‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 3 sur 95 · ESQUISSE · texte numérisé non relu

ESQUISSE

D’ÜÏVE HISTOIRE ET D’ÜKE BIBLÏOGRM*HIE

sua

L’ANATOMIE COMPABEE.

L’étude de la nature fut la première à laquelle les Grecs s’adonnèrent, parce que les lois de l’intelligence humaine veulent qu’avant de nous replier sur nous-mêmes, nous arrêtions d’abord notre attention sur les objets . dont nous sommes entourés. Ceux qui s’en occupaient portaient le nom de philosophes chez ce peuple si célèbre en tous genres, et par-delà les annales duquel nous n’irons pas , avec Ludwig, poursuivre l’histoire imaginaire ou fabuleuse de l’anatomie comparée. Quel résultat utile pouvaient avoir, en effet, les faibles notions procurées par les sacrifices d’animaux et les présages tirés de l’inspection de leurs viscères? Si des faits nombreux et bien observés ne constituent point une science à eux seuls , dés données vagues et confuses , tout au plus comparables à celles que certaines professions font aujourd’hui acquérir aux artisans qui les exercent , pouvaient bien moins encore en poser même les premières bases.

Les philosophes de la Grèce furent partagés en plusieurs sectes, dont les deux premières et les plus célèbres , l’italique et l’ionieAne , eurent pour chefs

X esquisse HISTOllïQUE

Pythagore et Thalès , qui , tous deux , avaient puisé

leur instruction et leurs dogmes chez les prêtres de

l’Egypte.

Ces deux sectes étudièrent la nature avec une égale ardeur ; mais elles se laissèrent moins guider par l’observation que par l’esprit de système. Cependant l’italique , qui cultivait les mathématiques , suivit par cela même une meilleure méthode que sa rivale. Aussi fut-ce elle qui , malgré les vœux et contre l’intention de son fondateur, fournit les premiers anatomistes, Alcméon etEmpédocle, Démocrite et Héraclite. Mais les préjugés ou les lois, qui faisaient un crime de la violation des tombeaux, permettaient seulement de disséquer des animaux. Cette fois donc le fanatisme religieux fut utile à quelque chose, puisqu’il favorisa, nécessita même la naissance d’une des branches les plus essentielles des connaissances humaines.

L’école de Pythagore brilla d’un vif éclat, mais elle ne se soutint pas long-temps , et ne dura guère que deux cents ans. La philosophie se concentra tout entière dans la Grèce proprement dite , où la secte ionienne, partagée bientôt en branches nombreuses , porta la science en général à un assez haut degré de perfection. Cependant le seul d’entre ses chefs qui paraisse s’être occupé un peu d’anatomie comparée est Anaxagore, bien plus célèbre pour avoir été le maître de Périclès et de Socrate, et pour avoir imaginé le fameux système des homœoméries , renouvelé dans les temps modernes par BulFon; car ses connaissances en histoire naturelle étaient d’ailleurs si bornées, qu’il croyait que l’Ibis s’accouple par le bec, et que la Belette fait ses petits par la bouche.

Il faut arriver jusqu’à Aristote pour trouver de

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véritables notions sur l’anatomie comparée , qui le réclame comme son fondateur, car jusqu’alors on n’avait étudié la structure des animaux que faute de pouvoir observer celle de l’homme, et les connaissances d’Aristote en ce genre furent portées à une hauteur où l’on conçoit à peine qu’il ait pu s’élever .sans le secours d’aucun prédécesseur digne d’une mention spéciale. Aristote , élève de Platon , dont tous les disciples se sont distingués par leur noble indépendance, leurs talens ou leur éloquence, fit marcher d’un pas presque égal la philosophie et la physique. Il fut réellement le créateur de cette dernière science, telle qu’elle a existé, non-seulement chez les anciens , mais même encore dans les temps modernes; car, au dix-huitième siècle, et surtout à i’époque où Newton remit les physiciens sur la route qu’ils devaient suivre , on fut obligé de revenir aux principes d'Aristote, dénaturés par les Scolastiques et les Arabes, et de reprendre la marche qu’il avait tracée. Ce grand homme a donné le plus beau modèle de la manière d’observer la nature avec exactitude, d’en décrire les objets avec méthode, de classer les observations , et de saisir les conséquences qui en découlent. Il recueillait des faits , les comparait .entre eux, et tantôt déduisait des règles générales de cefte comparaison, tantôt se bornait à réunir un certain nombre d’expériences sous un chef commun, où il les laissait provisohement comme des choses dont on ignorait la raison, moyen bien préférable à celui d’imaginer .des hypothèses , qui , expliquant tout avec facilité , parce qu’elles ne font rien concevoir avec précision , ne rendent des phénomènes qu’un compte faux et illusoire. On doit aussi à Aristote d’avoir introduit le langage serré et

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sévère qui convient aux sciences exactes. Le premier chapitre de son Histoire des animaux est un vrai traité d’anatomie comparée. Il y passe successivement en revue les parties internes et externes dans l’homme et les animaux à sang rouge et à sang blanc, car il avait déjà saisi cette grande division du règne animal , qui , sans être parfaitement exacte , se rapproche cependant beaucoup de la vérité. Mais son anatomie proprement dite, encore très-imparfaite, est bornée en grande partie aux viscères , et les détails sont pour la plupart incorrects. Ainsi , par exemple , il fait sortir les nerfs du cœur, et ne distingue nettement ni les veines des artères, ni les nerfs des tendons. C’est surtout la surface des organes et les mœurs qu’il s’attache à bien décrire , et il y a réussi au point qu’entre autres son histoire de l’Eléphant l’emporte sur celle de Buffon , et que les modernes ont peu enrichi celle qu’il donne de l’Autruche et du Caméléon.

On a lieu d’être surpris qu’un si grand maître n’ait point formé une école digne de lui, à moins d’admettre, ce qui n’a rien d’improbable, que la crainte d’essuyer des persécutions semblables à eelles qu’ Aristote éprouva de la part des prêtres de Cérès , n’ait effrayé ceux qui n’aimaient pas assez la philosophie pour lui saerifier leur repos , et qui n’avaient point un maître du monde pour ami. Théophraste , qui lui suceéda deux cent soixante ans environ avant notre ère , se livra de préférence à l’anatomie et à la physiologie végétales. Cependant il ne négligea pas tout-à-fait les animaux. Ce qui prouve qu’il avait des vues très-délicates , appuyées sur des notions anatomiques, c’est qu’il trouva l’une des véritables raisons de la faculté qu’a le Caméléon de changer de

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couleur, en l’attribuant à la grandeur des poumons de ce reptile.

Le génie anatomique d’Aristote semble s’étre réfugié, après sa mort, à la cour des Lagides, princes vicieux pour la plupart , mais très-éclairés , et qui protégèrent de tout leur pouvoir les sciences , dont l’amour avait été inspiré par le philosophe de Stagyre au fondateur de leur dynastie. C’est à Alexandrie qu’enseignait Erasistrate, dont la place est marquée parmi ceux qui ont jeté les premiers fondemens de l’anatomie comparée. Érasistrate entrevit les vaisseaux lactés sur les entrailles d’un Chevreau , et fit beaucoup de recherches sur la comparaison du cerveau de l’homme avec celui des animaux.

Après lui et son rival Hérophile, qui nous intéresse moins , quoiqu’il ait été l’un des plus grands anatomistes de l’antiquité , nous ne trouvons jusqu’à Galien que les compilations de Pline et d’Ælien , presque stériles toutes deux pour l’objet dont nous nous occupons. Quant au médecin de Pergame, on a prétendu qu’il ouvrit des corps humains. Sans nier le fait, nous ferons remarquer que toutes les fois qu’il arrive à Galien de descendre dans les détails anatomiques, c’est chez .les animaux qu’il va les puiser. En effet, il avait disséqué un grand nombre d’animaux, dont plusieurs très-semblables à l’homme, notamment des singes sans queue. Vésale avait déjà mis cette vérité hors de doute , lorsque les savantes et fines recherches de Camper vinrent la confirmer, et prouver que Galien avait étudié l’organisation de rOrang-outang, rare espèce de quadrumane qui vit dans les Indes orientales.

Moins heureuse que la plupart des autres sciences, qui tramèrent au jmojns une existence languissante

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pendant le moyen-âge , cette longue et pénible enfance d’une nouvelle civilisation, et dont plusieurs firent même quelques progrès sous le règne des Califes, l’anatomie comparée disparut entièrement durant cette période, dans laquelle la philosophie spéculative trouva seule à glaner. Elle ne fut tirée de l’oubli qu’au quatorzième siècle. L’époque de sa renaissance peut être partagée en deux temps bien distincts, l’un de simple érudition, l’autre de pure observation.

La période d’érudition, remplie par Mondino, Zerbi et Achillini , ne doit pas nous arrêter. L’anatomie sortait à peine de l’enfance, et ceux qui la cultivaient , quoique commençant à ne plus s’exercer uniquement sur des animaux, n’osaient point encore s’écarter des anciens, dans les écrits desquels ils n’avaient pas même le talent de distinguer les observations exactes des suppositions gTatuites et des hypothèses frivoles.

La seconde période , au contraire , qu’on a si justement appelée l’âge d’or de l’anatomie, est riche en découvertes importantes. Bérenger de Carpi, plus instruit que tous ses prédécesseurs , releva plusieurs erreurs que Galien n’avait pu manquer de commettre en appliquant à l’homme les résultats de l’obsfervation des animaux. C’est ainsi qu’il démontra le premier que la cavité de la matrice est unique et noii double , comme l’avait dit le médecin de Pergame. Vésale établit un savant parallèle entre les muscles et les os du Singe et de l’homme ; mais avec quelque aigreur qu’il se soit exprimé contre Galien , on voit cependant que lui-même composa quelquefois ses descriptions d’après les animaux. Ainsi, lorsqu’il entre dans les détails de la structure du Cœur,

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on est forcé de reconnaître qu’il avait sous les yeux celui d’un animal. Apparemment qu’il croyait les dijfférences trop faibles ou trop peu importantes pour mériter qu’on en tînt compte. Colombo , Gasserio et Coiter fournirent des documens précieux à l’anatomie comparée ^ que B.ondelet et Aldrovandi enrichirent de leurs infatigables recherches. Riolan, guidé par quelques passages des auteurs anciens , en particulier d’Aristote, montra beaucoup de sagacité en donnant à penser que des os fossiles d’une grandeur prodigieuse, attribués par Habieot à Teutobochus, roi des Gimbres, appartenaient à l’Éléphant. Harvey rassembla une foule de remarques curieuses, tant sur les organes de la circulation , fonction importante dont la gloire lui appartient d’avoir entièrement dévoilé les mystères, que sur l’histoire du fœtus aux diverses époques de la gestation : il étudia les organes générateurs chez des animaux alors rares et peu connus, tels que l’Autruche et le Casoar. Schneider, de son côté , découvrit la structure du cerveau dans différentes espèces d’animaux ; il prouva entre autres que les prolongemens qui donnent naissance aux nerfs olfactifs ne renferment pas chez l’homme, coüime chez ces derniers, le canal qui avait fait croire à une communication directe entre les ventricules antérieurs de l’encéphale et les fosses nasales.

Pendant les deux périodes dont il vient d’être question, on ne cultiva l’anatomie comparée que dans l’intérêt de la physiologie, dont on se flattait d’éclaircir, avec son secours , les points obscurs et difficiles. Ce n’était plus la pénurie des cadavres ou l’empire des préjugés qui obligeait de s’y livrer, mais l’intime conviction, trop perdue de vue aujour-

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d’hui, des puissans secours qu’elle peut fournir à l’anthropologie. D’ailleurs la plupart des grandes découvertes avaient été faites sur les animaux , qui ouvraient un champ libre aux investigations de toute espèce. Aussi cette science, sans prendre un élan comparable à celui que la découverte de la circulation du sang et de celle du chyle venaient d’imprimer à l’anatomie en général, s’éleva-t-elle à une hauteur surprenante, et l’époque dont nous allons tracer rapidement l’histoire peut même en être considérée comme l’âge d’or.

Elle n’avait encore été étudiée que dans ses détails. Le napolitain Marc-Aurèle Severino fut le premier qui conçut l’idée de la réunir en corps de doctrine, et, sous ce rapport, on peut à bon droit l’en regarder sinon comme le véritable, du moins comme le second fondateur. Sa Zootomia Democritea est, à la vérité, un ouvrage grossier, écrit dans un style barbare et scolastique ; mais c’est le premier traité général d’anatomie comparée que nous possédions , et cette seule considération suffirait pour le rendre digne d’être cité de la manière la plus honorable , car en toutes choses le commencement est ce qu’il y a de plus difficile à trouver. D’ailleurs Severino n’a pas seulement ce mérite , qu’on pourrait appeler extrinsèque ; il a établi d’importantes généralités. Les animaux sont comparés entre eux dans son livre , et il pose en principe que toutes les parties dont le corps se compose diffèrent seulement par les proportions dans les diverses espèces. A ce premier énoncé , on serait tenté de croire que Severino a connu ou du moins soupçonné les hautes considérations auxquelles la zootomie s’est élevée depuis quelques années; mais nous devons nous

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empresser de dire que , s’il en eut le vague pressentiment , si cette idée dut même s’ofi’rir d’autant moins confusément à son esprit qu’il n’avait point à secouer les lourdes entraves des combinaisons systématiques, du moins ne sut-il en faire aucune application aux cas particuliers. Mais on lui doit plusieurs découvertes de détail, que Pej'er, de Graaf et Lieutaud se sont attribuées depuis.

Quatorze ans après la publication de son ouvrage, Samuel Collins en donna un plus considérable, dans lequel il effleura en même temps et l’anatomie comparée et l’anatomie pathologique. C’était un rapprochement tout nouveau, et de la plus haute portée encore; malheureusement nous ne pouvons guère juger de l’étendue des idées de l’écrivain anglais que par la multitude d’objets qu’il avait fait représenter dans les planches assez bien gravées dont son travail est enrichi. L’esprit, qui vivifie tout, ne se laisse point apercevoir, et on peut douter que Collins ait réellement saisi la conception de cette admirable unité dont la nature ne s’écarte que par des nuances, toutes rigoureusement prescrites, au milieu même des aberrations, ou normales ou insolites , qu’un premier et superficiel aperçu pourrait faire considérer comme d’inconciliables dissidences.

Cependant l’ancienne méthode n’était point encore abandonnée. Après s’être exercé pendant longtemps sur les grands animaux, on voulut aussi connaître la structure des petits. Ruysch et Stenon publièrent quelques observations sur les Raies , et Thomas Wilîis donna une description complète de l’Huître et de i’Écrevisse, avec quelques autres morceaux d’anatomie comparée. Son exemjile ne tarda point à être imité par Malpighi , qui mit au jour une

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excellente anatomie du Ver à soie et du papillon provenant de cette clienille. Poupart ébaucha aussi ranatomie des plumes, si habilement développée dans ces. derniers temps par Dutrochet et F. Cuvier, et sur laquelle nous attendons de IN itzsch un travail dans lequel ne pourra manquer d etre profondément imprimé le cachet d'exactitude qui caractérise le talent de ce naturaliste si habile. Blais déjà Swammerdam avait porté l’art de la dissection jusque sur les Insectes, dont il n’y eut pas d’assez petits et d’assez méprisables en apparence pour échapper à son scalpel et à sou ardent désir de scruter les mystères les plus profonds de la nature.

La Bible de la nature , malgré tous les défauts qui la déparent, et qui tiennent uniquement au plan suivi par l’éditeur, Boerhaave , est encore aujourd’hui un ouvrage surprenant, on pourrait presque dire inimitable. Nul homme n’a pénétré aussi avant dans la structure des petits animaux, nul n’a décrit cette structure si admirable, si étonnante, si variée, d’une manière plus véridique que ne l’a fait Swammerdam. Le premier, il a donné des détails suffisans sur un nombre considérable d’espèces dont quelques unes présentent des difficultés immenses à la dissection. Tel est, par exemple, le Pou, dont il a reconnu les nerfs, le ganglion céphalique ou cerveau, et tous les viscères. C’est à cet homme infatigable qu’on doit la découverte de la véritable nature des métamorphoses des Insectes, entrevue et indiquée déjà par la célèbre Sibylle deBIérian, et qui avait fourni à Godard le sujet de tant de fables ridicules. Swammerdam a démontré , par de belles expériences , que les trois états par lesquels beaucoup d’insectes passent avant d’arriver à celui où ils sont capables d’engendrer et

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de se reproduire, ne sont chacun autre chose qu’un développement , une sorte de déboîtement de celui qui précédait , et que la larve ou chenille contient , sous différentes enveloppes , la nymphe ou chrÿsalide , qui , elle-même à son tour, renferme l’insecte parfait. Ajoutez à ce tableau que chacun des états successifs possède cependant certains organes propres , qui ne sont qu’une manifestation transitoire d’organes semblables, per manens, mais chez d’autres animaux, et il tie restera plus que des détails, curieux sans doute , mais d’une importance secondaire , philosophiquement parlant, pour faire connaître dans son entier l’un des plus surprenans phénomènes dé rorganisation animale, l’un des plus propres à renverser tous ces maigres systèmes qu’une physiologie trop peu riche de faits positifs s’est plu à imaginer dans ces derniers temps. C’est encore Swammerdam qui nous a appris que les Insectes respirent par des trachées aériennes, et qu’il règne le long de leur corps une chaîné de ganglions nerveux, dont chacun semble être une répétition du cerveau, ou plutôt un cerveau distinct et jusqu’à um certain point indépendant des autres. Mais le grand anatomiste hollandais ne fut point aussi heureux hors de la classe des animaux articulés. Lui-même avoue n’avoir jamais pu découvrir les fonctions de tous les organes de la Moule. Faut-il s’en étonner, puisque c’est de nos jours seulement qu’on a vu se dissiper en partie l’obscurité dont les phénomènes de la vie sont enveloppés chez les Mollusques bivalves? Son histoire de la Seiche renferme aussi de grandes erreurs, mais qui tiennént à ce qu’il était fort jeune quand il s’occupa de ce Céphalopode, qu’il n’eut plus ensuite occasion de revoir. Cependant celle du Colimaçon est

XX esquisse historique

un véritable chef-d’œuvre d’habileté et de patience, qui n’a pu être encore surpassé que par l’inimitable travail de Lyonnet sur la Chenille du saule.

Faisons remarquer qu’il serait assez difficile d’expliquer par quelle fatalité les Mollusques, beaucoup plus faciles à disséquer que les Insectes , ne l’ont néanmoins été que fort tard , n’ont même commencé à être réellement connus, sous le rapport de leur organisation, que depuis les impérissables travaux de G. Cuvier. Ainsi les trois petits traités de Martin Lister sur ces animaux et sur les Arachnides contiennent beaucoup d’anatomie , mais qui est très-grossière. Lister s’est trompé sur plusieurs points, quoiqu’il ait fait aussi de fort bonnes remarques. On peut en dire autant des observations de Jean Muralto. Douglass se montra plus exact dans sa Myographie comparée de l’homme et du chien.

IN’oublions pas de nommer Rœsel, qui nous a laissé une bonne anatomie de l’Écrevisse et des détails curieux tant sur les métamorphoses des Batraciens que sur leur structure dans l’état de têtard et dans celui de reptile parfait. Parmi ses compatriotes on distingue encore Jean-Daniel Meyer, qui a donné des figures d’un grand nombre de squelettes d’animaux, mais dont les dessins n’avaient en général point été faits avec assez de soin.

A peu près sur la même ligne que Swammerdam doit marcher Réaumur, dont les Mémoires , lus par tout le monde, ont presque autant contribué à répandre le goût de l’histoire naturelle que les brillans discours de Buffon. Réaumur s’est rendu immortel dans cette science, après avoir servi la physique en perfectionnant le thermomètre , et les arts en y appliquant pour la première fois la chimie. Avant lui,

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on n’avait aucune donnée pour juger jusqu’à quel point les Insectes sont féconds en merveilles. Avant lui on était encore dans une ignorance profonde sur l’histoire des Abeilles , qu’il a singulièrement éclaircie. Cependant il a commis à cet égard plusieurs erreurs qui ont été relevées et rectifiées depuis par le savant naturaliste génevois Huber. Quoiqu’il se soit attaché surtout à décrire les mœurs et les habitudes de ces animaux , il ne négligea pas non plus les descriptions anatomiques, marche absolument inverse de celle qu’à suivie SchæfFer. Mais, en ce genre, Kéaumur est demeuré fort inférieur à Sw^ammerdam. Le Suédois Degeer, qui a suivi pas à pas ses traces , n’a pu s’élever à la même hauteur que lui , quoiqu’on doive le considérer comme son continuateur, autant du moins qu’il est possible à deux hommes de se tenir exactement dans la même direction.

C’est en France surtout que l’anatomie comparée fit des progrès à cette époque. L’Académie des sciences s’en était occupée dès son origine , et parmi ceux de ses membres qui la cultivèrent avec le plus d’honneur, nous citerons Perrault, Duverney et Méry. Perrault, objet des satires multipliées et si injustes de Boileau , a publié des recherches sur le cœur des Tortues et les organes pulmonaires de la Carpe. Duverney, son collaborateur, dont Fontenelle a si bien su apprécier le mérite, décrivit les mœurs et la génération du Limaçon, ainsi que la circulation du sang dans les Poissons qui ont des ouïes, sujet curieux , qui n’était cependant pas nouveau , puisqu’il avait déjà fixé l’attention de Borrich et de Gouan , comme aussi divers autres points de l’anatomie des Poissons avaient attiré celle de Ptai, de Wilioiighby

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et d’Artedi. C’est Duverney surtout qui a contribué à répandre à Paris le goût de l’anatoinie comparée. Quant à Méry, son antagoniste, nous lui devons, comme à Perrault , des remarques sur le cœur et la circulation des Chéloniens. Ses observations ne surpassent pourtant point en exactitude celles qu’on devait depuis long-temps, sur les Tortues marines et d’eau douce, à Galdesi, dont le travail est si parfait qu’au jugement de Haller, l’anatomie d’aucun autre animal n’a été décrite avec autant de précision et de vérité. Les noms de Ferrein et de Petit ne sont pas moins célèbres dans la science. Celui de Cbaras rappelle des recherches sur la Vipère et ses crochets à venin , que n’ont point encore fait oublier celles de Fontana et de Mangili, et qui ne le cèdent qu’aux travaux tout récens de Duvernoy.

D’un autre côté, des observateurs habiles faisaient servir le microscope aux progrès de la physique et de l’histoire naturelle. Robert Hooke et Gautier Needham, en Angleterre, l’illustre Redi, en Italie, et Leeuwenhoek en Hollande, découvrirent avec cet instrument une classe tout entière d’êtres nouveaux. Les observations qu’ils recueillirent tournèrent au profit de l’anatomie comparée, en même temps qu’elles révélèrent une partie du monde organique invisible, et dont il était réservé à Ehrenberg et et à Raspail de nous faire connaître l’inépuisable et surprenante variété. Needham découvrit le Rotifère , animal pour qui la résurrection , dans toute l’étendue de ce terme , à signification presque fabuleuse , n’est point une chimère , et les animalcules bizarres qui nagent dans la semence du Calmar. Cette découverte [influa principalement sur la physiologie , et donna lieu à de nou-

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velies hypothèses plus ou moins ridicules sur les mystères de la génération. Celle du Polype à bras suffit >pour immortaliser le nom de Trembléy, parce qu’elle porta une irréparable atteinte à la doctrine des existes , en dévoilant l’existence d’un animal qui a la singulière faculté de se reproduire par gemmation et par scissioii , comme les’ plantes dicotylédones. Bientôt- après , Peyssbnnel conjectura que les tubercules ciliés du GoraB , aperçus par Marsigli, mais considérés comme des fleurs par le célèbre fondateur de rinstitut de Bologne, pourraient bien être aussi des animaux. Bernard de Jussieu ne tarda pas à convertir ce soupçon en certitude, et à démontrer l’animalité des Polypes eoralligènes. Depuis , Eilis a retrou vé les analogAés de ces animalcules dans les Sertulaires , et l’on en a également aperçu de semblables dans les Madrépores, les Millépores , etc. C’est aujourd’hui un des faits les mieux établis de la zoologie.

Cependant les faits relatifs à l’anatomie comparée se trouvaient isolés dans différons recueils; la plupart étaient disséminés dans; les Ephémérides des curieux de la nature et dans les Mémoires de l’Académie des sciences. Quelques uns néanmoins, tels que les observations de Tyson, avaient été insérés dans les Transactions philosophiques. Ainsi épars, il était difficile de les employer utilement. Trois laborieux compilateurs se chargèrent de les réunir. L’infatigable Blaes enrichit encore d’une multitude de remarques qui lui sont propres, son précieuxrecueil, dont celui de Yalentini, quoique bien inférieur, forme le complément naturel et indispensable. Quant à la Bibliothèque de Manget, depuis long-temps elle

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a son rang marqué parmi les plus riches et les plus utiles collections de ce genre.

Arrivés à Boerhaave, nous voyons se terminer la seconde èt l’une des plus brillantes époques de l’anatomie comparée. Après avoir cultivé pendant longtemps cette science par nécessité , on y était revenu par choix, et l’on s’épuisait de toutes parts en efforts pour la perfectionner dans ses détails, lorsque l’illustre professeur de Leyde l’accabla du poids de sa réprobation , et, soutenant contre tous les principes de la saine philosophie qu’elle ne peut avancer en rien: la connaissance des fonctions de l’économie humaine, la rendit tout à coup stationnaire au moment où elle venait de prendre un plein essor. Déplorable effet de cette autorité législative que certains siècles ont attribuée à des hommes supérieurs , et qui atteste seulement l’infinie petitesse des satellites gravitant autour de ces imposantes planètes I Boerhaave, habile botaniste, mais très-peu versé en zoologie , et jaloux de renverser le sj'stème de Sylvius et de Tachenius, ne considéra jamais l’étude de la structure intime des êtres organisés que comme un moyen de multiplier les argumens en faveur de la doctrine mécanique qu’il voulait établir. Dès que cette doctrine déplorable eut pris le dessus , et elle régna ensuite pendant plus d’un demi-siècle dans les écoles , elle dut nécessairement ramener les physiologistes à l’anatomie spéciale de l’homme, que les idées chimiques avaient fait négliger un peu ; car, dès qu’on ne voit plus qu’une machine dans un corps, ce corps doit présenter des différences considérables suivant les dimensions diverses des parties, et il cesse d’être indifférent de l’observer dans telle espèce plutôt

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que dans telle autre. Cette révolution porta un coup funeste à l’anatomie comparée , qui ne fut plus guère soutenue que par Alexandre Monro le père , dont l’ouvrage peu important ne contient que quelques faits propres à l’auteur.

Cependant l’anatomie comparée ne fut pas tellement délaissée qu’elle ne comptât encore quelques protecteurs puissans. Le grand Haller l’appuya de tout son crédit. Le premier, en effet, Haller sentit que les phénomènes de l’économie humaine ne sont, dans la réalité , que des cas particuliers dépendant de principes généraux qu’on ne peut établir qu’en invoquant la physiologie générale , c’est-à-dire l’histoire des fonctions dans tous les animaux. Il joignit même l’exemple au précepte ; car j en traitant de chaque partie du corps , il l’examine d’abord chez l’homme , puis chez les animaux. D’ailleurs ses innombrables observations sur l’œuf soumis à l’incubation prouvent assez combien la zootomie lui paraissait nécessaire et indispensable pour expliquer tous les phénomènes zoonomiques. Spallanzani et Gh. Bonnet n’en ont pas tiré moins habilement parti que lui dans leurs savantes et curieuses recherches sur la régénération de la tête du Limaçon et des pattes des Salamandres, si maladroitement et si amèrement tournées en ridicule par Yoltaire, qui, parce qu’il avait épelé les ouvrages de Kewton, ne voulut jamais s’avouer à lui-même son ignorance complète en physique.

D’une autre part, si, dans la nouvelle époque qui commence pour l’anatomie comparée, les médecins contractèrent peu à peu la funeste habitude, àlaquelle malheureusement tous n’ont point encore renoncé aujourd’hui, de la considérer comme une science

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de pure curiosité , et tout-à-fait étrangère à l’art de guérir, les naturalistes, mieux inspirés, conçurent l’heureuse idée d’aller chercher dans les notions qu’elle fournit les bases d’une classification rigoureuse et naturelle des animaux. Les zoologistes ont songé beaucoup plus tard que les botanistes à introduire la méthode dans les objets de leurs études. En effet, ceux-ci , ne pouvant se borner à des commentaires sur les livres , la plupart inintelligibles , qui avaient été laissés par les anciens , furent obligés de recourir de bonne heure à l’observation de la nature , qui leur présentait peu de difficultés, puisqu’il est plus facile de rassembler des plantes dans un jardin ou dans un herbier, que de réunir des animaux dans une ménagerie ou leurs dépouilles dans un cabinet. Il résulta de là que les objets se multiplièrent bientôt à tel point qu’on sentit l’impérieux besoin de chercher des moyens artificiels de les classer pour soulager et aider la mémoire. Mais les zoologistes n’éprouvèrent pas aussi vite le même embarras. A ussi Rai et Klein ne songèrent-ils à la méthode que longtemps après qu’elle eut été appliquée à la botanique par Césalpin.

C’est à Buffon qu’appartient l’honneur d’avoir démontré l’importance de l’anatomie comparée dans la partie caractéristique de l’histoire naturelle, en l’unissant d’une manière continue à cette dernière. C’est à son infatigable collaborateur Daubenton que revient celui d’en avoir fait la base désormais inébranlable de la zoologie. Car c’est au dédain affecté pour elle et la considération non moins importante des mœurs et des habitudes, qui en est la conséquence , qu’il faut s’en prendre si Linné et ses disciples surtout ont établi de si mauvaises divisions

, SUR l’anatomie comparée. xxvî)

dans certaines classes du règne animal, en particulier dans celle des Vers, qui chez eux offre l’image du plus affreux désordre. Toutes les fois que l’on s’écarte de la méthode natxirelle fondée sur Tanatomie comparée, c’est-à-dire qu’on sacrifie l’ensemble des rapports et de l’organisation à des détails plus ou moins minutieux , on peut bien parvenir à créer un système qui conduise à la connaissance du nom des objets , mais on ne met que des mots dans l’esprit de ses lecteurs, on néglige les hautes considérations philosophiques auxquelles conduit l’étude bien dirigée de la nature , et l’on fait de la science la plus attrayante un aride catalogue de termes barbares ou dissonans.

La partie anatomique n’a point partout le même mérite dans Buffon. En ce qui concerne les Quadrurpèdes , Daubenton et Mertrud , qui en furent les rédacteurs , lui ont donné un rare degré de perfection d’après lequel on ne saurait trop regretter que ces deux sayans ne se soient occupés ni du système nerveux, ni des sens, ni des vaisseaux, ni de la myologie. Dans son ornithologie, Buffon fut aidé au contraire par Gueneau de Montbeiliard , écrivain élégant, comme on peut en juger par sa belle description du Paon, mais qui n’avait aucune notion d’anatomie. A.ussi tout ce qui concerne la structure intime des Oiseaux est-il copié presque textuellement de Willoughby , dont l’ouvrage a servi de base à la plupart de ceux qui ont paru depuis sur ces animaux.

Ce ne sont pas seulement les immenses travaux de Daubenton qui lui donnent des titres à notre reconnaissance. Nous la lui devons encore pour avoir aidé et encouragé de ses conseils un homme dont les brillans discours out été comparés avec assez, de jus-

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tesse aux préambules de Pline ou aux vues générales de Bufïbn. Il s’agit de Yicq-d’Azyr, savant aussi ingénieux que profond et spirituel , par les efïbrts de qui l’anatomie comparée aurait peut-être été portée à son faîte , si une mort inopinée ne fût venue le ravir aux sciences qui déplorent encore aujourd’hui sa perte. Yicq-d’Azyr s’est immortalisé par ses nombreuses découvertes en myologie, son anatomie des Oiseaux, ses recherches curieuses sur les phénomènes de l’incubation et sa belle description du cerveau, Chaque page de ses éloquens écrits prouve la haute importance qu’il attachait à 1 étude comparative de l’organisation.

Buffon et Yicq-d’Azir ne furent pas les seuls qui cultivèrent l’anatomie comparée, en France, au dixhuitième siècle ; Bourgelat donna l’anatomie du cheval, dans ses Elémens d’hippiatriquc , Tenon fit des recherches sur les dents des herbivores , et Barthez étonna le monde savant par la publication de sa Mécanique animale , livre bien supérieur à celui de Borelli et de Yerduc , et dans lequel il fit habilement servir les lois de la statique à l’explication du mécanisme des différens mouvemens que les animaux exécutent.

En Angleterre, nous trouvons Guillaume Hunter, White, Blake, Townson, Cruikshânk et ïïaighton. Hunter a laissé un mémoire sur les ossemens fossiles de ranimai de l’Ohio , dans lequel il reconnut un quadrupède différent de l’Éléphant et de tous ceux que nous connaissons aujourd’hui; il s’est occupé aussi de recherches sur les os fossiles qu’on trouve à Gibraltar, et il a donné la description du Nyl-ghau, espèce d’Anliiope particulière aux Indes orientales. Haighlon s’est principalement rendu célèbre par ses

sun l’anatomie comparée. xxix

expériences sur la génération , qui ^sont venues à l’appui de l’opinion de Harvey et de Bartholin, en ce qu’elles ont établi que la liqueur séminale du mâle ne pénètre pas jusqu’à l’ovaire. Cruikshank et Autenrieth les oiit répétées, et ont obtenulemême résultat ; aussi fut-ce en vain que Saumarez les attaqua. Nous devons regretter que l’important manuel de Benjamin Harwood soit demeuré incomplet; on y trouve une excellente description des organes de l’odorat dans les^ différentes classes d’animaux, et Wiedemann, qui en a donné une traduction allemande, l’a encore enrichi de plusieurs annotations intéressantes. L’auteur anglais a su faire une bien plus sage application de l’anatomie comparée à la physiologie , que notre compatriote Hauchecorne , dont le livre , malgré son titre ambitieux d’anatomie philosophique , n’est qu’un tissu d’hypothèses et de vues arbitraires. Everard Home mérite aussi une place des plus distinguées ; on lui doit une foule de mémoires remplis d’observations délicates et de vues ingénieuses , qu’il serait trop long de citer tous ici , et parmi lesquels il suffira d’indiquer ceux sur l’Hirondelle de 3ava, le Coucou et le Kanguroo.

L’Allemagne nous offre le savant Pallas, le seul des naturalistes de l’école linnéenne qui ait suivi l’exemple de Buffon , et qui n’ait pas affecté de dédaigner la connaissance intérieure des animaux; Otton-Frédéric Muller, si connu par ses longues recherches sur les Infusoires , dont il découvrit un grand nombre , et que le premier il eut le courage de distribuer en genres et en espèces ; Kober , qui examina les dents en général bien long-temps avant Tenon; Haase, auteur d’une bonne dissertation sur la clavicule ; Ebel , à qui l’on doit des recherches sur

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