VI. Respiration des Oiseaux
Les Insectes sont , parmi les Corpozoaires , ceux qui ont la respiration la plus étendue , puisque l’air se répand dans toutes les parties de leur corps. Les Oiseaux se trouvent dans le même cas parmi les Céphalozoaires , et pour la même raison , quoique en général la structure de leurs organes respiratoires soit beaucoup plus uniforme que celle des Hexapodes.
C’est principalement par les narines que l’air s’introduit chez eux; il gagne de là l’ouverture nasale postérieure, que nous avons décrite plus haut comme une fente longitudinale , et passe dans la glotte , en croisant la voie que suivent les alimens. La glotte ressemble à celle de la plupart des Reptiles , c’est-à-dire quelle a la forme d’une fente longitudinale ; des papilles dirigées en arrière remplacent l’épiglotte (2) , dont on aperçoit néanmoins un rudiment dans l’Autruche d’Afrique , dont le bord postérieur de la langue tient lieu jusqu’à un certain point dans celle d’Amérique , et qui , suivant Nitzsch (3) , est encore plus sensiblement développée dans la Fulica atra.
Le larynx proprement dit , qu’on appelle supérieur, pour
(ilVoyez une belle figure dd poumon ouvert de Tortue et de la bronclie qui lui .Tppartient, dans Bojanus (Anatome testitudinis , vol. II, pl. xxix).
(a) Ces papilles, qui offrent des formes très .varices, manquent chez r Autruche.
‘ (3) MECKEt’s Archîv, 1 826, pag. 6f 3,
ORGANES respiratoires ET VOCAtlX. 21 3
le distinguer de celui dont nous parlerons plus loin , consiste ici en pièces osseuses. Sa paroi antérieure est formée, comme déjà dans les Reptiles , par une grande plaque osseuse , qui se termine en pointe à sa partie supérieure , et qui est l’analogue du cartilage thyroïde de l’homme. En arrière , s’adossent à ce cartilage deux autres cartilages plus petits, avec un os médian oblong , correspondant ensemble à la partie postérieure du cartilage cricoïde et aux cartilages aryténoïdes de l’homme (1). Enfin on trouve en haut les os de Santorini, qui bornent la glotte des deux côtés, et sont mus par des muscles particuliers (2).
Du reste, il est à remarquer qu’on observe, chez beaucoup d’oiseaux , l’indice d’une division de la voie aérienne par le larynx supérieur , et cela au moyen d’une saillie , tantôt membraneuse , tantôt osseuse , qui part du côté interne de la ligne longitudinale médiane du cartilage thyroïde. Meckel n’a vu cette saillie manquer que dans les Rapaces diurnes et nocturnes et dans les Struthionides. Chez les Palmipèdes , ou elle se rencontre fréquemment, comme reste de la scission totale de la trachée-artère dans les Manchots , je l’aperçois dans le Cygnus olor , tandis que le Cygnus riifipes en est privé , d’après Meckel.
La longueur du cou des Oiseaux fait que leur trachée-artère est plus longue que dans aucune autre classe du règne animal. Ses anneaux sont ossifiés , comme les plaques du larynx (3) , et ils forment des cercles complets , à l’exception
(i) J’aperçois très-distinctement, sur le larynx d’an Chien, où les cartilages sont en partie ossifiés ,- ces trois pièces formant la large paroi postérieure du cartilage cricoïde.
(a) Voyez, à ce sujet, la description du splanchnosqOelette, § aSG, et la pl. XIV, fig. vti.
(3) En général, on trouve peu de cartilages chez les Oiseaux, suivant la remarque de Tiedemann {Zoologie , toni. Il , pag. xai ,539, où les organes respiratoires et vocaux de ces animaux sont décrits fort au long). Voyez,’
Sî4 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
(les deux supérieurs , qu’on peut comparer à la partie antérieure du cartilage cricoïde de l’homme. Il n’est pas rare, par exemple dans le Héron et le Cygne (1) , qu alternativement la moitié gauche et la moitié droite de ces anneaux soient plus larges ^ ce qui produit à peu près la figure siii-
varite en arrière et en avant : Leur nombre est très-
considérable ; il s’élève à deux cents dans le Pélican.
Un fait remarquable , c’est que la trachée-artère offre des flexuosités particulières , toujours plus prononcées chez les mâles^ (2) , dans plusieurs Gallinacés , Palmipèdes et Echassiers. Ces flexuosités sont logées dans la crête sternale ( § 244 et 256 ) , chez la Grue ( pl. xvi , fig. xi ) , le Cygne chanteur (3) et autres, ou seulement placées sous le jabot, comme dans le Coq de bruyère et le Phasianus garrulm.
' Enfin , la structure de la trachée-artère , considérée dans son ensemble , offre encore des variations remarquables. Nonseulement on trouve des dilatations considérables à sa partie moyenne , chez les mâles de plusieurs Plongeons et Canards (4), et ce phénomène a même Heu quelquefois près du larynx inférieur, comme dans le Kamîchi ( PaZamerfea hispinosa) , suivant Humboldt, mais encore le Casoar de la Nouvelle-Hollande présente une organisation qu’on ne rencontre nulle part ailleurs ; chez le mâle , aussi bien que chez la femelle , on trouve , au tiers inférieur de la trachée-artère et à sa face antérieurè , une ouverture ovale, longue de deux pouces et
pour une exposition plus complète encore de ces parties , Meck-EL , System der 'verg'eichenden Anatomie , tooi. VI.
(i) Figuré par Parsons (PAiZor. Trans-, 1766, pag. aiS ).
(2; Nouvel exemple de développement plus considérable des organes respiratoires chez les mâles.
(3j II est digne de remarque qu’on trouve toujours ces flexuosités dans le Cjgnus canorus , et qu’on ne les rencontre jamais dans le Cygnus olor.
(4) Voyez la figure d’une double dilatation de ce genre, chez le Mergus tger ganser y dans mes Tabulcb illustrantes, cah, II , pl. ni.
OUGANES EESEIEAtOIEES ET VOCAUX. ai5
demi , entre les cinquante-troisième et soixante-deuxième anneaux; à cette ouverture s’adapte un sac, du volume d’une tête d’homme , que l’animal peut remplir d’air à volonté , comme les Sauriens le font pour leurs sacs laryngiens (1).' Je dois encore signaler la scission de la trachée-artère dans toute sa longueur , que Jaeger (2) a découverte dans le Pingouin, et que Meckel attribue également à la Procellaria glacialis ; car c’est une analogie avec les Tortues terrestres , chez les^ quelles la division de la trachée comrhence très-haut. .
Au reste , la trachée-artère des Oiseaux peut être allongée , tant par les muscles du larynx et de l’hyoïde , que par des muscles particuliers partant du sternum et de la fourchette , et raccourcie par l’élasticité des fibres tendineuses qui unissent les anneaux osseux les uns aux autres. Cette, faculté de s’allonger et de se raccourxir ^ la longueur de la trachée elle-même , la nature osseuse de ses anneaux , mais surtout l’ample propagation de l’air dans les cavités spacieuses du corps, dont je parlerai plus tard, contribuent beaucoup à renforcer et à modifier la voix de ces animaux.
Cette classe est la seule dans laquelle on rencontre un second larynx , inférieur ou bronchial , à l’extrémité inférieure de la trachée-artère. Presque tous les Oiseaux en sont pourvus (3) , et ce qui lui donne surtout de l’importance , c’est qu’il constitue l’organe proprement dit de la voix (4). Peu avant la division de la trachée-artère , on trouve un anneau plus fort et plus solide , qui est partagé d’avant en arrière par deux
(1) Knox , dans Meckel’s Archiv , tom. VI., pag. 203.
(2) Meckel’s Àrchîv , tom. VI , i832 , cab. I.
(3) il paraît ne manquer que dans le roi dés Vautours ( Vultiir papa') , àeîon Cùtier; Rudôlphi né l’a pas trouvé non plus dans le V-ulfur aura , ni Meckel dans les Autruches et les Casoars.
(4) Nous ne manquons pas de faits démontrant que les Oiseau*
même après avoir eu la trachée-artère coupée, continuent encore à pousser, piais plus faiblement , le cri qui leur est particulier. i
2i6 traité D’AjfATOMIii comparée.
prolongemens osseux unis ensemble , et qui représente ainsi deux ouvertures destinées, Tune à la bronche droite , l’autre à la bronche gauche , dans chacune desquelles une dupli' cature de la membrane interne de la trachée produit une glotte (1). Les bronches elles-mêmes consistent en demi- anneaux elliptiques , unis par des fibres élastiques , dont les supérieurs sont plus larges et fréquemment osseux , et les inférieurs plus étroits, mais cartilagineux. A leur face interne, les bronches sont tapissées par une membrane fine et transparente , dont les ébranlemens contribuent à modifier la voix, et à laquelle on peut , par conséquent , donner le nom de membrane tympaniforme (pl. xvi, fig. ii, e). Du reste , les bronches n’ont jamais une longueur considérable ; on y compte onze à dix-huit anneaux , et , lorsqu’on les coupe à la racine du poumon , elles se raccourcissent ordinairement avec promptitude , par l’effet de leur élasticité propre. Quand elles pénètrent dans les poumons , leurs anneaux cartilagineux deviennent plus minces et plus rares, pendant que leurs fibres élastiques ou musculaires se prolongent encore jusqu’à une certaine distance (2).
Tout ce remarquable appareil fibreux est mis en mouvement par trois à cinq paires de muscles chez les Oiseaux qui ont une îvoix très-modulée , ou qui possèdent la faculté d’imiter des sons étrangers , même la voix humaine , par conséquent chez les Passereaux et les Perroquets. Le raccourcissement et l’allongement des bronches déterminent , dans les deux glottes et membranes tympaniformes , une tension ou un relâchement qui les rend aptes à produire la voix , que l’allongement ou le raccourcissement de la trachée elle-même et l’ampliation ou le resserrement delà glotte supérieure mo-
(i) Cependant je me sois convainca qu’il n’y a qu’une seule glotte chea le Perroquet , l'anneau inférieur de la trachée-artère n’étant point fendu.
(a) Cuvier a surtout hicn distingué les fibres musculaires dans l’Autruche et le Casoar.
orgakes respiratoires et VOCATIX.
difient ensuite de diverses manières (1). On voit, pl. -xvi, fîg. Il , sur le Perroquet, qui a trois paires de muscles au larynx inférieur , en b , le constricteur descendant perpendiculaire de la glotte , et en e son muscle dilatateur.
Ilestbeancoupd’Oiseauxquin ontaularynxinférieur qu’un seul muscle , dont l’insertion ne reste cependant pas toujours la même. Tels sont , d’après Tiedemann (2) , les Aigles , les Faucons , les Chouettes , le Coucou , beaucoup d’Échassiers et quelques Palmipèdes , dont la voix n’offre aucune modulation.
Enfin, ce larynx inférieur est quelquefois entièrement privé de muscles , comme , par exemple , chez les Gallinacés et la plupart des Palmipèdes. Cependant , chez quelques uns de ces derniers ^ tels que les Canards et les Harles , les mâles ont leur larynx inférieur pourvu de dilatations latérales , rarement symétriques , il est vrai , et tantôt membraneuses , tantôt osseuses ( pl. xvi , fig. xii ) (3).
Les muscles qui commencent au dessous de la gaine cornée de la pointe de la langue du Pic , et qui opèrent la rétraction, de cet organe (trachéo-glosses) , sont surtout remarquables par leur torsion en spirale autour du larynx supérieur (4),
Les poumons des Oiseaux diffèrent principalement de ceux de tous les autres animaux en ce qu’ils ne sont point libres dans la cavité du tronc , mais représentent deux masses aplaties , spongieuses et d’un rouge foncé , fixées à la paroi ter-
(1) Haller dit {Elein. phys. tom. III , pag. 45o) : His collectis adparet , glotlidem sriperiorein tendi non passe , sed arctari : glotddem inferiorem, arctari non passe , sed tendi. Videti ergo ad variandos tonos , et in tensione organi sonoH , et in àngnstia ostîi sonttm edentis 'varietatem locum habere.
(2) Zoologie f tom. IL
(3) Celles du Mergiis merganser sont représentées dans mes Talulœ tilus trantes, cah,Jl,Y)\. ni.
(4) Huber, De lingua pici mridis. StaUgard, 1821, fig. %,
ai8 TRAITÉ d’anatomie comparée.
gale d’une cavité pectorale qui s’étend jusqu’au bassin (pl. xii, fig, vn,g). Leur face antérieure est libre, mais la postérieure offre des enfoncemens profonds produits par la saillie des côtes. Ils sont séparés l’un de l’autre par les corps des vertèbres dorsales , ou par leurs apophyses épineuses antérieures. Les poumons de l’Oiseau ont encore cela de particulier , qu’ils ne sont point enveloppés de tous côtés parla membrane tapissant la cavité du tronc , et qui , chez les animaux sans diaphragme , représente à la fois la plèvre et le péritoine. En effet, leur face tergale tient immédiatement à la paroi du thorax par un tissu court et dense , et la membrane séreuse ne revêt que leur face antérieure (1). Mais ce qu’ils offrent de plus remarquable , c’est que leur surface n’est point close , c’est-à-dire quelle s’ouvre par plusieurs orifices dans les espaces circonvoisins , de sorte que l’air peut passer non-seulement dans les cavités du tronc , mais même jusque dans celles des os. La structure de ces organes a été naguère étudiée avec soin jaar A. Retzius (2) , qui s’est attaché surtout à faire voir comment, à partir de la dilatation de chaque bronche ( pl. xvi , fig. ii , h ) , il pénètre dans l’intérieur de la substance pulmonaire une série de tulaes aériens, d’où naissent j à angle droit , une multitude de ramifications secondaires , ayant cela de particulier , qu’ elles ne se terminent jamais en cul-de sac, mais forment de petits tubesparallèlés qui se continuent toujours avec d’autres en s’infléchissant , de sorte que , depuis la trachée-artère jusqu’aux ouvertures extérieures des poumons , il y a partout communication d’une cavité à l’autre et libre circulation de l’air. Si
(1) Si Ton veut prendre les choses à la rigueur , les poumons de l’homme lui-méme sont situés aussi hors de la plèvre : mais le fait est bien plus .'prononcé ici.
(2) Dans Froriep’s Nolizen aus dem Gebiete der Natur-iind Eeilhuhde, octobre l832,no 749- — On trouve aussi quelques observations intéressantes sur les ouvertures extérieures du poumon des Oiseaux, dans t. FpI(0, De organis , quibus aves spirüurn duçuiit. Wurzhourg, i8i6?
ORGANES respiratoires ET VOCAUX. âig
l’on examine l’intérieur des tubes pulmonaires les plus déliés avec une forte loupe , on y trouve un réseau celluleux délicat, qui ressemble assez bien à celui qu’on voit sur la surface intèrne du poumon des Serpens.
Mais ce n’est point seulement en cela que le poumon des Oiseaux ressemble à celui des Serpens ; de même que nous avons vu , chez ces derniers , la portion supérieure celluleuse et à parois épaisses dégénérer par le bas en un sac presque entièrement membraneux , de même aussi , dans les Oiseaux, divers prolongemens de la membrane interne qui tapisse la cavité commune du tronc, forment une série de cellules, qui , embrassant les autres viscères , peuvent très-bien être comparées à l’appeqdice membraneux du poumon des Ophidiens , de sorte qu’on serait en droit de dire , sous ce rapport , que , chez l’Oiseau , les autres viscères se trouvent contenus dans le poumon lui-même. Les ouvertures des poumons sont situées à leur extrémité inférieure , et le nombre en varie de cinq à sept. Les grandes cellules membraneuses ne sont pas non plus disposées partout de la même manière (1); Cependant on peut ériger en règle que tout viscère important est enveloppé par une ou même par deux cellules particulières. Ainsi , par exemple , il y a une cellule cardiaqué antérieure et une postérieure, deux grandes cellules latérales qui entourent le foie , deux vastes sacs abdominaux qui circonscrivent les organes intestinaux et génitaux, etc. il existe même des cellules particulières qui s’étendent jusqu’à la surface extérieure du tronc , et qui conduisent l’air , tant aux clavicules , aux omoplates et aux humérus , qu’aux fémurs et aux vertèbres du cou , tandis que les autres os du tronc sont immédiatement pourvus de ce liquide par les sacs aériens du tronc lui-même. Toutes ces cavités communiquent
(i) Elles ont été surtout examinées aveu soin par Merrem , dans Lcifziger Ma^azin fuer jN aiurkunde , >
220 TRAITÉ d’anATOMIE COMPARÉE.
si bien les unes avec les autres , qu’béa poussant de l’air dans une seule d’entre elles (par un trou pratiqué au fémur ou à l’humérus), on peut aisément souffler le corps entier, ou que, comme Vrolik et Albers l’ont démontré par leurs expériences, la respiration peut être entretenue par cette voie inverse , et qu’enfin il suffit de la lésion d’une seule de ces cavités pour permettre à l’air chaud et dilaté d’abandonner tout entier le corps de l’Oiseau, qui devient alors incapable de voler plus long-temps.
Le mouvement respiratoire des Oiseaux est accompli en partie par les côtes et le sternum, comme chez les Sauriens, mais d’une manière differente , en partie aussi par des muscles qu’on peut comparer sous certains rapports à un diaphragme.
En ce qui concerne les muscles , ils partent du milieu des côtes inférieures , sous la forme de faisceaux aplatis , et descendent obliquement vers la partie inférieure des poumons ( § 363 ) , où ils se perdent dans la membrane séreuse attachée à ces organes , de Sorte qu’en se contractant ils tirent les poumons eux-mêmes de haut en bas , dilatent leurs cellules , et facilitent l’afflux de l’air. Je les ai vus surtout trèsdéveloppés dans le Perroquet.
L’autre mouvement respiratoire , plus important que celui qui précède , est exercé par les muscles du thorax , dont le large sternum clypéiforme , uni à une colonne épinière dorsale immobile ( § 243 , 244) par des côtes formées de deux pièces , permet que la cavité pectorale soit agrandie ou rétrécie à la manière absolument d’un soufflet ou de l’appareil branchial des Poissons. Lorsque le sternum vient à être éloigné de la colonne vertébrale , l’angle des côtes se trouve plus ouvert , la cavité du tronc acquiert plus d’ampleur , et l’air extérieur peut se précipiter non seulement dans les poumons, mais encore de ces derniers dans les cellules membraneuses
ORGANES RESEIRiTOIRES ET VOCAUX. 221
du tronc et dans celles des os (1) , y alïluer même en plus grande quantité que chez les autres vertébrés, pour alimenter une respiration fort étendue et non restreinte dans les li-, mites de l’organe pulmonaire.
Au reste , il est digne de remarque qu’ici encore l’air essentiel à la locomotion de l’Oiseau , celui qui séjourne dans les différentes cellules , est à proprement parler de l’air expiré , c’est à-dire qui a déjà traversé les poumons , quoiqu’il ne soit point encore dépouillé de tout son oxigène. Or nous avons vu que l’air contenu dans la vessie natatoire des Poissons (§ 657) doit être également considéré comme expiré.
Ce qui donne surtout de l’intérêt à cette circonstance , c’est qu’on sent que l’air atmosphérique devient d’autant plus léger qu’il perd davantage d’ oxigène et qu’il contient plus d’azote , dont la pesanteur spécifique est à celle du premier = 45 ; 50. Si l’on ajoute encore que cet air est considérablement dilaté par la chaleur du corps , on sera forcé de convenir que cette dernière circonstance contribue à rendre un peu plus concevable la possibilité du vol de l’Oiseau , quoique des expériences récentes aient démontré cependant qu’il n’y faut point attacher autant d’importance qu’on était jadis tenté de le faire.
Je ne dois point passer sous silence que l’embryon des Oiseaux est porteur , comme celui des Reptiles , de fentes branchiales bien distinctes (pl. xvi , fig. XYiii ).
VH. Respiration des Mammifères.
De même que l’homme , tous les Mammifères ont un simple larynx supérieur , une trachée-artère pourvue d’anneaux cartilagineux et fendue en deux bronches , deux poumons clos de toutes parts , et une cavité pectorale séparée de l’ab-
(i) Il a été (lit précédemment (§231 et 2 55) qne les cellules aériennes des os de la léie sont pourvues d’air par les cavités nasales et les trompes d’Eustache.
Ô2Ci TB.A1TÉ d’anatomie COMPAUÉE.
dominale par un diap|iragme. Supposant que le type humain de tous ces organes est connu du lecteur , nous n’aurons qu’à examiner les variations qui peuvent se présenter, et dans lesquelles nous retrouverons aussi des rapprochemens avec certaines forriiations inférieures.
Dans cette classe , comme dans les deux précédentes , l’air s’introduit surtout par les conduits nasaux. Cependant, tandis que les. orifices de ces conduits, les narines antérieures ou postérieures , pouvaient ordinairement être fermés entièrement par des fibres musculaires spéciales , chez les Reptiles et les Oiseaux , l’effet se borne ici presque uniquement à un rétrécissement opéré , tant par des fibres circulaires dès narines extérieures, que par le voile du palais ou la partie qui en tient lieu. Les Phoques ét les Cétacés seuls font exception à cet égard , attendu qu’on retrouvé chez eux la possibilité d’une occlusion complète , soit des narines antérieures , soit ' des conduits nasaux eux-mêmes par des valvules. On peut voir à cet égard ce que j’ai dit en traitant de l’appareil olfactif des Mammifères. •
Précisément parce que les conduits nasaux des Mammifères sont clos d’une manière moins parfaite que dans la classe précédente , la glotte avait besoin d’être mieux couverte , et tel est le but de l’épiglotte , qu’on peut considérer comme la répétition de la langue tournée en arrière de certains Reptiles , les Grenouilles par exemple.
L’épiglotte existe chez tous les Mammifères (1) , mais sous des formes très-différentes. Chez les Dauphins et les Baleines, dont j’ai déjà dit plus d’une fois que le larynx s’élève fort haut dans la cavité gutturale , elle est petite et attachée pari ses bords au larynx , de sorte que l’orifice supérieur de celui-ci ressemble à une petite fente transversale. Chez les au-
(t)' C’est à tort qne Jacobs a nié son exisîence dans la Taupe ( TaJpcs
pvropceœ anatome^lçm, ),
OTIGAHES EESPIRATOÎUES et VOCA-UX. 923
très Mammifères , elle se rapproche de plus en plus de ce qu’elle est chez l’homme ; mais , chez beaucoup d’entre eux, elle est , proportion gardée , beaucoup plus grande , ce qui fait qu’il n’est pas rare qu’en se relevant elle monte jusque derrière le voile du palais (1) , complétant ainsi la route que doit suivre l’air. Chez la plupart des grands animaux, elle est tirée en avant par un muscle particulier ( hyo-épiglottique ). Assez souvent on la trouve échancrée à son extrémité supérieure ; c’est ce qui arrive dans le Phoque (pl. xx , fig. iii, a), le Fourmilier , le Lièvre , et rappelle la langue bifide des Reptiles. Je la trouve très-pointue dans le Renard.
Le larynx lui-même est , en général , formé dés mêmieS grands cartilages que chez l’homme. Il faut excepter les cartilages de Santorini et ceux de Wrisberg , dont , suivant WollF (2) , les premiers n’existent point dans les Hyènes , les Lions , les Chats , les Loutres , les Phoques , les Paresseux, etc., tandis que les autres se rencontrent chez les Singes seulement.
Le larynx le plus extraordinaire est celui des Cétacés , qui représente une cavité pyramidale dépourvue de cordes vocales , ce qui fait que ces animaux, sans être muets , nepeuvent cependant faire entendre qu’un mugissement peu articulé.
Celui des Marsupiaux et des Rongeurs se rapproche sensiblement , ' à plusieurs égards , de celui des Oiseaux. Ainsi , dans le Kanguroo, d’après Cuvier, les cartilages aryténoïdieris forment les deux tiers du ligament de la glotte , les cordes vocales manquent presque entièrement, et les ventricules de Morgagrii tout-à-fait. On ne trouve non plus ni cordes vocales ni ventricules de Morgagni dans le Porc-épic ordinaire; ’
(i) C’est ce qn’on voit snrtoat chez l’Éléphant : je l’ai cependant observé aussi dans le CziéZîVrrVtroÆaZ/a.
De organo vocis mammaliiim.'BevVm , iBï2 , ^^2,
224 traité d’anatomie COMPARÉE.
Meckel assure que ces parties existent, quoique faiblement indiquées, dans le Hystriæ prehensilis et le Loncheres. Elles manquent chez plusieurs autres Rongeurs; mais on les trouve dans le Lapin.
Meckel (1) a découvert une conformation remarquable dans le larynx de la Marmotte. Au dessus de l’épiglotte existe une valvule semi-lunaire, qui occupe toute la largeur du larynx, et qui , ayant la faculté de rétrécir la glotte , explique peutêtre le sifflement de l’animal. La membrane qui couvre le bord supérieur du cartilage thyroïde offre un gros bourrelet, d’où pend de chaque côté un prolongement considérable, long de près de six lignes , qui descend jusqu’au bord inférieur du cartilage thyroïde. Ces bourrelets servent peut-être à clore le larynx pendant le sommeil d’hiver , et à expliquer le grognement particulier que les Marmottes font entendre.
Le larynx des Paresseux et des Tatous est également peu propre à la production de la voix , tant les cordes et les ventricules sont incomplètement développés.
Parmi les Pachydermes , l’Hippopotame n’a ni cordes vocales, ni ventricules du larynx, suivant Cuvier. Les ventricules des Cochons sont peu considérables aussi , mais conduisent à deux cavités plus spacieuses , qui paraissent contribuer beaucoup à la production du grognement.
Le larynx des Ruminans est assez simple et , si l’on excepte le Chameau, il est privé partout de.cordes vocales et de ventricules. On aperçoit , chez les Antilopes , entre l’épiglotte et le cartilage thyroïde , une cavité membraneuse , qui d’après Camper (2), se dilate, chez les Rennes, en un sac membraneux considérable. Cette disposition rappelle les sacs laryngiens des Reptiles , et elle pourrait fort bien se rattacher au besoin plus impérieux de respiration qui se fait sentir chez
' (r) System deri-erghichenden Anatomie , lom. VI, pag. 326.
{p)Naturgeschiclue des Orang-ütang,j>\. v\n.
ORGAKES RESPIUATOIRES ET VOCAüX. 225
ces animaux légers à la course, mais dont on a cependant exagéré la vélocité.
Les Solipèdes ont des ventricules très-spacieux , entre lesquels s’aperçoit, presque comme chez les Antilopes , un sac membraneux situé au dessus du bord supérieur du cartilage thyroïde. Dans le Cheval , les cordes vocales sont larges et fortes, comme l’indique aussi Wolff (1), et elles ont de chaque côté des ouvertures larges et ovales, conduisant dans des ventricules spacieux. On aperçoit en outre , au dessus de ces ligamens , une membrane mince et semi-lunaire, dont les oscillations paraissent produire le hennissement. Les orifices de la cavité antérieure et des ventricules latéraux sont plus petits chez l’Ane.
Parmi les Carnivores , le Lion sç fait remarquer par le volume considérable de son larynx , qui correspond à la force de ses rugissemens. Du reste , les ligamens antérieurs de la glotte contribuent plus , chez lui , que les postérieurs , à la production de la voix, et il n’y a point de ventricules. Les autres espèces du genre Fetis sont dans le même cas. Dans le Chien , au contraire , les ventricules sont considérables et les hgamens inférieurs de la glotte forts. On trouve aussi des ventricules très-amples chez le Loup. Les Ours , au contraire, ont cela de particulier, d’après Cuvier, què les ligamens antérieurs et postérieurs de la glotte sont absolument sur le même plan. Enfin les Singes ont celui de tous les larynx qui resseihble le plus au type humain ; cependant la faculté de moduler la voix leur est enlevée par des dilatations sacciformes , qui brisent ou assourdissent le son, quoique , d’après les motifs allégués par Vicq-d’Azyr et Lordat (2) , il soit fort improbable que l’impuissance de parler tienne à la seule présence de ces poches. Dans l’Orang-outang , où elles ont été
(1) De organo vocis mammalium , p. 36.
(2) Voyez ses Observations sur quelques points de V anatomie du Sing g 'vert. Paris, 1804 , in-S», pag. 78.
226 tuAité d’anatomie comparée.
décrites surtout par Camper , elles se présentent sous la forme de deux sacs oblongs , qui ne sont pas toujours pareils; ces sacs font saillie entre le cartilage thyroïde et le corps de l’hyoïde , et s’abouchent dans la partie supérieure des ventricules du larynx , dont ils peuvent être considérés comme une dilatation ou une hernie ( bronchocèle , hernia gutturalis) (i).
Ludwig (2) a trouvé deux sacs analogues , également inégaux; dans le Magot ( J’enai vu également un dans lé
Simia rosalia , non entre les cartilages cricoïde et thyroïde, comme le dit Cuvier (3), mais entre ce dernier et l’hyoïde. On en rencontre un, au même endroit , suivant Wolff (4), dans le Singe vert ( Simia sahœa ) ; d’après Camper et Cuvier, dans plusieurs autres espèces ( par exemple Sim. maimon, mormon, sphinx, cynomoigus, noter). Quelques autres en sont totalement privées, comme les Sim. hamadryas, ruhra etsinica. Mais ce qu’il y a de plus remarquable, c’est la cavité en forme de tambour du corps de l’hyoïde du Singe hurleur ( Mycetes senicur lus ) , dont j’ai parlé précédemment ( § 310 ) , et sur les côtés de laquelle se trouvent encore deux sacs membraneux inégaux (5) , ayant leurs orifices dans les ventricules du larynx.
(1) Il serait important de rechercher quelle est l’origine de ces sacs, afin de constater s’ils se produisent après la naissance, par l’effet de la respiration , on s’ils sont des restes de l’appareil branchial.
(2) Grundriss der NaturgescJiîchce des Menschenspecles , tah. I-II.
(3) La formation et l’extension de ces sacs ne peuvent-elles pas varier , Souvent? même quant à l’emplacement , chez divers individus d’une même espèce.
(4) Loc. cit, , pag. I.
(5) Ici , de même que dans le Sirhia iniius , d’après Ludwig, et le Simia sîlvanus, selon Blmnènbach , le sac du côté droit fut trouvé plus grand que celui du côté gauche. Ce fait vient encore à l’appui de ce que j’ai dit précédemment sur la prédominance de la respiration au côté droit du corps ( § 665, note ). Au reste , cette excavation osseuse de l’hyoïde ne se produirait-elle pas elle-même après la naissance seulement? On ne doit pas perdre de vue non plus l’intérêt physiologique qui ge rattache à la pré-
OKGAWES PÆSPIEATOISES ET VOCAUX. 22^
La cavité , par sa résonnance , contribue beaucoup à fortifier la voix. On doit signaler aussi la conformation particuliCTe de l’épiglotte , dont nous devons la première description exacte à Bràndt (1) ; elle s’élève au dessus de la glotte, sous la forme d’une longue gouttière arquée , et imprime une direction singulièrement contournée à l’air qui doit traverser lé larynx. Une dilatation membraneuse , que Cuvier a décrite dans le Goaita {Simia paniscus ), produit un effet analogue. Gn peut appliquer à ces pocbes ce que j’ai dit de celles qui existent chez les Rumlnans ( §^78) , et je me bornerai à rappeler ici que le Caméléon offre déjà une dilatation parfaitement semblable du larynx.
Je ne dois pas omettre non plus de parler d’une conformation particulière du larynx , que Cuvier indique dans quelques Singes d’Amérique ( Simia apella et capuoina ) , chez lesquels l’air chassé de la poitrine , entre les ligamens de la glotte , parcourt une voie Tecourbée entre deux coussins de graisse, ce qui, rappelant la construction d’une flûte , explique la voix flûtée de ces animaux.
Quant à la forme des divers cartilages du larynx , j’én ai déjà dit quelque chose en traitant du splanchnosquelette (§ 308). ‘ '
Les principales modifications du cartilage thyroïde së réduisent aux suivantes , d’après les remarques de Wolff et de Rudolphi : 1® l’angle sous lequel ses deux moitiés s’unissent ensemble est ordinairement obtus , comme chez l’homme ;
^ence de ces anfractuosités et appendices sacciformes du larynx dans la ' classe la plus élevée du règne animal. Là, en effet, sur l’emplacement primitif de la respiration, c’est-à-dire sur celui des fentes branchiales, le dé-^ yeloppement de cavités respiratoires se répète pour ainsi dire à une plus hante puissance , afin -de produire l’organe de la voix.
(i) De matrunalium quorundam , prœserditi quadrinnanorùm , vocis îns» trumento, Berlin, i8a6. Voyez aussi mes Tabulæ iîlustrantei ^ cah. lî, pl.iir.
2 28 TRAITÉ d’aNAÏOMIE COMPARÉE
il devient aigu dans le Cochon d’Inde, la Brebis et le Cheval; 2° l’échancrure du bord supérieur manque presque toujours, si ce n’est dans le Blaireau et les Ruminans , et fort souvent elle est remplacée par un prolongement tantôt plus et tantôt moins considérable; 3° le bord inférieur offre la plupart du temps une échancrure bien plus profonde que chez l’homme ; c’est ce qui a lieu dans l’Hyène , la Belette , etc. , mais surtout dans l’Ours et le Phoque , où les deux moitiés latérales ne tiennent l’une à l’autre que dans une très-petite étendue ; 4" les cornes inférieures sont ordinairement les plus grandes, mais cette prédominance de longueur appartient aux supérieures dans le Cerf , le Chevreuil et le Lynx ; 5° la face antérieure du cartilage fait une saillie considérable dans V-Antin ïope guUurosa.
La forme du cartilage cricoïde offre aussi quelques particularités dans certaines espèces. Ainsi , dans le Chevreuil , la face antérieure de ce cartilage est munie d’une arête tranchante. Dans l’Ours, il est partagé par devant en deux moitiés, qui ne tiennent l’une à l’autre qu’au moyen de fibres tendineuses. Dans l’Hyène, il descend très-bas sur le côté tergal de la trachée-artère. Dans le Phoque et le grand Fourmilier, il est très-grand ; dans le Chien et le Blaireau , il ressemble beaucoup à celui de l’homme.
Les cartilages aryténoïdes ne varient guère moins pour la forme. Ils sont proportionnellement grands dans l’Ours, l’Hyène , la Belette , la Loutre , le Castor et la Souris ; petits , au contraire, dans les Singes , le Blaireau, le Hérisson, le Chien et surtout le Loup.
A l’égard des différences qui tiennent au sexe , elles sont peu considérables chez les Mammifères. Ordinairement le larynx des mâles est plus fort, et le cartilage thyroïde tressaillant. C’est ce qu’on observe, par exemple, dans le Cerf, et surtout dans V Antilope guUurosa.
Quoique la trachée-artère des Mammifères soit construite,
organes repirAtoires et vocaex. 229
quant au fond , d’après le type de celle de l’homme , cependant il lui arrive assez souvent de se rapprocher des formations antérieures. C’est ce qui a lieu, par exemple, quand elle résulte d’un assemblage d’anneaux cartilagineux complets, comme on le voit dans les ordres précisément qui se rapprochent le plus des Oiseaux , tels que les Rongeurs , les Makis et les Chéiroptères. On a trouvé le même état de choses dans les Phalangistes , les Galéopithèques , le Mococo et le Castor. Plusieurs Pinnipèdes ont également des anneaux complets , comme le Phoque , chez lequel cette forme appartient au moins aux douze supérieurs , le Lamantin et le Dauphin , ce qui rappelle les anneaux complets de plusieurs Reptiles , par exemple des Chéloniens.
Une seconde répétition remarquable des conformations précédemment décrites est le cas , observé par Daubenton et Wolff, de Y Ki\ Br ady pus tridaetylus), chez lequel la trachéeartère descend entre les poumons , à la paroi postérieure de la poitrine , se redresse ensuite de bas en haut et d’arrière en avant , et se partage en deux bronches. En même temps , les extrémités des anneaux cartilagineux se touchent; et, à cet égard , je ferai remarquer encore que, chez beaucoup d’autres Mammifères , ceux surtout qui se rapprochent des espèces dont les anneaux de la trachée sont entiers , l’intervalle membraneux entre les extrémités des demi-anneaux est fort étroit au côté tergal de la trachée-artère. C’est ce qu’on voit, entre autres , chez la plupart des Quadrumanes , les Rongeurs , plusieurs Carnassiers, les Ruminans , etc. (1).
À l’égard du nombre des anneaux de la trachée , il varie beaucoup ; mais presque toujours il est plus considérable que chez l’homme , où l’on en compte 19 à 20. Il y en a 74 dans
(1) La Tanpe est aussi flans ce cas. Cependant sa trachée-artère se fait remarquer en outre par le grand écartement surtout des anneaux cartilagineux inférieurs , comme aussi parce que plusieurs d’entre eux sont fendus, tandis que d’autres n’atteignent qne jusqu’au milieu de la trachée.
z3o traité d’anatomie comparée.
le Chameau, 14 à 15 dans la Souris, 18 dans le Hérisson, 22 dans le Castor , 24 dans le Singe vert , 28 dans l’Ours , 38 dans le Lion , 50 dans la Brebis , etc.
La longueur de la trachée-artère se règle principalement sur celle du cou ; mais le nombre des anneaux cartilagineux ne lui est pas proportionné , car on trouve , par exemple , 53 de ces derniers dans le Cerf et 78 dans le Phoque.
A l’égard de la scission de la trachée en deux bronches , elle a lieu la plupart du temps d’une manière toute simple, sans nulle trace d’un second larynx. Le Vari [Lemur macaco) est le seul chez lequel Daubenton (1) ait observé une dilatation tympaniforme des deux bronches , qui d’ailleurs étaient courtes. Cependant, plusieurs anatomistes (2) ont vu la trachée se partager en trois bronches dans les Ruminans (Cerf, Chevreuil, Bœuf, Brebis , Chameau, etc. ) et les Cochons (Cochon domestique et Pécari), Wolff et Rudolphi ont vu la troisième bronche se détacher , dans le Bœuf , entre les quarante-troisième et quarante-quatrième anneaux de la trachée. Dans la Chèvre , Je compte encore huit anneaux au dessous d’elle, Jusqu’à la bifurcation. Elle existetoujours au côté droit, et, suivant la remarque déjà faite par Meckel, sa présence se rattache au volume plus considérable du poumon de ce côté.
Les anneaux des bronches ne se perdent généralement que peu à peu , à mesure que cellesœi se divisent de plus en plus dans les poumons. Cependant Cuvier dit que , chez quelques Marsupiaux , ils cessent tout à coup , comme dans les Oiseaux,
La trachée-artère des Mammifères paraît n’étre munie de fibres musculaires que sur sa paroi postérieure membraneuse.
(1) Btjffon, Hcst. nat. tom XIII, pag. 207.
(2) Il est digne de remarque que Baer a déjà vu cette troisième bronche se porter à droite dans le Dauphin i^Zweyter Bericht des anatomischen Anstaüt zu Kcenigsberg , pag. 45 ).
orgAhes ueseiuAtoiues et vocaux. 2,3 I
Les poumons des Mammifères se rapprochent beaucoup de ceux de l’homme, quant aux particularités essentielles de leur structure ; mais ceux des Mammifères nageurs , qui vL vent uniquement dans l’eau , ont aussi des rapports remarquables avec les poumons simples et sacciformes des Reptiles (1), En effet , outre que les poumons de ces animaux , spécialement des Cétacés , ne sont point divisés en plusieurs lobes , comme ceux de l’homme , et représentent des sacs étroits, qui s’étendent fort loin le long du rachis , forme que ^ favorise celle de la cavité pectorale dont j’aurai bientôt occasion de parler , ils ont cela encore de particulier, que leurs cellules sont extrêmement petites , et quelles communiquent toutes ensemble , de sorte que l’air, poussé dans une petite ramification bronchique , gonfle non-seulement la portion de Vorgane pulmonaire qui répond à ce rameau , mais encore le poumon entier. Les cellules pulmonaires jouissent en outre ici , comme dans les Reptiles , d’une contractilité extraordinaire , qui leur permet de se vider si complètement d’air , que Hunter compare la substance du poumon à celle de la rate d’un Bœuf , sous le rapport de sa densité et de son aspect (2). Meckel a également constaté (3) cette particularité fort remarquable , et qui rappelle , jusqu’à un certain point , ce qu’on voit chez les Oiseaux.
Chez quelques Mammifères qui se rapprochent déjà davantage des Plongeurs , comme le Lamantin, les poumons se comportent à peu près de la même manière , tandis que, dans les Plongeurs proprement dits ou les Phoques , ils res • semblent parfaitement à ce qu’ils sont chez les autres Mammifères. Dans le fœtus du Lamantin , d’après Daubenton (4),
(i) Ils remplissent également ici l’office de vessie natatoire (§ 872).
(a) 1781 , pag. 419.
(3) System der wrgleichenden Anatomie , tom. VI j pag. 383,
(4) Eueeon , Hist. nett., tom, XIII, pag. 429.
2 Sa traité d’anatomie comparée.
les poumons sont de longs sacs plats, éloignés du sternum par un cœur volumineux , qui descendent derrière le foie et l’estomac (pi. xx, fig. x), et aux extrémités supérieures desquels s’insèrent les bronches. Dans les Phoques , ces organes offrent déjà plus souvent les scissures qu’on a coutume d’y observer; ainsi, par exemple , dans le Phoca harhata , Thienemann a trouvé celui du côté droit partagé en trois lobes, et le gauche fendu dans le milieu, tandis que, dans le Phoca littorea , chaque poumon ne présentait qu’une échancrure à la partie supérieure de sa face postérieure (1).
Chez les autres Mammifères , le parenchyme pulmonaire ne diffère pas essentiellement de celui de l’homme. Il faudrait cependant considérer encore comme une variété particulière de structure, les appendices vésiculeux considérables que Daubenton signale à la face ter gale des deux poumons, dans le Picotyles , si l’on n’était pas d^’autant plus fondé à les faire dépendre d’un état pathologique , que Meckel n’a pu les retrouver en disséquant trois individus appartenant à cette espèce de Cochon.
Mais on rencontre de grandes différences à l’égard du nombre des lobes pulmonaires. En général, ce nombre. est plus considérable que chez l’homme , et le poumon droit surtout offre plus de lobes que le gauche. Cuvier a dressé , sous ce rapport, une table détaillée , d’après laquelle on voit que , dans la plupart des genres , le poumon droit a trois ou quatre lobes, tandis que le gauche en a ordinairement deux ou trois , et rarement jusqu’à quatre. Le cas le plus rare est celui d’une simplicité parfaite de chaque poumon ; il a lieu dans l’Éléphant, le Rhinocéros , le Cheval et le Lama , entre lesquels et les Cétacés il établit une analogie , comme aussi chez les Chéiroptères et les Polatouches , où il rappelle les poumons simples des Oiseaux.
(i) Naturhistorische Bemerhungen > pag« 58 et 8o,
ORGANES respiratoires ET VOCAüX. 233 :
Du reste , dans la classe entière , comme déjà chez la plupart des Reptiles , et même chez l’homme , le poumon droit est ordinairement plus Yolumineux que lé gauche , quoique lé cœur se trouve la plupart du temps au milieu de la poitrine. Cette différence tient à ce qûe le poumon droit offre un lobe particulier situé entre le coeur et lè diaphragme. Ce n’est donc pas Sâns surprise, d’après cette disposition générale, que, dans la Taupe , j’ai trouvé , avec un cœur totalement tourné à gauche , le poumon droit plus volumineux que l’autre , par lé même motif que chez l’homme, et à un degré plus prononcé encore.
Quant au mécan isme à l’aide duquel la respiration s’accomplit , les Mammifères sont les premiers animaux qui nous Offrent une cloison niusculeuse complète, ou un diaphragme, entre la cavité du tronc qu’occupent les poumons et celle qui loge les viscères abdominaux. Le diaphragme des Mammifères est donc une répétition de la cloison musculeuse qui, chez les Poissons, sépare l’appareil branchial de la cavité du bas-ventre , avec cette différence que , dans les premiers de ces animaux', la cavité spéciale qu’il produit pour les organes respiratoires renferme également le cœur. Il rappelle aussi la membrane tendineuse, et mue par des muscles, qui assujettit les poumons des Oiseaux à la paroi tergale de la cavité thoracique.
Le diaphragme des Cétacés et des Amphibies se rapproche également, à certains égards, de ces formes antérieures. Dans les Cétacés , en effet, ce muscle , d’ailleurs très-fort et entièrement charnu , sè trouve attaché si bas à la paroi tergale de la cavité du tronc, qu’il est obligé de remonter trèshaut, pour venir se fixer en avant, et d’ime manière non moins particulière , à l’extrémité supérieure des muscles abdominaux. De là résulte que la cavité pectorale offre en arrière un très-long espace, dans lequel se logent les prolongemens des poumons, tandis que, par devant, U ne s’en
a34 tblAité d'anatomie comparée.
trouve qu’un fort court , occupé presque exclusivement par le cœur. Les poumons des Cétacés sont donc, comme ceux des Oiseaux], situés pour ainsi dire plus en arrière que le diaphragme , et ce dernier , auquel ses connexions aveç les muscles abdominaux, et la force dont il est doué , don-* nent le pouvoir d’agir avec une grande énergie , esî chargé presqu’à lui seul d’opérer , par un mouvement d’ail lours analogue à celui qu’il exécute chez l’homme , l’inspfra' tipn, que le séjour habituel dans l’eau rend beaucoup plus difficile ; l’expiration , au contraire , dépend principalement de l’élasticité des cellules pulmonaires. Les mouvement respiratoires des Phoques sont à peu près les mêmes , et il est manifeste , surtout dans les grandes espèces , que la respiration exige un grand déploiement de force chez ces animaux, Au reste , on sait que la fonction peut demeurer long-temps suspendue chez les Amphibies et les Cétacés , mais surtout chez ces derniers.
La structure du diaphragme et le mouvement respiratoire, n’ofi&’entrien de bien particulier chez les autres Mammifères. Ayant déjà fait connaître précédemment ce qu’ils présentent de plus remarquable à cet égard ( § 368), par exemple , l’os diaphragmatique du Chameau, etc., nous pouvons renvoyer pour tout le reste aux détails consignés dans les traités ordfc naires d’anatomie et de physiologie.
Après avoir parcouru la série entière des conformations extrêmement diversifiées que présentent les organes respiratoires, il nous reste encore à rechercher quelles sont les spécialités qui caractérisent celui de l’homme. Nous avons vu que les appareils de la sphère végétative destinés à l’admission des matériaux du dehors, n’avaient de particulier, chez l’homme, que d’agir en même temps comme organes sensibles : les appareils chargés de l’admission des matériaux volatilisables sont absolument dans le même cas. L’homme ne se distingue des animaux ni par l’étendue ni par la puissance de sa respiration;
ORGANES respiratoires ET VOCAUXé ^35
il est même inférieur à beaucoup d’entre eux sous l’un et l’autre rapport. Ce n’est donc que dans les organes respiratoires , considérés comme tels , ou en eux-mêmes , que nous, pouvons rencontrer le caractère du type humain. Or, quel animal pourrait nous être comparé , quand on envisage l’appareil respiratoire comme organe propre à exprimer les états intérieurs du moral et de l’âme? A la vérité, dès que les animaux jouissent de la voix , ils en emploient les intonations pour peindre diverses affections , et même , en l’absence de cette faculté , ils y suppléent par des bruits produits à l’aide d’autres parties, par exemple avec les ély très (1). Mais, comme la pensée , ce couronnement d’une organisation com? plète et parfaitement harmonique , ne se manifeste qué dans la tête de l’homme, de même aussi les intonations grossières et peu ou point articulées des animaux ne prennent que dans sa bouche le caractère de la parole. Les inflexions seules de la voix , sans nulle liaison avec une idée intellectuelle quek conque , sans articulation , suffisent déjà chez lui p^ur exprimer les nuances les plus délicates des affections et des passions : elles constituent le chant, qui est pour l’affectibi-? lité ce que la parole est pour l’intelligence.
J’ajouterai , pour terminer, que la force et l’adresse plus grandes du membre pectoral droit , chez l’homme , se rattachent évidemment au volume plus considérable du poumon droit , ainsi que la prédominance de la respiration dans tout lé côté droit du corps en général , et qu’on ne saurait les considérer comme un pur effet de l’habitude.
(l) Il est extrêmement remarquable de voir la respiration , qni joae , dans la sphère végétative, le même rôle qne le monvement dans, la sphère animale , devenir, comme ce dernier, nn moyen de transmettre des états intérienrs an:^ objets extérienrs. Ce résultat tient surtout à ce que les organes respiratoires deviennent organes vocaux en s’alliant à ceux du monvement.
traité d’ânâtomié comparée. '
Wï. Formes diverses des organes sécrétoires. . ^ 1. Organes des sécrétions spécialement destinées au canal intestinal.
La première condition pour que l’aliment admis dans le; canal puisse être réellement assimilé au corps , c’est qu’il perde son individualité propre, c’est-à-dire qu’il soit mis à mort, car on ne conçoit pas qu’un corps devienne partie intégrante d’un autre organisme , tant qu’il continue, à former un tout indépendant et à part. Aussi , non-seulement les animaux qui vivent d’autres animaux ont généralement l’habitude de les tuer avant de les engloutir, et la plupart broient, soit avec des dents , soit avec des corps qui en tiennent lieu, les substances végétales ou animales dont ils se nourrissent, mais encore ils mêlent à ces substances des sucs de leur propre corps , qui exercent sur elles une action destructive ; chimique ou dynamique , les dissolvent et anéantissent leur individualité, comme pourraient le faire en quelque sorte des poisons. De même l’homme , avant de consommer ses alimens , les dénature presque entièrement par les préparations qu’il leur fait subir , par les diverses substances qu’il y ajoute.
Nous avons étudié les opérations à l’aide desquelles l’animal engloutit et comminue sa nourriture. Il nous reste donc à examiner les organes qui versent différentes sécrétions dans le canal intestinal , et à faire voir que la nature excrétoire de la surface cutanée extérieure , premier organe de respiration et de perspiration , se répète dans le canal intestinal , absolument de même que , d’un autre côté , la peau se comporte comme organe absorbant chez beaucoup d’animaux.
Cependant, il importe de faire remarquer que ces excrétions , précisément parce qu’elles appartiennent au système assimilateur , ne sont pas totalement perdues pour le corps , comme celles qui ont lieu dans d’autres systèmes , l’urine et
OUG ANES SÉCRÉTOIRES. ^87
la sueur , par exemple , et qu’elles concourent d’une manière essentielle au travail de la digestion.
Ab Oe&AKES salivaires.
. a. Oozoaires.
Comme tant d’autres fonctions , la sécrétion salivaire est ordinairement privée d’organes spéciaux dans cette classe , d’autant plus qu’il arrive fréquemment aux cavités orale et stomacale d’être tellement confondues ensemble, qu elles semblent n’en faire qu’une , et qu’on ne peut plus dèsdors distinguer la salive du suc gastrique. Cependant ces sacs exercent déjà ici une action létifian te bien prononcée sur l’individualité des alimens admis dans le corps. Nous en avons la preuve par exemple chez les Méduses, à l’égard desquelles il a déjà été dit précédemment (§492) quelles ont la faculté de dissoudre , de digérer des substances alimentaires très-consistantes.
Cuvier admettait, d’après Bohadsch , des organes salivaires particuliers dans quelques Holothuries ; il considérait comme tels , dans VHolothuria tremula, vingt cæcums inégaux disposés autour de l’ouverture orale , et dans VHolothuria, pentactes deux sacs analogues , mais plus grands. Cependant , comme ces poches ont une connexion immédiate avec le système vasculaire (1) , l’opinion qu’il a émise sur leur compte paraît ne devoir point être adoptée.
Il est digne de remarque , au contraire , qu’à l’égard des organes sécrétoires appartenant au canal intestinal , comme sous tant d’autres rapports , les animaux microscopiques qui font partie de cette . classe sont souvent plus développés que les Radiaires eux-mêmes. Én effet, Ehrenberg a fait voir que , chez plusieurs Rotifères , par exemple dans VHydatina, senta , il existe , des deux côtés du pharynx , une paire de
(i) Belle Chuje > Memorie , tom.I , pag, io3 et 104.
;ï38 TKiiTÉ d’aîtatomie comparée.
«orps glandulaires ovales ( pl. i , fig. x , e, e) , qui peuvent être considérés comme analogues , soit aux glandes salivaires, soit au pancréas.
h. Mollusques,
Bans lés Apodes et les Pélécypodes , où Tœsophage . -est si court, comme chez beaucoup d’Oozoaires , que la bouché semblé être en même temps l’orifice de restomac, on né trouve généralement pas non plus d’organes salivaires propres. Je n’en ai pu découvrir aucune trace ni dans les Muiettès ni dans les Ascidies. Cependant Home a reconnu , dans lé Taret , deux fortes glandes , annexées à l’ œsophage, qui semblent faciliter, par le suc dissolvant qu’elles sécrètent, le térébration que ces Mollusques exercent sur le bois pour s’y creuser un logement. Il reste à examiner si quelque chose d’analogue n’a pas lieu également chez d’autres Bivalves qui perforent les pierres ; car si les Pholades( Pholas dactylus ) ne creusent guère leurs trous que d’une manière mécanique, comme Martens l’a observé naguère encore (1) , ce phénomène né peut être expUqué ainsi dans \eMytilus lithophaÿus, la Venus lithophaga et le Gastrochœna cuneiformis ^ OÙ il tient Vraisemblablement à la sécrétion d’un liquide salivaire doué dé propriétés dissolvantes.
Les organes salivaires sont très-développés dans les Gastéropodes. Chez la plupart de ces Mollusques , une paire de glandes salivaires , souvent fort longues , sont appendues â rœsophage , et elles-mêmes, ou du moins leurs conduits excrétems, sont embrassées par le collier nerveux. Dans le Limaçon des vignes, elles se répandent sur la partie antérieure de l’estomac et versent leur sécrétion, par deux conduits, dans la cavité du pharynx ( pl. iii, J, fig, v, r ). Lés
(i) Reise nach Venedig* Ulm , 1824» tom* 1? pag. 240.
ORGANES SÉCRÉTOIRES. âSg
glandes sont plus courtes et plus ramassées dans la Paludina vivipara ( pl. X , fig. VIII j V ) , et assez longues dans l’Aplysie ( jSg. i^ i i ). On observe aussi une glande salivaire accessoire dans les espèces du genre Boris.
Ces organes sont disposés de la même mànièré dans les Ptéropodes , par exemple dans les Clio (pl. iii,fig. x, il }.
Chez les Céphalopodes , les organes salivaires ont acquis pins de développement eincore , car on en trouve presque toujours deux paires (1). Je vois , dans le Poulpe , une petitè paire supérieure , qui s’applique immédiatement au pharynx ( pl; IV, fig. viii , c ) , et une autre paire plus petite, aplatie , ^ordiforme , située plus bas , le long de l’oesophage (fig. Viii , è } , dont les conduits excréteurs se réunissent en un seul canal ascendant ( d ) j qui s’ouvre auprès de ceux de la paire süpé'^ rieur e. Les choses se comportent de la même manière dans la Seiche ordinaire.
[c. Animaux articulés.
Jusqu’à ce jour on n’avait reconnu de glandes salivaires ni chez les Enthelminthes , ni chez les Annélides ; mais une anatomie fort exacte de la Sangsue, par Brandt (2), a fait découvrir , autour de l’oesophage de cet animal , et entre ses muscles transverses, une masse grenue, blanchâtre, qui, examinée au microscope , apparaît sous la forme de petits sacs pleins d’une substance glandulaire, dont chacun est pourvu d’un conduit excréteur délié , qui s’anastomose avec d’autres avant de s’ouvrir dans l’œsophage. Brandt considère
i (l) C’est nne preuve péremptoire que le plus on moins d’abondance on le défaut de salive ne dépend pas uniquement du genre de vie, puisque ces Mollusques et d’antres qui vivent dans l’eau ont des organes salivaires très-développés. En général , lé genre de vie est déterminé par l’organisation , et non pas l’organisation par le genre de vie.
(a) Medezinische Zoologie y tom. II, pag, 347»
TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
ces organes comme des glandes salivaires , et il serait difficile de les interpréter autrement.
On ne connaît point d’organes salivaires dans les Neusticopodes.
A l’égard des Décapodes , la question se présente de savoir si l’on doit considérer comme tels deux petits corps verts qui se voient des deux côtés de l’estomac , dans l’Écrevisse, dont Rœsel (1) a déjà donné la description et la figure , mais dont Cuvier ne parle nulle part. Du moins ces corps sont-ils situés près de l’estomac, comme il arrive aux glandes salivaires de plusieurs Mollusques , et il est digne de remarque que les concrétions appelées yeux d’écrevisse s’engendrent immédiatement au dessus d’eux , entre les parois stomacales. On pourrait donc considérer ces, concrétions comme des produits de la salive qui pénètre entre les parois de l’estomac, comme des espèces de calculs salivaires , d’autant plus que c’est probablement par la bouche qu’il arrive enfin à l’animal de s’en débarrasser.
Les organes salivaires ne sont pas rares au contraire chez les animaux articulés qui respirent l’air ; mais ils y affectent la forme de vaisseaux terminés en cul-de-sac , et jamais celle de glandes proprement dites.
On les a surtout observés dans les Arachnides , dont les organes vénénifères, que. j’ai déjà décrits précédemment ( § 512 , 688 ), consistent en vésicules allongées , et s’ouvrent à l’extrémité des mâchoires par des conduits excréteurs ( pl. VII, fig. Il ). J. Muller (2) croit aussi avoir trouvé des vaisseaux salivaires dans le Scorpion.
Les Scolopendres et plusieurs Aptères , Diptères et Hémiptères, pourvus d’organes pour piquer et pour sucer, semblent également verser une sécrétion analogue dans les plaies causées par leurs morsures ou leurs piqûres. C’est ce que
(1) Insektenbeîustîgungeh , tom. Il, pag, 322.
(2) ’t&x.CTw'i Archiv f 1828, pag. 52.
prouvent au moins la douleur brûlante et le gonflement de la peau occasionés par les piqûres de ces Insectes , et la difficulté avec laquelle guérissent les morsures des Scolopendres. Treviranus(l) a réellement aussi trouvé , dans la Scolopendre pava , une paire de vaisseaux salivaires semblables a ceux des Arachnides, et qui, dans Isl Scolopendre for ficata , sont peut-être enveloppés par la masse graisseuse répartie autour de la bouche (pl. vi , fig. xxii , q ).
Treviranus signale égalemént deux gros vaisseaux salivaires de chaque côté de l’œsophage du Cloporte {PorcelUo scaher) (2);
Ramdohr a démontré aussi , chez plusieurs Diptères et Hémiptères, les vaisseaux salivaires, qui aboutissent tantôt à la trompe , tantôt au pharynx et àl’œsophage. Ainsi, par exemple , la pl. VII , fig. XLi , représente ceux du Bombylius major J qvâ ressemblent à des villosités. On retrouve même des organes vénénifères , outre les conduits salivaires , dans les Nèpes et les Notonectes.
Le Grillus verrwcivorus doit son nom à la salive qu’il dépose dans la plaie faite par ses mâchoires , et à laquelle on attribue la faculté de faire disparaître les verrues , quand elle agit dessus. C
Les organes salivaires des Hyménoptères méritent d’autant plus d’être signalés , que l’humeur qu’ils sécrètent sert à l’exécution de plusieurs des travaux qu’accomplissent ces Insectes. Ainsi Jà Xylocopa violacée et la Megachile murarie^ agglutinent avec leur salive, Ha première de la sciure de bois, et la seconde des grains de sable , pour construire leurs nids. Ainsi l’Abeille domestique a deux paires d’organes salivaires, dont l’un , connu depuis long-temps , se trouve dans la poitrine , tandis que l’autre est situé dans la tête , et qui résultent de l’accumulation d’un grand nombre de petits conduits
- (i) iScÂrj/ïeK , tom. I, pag, 37. »
(2) Loc. cil., tom. I, pag. 5y, ' ' ■