n’est pas sans intérêt de rappeler que les plantes offrent déjà les analogues , non seulement des stigmates , mais encore des trachées , dans ce qii’on appelle leurs vaisseaux en spirale. A la vérité , on a cru trouver de grandes différences entre ces deux genres de canaux , et l’on a dit, par exemple , qu’il était impossible de démontrer leur connexion avec les stigmates , qu’ils ne se ramifient pas de la même manière , etc. (2). Il peut se faire aussi que les vaisseaux spiraux aient à peu près la même importance pour les plantes quèlé système nerveux pour les animaux. Cependant on est en droit de se demander si la respiration ne serait pas réellement pour les végétaux ce que l’innervation est pour les animaux , et si ce n’est pas précisément par cette raison que lê système respiratoire lè plus développé dans le règne animal doit reproduire le type des vaisseaux contournés en spirale. Du moins n’est-il pas nécessaire d’assigner des preuves pour établir qu’il y a beaucoup plus d’analogie que de différence entre les trachées des Insectes et celles des plantes.

A l’égard des divers groupes de la classe des Insectes , nous allons passer en revue les principales différences qu’offrent chez eux les organes respiratoires , surtout pendant la métamorphose.

s....... . Zrt... «/(..«H.. T/. .

(t) SprenWii, lop.f cte,, pag. i4- (s) BvRma-Ët., /ac., cic,,pBg. î9»i6.

iSo TRAITÉ d’ANATOAIIÉ COMPAREE.

Les Aptères proprement dits ont , comme les Scolopendres , une série de stigmates sur les côtés du corps.(il)-

Les Névroptères , dont les trachées présentent fréquemment des dilatations vésiculeuses , ont les stigmates développés surtout à la région thoracique. Ce phénomène , qu’on rencontre chez tant d’insectes , se rattache évidemment à ce que c’est également de cette région que partent les organes locomoteurs essentiels. Cependant les organes respiratoires des larves sont construits d’après un type moins parfait. Nonseulement il n’y a point ici, non plus que chez les autres ^ larves, de dilatations vésiculeuses aux trachées, et deux gyos troncs trachéens, parcourant le corps de l’anus à la tête, comme chez la plupart des larves qui vivent dans l’eau ou dans les viscères des animaux , se bornent à fournir de faibles ramifications latérales, mais encore les larves des Éphémères ont six véritables lames branchiales de chaque côté de l’ah- , domen (2). Les larves des Agrions ont trois de ces lames à l’extrémité abdominale (3). Les larves des Libellules , au contraire , sont bien pourvues également de branchies , mais on les trouve logées dans la dilatation du rectum : ces animaux respirent donc par l’intestin , comme les Holothuries , et nagent même comme elles , en dardant de temps en temps par l’anus l’eau qui a servi à leur respiration. Cependant , outre des branchies , Sprengel a vu aussi sept à neuf stigmates sur les côtés du corps (4).

Les Diptères ressemblent beaucoup aux ordres précédons, sous le rapport des organes respiratoires, tant à l’état d’insecte

(i) SwaMmerdam , Uibel der Natur, pl. i, Tracbées da Pon.

(a) Ibid. pag. io4 , Tracbées da Pou.

(3) L’unè d’elles est figurée très-exactement, avec ses tracbées et sa cîr» culation , dans mon ouvrage intitulé : Entdeckung eînes Bluüaufsiti dêtl Larvcnnetzjlueglichter Ii2sckl n. Léipztck, 1827 , in- 40, 3 pl.

Comment, de viis quibus insect. spirilus dncnnt. Léipzick, 18 15, in-4o, avec 3pl., pag. 3.

organes respiratoires et vocaux. 'i8i

parfait qu’à celui de larve. Dans l’Insecte parfait, on observe des sacs àair, ou dilatations des trachées. Au contraire, chez les larves, quand elles vivent dans l’eau, tantôtles deux troncs tràchéens du corps se prolongent à l’extérieur en tubes respiratoires; ainsi celles des Cousins (1) portent à l’anus unlong siphon par le moyen duquel elles se suspendent à la surface de l’eau, et la nymphe olfre deux petites cornes respiratoires à la tête ; tantôt, au lieu de branchies, on trouve des faisceaux de poils, même sans trachées , comme dans la Tipula pZw-wosa. Quant aux larves qui vivent dans d’autres animaux, telles que celles d’CEstre, donton rencontre souvent de si grandes quantités dans l’estomac du Cheval, j’observe, à la partie postérieure de leur corps, un bouclier brun, ovale et plat, dans les deux moitiés latérales duquel se voient plusieurs lignes parallèles , qui semblent être en quelque sorte dès fentes sligmatiques contractées. Si l’on enlève ce bouclier, on rencontre d’assez larges stigmates, d’où partent deux gros troncs trachéens, qui vont se distribuer dans le corps. Enfin, les larves qui vivent dans l’air , comme les vers du fromage (2), larves de la Musca putris , ont deux petits tubes respiratoires sur le second anneau du corps et deux autres sur le dernier.

A l’état parfait, les Hyménoptères ressemblent assez aux Diptères, sous le point de vue des trachées et des stigmates. Cependant l’Abeille domestique offre cela de particulierj^ue les trachées provenant des stigmates abdôminaux s’abouchent , de chaque côté , dans une très-grande dilatation vésiculeuse oblongue (3) , qui envoie des branches dans la poitrine , à travers le pédicule de l’abdomen , et qui s’anastomose avec celle du côté opposé , par le moyen de ramifica fions particulières.

Quant aux larves des Hyménoptères , celles , par exemple,

(1) SwAMMERDAM , Bibel der Natnr , pl. xxxr.

(2) Id. Ibid. pl. XLtii, p;ig. 276.

(3) Bramot et Ratzeb0r&, Arzneiliche Thierç, tom. II, pag..2oi.

i82 traité d’anatomie eOMPARÉE

des À-beilles , elles sont plus parfaites , et ont des stigmates

réguliers sur les côtés de chaque anneau du corps.

Les organes respiratoires des Hémiptères , qui subissent des métamorphoses incomplètes, ressemblent souvent, par la présence de tubes respiratoires prolongés (par exemple dans les Nèpes ) , à ceux des Hyménoptères , et même de leurs larves. Léon Dufour (1) assure même que la Ranatra Uneam et \ix Nepa cinerea, qui n ont que des stigmates ouverts dans le tube respiratoire de l’anus , renferment dans leur poitrine des vésicules trachéennes remarquables , qui sont remplies de trachées extrêmement fines , et qui , entourées d’une membrane fibreuse , représentent presque un organe pulmonaire. Dans d’autres familles, les Cicadaires, par exemple, l’insecte parfait a de très-grandes vésicules trachéennes , et il se fait remarquer en outre par la structure particulière de certains organes appartenant à l’appareil respiratoire^ dont Je parlerai en traitant des organes de la voix.

Les Orthoptères se rattachent aussi aux Né vroptères, parla grandeur surtout de leurs stigmates thoraciques. Ils offrent en outre cela de remarquable , que nulle part ailleurs , peutêtre, dans la classe des Insectes, les mouvemens respiratoires du corps ne sont aussi marqués. On distingue particulièrement très-bien , dans la Sauterelle , que les anneaux de l’abdomen , à la partie inférieure desquels s’insèrent des jdaques ventrales plus petites , se distendent et s’affaissent exactement comme des côtes. Si l’on frotte d’huile épaisse le gpÈmd stigmate pectoral , on voit des bulles d’air s’enéchapT per fréquemment pendant ces mouvemens. Tous ces phénomènes se rattachent d’une manière bien manifeste à l’ampleur des vésicules aériennes, disposées en zig-zag , de l’abdomen, qui ont en outre cela de particulier que , quand elles sont vides d’air , elles s’affaissent sur elles-mêmes , et prennent

(i) Annales génér. des Sc.. physiques 1820, tom. VII, p. 194 ,

— Recherches anatomiques et physiologiques sur les Hémiptères. Paris , i833, inr4o, pl. XŸi, xix, pag. 80.

orgAkes respiratoires et VOCAeX. T 83

l’aspect de larges ligamens , souvent colorés en rougeâtre. Enfin , je ferai remarquer que, toutes les foisqu’il m’estarrivé de disséquer les Insectes , surtout après les avoir fait périr en bouchant leurs stigmates , j’ai trouvé la dilatation de l’oesophage et la tumeur en forme de goitre qui ré/rsultait de là , pleine d’air , de sorte qu’il se peut fort bien qu’ici , comme chez beaucoup d’ïnsectes , il y ait aussi une respiration intestinale, siégeant seulement à la partie antérieure du canal. Les sacs aér if ère s dont j’ai déjà parlé précédemment , qui , chez plusieurs Insectes , Diptères surtout , pendent au pharynx , et sont peut-être destinés à accompli? la succion , doivent être également rapportés à la respiration intestinale , et considérés comme les prototypes d’un poumom

Les dilatations vésiculeuses des trachées se retrouvent aussi, chez les Coléoptères, à l’état parfait. Dans les larves, ces conduits sont simplement rameux, et partent par faisceamç des stigmates. Mais les stigmates se trouvent placés des deux côtés du corps.

Il en est de même chez les larves des Lépidoptères , ou les Chenilles, sur lesquelles ont été faites la plupart des observations que nous possédons au sujet des organes respirar toires des Insectes. Les Chenilles ont , sur les côtés du corps , deux longues trachées semblables à celles qu’on trouve déjà dans les larves des Névroptères et des Diptères , mais qui communiquent avec chaque stigmate , d’où part toujours un faisceau rayonnant destiné aux parties voisines (pl. vu , fig. XXIII , k , k , k , m). C’est chez les Papillons nocturnes et crépusculaires qu’on aperçoit le mieux les dilatations vésiculeuses des trachées; cependant elles paraissent exister également chez les Papillons diurnes. Elles consistent ordinairement en de grands sacs ovales , et sont dirigées de bas en haut dans l’abdomen surtout. On trouve , en outre , des

l84 traité d’auAtomir compArér.

corpuscules celluleux en forme de poumons adhérens aux trachées et aux sacs aériens.

Ainsi que Meckel l’a déjà remarqué , les sacs aériens commencent à se développer , dans la chrysalide , peu de temps après que la larve a filé son coton. Mais , quant à ce qui concerne la cause de leur développement, je crois que la principale dépend de l’occlusion des stigmates et surtout des postérieurs (1). Cette circonstance semble mettre fort à l’étroit l’air contenu dans les trachées , et auquel viennent peut-être encore se joindre des gaz dégagés pendant l’évolution de l’organisme (2); cet air, emprisonné et accumulé, pourrait donc déterminer l’ampliation des trachées d’une manière déjà en partie mécanique , et l’on expliquerait par là pourquoi c’est surtout dans l’abdomen que les vésicules se rencontrent. Il reste même à savoir si ce n’est pas par le même procédé que se forment les sacs aériens de l’œsophage des Papillons et des Cousins , car les observations faites sur les Sauterelles, dont j’ai parlé plus haut, et la bulle d’air contenue dans ces sacs eux-mêmes, prouvent au moins que l’œsophage est apte aussi à recevoir de l’air , à exercer une sorte de respiration.

Pour ce qui concerne les organes du mouvement respiratoire , qui rendent possible le renouvellement de l’air , bien des incertitudes régnent encore à cet égard. D’un côté , partout oit de grands stigmates , placés en face l’un de l’autre , communiquent ensemble par des trachées , on re-

(1) De Gttv {Mémoires sur les Insectes, tom. I, pag. 4^ ) ® remarqué, sur la chrysalide d’un Sphinx , que les deux ou trois stigmates postérieurs étaient fermés; en mettant l’animal dans l’eau , on voyait des huiles d’air alternativement sortir des stigmates antéi’ieurs et y rentrer. De Geer regardait ce phénomène comme une inspiration et une expiration. Il avait peutêtre tort, puisque l’air expiré rentrait dans le corps.

(2) En ouvrant fous l’eau des chrysalides du Sphinx de la tithymale , âgées de plusieurs jours , j’ai vu dé l'air s’en échapper avec yiolei^ce.

ORGANES respiratoires ET VOCAOX. l85

connaît sans peine qu’il suffit déjà des alternatives de soulèvement et d’abaissement des valvules stigmatiques pour produire un courant d’air favorable à la rénovation de ce dernier (1). D’un autre côté aussi, on conçoit que, chez les Orthoptères, les Lépidoptères et autres, l’expansion et la constrictiOn de l’abdomen et l’élasticité des sacs aériens euxmêmes qui s’y trouvent logés , puissent contribuer à entretenir l’afflux et la sortie de l’air. Cependant, il est moins manifeste que la chose puisse avoir lieu dans les Chenilles et les larves de Coléoptères , où la division des trachées en ramifications déliées ne permet guère qu’un courant d’air s’établisse entre deux stigmates situés vis-à-vis l’un de l’autre. Ce courant devrait avoir lieu , dans les Chenilles et dâns les larves de Diptères , entre les stigmates antérieurs et postérieurs. On devrait donc plutôt , en refusant d’admettre la stagnation de l’air dans les trachées , s’attendre à rencontrer ici quelque mécanisme particulier. C’est pourquoi on a cru que la dilatation et le resserrement du vaisseau dorsal, dont nous parlerons plus loin, contribuaient à la production du phénomène (2), Mais la chose ne me paraît guère possible , et on serait plutôt tenté de croire que l’afflux et la sortie de l’air sont entretenus par le mouvement du corps lui-même , par celui qui détermine les anneaux de ce corps à s'enfoncer lés uns dans les autres et à s’écarter , etc. Au reste, ce n’est point ici le lieu de m’appesantir sur de semblables détails, ^ • 645, ■ ‘ ■ ' ■

Les animaux articulés sont généralement privés de voix, comme les Mollusques, Ce n’est que quelquefois qu’il se pro^ duit chez éüx un bruit simple , lorsque les mouvemens respiratoires ont lieu dans l’air , par exemple quand une Écrevisse meut ses lames branchiales dausTatmosphèrè , et qu’elle

(l) Nitzsch, Comment, de respir., pag. 3g,

(a) Voyez un Mémoire de Reimarus sur la respiration , dans Reil’s fAfV, tooii Xl| cah. II. ■

i86 traité d’anatomie comparée.

imprime à l’air qui baigne ces organes un mouvement alternatif d’afflux et de départ. Cependant , les animaux articulés supérieurs qui respirent uniquement l’air , c’est-à-dire les Insectes parfaits , ont une organisation plus perfectionné^ sous ce rapport ; car on voit paraître chez eux des appareils vocaux , dont la construction varie beaucoup , mais finit par se rattacher aussi aux organes respiratoires. Ces appareils méritent de nous arrêter un peu.

Sans parler des rudimens d’ailes qui produisent le boutr donnement des Diptères , ni de la première paire d’ailes dures des Grillons , dont le frottement mutuel occasione la stridulation de ces Insectes , ni enfin d’autres appareils analogues > je ne m’occuperai ici que des appareils vocaux les plus parfaite et proprement dits des Insectes, ceux qu’on rencontre chez les Cigales.

Dans les Cigales (1) , mais seulement chez les individus mâles, à l’endroit où la poitrine et l’abdomen se joigneirtj on trouve de chaque côté un double mécanisme fort remarquable ; entre le premier et le second anneau de l’abdomen, à la surface ventrale , et de chaque côté , une fenêtre ovale couverte d’une pellicule sèche et irisée, qui est abritée en dehors par une valvule cornée particulière 5 des doux côtés du premier anneau abdominal (pl. fig. xxxt et XXXII ) , une membrane ovale , convexe en dehors^ sèche et plissée , que J’appelle membrane du tympan , pares quelle est le siège de la formation du son. Un appareil locomoteur remarquable s’insère toujours à cette membrane. De la crête médiane , interne et inférieure du premier et du second anneau abdominal naissent , comme d’un sternum, deux muscles, obliquement dirigés en dehors et en haut, qui, de même que les muscles moteurs des ailes de l’Insecte dont j’ai parlé plus haut(§ 334), se terminent par une petite

, (i) J’ai décrit cet appareil, d’aprèa la Tettigonia orni, dans mes Ana' îekten zur Natunvissenschaft und Heilkunde,i%2^ , 1^%., ; •

OUGÂNES UESPlRATOïSES ET VOCltlX. igij

plaque cornée, d’où part ensuite un petit tendon corné qui s’attache en dedans à la face concave de la mepabrane du tympan ( fig. xxxii ). Chaque fois que ces petits muscles se contractent, la lame élastique de la membrane du tympan e^t tirée en dedans , et lorsqu’elle ressaute en dehors par la cessation de l’action des muscles , il résulte de là un bruit comparable en petit à celui d’une lame métallique ihihce qui se redresserait après avoir été courbée. C’est la répétition fréquente de ce mouvement qui produit le (shani des Cigales , déjà bien connu des anciens.

Une circonstance cependant sur laquelle je crois avoir appelé le premier l’attention , c’est qu’il se forme dans oetté région de l’abdomen un vide sans lequel on conçoit bien qu’il ne pourrait point y avoir de tintement. En effet , le premier stigmate abdominal de chaque côté, qui se trouve immédiatement devant la membrane du tympan , dégénère sur^ le-champ , au dedans du corps , en une grande vésicule tra,chéenne, qui CQmniunique avec celle du côté opposé^ et qui , se dilatant de plus en plus , forme un grand espace creux , qui non-seulement renferme les organes' vocaux dont j’ai donné la description, mais encore finit par; occuper la plus grande partie de la cavité abdominale devenue vide après l’affaissement des vaisseaux séminaux. Dàns la femelle, qui manque d’appareil vocal, ces vésicules trachéennes existent bien , mais elles ont beaucoup moins du capacité.

Un autre appareil vocal fort remarquable , qui produit un cri assez fort, se trouve chez le Sphinx atropos, à la tête de ce Papillon dans une cavité qui occupe la base de la trompe , et où, suivant Passerini , l’air peut entrer et sortir par l’action de quelques muscles (i). Mes propres observa; fions m’ont prouvé aussi que la voix de ce Sphinx part de la tête , mais je n’avais pas assez de sujets à ma disposition pour

(i) Heusihgeîl’s Zeitschrift, f lier organische Pliysik^ ton». II, pag- 442»

trAité d'anatomie comparée.

déchiffrer complètement une organisation qui mérite bien qu’on prenne la peine de l’étudier.

‘ Les Abeilles font entendre aussi quelquefois une sorte de voix, qui doit être produite par de l’air sortant des trachées (d).

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