‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 72 sur 95 · Mammifères · texte numérisé non relu

Mammifères

Sens cutané , et , en particulier, toucher. — Sous le rapport de ce sens, on peut presque entièrement comparer les Pinnipèdes a:ux Poissons , la plupart des Ongulés et des Rongeurs aux Reptiles , et les Chéiroptères aux Oiseaux.

Én effet, les Pinnipèdes n’ont point de membres développés , ét les impressions du toucher rie sauraient être f éçtfés chez érix que pàr l’extréiriité de la bouche et du nez , (dont la sensibilité est fréqueûimènt accrue par de fortes soies.

tes autres Mammifères possèdent bien des membres , souvent même assez parfaits, mais ces organes sont affectés d’urié manière spéciale à la locomotion , et la sensibihté y est singulièrement émoussée par la peau calleuse , les griffes ou leà sabots qui en revêtent les extrémités. Dès lors le toucher doit être exercé soit par la région labiale ^ à laquelle des soies

ÔflêAKÈS tièi SENS» '

îêüMdiilaires (ij coimhiitiiquëiît ^ouvëiit iift éükfôii â’iirilâi ijilité , et oü , d’aptès Cuvier , on rëmàrcjüë ëiiéz lè‘ Rhînoéëros , à la lèvre supérieur ê, une saillie particulière et moBîle; èoit parla mentbratie pourvue dè ùerfs nombreux qui rëcUuirë le bëc plat , commè dans l’Ornithorhyîiqtië ; soit enfin par la' langue , ce qui a lieu surtout dans les FoUririiiiers et dans l’Echidné. Du rèstë , c’est Un phénoinène ëxifêrUêîUeùt fèmarquablë que les Taupes , lès MuâaraigUes , les Coëïîonsi les Tapirs et stittoUt lès Éléphàiis offreUt lëà‘ dèûi sêUs* du foucher et de FodorUt côiiceritrés dans Un sëùî organe , là trompe, ainsi qu’ils fêtaient déjà chez lès ànirnaux dès classés inférîëürès, tels qùê lès Éèrevissès, pàr èxëmpîè. Cèt Organe, riche èn nerfs et ën fibrès muscülâîrés , qüî possédé ëncore üh os pârtiCüliër ( Cèlui du boutoir) dans lès Cochons , èt que fraversènf lès extrémités dés cavités nasales , jouît d’Unè sî grândé mobilité que, même chez les plus petits dès animaux qui én sOnt pourvus (2) , il dOît prOcürèr dès notions fort élâctes sur les objèts ènvironnans. Nous réviendrôns sUr son èOmpte èn traitant des organes olfactifs.

Qüànt aux Chéiroptères , les nombreuses ëxpérièncès de Sp'âllànzâni Ont bien établi que ces animaux ont un sens trèsdélicat qUi les infornie de la présence des corps extérieurs F ftiais , précisément parce qu’il se borné à indiquer lâ présénce de ces corps , sans éclairer sur leUr forme , nous

(i) Les soies on moustaches sont surtout très-développées dans les Phoques, où. elles paraissent contournées en spirale, et où lenrs'capsnles cornées, cylindriques, et placées régatïèrénaent les unes à côté des autres ' RnDonMi , De piloruin structura, Gripswald, 1806), reçoivent des nerfs et des vaisseaux sanguins particuliers, de sorte que , si elles ne sont pas de véritables palpes , du moins doivent-elles procurer des impressions tactiles très-délicates. Je les ai trouvées disposées de même dans le Morse , où cependant leurs bulbes Sont plus dures encore et presque osseuses.

(a) .Te m’en suis convaincü par des observations faites avec soin sur des Taupes vivantes.

4i6 TRAITÉ d’aSATOMIE COMPARÉE,

ne pouvons lui donner le nom de toucher. Il s’explique d’une manière satisfaisante par la structure de -la membrane mince et richement pourvue de nerfs qui est tendue entre les doigts allongés. Dès lors les ailes des Chéiroptères nous apparaissent se comportant presque comme les nageoires des Poissons (§ 390) et la membrane alairedes Oiseaux (§ 393). Cependant ce ne sont pas les ailes seules qui procurent cette faculté aux Chauve-somûs ; car la membrane étalée sur le nez agit de la même manière , chez les Chéiroptères istiophores {Phyllostoma , Megaderma , Rhinolophus) , ainsi que Treviranus le dit , d’après Rengger , de sorte que, chez ces derniers animaux, les sens de l’odorat et du toucher se confondent également ensemble , mais d’une manière tout-à-fait nouvelle.

Enfin , chez les Rongeurs et les Singes , où l’exercice procure souvent ime grande perfection au sens du toucher dans les mains antérieures , les membres deviennent des organes tactiles parfaits, en acquérant une peau plus fine et des doigts ou orteils plus mobiles. Cependant , chez la plupart même d’entre eux , ces membres doivent encore être considérés moins comme des organes de toucher que comme des organes de progression, et l’homme, qui d’ailleurs cède si souvent le pas aux animaux pour la finesse des perceptions que les sens procurent , occupe incontestablement le premier rang sous le rapport de celui qui est destiné d’une manière spéciale à faire connaître les qualités extérieures des corps ; car ce sens, jusqu’alors concentré aux alentours de la bouche , acquiert chez lui des organes- particuliers et très-perfectionnés, outre qu’une différence considérable existe entre les membres destinés à palper ( mains ) et ceux qui servent à la progression (pieds).

Sens intestinal OU goût. ■ — On peut dire de ce sens, comme dji toucher , qu’il n’arrive en réalité que chez l’homme à un développement complet. Ce n’est donc pas sans motif qu’on

ORGANES DES SENS

désigne sous le nom de goût la sensibilité æstliétique plus délicate des hommes perfectionnés par la civilisation. .

Cependant les organes du goût sont souvent très-prononcés chez les Mammifères , et, comme un sens quelconque ne saurait acquérir de développement sans la conscience de soimême , on ne peut non plus se refuser à admettre l’existence de cette dernière dans la classe qui nous occupe maintenant. Au reste , il est digne de remarque qu’à l’instar de tant d’autres appareils , celui du goût reproduit ici, les unes à côté des autres , différentes formes qui se sont offertes à nous isolées et séparées les unes des autres dans les classes précédentes.

Ainsi la grosse langue adipeuse et presque immobile des Cétacés, qui n’a point de papilles nerveuses , selon Treviranus (i) , et qui par conséquent est peu apte à faire percevoir la sensation des saveurs , rappelle celle des Poissons. Il en est de même dé la langue singulièrement frangée en devant et d’aillem’s privée de papilles des Dauphins (2). La lan^ gue longue et vermiforme des Fourmiliers et de l’Echidné , sm’ laquelle nous reviendrons en parlant des organes digestifs, rappelle celle des Serpens et des Pics , et de même que celleci , elle convient peu au sens du goût , à cause de :sa mobilité et du mucus gluant qui la couvre. La langue d’un grand nombre de Mammifères, notamment des Chats et des Chauvesouris, est armée de dents cornées (pl. xx, fig. iv) , presque comme chez les Poissons et certains Oiseaux , disposition qui contribue également à émousser le goût. Enfin , de même que chez la Carpe et le Caméléon , U se déveloispe quelquefois au voisinage de la langue des organes qui appartiennent au sens du goût , ou semblent établir une connexion entre lui et celui de l’odorat. Parmi les premiers on peut citer, d’après Treviranus (3) , la paroi interne des joues , chez les

(x) Loc.cit. pag. 174"

(a) Voyez mes Tabidœ illu (3 ) Loc, cit. pag, 17a,

4l8 tbaiïé d’anatomie comparée.

Ghéiroptèïès (partietilièrementle f^erspertilio myosotis), qui est parsemée de nombreuses papilles coniques, entre lesquelles s’élève de chaque côté , en devant , un bourrelet surmonté également d’une papille conique. A l’autre classe se rapportent les organes de Jacobson , dont il sera parlé plus tard.

Envisagée sous le point de vue de ses papilles et de ses ramifications nérveuses , la langue des Mammifères est manifestement plus parfaite que celle des animaux compris dans les classes précédentes.

A l’égard des nerfs , le rameau lingual de la cinquiènle paire, le plus important de tous pour l’organe gustatif, se retrouve partout , accompagné de l’hypoglosse et du glossopharyngién , qui jusqu’alors avaient été les seuls que reçût la langue.

Quant aux papilles , on peut en distinguer trois classes , comme chez l’homme : les coniques , qui sont les plus nombreuses et celles à la surface desquelles se développe quelquefois Une gaine dure ; les fongiformes , qui , ainsi que les suivantes , rappellent d’une manière remarquable les petits suçoirs épars sur les bras courts des Seiches , et qui paraissent Jouir de la sensibilité la plus exquise ; enfin les calyciformes , qui sont plus grosses et situées surtout à la base de l’organe , où ou les trouve souvent disposées en forme de V. Le nombre de ces dernières varie dans les Mammifères. D’après Cuvier , on en compte cinq dans la Martre , trois dans l’Hyène , deux grosses et une petite dans la Belette. Il y en a cinq grosses dans le Phoque ( pl. xx , fig. iii ). Elles sont trèsnombreuses et se confondent insensiblement avec les papilles fongiformes chez les Ruminans. Le Hystrix cristata a de larges papilles fongiformes , en grand nombre , près du bout de la langue.

Un fait remarquable , dont nous devons la description à

On&AKES DES SENS.

Otto (1) , c’est la présence , chez quelques Singes , d’une ou plusieurs langues accessoires , qu’il est néanmoins difficile de considérer comme contribuant au sens du goût. Ces langues accessoires sont toujours situées au dessous de la langue proprement dite. Dans le Mycetes fuscus, la seconde langue est fendue ; elle l’est également dans le HapaU auritus , où elle porte en outre des franges sur ses bords. Au dessous de la seconde langue du Stenops gracilis,s'eïi trouve encore une troisième , qui est bifurquée et frangée.

Gn doit regarder aussi comme une particularité caractéristique des Mammifères , que l’os qu’on trouvait encore généralement dans son intérieur , chez les Oiseaux , a disparu tout-à-fait , de sorte qu’à la place du corps de vertèbre linguale , on ne rencontre plus , çà et là , qu’un long cartilage vermiforme , sur le compte duquel nous reviendrons lorsqu’on traitant de l’appareil digestif nous considérerons la langue comme organe d’ingestion.

Enfin la connexion qui a lieu d’une manière particulière, chez les Mammifères , entre les organes du goût et ceux de l’odorat , mérite encore de nous arrêter un peu. Partout où un sens proprement dit d’olfaction , c’est-à-dire destiné à apprécier les qualités de l’air , se développe dans les classes supérieures , par conséquent chez les Reptiles et les Oiseaux , les cavités olfactives , ainsi que nous le verrons bientôt, communiquent toujours avec la cavité orale par les trous nasaux postérieurs , ce qui indique déjà une grande affinité entre l’odorat et le goût ( 382 et 383 ). Mais , chez les Mammifères , ia cavité gutturale , qui seule communique avec les arrièrenarines , est séparée par le voile du palais de la cavité orale proprement dite , dans laquelle réside le sens du goût. Cette disposition rend nécessaire une communication nouvelle entre les deux cavités sensorielles , un e répétition de cèlle qui exis-

(i) Voyez mes Tahulce iUiistrantes , c:ih, IV,pl. vii.

tait auparavant , mais portée en quelque sorte à une puissance plus élevée. C’est ce qui a lieu par le moyen du vide existant entre les deux vertèbres faciales antérieures , la mâchoire supérieure et l’intermâchoire (trou incisif). La communication qui existe chez l’homme , à l’aide des conduits de Stenson , s’accroît encore , chez beaucoup de Mammifères , d’une couple de conduits accessoires cartilagineux , tapissés d'une membrane muqueuse , et pourvus de nerfs provenant de la cinquième paire. La première description exacte de ces conduits a été donnée par Jacobson (1) , mais elle a été perfectionnée depuis par Rosenthal (2) , qui y a joint des recherches sur les conduits de Stenson eux-mêmes.

A l’égard des conduits de Stenson , ils sont proportionnellement plus longs chez les Mammifères que chez l’homme, et ils percent obliquement la voûte palatine , de manière à s’ouvrir derrière le rebord dentaire de l’intermâchoire , au sommet d’un petit renflement tuberculaire. Ces ouvertures sont larges et oblongues chez le Cochon et les Ruminans , plus étroites et arrondies chez le Chien et le Lièvre. Les conduits de Stenson n’existent point dans le Cheval.

Quant aux conduits de Jacobson , le Chien et le Lièvre en sont privés , suivant Rosenthal ; mais ils existent dans les Ruminans et les Solipèdes. Jacobson les admet aussi , mais trèspetits cependant , chez les Singes , les Carnivores et les Rongeurs. D’après la description et la figure de Rosenthal , ils sont situés immédiatement de chaque côté de l’épine des os maxillaires supérieurs , et à la partie inférieure du vomer près du bord inférieur de la cloison cartilagineuse. Ils sont tapissés extérieurement par la membrane muqueuse qui revêt la cloison et descend dans les conduits de Stenson, ce qui fait qu’on ne les aperçoit qu’ après avoir enlevé ceux-ci avec ch*-

(l) Annales du Muséum d’hisloîre naturelle , tom. XVIII, pag. 4i3»

(a) ïiedemamh’s Zeitschrift fuer Physiologie , tom. II, pag. 289.

organes des sens.

conspectîon. Chez le Cerf , Rosenthal a trouvé le cornet cartilagineux qui renferme le tube cutané, long de quatre lignes, sur trois lignes de large. N’admît-on pas avec Jacobson que cet organe est le siège de l’instinct qui guide l’animal dans le choix de sa nourriture , il n’en exprimerait pas moins d’une manière bien manifeste une connexion remarquable , et propre aux Mammifères , entre le sens de l’odorat et celui du goût.

Page 1