CHAPITRE PREMIER
Premiers indices de formation d’un squelette dans les Oozoaires.
Les premiers ordres de cette classe , les Lithozoaires et les Phytozoaires, ne pouvant être compris dans tout l’ensemble de leur organisation qu’autant qu’on embrasse leurs rapports avec le règne minéral et avec le règne végétal {§ 39 et 40 ), les formations squelettiques qu’on observe en eux sont absolument dans le même cas. Car , de même que ce sont seulement des infinités de cristaux qui constituent l’ensemble de la Terre, et de nombreux bourgeons qui constituent la plante parfaite , de même chaque polypier se compose d’une multitude souvent innombrable d’individus-polypes , ou , comme on dit aussi , de Zoophytes. Si maintemant il vient à se développer des parties squelettiques pierreuses ou fibreuses , on a toujours une distinction à établir eiitre : les squelettes-troncs, quireprésen-.
Iip TKAITÉ D'AUÜÆOMIE COMPARÉeT
tent tantôt (îes tiges , tantôt des branches , d’après leurs propres lois , et croissent tantôt à la manière des cristaux , comme, des stalaictites ou des dendrites , tantôt à la manière des végétai^x, comine le bois des rameaux; 2° les squelettes propreipent dits des individus-polypes , qui , à la vérité , ne deviennent jamais plus libres ou indépendans que le bourgeon ne l’est sur l’arbre , ou le cristal.dans la géode. Ces derniers, confoi'ménient à la forme sphérique des animaux auxquels ils appartiennent , sont essentiellement de petites sphères creuses et ouvertes d’un seul côté , c’est-à-dire des cellules, pu, cppime on pourrait s’exprimer aussi, des protovertèbres, puisqu’une sphère creuse estle prototype de toute for mation de vertèbre.
Si nous examinons d’abprd les squèlettes-troncs calcaire ou cornés , qui , à l’exception des Pennatules , sont toujours enracinés, comme des cristaux dans une géode, ou des plantes dans le sol, nous voyous qu’ils forment souvent la seule partie squelettique qu’on puisse reconnaître dans le polypier.
C’est'èe qui. a lieu dans les Éponges et les Gorgones , où ils sont fibreux ; dans les Nullipof es ,' les Coraux et les Isis , où ils sont pierreux. Sans avoir alors aucun rapport particulier .avec les individus-polypes, ils se ramifient à l’instar d’une .den(frite ou d’une plante ; quelquefois aussi ils se' segmentent ou s’m;ticulent, copam® la tige d’une plante, par des par- Jüps alternativement pierreiises et cornées , ce qui arrive dans les, Isis , où ils s’allongent en rameaux et en réseaux graduellement plus déliés , en laissant apercevoir sur leur coupe transversale des cercles concentriques, tels qu’on en voit sur celle d’une stalactite ou du bois,.
Dans d’autres genres , par* exemple,- dans les Sertulaires, les Millépores , les Eschares, des squelettes cutanés individuels et çeliuliformes se développent manifestement aussi sur les squelettes-troncs en forme de branches ou de feuilles. Enfin les squelettes-troncs manquent parfois aussi tout-à-
squelette.
fait , et le, s çellules disposées les unes à la suite des autres des individus-polypes forment seules , comme dans les Cellépores et jes Flustres , un enduit semblable à des lichens sur les algues marines , les coquilles ou les pierres.
ba variété que ces squelettes oflrent dans les différens genres, malgré la simplicité des élémens donnés pour les produire , est d’ailleurs extraordinaire. Si l’on ajoute'à cela que d’autres variétés non moins innombrables de ces formes ont été profites dans une période créatrice antérieqre de la Terre, èt Quelles ont péri depuis (1), c’est vraiment jusqu’à l’infini que vont ces combinaisons d’ élémens simples, de la diversité desquelles il doit me suffire ici d’avoir donné une idée. Du reste, |e signalerai, comme des points dignes surtout d’être remarqués , que , dans les Éponges fibreuses , où le squelette-tronc se ramifie encore parfaitement à la manière des plantes , des aiguilles siliceuses cristallisent entre les fibres du tissu corné (2); ce qui est d’autant plus singulier , qu’on rencontre aussi des dépôts siliceux dans certains végétaux, et que, chez les Pennatufes, ind.épendamment d’une peau fibreuse qui revêt les cellules des polypes, et qui , sous ce rapport , joue le rôle de dermatosquelette général, on trouve encore dans l’intérieiu* de la tige un squelettetronc particulier , calcaire , non ramifié , ayant ordinairement la forme d’une aiguille longue de plusieurs pouces et pointue fiiiix deux bouts , qu’on devrait peut-être considérer comme
le rudiment d’un splanchnosquelette .
La petitesse extrême des Protozoaires et des Infusoires a fait que naguère encore on songeait aussi peu à la possibi-
(t) Pour s’en convaincre , il suffît de jeter un coup d’œil sur la première livraison des belles planches que Goldfuss a publiées pour représenter les fossiles de Bonn. ( Petrefaeta musei Bomaensis icononibus illustrata, Dusseldorf, rSaô, in-folio ). .
(2) (Jjant a le premier décrit ces aiguilles.
lia ÏBAITÉ d’anatomie comparée.
lité du développement d’un squelette chez eux , qu’on ne pensait du temps de Haller à l’existence d’un système nerveux chez les Enthelminthes. Les beaux travaux d’Ehrenberg n’en ont cependant pas moins démontré non seulement des formes très-différentes d’un dermatosquelette corné extrêmement mince , qu’il a désigné sous le nom de lorique , mais encore , chez les Rotifères , des traces manifestes de portions d’un splanchnosquelette éparses à la face interne du canal intestinal, sous la forme de dents (pl, i, fig, xi, xii). Mais les dents , en général , sont , pour le splanchnosquelettte , précisément la même chose que les ongles et épines pour le dermatosquelette.
Chez les Rotifères, on trouve ces dents dans le pharynx. Elles sont longues et pointues dans les Diglena, pectinées dans les Notommata, et pourvues de larges surfaces masticatoires arrondies dans les Rotifères proprement dits (1).
Les Acalèphes sont de tous les animaux ceux dans lesquels il peut le moins être question de squelette , car bien que , chez plusieurs Méduses , l’albumine condensée et en quelque sorte cartilaginifiée à la circonférence du corps, s’ofiTre à nous diversement plissée , cependant elle n’a pas des formes assez prononcées et assez bien limitées pour mériter le nom de squelette proprement dit.
On trouve , au contraire , un dermatosquelette et un splanchnosquelette , tantôt fibreux , tantôt complètement endurcis par du carbonate calcaire , dans l’ordre des Échinodermes ou des Radiaires.
Les Actinies sont dépourvues de squelette proprement dit.
Il y en- a un des plus simples dans les Holothuries , chez esquelles, à l’endroit où la peau coriace extérieure se réfléclîit à la face interne de l’intestin , par conséquent autour
(i) Zweiter Beitrag ziir Mrkenntniss der Organisation in der Richtungdes kkinsten Raums, pl. iv.
squelette. I l 'i
de l’orifice oral , on observe un anneau calcaire , qui se partage en deux fois cinq arceaux, et qui , représentant le premier vestige d’une formation squelettique destinée à envelopper le corps entier (protovertèbre) (pl, ,i, fig. xvii), correspond d’une manière fort remarquable au type du pre mier système nerveux , c’est-à-dire au collier œsophagien , lequel paraît d’ailleurs ne point encore exister chez ces animaux.
La division du squelette d’après le nombre cinq appartient encore essentiellement aux Échinides et aux Astéries.
Dans les premiers de ces animaux , le dermatosquelette forme une vessie partagée en cinq zones par des séries doubles de petits trous destinés au passage de tentacules mous (pl. I , fig. XVIII). Cette vessie est ouverte en deux endroits, tantôt sur son axe {Echinus) et tantôt à sa base ( Spatangus). Ses parois consistent en plaques calcaires , dont le nombre est indéterminé , mais toujours multiple de cinq (par exemple trois cent soixante-quinze ) , et dont la plupart portent , sur des élévations particulières , [des apophyses épineuses mobiles (épines calcaires).
En dedans de cette protovertèbre vésiculeuse , on trouve , à l’entrée de l’intestin, un splanchnosquelette calcaire, également partagé en cinq rayons, et qui est pourvu de cinq apophyses épineuses ou dents mobiles , dirigées en dedans (pl. i, fig. xix).
Par l’aplatissement plus considérable de leur test, l’effacement de sa division en plaques distinctes, et le non-développement du splanchnosquelette , les Clypeaster et les Scutelia font le passage du squelette des Echinides à celui des Astéries. Ce passage devient plus sensible encore par l’apparition de cinq cloisons dans l’intérieur du test, comme si les rayons des Étoiles de mer devaient être complètement préparés d'avance par cette division du dermatosquelette
I Vj\ traité d’au Atomie comparée.
vésiculeux , encore simple jusque-là. Mais un fait extrêmement uemarquable , c’est la multiplicité des pièces qui composent le de'rmatosquelette des Astéries. La vésicule du corps proprement dit de l’animal se partage immédiatement en cinq colonnes protovertébrales , dont chaque vertèbre, à smi tour , est essentiellement formée de dix arceaux plats , six grands et quatre petits , avec une membrane fibreuse commune, et au pourtour de laquelle s’insèrent encore des prolongemens épineux , tantôt mobiles et tantôt immobiles. Ces colonnes vertébrales se dirigent en dehors , en s’amincissant touJours,;etlinissentpar se terminer en simples rudimens de vertèbres et en pointe ebtuse. Si l’on ouvre les canaux protovertébraux par lé Imut , on aperçoit, à la face basilaire interné-, et dans chaque rayon, une élévation produite pàr la >réhCôntrë des arceaux moyens , qui peut être comparée.à la saillie que forme dans la poitrine de l’homme la colonne dés corps vertébraux, avec les côtes , ou ârcs protovertébraux, qui s’implantent dessus. Si, d’après cela, un rayon renferme jusqu’à quabé-vingts anneaux protovertébraux , ibeh^pésülte pour-lé squelette entier, abstraction faite de la membrané fibreuse et des prolongemens épineux , 80 K 10-K & =: 4-000 pièces squelettiques. Quelle énorme complication!
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Une formation squelettique fort analogue à celle des Astéries est celle qu’on rencontre dans les Ophiures et les GorgOnocéphales.
Chez lès Ophim'es, les viscères ne pénètrent point dans les cinq rayons , et ces derniers acquérant par cela même davarivantage un caractère qui se rapproche de celui des organes focomoteuré', il se développe , au dedans du dermatosquelette général fôrnié d’amieaux squameux , des colonnes de cOrps vertébraux, qui se comportent, à l’égard du squelette cutané, comme le font , chez l’homme, les corps des vertèbres dorsales envers les arcs costaux , et qui, par la facilité avec laquelle
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leurs pièces jouent les unes sur les autres, procurent des .mouvemens libres et aisés aux bras ou rayons , à peu près de meme que les corps des vertèbres le font pour la queue d’un Lézard. Considérés dansrensenable de leur forme, ces disques vertébraux sont un rudiment remarquable des corps verté- .braux du névrosquelette des animaux supérieurs.
La même chose a lieu dans les Gorgonocéphales , si ce n’est que les colonnes de corps vertébraux calcaires des rayons vont toujours en se bifurquant , d’où résultent les nombreuses ramifications par lesquelles se terminent les rayons 4e ees animaux.