L. Pélécypodes
Les Bivalves ont , dans la masse de leur pied , autour des circonvolutions intestinales , et au dessous du foie , un ovaire très-volumineux , qui ordinairement s’ouvre de chaque côté par une fente étroite, dans l’un des deux conduits (pl. ii, fig. XVIII, q* ) situés au dessus des compartimens des branchies ( § 622). Une circonstance digne de remarque , et particulière à ces animaux , c’est que les ovaires, et même les côtés de la masse du pied ont quelquefois une couleur qui tient à celle des œufs eux-mêmes : ainsi ces derniers sont jaunes dans XUnio pictorum , A' nn. rouge intense dans Xllnio littoralis , etblanCS dans XJJnio tumida.
Toujours les œufs se développent complètement, à des époques déterminées , dans les ovaires ( pl. ii , fig. xiv ) , et alors on en trouve constamment plusieurs qui sont renfermés dans des sacs membraneux (2). Si l’on examine ces derniers en
(i) Nov. act. Léopold., tom, XVI, pag. SgS.
(a) Voyez mes Recherches snr le développement de la Monle flaviatile, 4ans 4ct. nat. cur. , tom. XVI , pl. r, fig. x.
OTIGANES GÉMITATJS.
3ec>
d’autres temps, on n’y aperçoitqu’une sorte de liquide lactescent , une simple substance ponctiforme ^ et tei était probablement l’état qu’ils offraient lorsque plusieurs obserA^ateurs , parmi lesquels figure déjà Baster , les ont considérés comme des organes mâles, comme des testicules.- ; '-il; ; i
Outre ce grand ovaire , qui contient des ; millions de ; geiv mes. d’œufs , et qui se vide supérieurement' , au dessus' du cœur , par deux tubes courts et fendus (i) dans les?- canaux dont je viens de donner la description (2) , on doit encore rapporter à l’organe sexuel les conapartimens des branchies extérieures ( § 622 ) -, car les œufs y subissent une sorte d’incubation semblable à celle que les ceufs de quelques Méduses éprouvent dans des organes externes ( § 844 1 , de telle sorte qu’il arrive souvent de les trouver remplis d’embryons, que Jacobson a eu le grand tort de considérer comme des parasites. . :
Lorsque les embryons parvenus à maturité doivent être rejetés au dehors , les deux oviductes les conduisent dans le tube supérieur du manteau , par lequel l’animal s’en débarrasse.
Du reste , les œufs ne se développent point ainsi dans les compartimens des branchies chez tous les Pélécypodes; car Jacobson nous apprend que les embryons de la Çyclas cornea, par exemple , parviennent seulement dans une cavité située au dessus de la brancbie interne , et il est probable qu’en multipliant les recherches à cet égard , on trouvera plusieurs autres variations encore.
c. Gastéropodes.
Au lieu de la production d’œufs sans le concours de sexes,
(i) Je les ai représentés {ibid.') '2. 1, pl. ii, fig- iv,a.
(a) Autrefois on se faisait une idée fort inexacte de la yoie par laquelle a lieu cette émission. Moi-même je pensai d’abord, contre l’opinion d’Oken, qui, dès i8o6, avait reconnu le véritable état des choses, que les œufs sortent par la bouche, et Treviranus ci oyait qu’ils sont évacués par le canal intestinal.
3 70 TRAITÉ d'anatomie COMPARÉE.
nous trouvons , chez tous les Gastéropodes (1) , des organes génitaux; mâles et des organes génitaux femelles. Il nous arrive: même'jprobabieïnent pour la première fois dans la série animale , de voir chez eux ces^organes répartis sur des individus différens, ce qui est le cas dés espèces pourvues de branchies logées -dans des cavités du manteau. D’autres, au contraire , ceux surtout qui respirent par des branchies libres ou par des; cavités pulmonaires , réproduisent des formes déjà existantes dans les classés précédentes , par exemple chez lés Rotifères , c’est-à-dire que chaque individu possède les organes des deux- séxés , mais ordinairement toutefois avec l’obligation d’un double accouplement avec un autre individu de la même espèce. Je vaisdormer quelques exemples de ces deux modes d’organisation, et, pour les Gastéropodes à sexes séparés, je ferai choix de la ®wpam.
La femelle de ce Mollusque possède , entre la cavité respiratoire et le foie , un ovaire d’où part un oviducte qui se porte derrière le péigné branchial , de même que les oviductes de la Mulétte marchent au dessus des lames branchiales( pl. III, fîgv VIII , h ). Gét’eviductë joue én même temps le rôle de matrice ; car les Oeufs y font un long séjour , et y éclosent même , comme ceux des Moules dans les branchies, ce qui lui fait acquérir des dimensions extraordinaires. Chez le mâle , l’emplacement destiné à l’ovaire de la femelle est occupé par lé testicule ( fig. vu , « ) , d’où part un canal déférent contourné ( z ) , qui va gagner la verge ( y ) , laquelle peut se renverser sur elle-même et sortir par une ouverture de la corne droite.
Dans d’autres Gastéropodes appartenant à la même catégo-
(i) A la vérité Cuvier et Meckel n’ont trouvé qn’nn ovaire dans VHaliotis, ce qui a fait croire à Mèekel (v, Feiuer, De haliotidum structura. Halle , i8i4> pag. 9) que la fonction génitale de ces Gastéropodes n’est point supérieure âcelle des Bivalves; mais ce point réclame encore de nouvelles recherches, d’autant mieux que fort souvent, chez- les animaux inférieurs j le nombre des femelles surpasse de beaucoup celui des mâles.
ORÔAÎîES GéNITAljX. 3^1
fie , r^^viducte ne sert qu’au passage des œufs , qui se développeat hors du corps de la mère. C’est ce qu’on voit , par exemple , dans le Buccinum undatum , Cependant il est digne de remarque qu’iei , comme chez la plupart des Univalves, F a>nimal pond tou|ours plusieurs œufs à la fois enfermés dans des capsules GOmmunes (4) , qui rappellent celles qu’on trouve dans l’ovaire des Bivalves et d’autres phénomènes analogues olferts par les Ph^tozoaires. JDu reste , les mâles du Buccinum nndatum ont une verge extrêmement grosse , que l’animal peut , à volonté , faire sortir du côté droit du cou ou rentrer dans la cavité pulmonaire.
. Md.- . . , '
Parmi les Gastéropodes hermaphrodites qid ont besoin d’une fécondation réciproque , je choisirai le Limaçon des vignés pour dgcrire ses organes génitaux. Cbaqué individu offre , d’après l’interprétation de Cuvier , un ovaire médiocrement volumineux , et situé au dessous de l’extrémité supérieure du fcâe ( pl. III , Jii , v ). De cet ovaire descen^d un oyiducte eontouFné tx) , qui , après s’être un peu réh-écî , se dilate tout à coup en unlarge vagin plissé et muqueux (w), dans l’intérieur duquel les œufs sont enduits d’une matière albumineuse et réunis par paquets. A l’issue de ce vagin s’implantent plusieurs organes sécrétoires , que j’ai indiqués précéderameuî comme les représenta ns probables des reins ou de la vessie ; ce sont une paire de poches à nombreuses ramifications p ) et une autre poche portée par un long cou (,z ) , Les organes mâles consistent en un gr os testicule ( y ) , un canal déférent , qui , d’abord collé le long du vagin , s’en détache ensuite pour aller gagner la verge ( y', ■j' ) , et en une longue verge (À) , mobile au moyen d’un muscle ) , et munie d’un long appendice ( ). La verge et
(i) Les capsules da undatum îovm&aX. des masseshde îa gross^éur
do poing, et chacune d’elles contient quelques douzaines d’œufs poncti» formes. Voyez Oken, Zoologie, lena , i8iR , in- 8 , tom. I, pag, a^r.
3^^ TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
le vagin se terminent enfin dans l’ouverture génitale commune , qui s’ouvre extérieurement au dessous de la grande corne du côté droit (fîg. in , w) , et dans l’appendice cœcalde laquelle ( fig. iii , ? ) le dard ( fig. v, vi ) , petit corps calcaire et pointu , se développe sur une faible élévation.
Lorsque l’accouplement réciproque doit avoir lieu , la cavité génitale se renverse par l’ouverture extérieure ; la verge elle-même se retourne jusqu’à l’insertion du canal déférent, en se gonflant beaucoup et prenant parfois une forme singulièrement flexueuse (1) , et le dard sort aussi de sa poche ; presque toujours il tombe après que les deux Mollusques s’en sont servis pour s’exciter mutuellement ; mais il ne manque jamais de se reproduire ensuite.
Les organes génitaux des Mollusques nus sont disposés presque de la même manière ; cependant on ne trouve ici ni poches rameuses, ni le dard.
Une disposition analogue de ces organes s’observe aussi chez la plupart des autres Gastéropodes qui respirent par des branchies libres ou des cavités pulmonaires. Quelques uns seulement , comme les Aplysies et les Onchidies , ont cela de particulier , d’après Cuvier , que leur verge se trouve éloignée de l’ouverture "génitale commune , et ne communique avec elle qu’à l’aide d’un sillon ( pl. iii , fîg. i , n ).
Je dois faire remarquer maintenant que tous les naturalistes modernes n’admettent pas cette interprétation des organes génitaux. Plusieurs , tels que Wohnlich (2) , Brandt et Ratzeburg (3) , Prévost (4) , et en partie aussi Treviranus (5) ,
(1) v. pl. III, fig. 3.1, les organes ainsi renversés de deux individus. — Voyez aussi les observations de Wohnlich sur l’accouplement des Limaçons, dans r/«V, 1819, pag. iii5.
(2) De helice pomatia. Wurzbourg, i8i3.
(i) Medicinische Zoologie, Berlin, i83i, in-4 , tom. II, p. 826.
(4) Mém. delà Soc. de phys. et d'hist. nat. de Genève, 1882, tom. V, pag. 120.
(5) Tiedemaîîn’s Zeitschrift , tom. I, cah, i.
OSGAKES GÉNITAUX. 3,^3
en sont revenus à celle de Swanimerdam , c’est-à-dire que l’organe auquel Cuvier donne le nom d’ovaire est pour eux le testicule , et qu’ils regardent le testicule comme l’ovaire.
Il reste donc encore de nouvelles observations à faire avant que la question puisse être complètement éclaircie. Cependant j’avoue que quand je compare les organes génitaux des Limaçons avec ceux des Ly muées (1), chez lesquels les parties mâles et les parties femelles s’ouvrent sur des points différons du corps , à une assez grande distance l’une de l’autre , l’interprétation de Cuvier est celle qui me paraît la plus vraisemblable , et qu’en particulier on ne peut pas voir autre chose qu’un ovaire dans l’organe qui descend en serpentant du foie et qui a des connexions avec l’oviducte dilaté.
Avant de quitter l’histoire des organes génitaux dans les Gastéropodes, il me reste encore à parler de quelques organes sécrétoires qui paraissent avoir des rapports intimes avec la fonction de la génération.
En effet, on est frappé d’abord de ce que , dans les premiers ordres de la classe des Mollusques , il semble y avoir , entre les organes respiratoires d’une part , ceux de la génération et le rectum de l’autre , un rapport presque semblable à celui qui , chez les animaux supérieurs , existe entre l’appareil génital et les Organes urinaires, ce qui vient à l’appui de la manière dont je considère l’appareil urinaire comme, une répétition deV organe respiratoire dans le système génital. Mais on trouve encore d’autres organes sécrétoires particuliers. Ainsi, une glande^ ou plutôt une crypte muqueuse assez considérable, située au voisinage de la cavité respiratoire (pl.iii, fig. III , h), donne un canal excréteur (fig. x,xi, 1), qui descend ordinairement entre le rectum etle vagin ou la verge, et s’ouvre non loin de l’anus. De même, beaucoup d’Univalves marins,
(t) J’en ai donné la figure dans mon Æhandlung ueher die Lebenshedingungen âer weiss-tind kallblaetigcn Thiere ,1824*: jn-4» pl. H»
374 traité d'anatomie comparée.
comme le Murex stromhus, et même les Âplysies , ont sous lë bord du mantëau un organe glanduleux /qui sécrète la pourpre , si célèbre ebez lés anciens , et qui paraît également avoir des liaisons avec la fonction génitale. Brandt et Ratzeburg(i) n’bésiterit point à considérer le premier dé ces orgànés , dans le LimaçOn , comme l’analogue du rein. Cependant le rôle dés orgànes urinaires semble devoir appartenir plutôt aux pochés ramifiées ( § 725 ) , et alors la glande en quéÉ’on serait comparable aux organes sécrétoires , prostate et autres , qui accompagnent la fonction génitale dans les classés supérieures. Un corjps glàndiiïéux qui entoure le canal déférent des Lymnëes , paraît surtout cwrespOndre très-bien à la prostate.
a. Ptéropodes et Crépidopodes.
Cuvier a trouvé la plus grande ressemblance entre les Çlios et lés Limaces. Les Organes mâles et femelles s’ouvrent par une vésicule commune (pl. iii, fig. x, qj, et l’ovaire (n) se continue , par un oviducté ( o ) , avec le testicule (k ).
Chez aucun des huit Oscabrions qu’il â disséqués , Cuvier n’a trouvé la moindre trace d’ organes mâles. Un long ovaire, étendu le long du dos, au dessous du grand vaisseau dorsal et au dëssüs dü foie , et muni de deux oviductes d’une couleur rOuge, allait s’ouvrir à droite et à gauche, probablement à la région du dernier bouclier dorsal. Cette conformation offre , avec celle dés Bivalves , dont les deux courts oviductes s’ouvrent sous le cœur, et dont î’ovaire est trèsvolumineux , une analogie très-rémarquabîe , qui indiquerait im retour vers le mode de genérâtién par production primaire,
e. Cirripèdes et Brachiopodes,
Les Cirripèdes semblent se rapprocher des Gastéropodes,
Çi) Xw. pg. 333.
ORGANES GÉNITAUX. S'jS
Cuvier a trouvé , dans la Lepas anatifera , un Ovaire situé au milieu du eorps , et d’où roviducté naissait par plusieurs branches (pl. iVj fig. ii , q). Après s’être dilaté à sa partie moyenne, cet oviducte. se continuait , par un canal étroit, avec un organe volumineux , recourbé de dedans en dehors, et tenant lieu de testicule ( t ) , puis il s’ouyrait dans le tube en forme de trompe qui est destiné à rémission des œufs.
Nous manquons de notions suffisantes sur l’appareil génital des Brachiopodes. jCependant tout porte à croire qu’à cet égard , ils se rapprochent plus des Péiécf podes que des Gastéropodes.
f. Cépîiàlopodes.
chez ces Mollusques qui , à tant 4’éS'®ï4^ ’ but une organisation plus parfaite que cellé.des ordres préçédeus, les= sexes se sépar ent d’une manière dç plus ep plus tranchée , quoiqu’il n’y ait point encore d’”%ç^qjuplement , réel , et que la fécondation semble résultèr , cqmj^e des plantes dioïques , d’une production simultanée.’ d’œufs et de semqnce.
Dans la Seiche ordinairè , les organes femelles consistent en un gros ovaire , qu’une capsule particulière entoure au fond du sac péritonéal, et qui renferme un grand uèïofere d’œufs, de grèsseur differënte, dont jâ forme est oblongue et un peu pointue. Ces œufs sont évacués pir le moyen d’un oviducte situé au côté gauche , . de bpf te qu’ils passent au dessous de l’entonnoir, d’où ils peuvent êdre entraînés .par l’eau expirée , de même que ceux 'dés Biyâly.e sortent par le tube du mântéau. Du reste , il parait que d’autres sépeétïons encore se mêlent avec eux , . et leur forment un enduit glutinèüx , qui leur permet de se ré'ûnîr én'mânière de grappe de raisin. Parmi les organes chargés d’accomplir ces sécrétions , on distingue (d) surtout deux gros corps plats et
(i) Ces organes glanduleux et antres analogaes remplacent jnsqn’à nn certain point, par les sécrétions dont ilÿcçLdùisent les sœnfs, la Ùiatriçe*