SYSTÈME VASCULAIRE
leur respiration aérienne , une autre respiration aqueuse encore , que l’allantoïde persistante chez eux a l’office d’accomplir.
Quant aux veines , on trouve deux veines caves antérieures et une veine cave postérieure. Un fait remarquable à leur égard , c’est que , d’après les observations de Bojanus (i) et les miennes propres , le sang de tout le bas-ventre , des tégumens abdominaux , des pattes de derrière , etc,^ à l’exception de celui qui parcourt le tronc veineux des reins et des organes génitaux, passe vraisemblablement dans le foie, avec celui de la veine porte, comme on le voit dans les Grenouilles et les Salamandres , qu’il arrive à cet organe par deux troncs, dont j’ai constaté l’existence dans la Tortue bourbeuse , et qu’il est obligé d’y circuler avant de parvenir au cœur. Cependant Jacobson et Nicolai (2) pensent qu’il faudrait encore admettre ici que la veine cave postérieure donne des branches particulières aux reins , pour y répandre de nouveau le sang régressif et prendre part à la sécrétion de l’urine ; mais on peut élever des doutes fondés contre cette manière de voir , attendu qu’il est plus vraisemblable que ces veines rénales ramènent également le sang dans la veine cave. Au reste , tout près des oreillettes du cœur , le sang , tant celui des veines caves que celui des poumons , se réunit de chaque côté dans un sinus veineux , d’où il s’épanche ensuite dans les oreillettes elles-mêmes, de la manière que j’ai décrite plus haut (3),
Chez les Serpens proprement dits , le cœur occupe la ligne médiane du corps , au devant du poumon et au dessus du foie. Dans la Couleuvre à collier, il est situé à environ quatre pouces au dessous de la tête. Dans les Serpens qui se rap-
(i) /«'i , tom, I, caîi, vir, pag, 879,
{%)lsis, 1826, pag, 4o3,
(3) Voyez la îaelle figure (les vaisseaas; sanguins dès Tortues dans VAna-^ tome testudinis f lo.’u. II, pl,sxiv, xxv.
338 TRAITÉ d’a^atomik comparée.
prpchent des Batraciens , comme les Orvets , il est , de même que chez ces derniers, très-rapproché de la région gutturale, Ôn le trouve toujours renfermé dans un péricarde ; mais il est rare que des adhérences partielles Tunissent à ce sac membraneqx. Ici également cet organe est pourvu d’une oreillette gauche ou pulmouaire , et d’une oreillette droite , une fois presque aussi volumineuse que l’autre , à laquelle aboutissent les veines caves. Le ventricule est simple , allongé et charnu. Il ne contient qu’un faible vestige de cloison. Il dçnne naissance à l’aorte , qui se partage aussi en deux branches , dont la réunion n’a lieu que sur la colonne vertébrale , et en une artère pulmonaire simple. Celle-ci se divise bien en deux branches chez les Serpens munis de deux sacs pulmonaires ; mais la droite est toujours plus volumineuse que l’autre , et , suivant Meckel , elle envoie aussi des branches au poumon gauche. La scission est plus complète dans l’Orvet.
Les Serpens à un seul poumon ne possèdent non plus qu’une seule veine pulmonaire. Quant aux autres veines, il y a une veine cave postérieure, qui parcourt le foie dans toute sa longueur, et reçoit dans ce trajet une multitude de veines hépatiques , une veine porte , à laquelle aboutit la veine épigastrique (veine ombilicale), et deux veines caves antérieures (1).
Chez les Sauriens , enfin , la conformation du cœur a de nouveau une grande analogie avec ce que l’on observe à cet égard dans les Chéloniens. Deux oreillettes séparées et un ventricule simple , quoique fréquemment partagé en plusieurs cellules , se rencontrent d’ordinaire chez ces animaux. Chez plusieurs d’entre eux, le Crocodile, par exemple, le cœur est même, comme dans quelques Tortues, assujetti au péricarde par un ligament tendineux qui part de sa pointe
(i) y oyez mie description plus détaillés des vaisseaux des Serpens ; par Schlemm, dans TiEDEMAiîîr’s Zeitschri/c, tom. Il, pag. lor .
SYSTÈME VASCDL\IRE. 889
( pi. XII , fig. XIX ,1). La situation de cet organe est de nouveau au dessus de la bifurcation de la trachée-artère , et presque toujours immédiatement au dessus du foie. Cependant Cuvier dit que celui de l’Iguane est éloigné de ce dernier organe , et placé tout-à-fait en devant , dans la poitrine. Les oreillettes ( fig. xix, g, h ) sont, proportion gardée, plus petites que chez les Chéloniens , et séparées l’une de l’autre par une cloison mince. Pallas prétend bien que cette cloison estper- : forée dans le Lacerta apoda ou le Pseudopus ; mais Meckel l’y a trouvée entière. Le ventricule est conformé à peu près comme chez l’homme. Suivant Cuvier , celui du Crocodile se partage en trois cellules communiquant ensemble , dont deux appartiennent à la moitié droite et une à la moitié gauche du ccBur. Cependant Meckel n’a pu distinguer qu’un ventricule droit et un gauche dans le Crocodilus lucius, et il s’éloigne encore de Cuvier en ce qu’il assigne une cloison pleine et entière à ces deux cavités. D’après cela , le sang des veines caves passe de l’oreillette droite dans la division interne droite du cœur , dè laquelle naissent l’artère pulmonaire et l’aorte descendante gauche , tandis que le sang des veines pulmonaires coule de l’oreillette gauche dans la moitié gauche du cœur , d’où proviennent le tronc droit de l’aorte , des carotides et des artères axillaires , vaisseaux qui , en conséquence, non-seulement charient un sang plus oxidé que celui de l’aorte gauche , mais encore,, à raison de la séparation complète des deux moitiés du cœur , en contiennent un beaucoup moins mêlé de sang veineux que celui qu’on trouve dans les artères des Chéloniens.
i)u reste , l’aorte droite et l’aorte gauche , de la seconde desquelles il ne reste plus toutefois qu’un faible canal dans les Crocodiles, parce quelle a fourni des branches plus fortes , se réunissent aussi , sur la colonne vertébrale , pour produire le cercle vasculaire ordinaire autour du canal alimen taire , et donner naissance à l’aorte descendante , dont la dis, Iribution n’offre rien de remarquable.
34o TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
Les veines du ccfî-ps ne s’écartent pas non plus essentiellement du type ordinaire. On retrouve deux veines caves supérieures et une inférieure. La veine porte et les veinés rénales se comportent , en général , comme dans les Chéloniens. ^
a. Vaisseaux Ijmphaiiques,
D’après les observations de Hewson (1) , les vaisseaux lymphatiques des Reptiles diffèrent de ceux des Poissons , en ce qu’ils sont pourvus de valvules. Cependant ces valvules ne sont ni aussi multipliées , ni aussi résistantes que chez les animaux supérieurs , puisqu’on peut encore très-bien injecter les lymphatiques par leurs troncs. Dans une Tortue que j’examinais sous ce rapport j’ai trouvé également, entre les tuniques musculeuse et villeuse de l’intestin, des ramifications multipliées de vaisseaux lymphatiques , ayant cependant plutôt l’aspect de cellules pressées les unes contre les autres que de canaux. Les lymphatiques de toute la région inférieure du corps se réunissent en un réservoir commun , d’où part, non pas un canal thoracique simple , mais un double plexus , qui communique supérieurement avec le plexus du cou , et s’abouche , à gauche par une branche , et à droite par deux, avec les veines jugulaires (2). Le principal résultat des belles recherches de Bojanus (3) sur les vaisseaux chylifères et lymphatiques des Chéloniens , consiste en ce que le canal thoracique ressemble en quelque sorte à une large gaine membraneuse entourant l’aorte descendante et susceptible d’être mise en parfaite évidence par l’insufSation.
Mais ce qu’il y a de plus important pour l’histoire du sÿs-
(t) Philos. Tram., 1769, pag. 198.
(2) Hewson a trouvé le chyle Liane dans le Crocodile, tandis que les liquides lymphatiques sont ordinairement limpides comme de l’eau chez les Poissons et les Reptiles,
{Z) Anatome testiulinis , vol. Il, pl. xxir, fig. i54) l'SS.
SYSTÈME YASCtJLA.IRE. 34 1
tème lymphatique en général , c’est la découyerte que J. Muller (1) a faite chez les Grenouilles d’un cœur lymphatique exécutant des pulsations. Lorsqu’on fend la peau du dos, sur une Grenouille vivante , on aperçoit aisément , à l’endroit où les vaisseaux cruraux sortent du bassin , et des deux côtés , deuxpetits sacs contractiles , qu’il est très-facile de confondre avec les vaisseaux sanguins situés au dessous d’eux , et dont les pulsations sont tout-à-fait indépendantes du cœur. En poussant de l’air dans les lymphatiques de la cuisse , on distend sans peine ces vaisseaux et leur dilatation cordiforme , dont les pulsations semblent chasser la lymphe dans le système veineux. Des cœurs lymphatiques analogues existent aussi aux extrémités antérieures , et on les retrouve également , tant dans les Salamandres que dans les Lézards (2).