‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 54 sur 95 · TP.AITÉ 0’anA.TOMïIÎ COMPARÉE · texte numérisé non relu

TP.AITÉ 0’anA.TOMïIÎ COMPARÉE

ceaux distincts, qui a permis que Lyonnet comptât quatre mille soixante et un muscles dans la Chenille du saule (1) , le grand nombre de mécanismes singuliers qui servent au mouvement, et la conversion en substance cornée que subissent parfois les tendons , n’annoncent pas moins à quel haut degré de perfectionnement l’organisation est parvenue chez les Insectes. Ce qui contribue encore à multiplier beaucoup chez eux les modifications du système musculaire , c’est qu’ils passent successivement par plusieurs états , à chacun desquels leurs muscles subissent aussi des changemens. Une circonstance fort remarquable à cet égard , c’est que , sous la plus imparfaite des formes successives qu’ils parcourent ainsi , se reproduit d’une manière frappante le type des Annélides , non-seulement dans la configuration extérieure et dans la disposition du système nerveux , mais encore dans l’arrangement des, fibres musculaires , ce qui se manifeste tant par la plus grande uniformité de l’enveloppe fibreuse extérieure , que par la fréquente absence des membres et de leurs muscles.

Nous nous contenterons maintenant de quelques exemples pour faire connaître la disposition des diverses parties du système locomoteur chez les Hexapodes.

A l’égard des larves , ce sont surtout celles qui n’ont point de pattes , comme dans les genres Formica , Apis , OEstrus , Musca etc. , chez lesquelles on retrouve au plus haut degré de développement la simple enveloppe musculeuse des An nélides, et même des Vers intestinaux , notamment en ce qui concerne les trois faisceaux longitudinaux de chaque côté, c’est-à-dire le long du dos , du flanc et du ventre. Ici également les mécanismes spéciaux de la locomotion reproduisent d’une manière parfaite le type de ces classes précédentes. Ainsi , par exemple , dans la larve de l’ OEstrus equi , le segment de la tête , qui est armé de deux crochets saillans , et

(i) Traité anatomique de. la Chenille qui ronge h bots de saule, "Lu Haye, 4760, in -4°, fig.

SYSTÈMK MUSCtJLAiaE.

que des prolongemens renversés sur eux-mêmes de ces muscles longitudinaux du corps peuvent faire rentrer et sortir comme l’oculaire d’une lunette , est une répétition parfaite de la tête des Échinorhynques , comme il est aussi de son côté le prototype des pattes abdominales des Chenilles.

Parmi les larves pourvues de pattes , celles qui subissent une métamorphose complète (Lépidoptères^ Coléoptères) diffèrent essentiellement de celles qui n'en éprouvent qu’une incomplète (Névroptères). Ces dernières ont déjà des membres plus développés , et par conséquent aussi leur système musculaire se rapproche davantage de celui des insectes parfaits (1). Chez les autres, les Chenilles surtout , le système musculaire se compose bien essentiellement de trois paires de rubans longitudinaux allant de la protovertèbre céphalique à l’anale ( deux au dos , deux au ventre et un de chaque, côté ) ; mais , outre qu’en traversant chaque anneau du dermatosquelette , chacun de ces rubans longitudinaux s’y attache , ce qui le fait paraître en quelque sorte divisé , chacun d’eux aussi se partage en plusieurs couches, dont la plus intérieure conserve exactement la direction longitudinale , tandis que les extérieures , plus rappi’ochées du dermatôsquelette , se portent obliquement (2) d’un anneau à l’autre , en se croisant suivant des directions diverses, mais conservent toutefois un arrangement fort régulier et très-agréable à l’œil , et alternent avec plusiem’s couches de muscles transversaux qui vont du côté ventral au côté tergal. Les muscles qui meuvent la tête ne sont que des prolongemens amincis de ceux.du corps. Quant à ceux des pattes , les faisceaux extenseurs et fléchisseurs des trois paires de pattes

(i) Voyez Ltonhet , Loc. cit. , et mes T abulce illustrantes , cah. I , pl. ir, fig. vir.

(a) Suivant Pictet ( Recherches pour servir à l'histoire et h V anatomie des Phryganides. Genève, i834> in-4 , fig. col. p. 19), les muscles des pattes de la larve des Phryganesne sont point ceux des pattes de la nymphe, dont îii forinatioîi est totit-|i-fajt indépendapte de celle des anciens muscles,

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thoraciques , qui se terminent par un ongle , sont disposés à peu près de la même manière que dans les Décapodes ; mais les pattes abdominales , presque semblables aux ventouses des Céphalopodes , offrent un long faisceau qui se fixe dans le milieu d’un disque terminal auquel il fait remplir l’office de ventouse , en soulevant son centre , tandis qu’une autre couche , plus extérieure , s’attache à la base de la patte , et tire en dehors les petits crochets dont le disque terminal est bordé.

Le système musculaire des Insectes parfaits fournit une nouvelle confirmation de la loi qui veut que plus l’organisation devient parfaite et plus elle se diversifie. Tandis que , chez la plupart des larves , l’enveloppe fibreuse est au fond la même par tout le corps , chez l’Insecte parfait, la substance musculaire se concentre presque exclusivement dans la cavité des trois protovertèbres de la poitrine, les faisceaux musculaires du bas-ventre s’effaçant jusqu’au point de devenir méconnaissables. Ainsi , on trouve bien encore, dans l’abdomen des Coléoptères , quelques faibles restes des trois grands faisceaux longitudinaux de chaque côté ; mais, dans la Cigale ( Tettigonia orni), chez laquelle tous les organes abdo^ minaux même commencent à disparaître après la métamorphose , on ne trouve presque plus aucune trace de l’enveloppe fibreuse générale , si ce n’est les forts muscles des organes de la voix , dont nous parlerons ailleurs. Le système musculaire est , au contraire , assez fort encore dans la Sauterelle , dont l’abdomen contient un appareil respiratoire très-développé , et chez laquelle les arcs cornés des protovertèbres exécutent , pendant la vie , des mouvemens bien sensibles et continuels, qui ressemblent à ceux des côtes.

Les faisceaux musculaires de la poitrine ont ordinairement une structure très-perfectionnée chez l’Insecte parfait. Ils apparaissent comme des trousseaux parallèles, d’une teinte

SYSTÈME MÜSCÜEÀIKE.

foncée ourougeâtre, faiblement unis ensemble, sur lesquels un fort microscope fait découvrir des côtes transversales extrêmementfines. Ces masses ne formentrien d’analogue à ce qu’on appelle le ventre des muscles , et sont tout-à-fait privées de tendons, ou bien elles aboutissent à de larges plaques cornées, de la convexité desquelles part alors un tendon corné. Communément les masses musculaires les plus fortes se trouyent dans les vertèbres postérieures de la poitrine [pectm, ou mésothorax et métathorax); cette règle ne souffre d’exception que dans le cas d’un développement extraordinaire de la première paire de pattes. Ainsi , par exemple , chez le Taupegrillon , qui a en devant de très-fortes pattes pour fouiller la terre , la première vertèbre de la poitrine { thorax, prothorax ) a des diniensions considérables , et si l’on excepte le peu d’espace qu’y occupent l’œsophage et le cordon nc*’veux , elle est remplie en totalité par de grosses masses de muscles, dont les plus fortes sont celles qui tirent les pattes en dehors.

En outre, chez tous les Insectes qui volent bien, lesmuscles des pattes sont toujours subordonnés à ceux des ailes , mms n’en offrent pas moins entre eux une foule de différences. Ainsi , d’après Meckel , dans les Coléoptères nageurs , t^s que les Ditisques , la portion de la patte que les entomolor gistes désignent sous le nom de hanche , a entièremeni; dispai'u , ainsi que son muscle élévateur, ce qui rend naturellement le jeu de l’article suivant plus libre. De mêuie, <çhez plusieurs Insectes sauteurs (pâr exemple la Sauterelle )a la portion de la patte de derrière qui correspond au tibia et que les entomologistes appellent cuisse, est pourvue d’<^e masse musculaire très-considérable, particularité fortrenaarr quable d’ailleurs eu ce que ces muscles sont con^f)^td)lçs..|i ceux du mollet, qui déterminent aussi le saut chez lés Mammifères et même chez l’homme (1).,

(l) J. Muller a inséré un Mémoire, fort intéressant sur la loromptipu et

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La disposition de l’appareil musculaire destiné à accomplir le vol (i) mérite d’autant plus de fixer l’attention, que les muscles qui constituent cet appareil ne s’attachent point , du moins en partie , immédiatement aux ailes , mais que le mouvement de celles-ci est déterminé par un changement d'étendue proportionnelle des vertèbres pectorales, d’où en résulte un aussi dans la tension de l’air que renferment les trachées. C’est ce qui s’applique surtout aux forts muscles produits parles faisceaux longitudinaux supérieurs des larves (§ 331), qui s’étendent du bord postérieur de la lame tectrice de l’anneau pectoral postérieur au bord antérieur de la lame tectrice de l’anneau pectoral moyen, raccourcissent supérieurement deux à trois anneaux de la poitrine, et augmentent la convexité de celle-ci, ce qui entraîne de soi-même l’abaissement des ailes (muscles dorsaux, d’après Chabrier, abaisseur horizontal des ailes, d’ après Meckel). Ces muscles n’existent point dans les Libellules. Je trouve dans les Locustes qu’ils^e prolongent à travers l’anneau antérieur de la poitrine , et qu’ils vont se terminer à la tête , comme muscles releveurs. On rencontre ensuite d’autres muscles, rendant l’abaissement ou le battement des ailes plus fort, qui montent delà surface sternalé de la vertèbre thorachique postérieure, et s’insèrent en partie à de petites plaques cornées, munies d’un tendon corné, en partie aux ailes elles-mêmes immédiatement (ce que je remarque, par exemple , aux ailes postérieures du Prionus coriaceus );. Les antagonistes de ces muscles , c’est-à-dire les élévateurs des ailes, qui simultanément resserrent la poitrine dans lé sons de son diamètre transversal et l’allongent d’avant én arrière , partent spécialement des vestiges de deutovertèbrés pour là moelle ventrale : Chabrier les nomme muscles

notamment la marche des animanz articolés supérieurs , en particulier les Insectes , dans VIsis, 1822 , cah. I , pag. 61.

' (i) Voyez , à ce sujet , un travail fort étendu de Chabrikb , sur le •vol des

/nïccft’S; Paris 1823 > ih'4°, î>g.

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sternali-dorsaux , et Meckel les décrit comme élévateurs antérieurs et postérieurs des ailes. Au reste , il existe souvent aussi , dans les ailes elles-mêmes , des muscles ou des tendons déliés , au moyen desquels s’effectue le plissement des ailes postérieures qui s’observe chez un grand nombre d’insectes.

- Au total , on ne peut se dissimuler qu’il nous reste encore beaucoup de choses à apprendre touchant le vol des Insectes, et c’est surtout à des expériences bien faites qu’on sent le besoin de recourir pour se procurer les notions qui nous manquent.

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